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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 17:35

 

MÉDIAS -  le 11 Juin 2013

Souscription pour l'Humanité

Gérard Mordillat : "L'Humanité tient un discours autre, un discours contre"

 

 

Souscription populaire pour l'Humanité et l'Humanité dimanche.L'Humanité et ses équipes font appel à leurs lectrices et lecteurs, aux organisations progressistes et démocratiques, à toutes les personnes attachées au pluralisme des idées et de la presse.Pour l’écrivain et réalisateur Gérard Mordillat, l’Humanité nous exhorte à voir le monde au-delà de l’horizon borné du capitalisme.

Lors des projections de mon film le Grand Retournement, adapté de la pièce de Frédéric Lordon, une réplique déclenche immanquablement les rires… Dans le bureau d’un vieux banquier désarçonné par la crise, la grande journaliste – après l’avoir assuré de son soutien indéfectible – professe : « La presse est intraitable, elle est incorruptible. » Et tout le monde de s’esclaffer.

L’effet est énorme, aussi comique que les banquiers jurant la main sur le cœur s’en remettre désormais à la morale avec un grand M ou le président de la République assurant n’avoir en tête que le bonheur des citoyens sans aucune arrière-pensée politique ou financière. Bien entendu, le rire finit par s’étrangler dans les gorges car pour lire une presse « intraitable et incorruptible » il faut se lever matin. Et même aux heures bleues du jour, seul un très bon chasseur (ou un très bon pêcheur !) peut ramener comme trophée un journal qui ne soit pas dans la sujétion d’un grand groupe financier ou industriel. Mis à part le Canard enchaînéCharlie HebdoFakir et le Monde diplomatique, tous les autres titres – les plus prestigieux selon les commentateurs ! – ne sont « intraitables et incorruptibles » qu’en façade. La banque, les marchands d’armes, les bétonneurs financent et, partant de là, commandent. Si l’information n’y est pas à proprement parler censurée (quoique !), elle est à tout le moins sévèrement contrôlée. Quelle que soit l’orientation politique affichée du titre, de Libération au Figaro, sous le masque de l’objectivité économique, de la neutralité politique, tous entonnent le même credo néolibéral (la chanson favorite de leurs investisseurs, leur hymne) dont ils reprennent en chœur le refrain thatchérien : « il n’y a pas d’alternative ».

J’enfonce une porte ouverte. Pas besoin de lire entre les lignes pour le découvrir, ça saute aux yeux.

Loin des ratiocinations des soi-disant experts, loin des analyses borgnesses des éditorialistes à tous et à toutes, loin des nouveaux chiens de garde de la pensée unique, l’Humanité est le seul quotidien à tenir un discours autre, un discours contre… Comment le tient-il ? En parlant du réel. En tenant quotidiennement le récit des luttes sociales qui agitent la France, en allant sur le terrain à l’écoute des salariés, des grévistes, des chômeurs, en analysant les situations du point de vue du peuple, du point de vue des victimes des plans de licenciement, des RMistes, des précaires, des exclus, des travailleurs sans papiers, du point de vue de tous les insurgés contre « les eaux glacées du calcul égoïste ».

Mais l’Humanité, ce n’est pas que cela. Ce discours autre, ce discours contre qu’elle est si seule à tenir dans la presse quotidienne (avec, paradoxalement, parfois la Croix en écho !), elle le tient également dans le domaine des arts et de la pensée. Que ce soit sur le cinéma, la littérature, le théâtre, la poésie, la musique, la danse, s’expriment dans ses colonnes des points de vue critiques qui ne sont pas la morne répétition des dossiers de presse prémâchés, de la promo, du succès à la poursuite du succès. Gouverné par la curiosité, le travail que l’Humanité fait sur le plan économique, politique et social est de même nature, de même singularité, sur le terrain de l’esprit. Elle est en cela parfaitement fidèle à son fondateur, Jean Jaurès, qui écrivait sur Rimbaud : « Il faut le lire, je vous l’assure : vous retrouverez un moment cette étrange sensation “d’illimité” que nous avons parfois aux heures de notre première jeunesse… »

Jour après jour, l’Humanité nous exhorte à voir le monde au-delà de l’horizon borné du capitalisme ; à le voir, à le vivre dans « l’illimité ». C’est dire qu’il est pour longtemps dans sa première jeunesse !

L'Humanité et ses équipes font appel à leurs lectrices et lecteurs, aux organisations progressistes et démocratiques, à toutes les personnes attachées au pluralisme des idées et de la presse. Dès maintenant, faites un don en utilisant le formulaire de souscription ou faites un don en ligne.


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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 07:29

2013 : les 10 personnalités politiques les plus médiatisées

Réagissez !

Classement 2013 des hommes politiques les plus médiatisés

François Fillon; 6 315,8 UBM © AFP

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Gouvernement doite et extrême droite se taille la part du lion. Il faut noter que JL Mélenchon occupe la 9e place devant Fillon.

"EVIDEMMENT" ni Pierre Laurent secrétaire national du PCF, ni André Chassaigne Pdt du Groupe FDG à l'assemblée Nationale ne bénéficie de cette couverture médiatique. Le pluraliseme est toujours à conquérir.


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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 06:56

Contre le pluralisme et L'Humanité, Maréchal la voilà!

18 décembre 2013, 16:17 

 

L’extrême-droite aime la presse comme les steaks. Saisie. Brûlée ne lui déplaît pas non plus... Marion Maréchal-Le Pen l’a spectaculairement confirmé en consacrant sa seule intervention à la dénonciation de l’abandon d’une créance de l’Etat sur l’Humanité, lors des débats sur le projet de budget rectificatif à l’Assemblée. Tout y est passé: Staline, Pol Pot, Mao, les attentats du FLN ... Jean-Marie, sors de ce corps! Un florilège pour s’indigner que le gouvernement renfloue «le moribond journal l’Humanité (...)structurellement déficitaire» et qui «demeure la publication la plus aidée en France en dehors même de cette abandon de créance».

 

Le FN n’aime décidément pas la vérité  et les micros dociles qui lui ont emboîté le pas auraient mieux fait de procéder aux vérifications de rigueur.

 

Parlons chiffres:

 

En moyenne annuelle, 

"le Monde" touche plus de 18 millions d’euros d’argent publics,

"Le Figaro" plus de 17 millions,

"La Croix" et "Libération" près de 10,

"Aujourd’hui/Le Parisien 9,3"

et "L’Humanité" près de 6,8 millions.

 

Depuis l’année 2010, l’aide qui nous est alloué au titre des quotidiens à faibles ressources publicitaires, a été diminuée d’un million par an.

Premier mensonge. Tous les quotidiens nationaux perdent des lecteurs - l’ensemble de la presse payante a diminué de 180% depuis la Libération - et notre journal un peu moins que les autres ces dernières années. Des titres renommés et dont certains ont entretenus des bontés pour l’extrême-droite ont disparu ces dernières années: France-Soir, Infomatin, Le Matin de Paris, Le Quotidien de Paris, La Tribune...

Deuxième inexactitude. Si Marion Maréchal-Le Pen avait le moindre attachement à la démocratie, elle s’inquiéterait que la survie de la presse quotidienne soit d’abord livrée aux subventions discriminatoires des entreprises privées sous forme de publicités accordées ou non ou aux recapitalisations qui fond passer la presse sous la coupe de groupes financiers ou de multinationales.

Troisième mensonge par omission. Enfin, quand on rappelle le rôle immense de Mandela, on ne peut oublier que le journal qui l’a fait connaître quand tous taisaient son sort, et que les amis de Le Pen qui le dénonçaient comme un terroriste communiste à bâillonner. Ceci doit contribuer à expliquer cela...

Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l'Humanité


(Publié dans l'Humanité du 19 décembre 2013)

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 13:46

Alain Soral tisse sa Toile

Les embrouilles idéologiques de l’extrême droite

L’absence d’ambitions de la gauche, ou son incapacité à les réaliser, encourage l’extrême droite à la détrousser de ses idées les plus porteuses. Quitte pour celle-ci à y injecter sa véhémence, son acrimonie, ses obsessions nationales ou religieuses. Dans ce registre qui entremêle sans relâche « gauche du travail et droite des valeurs », Alain Soral est devenu une vedette du Net.

par Evelyne Pieiller, octobre 2013

Ensemble, ils accueillent le visiteur. A gauche de l’écran, Hugo Chávez, Ernesto Guevara, Mouammar Kadhafi, Patrice Lumumba et Thomas Sankara, ainsi que MM. Mahmoud Ahmadinejad, Fidel Castro et Vladimir Poutine. A droite, Jeanne d’Arc et le créateur de ces rencontres du troisième type, Alain Soral. Sur fond noir, ils encadrent le nom du site Internet, Egalité & Réconciliation (E&R), et sa devise : « Gauche du travail et droite des valeurs ». Ce dernier est 269e au classement Alexa (réputé fiable) qui hiérarchise les sites français en fonction du trafic qu’ils génèrent. Celui de Télérama occupe la 260e place…

Guevara et M. Poutine ? Chávez et la « droite des valeurs » ? Il y a du brouillage des repères dans l’air politique du temps. Ou, pour le dire autrement, de l’embrouille idéologique. Qui est quoi, c’est la grande question. Qu’implique être à droite, qu’implique être à gauche ?

Le Mouvement des entreprises de France (Medef) applaudit chaleureusement le ministre de l’économie et des finances, M. Pierre Moscovici, venu à l’université d’été du patronat affirmer : « Nous devons être au combat ensemble. » Alain de Benoist, cofondateur du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece), animateur de ce qui fut appelé la « Nouvelle Droite », se déclare favorable à la nationalisation des banques, à la création d’un système de crédit socialisé, au refus de payer la dette, et s’appuie sur les intellectuels progressistes Emmanuel Todd, Perry Anderson, ou les Economistes atterrés (1). Le Front national (FN) défend le protectionnisme, de concert avec une partie de la gauche radicale, et parle, comme le Front de gauche (FG), de « souveraineté populaire ».

Alors, quand des militants syndicalistes apparentés à la gauche, quand une communiste, candidate sous étiquette FG aux élections législatives à Marseille en 2012, choisissent de se présenter sous la bannière du FN, il est peut-être paresseux de considérer que ce sont là des démarches saisissantes, mais anecdotiques. Tout comme le serait le report sur le FN d’un pourcentage non négligeable de voix socialistes aux législatives partielles de la deuxième circonscription de l’Oise, et à celles de Villeneuve-sur-Lot. C’est bien plutôt le signe d’une sérieuse confusion.

Mais alors, que signifie cet amalgame ? Faut-il, avec Jacques Julliard, y voir le mystère d’un basculement émotif, sur fond de « scepticisme à l’égard des milieux dirigeants, gauche et droite confondues » (2), ou le choix de transcender les clivages, parce que les « extrêmes » pourraient enfin, salutairement, se rejoindre ? Définies d’emblée comme« transcourants » et comme des outils de résistance au « système », les vidéos mensuelles de Soral sur son site, dont l’audience n’est, elle, assurément pas anecdotique, en particulier chez les jeunes (quinze millions de vues pour trois cent quatre-vingt-deux vidéos), permettent d’éclairer ce qui se joue.

Soral s’adresse, en son seul nom, aux citoyens de bonne volonté qui essaient de comprendre quelque chose à tout ce « bordel » — terme « soralien ». En tee-shirt, sur un canapé, désinvolte et concentré, il explique la situation : l’actualité, et le sens de l’histoire. Son passé témoigne de sa sensibilité d’artiste : plusieurs films, un roman. Mais également de son courage intellectuel, car son parcours politique correspond aux tentations de bien des inquiets. De l’adhésion au Parti communiste (brève, semble-t-il) dans les années 1990 à la Liste antisioniste fondée avec l’humoriste Dieudonné pour les élections européennes de 2009, en passant par deux années au Front national (2007 à 2009), il l’a accompli sans peur des paradoxes et des ruptures. Il affiche sereinement son « mauvais esprit », tout comme le fit l’avocat Jacques Vergès, qu’il salua en étant présent lors de ses obsèques (20 août 2013), aux côtés de l’ancien ministre socialiste Roland Dumas, de l’ancien ministre du gouvernement Balladur Michel Roussin, et de Dieudonné…

Adepte de surcroît des sports de combat (boxes, et française et anglaise), il se présente, discrètement mais fermement, comme la symbiose d’un adolescent prolongé — caractérisé comme il se doit par l’intensité de son questionnement, le non-conformisme de ses engagements (et dégagements) — et d’un individu presque moyen, confronté à la solitude héroïque mais musclée de celui qui, sans parti, sans appui, contre tous, tente d’y voir clair. On est loin de l’image du penseur universitaire ou du cadre politique. Ce qui facilite d’autant le butinage idéologique, pratiqué par de nombreux internautes, souvent dépourvus de la formation que dispensaient hier partis ou syndicats et qui structurait la réflexion.

C’est autour de quelques émotions et notions-clés que le propos s’organise : le sentiment d’impuissance face à la mondialisation et à la perte d’autonomie d’un pays soumis aux lois européennes ; l’inquiétude devant les régressions économiques et sociales ; le malaise à l’encontre des valeurs de la modernité autoproclamée progressiste ; la difficulté d’envisager un avenir différent. Sous le parrainage intrépidement conjoint d’une sainte guerrière et de dirigeants politiques peu portés sur le consensus, Soral donne son analyse et ses réponses.

L’obsession de la morale et de la nation

Tout d’abord, il importe de lutter contre le « mondialisme », un « projet idéologique visant à instaurer un gouvernement mondial et à dissoudre en conséquence les nations, sous prétexte de paix universelle », le tout passant par la « marchandisation intégrale de l’humanité » (3). Ce mondialisme se traduit par une « domination oligarchique », qui bafoue la souveraineté populaire et entretient le mythe de la toute-puissance du marché, « comme si ce n’était pas politique, pas un rapport de forces et un rapport de classes » (vidéo, janvier 2013). L’attribution de droits spécifiques aux « minorités opprimées » vient alors se substituer aux acquis sociaux collectifs, et conduit à une balkanisation qui risque de mener à la guerre civile : le témoignage le plus vif de cette dérive serait la « lecture racialiste des rapports sociaux », « “souchiens” contre “Arabes”, tous en bas de l’échelle, plutôt que travail contre capital », et qui fait des musulmans des « boucs émissaires ».

En résumé, le Nouvel Ordre mondial, également nommé l’Empire, veut faire triompher une démocratie formelle, simple « pouvoir du plus riche » (vidéo, mai 2013), tenante d’un égalitarisme abstrait qui substitue des « questions sociétales » à celles de « la question de l’inégalité sociale, de l’exploitation de classes » (vidéo, mai-juin 2013) : brandir les droits de l’homme la justifie.

Soral propose donc de « sortir de l’Union européenne, sortir de l’OTAN[Organisation du traité de l’Atlantique nord], et reprendre le contrôle de notre monnaie (…) pour rendre à la France sa souveraineté et à la démocratie un peu de son sens ». Lutter contre l’« obsolescence des Etats face à l’économie mondialisée ». Et instaurer le protectionnisme.

On voit bien comment cette lecture de la situation générale peut ne pas choquer ceux qui, comme lui, veulent en finir avec l’« oligarchie de la rente sur le travail humain ». Soral pourrait même donner à croire qu’il est, non pas, comme il le prétend, « marxiste » — il faudrait être distrait de façon persévérante —, mais à la recherche d’une « gauche authentique ». Surtout si on ajoute qu’il condamne la colonisation,« trahison de gauche de l’universalisme français » ainsi que le néocolonialisme, insiste sur le fait que l’« instrumentalisation des tensions ethno-confessionnelles » sert à dévoyer la lutte de classes, et souhaite un monde multipolaire. Pourtant, il évoque bien peu les mouvements sociaux, la socialisation des moyens de production…, semblant davantage inspiré par la dénonciation de l’« alliance croisée de la droite financière et de la gauche libertaire », que légitiment élites et médias…

C’est que sa véritable obsession est bien moins la justice sociale que le sauvetage de la France — « Je veux sauver la France, voilà » (vidéo rentrée 2012, 3e partie) — et ce qu’elle lui paraît représenter. En d’autres termes, la politique lui importe moins que la morale, la révolution moins que la nation. La morale, pour le sens qu’on peut donner à sa vie personnelle ; la nation, pour le sens qu’on peut donner à la vie collective.

Si les rapports de classe sont une thématique omniprésente dans son propos, leur étude y demeure fluette. Car l’essentiel de son analyse est porté par une conception de l’homme que le libéralisme, devenu synonyme de modernité, chercherait à détruire. L’ennemi fondamental, c’est ce qui incite « à la consommation compulsive et à l’individualisme » (charte d’E&R), c’est-à-dire l’« idéologie du monde marchand ». Bien davantage que l’exploitation, ce qui est à condamner dans le néolibéralisme, c’est qu’il produit « une société vouée à ses pulsions » (vidéo, mai 2013), entraînant ainsi un affaiblissement du sens du collectif, et donc de la conscience politique, via l’épanouissement sollicité de l’égoïsme, de l’esprit de compétition, de la recherche du plaisir. Or seule la nation est « apte à protéger les peuples des profits cosmopolites qui n’ont ni patrie ni morale », et pervertissent les valeurs qui dépassent la seule satisfaction personnelle. Le saut est brutal.

De quoi la nation est-elle donc ici le nom ?

A l’évidence, pour « protéger les peuples », elle devrait être l’incarnation du refus de l’égoïsme et des « profits cosmopolites ». Ce qui suppose, d’une part, qu’elle est une essence singulière, le génie propre à une culture particulière. Et, d’autre part, qu’elle doit exclure le cosmopolite amoral.

Sacré dévoiement. De la demande de souveraineté face, entre autres, aux lois supranationales, on en vient à recourir à une notion quasi mystique, censée permettre, si on la revendique, de créer un « front du travail, patriote et populaire, contre tous les réseaux de la finance et l’ultralibéralisme mondialisé (4) ». « Communauté nationale fraternelle, consciente de son histoire et de sa culture », où se retrouvent « ceux qui veulent un plus juste partage du travail et des richesses », et « ceux qui veulent conserver ce qu’il y avait de bon, de mesuré et d’humain dans la tradition », cette tradition helléno-chrétienne qui aurait conduit à l’exigence d’égalité réelle. Pour en finir avec le matérialisme, il faut, selon Soral, retrouver la force spirituelle qui lui faisait autrefois contrepoids, représentée tant par la religion que par le communisme ou l’universalisme français : le sens de la fraternité, le respect de soi et de l’autre, la conscience d’être un individu lié à un ensemble.

La nation serait donc une entité par nature anticapitaliste, dont s’excluent de fait tous les agents, conscients ou non, du néolibéralisme : à gauche, ceux pour qui le combat se réduit à l’« égalité en droit » ; à droite, ceux qui « veulent conserver leurs privilèges ». Ce qui importe, c’est la possibilité de rassemblement dans le partage de valeurs communes, plus grandes que les appétits et caractéristiques individuels. Peu importe donc la laïcité, devenue « une religion, la plus fanatique de toutes », peu importe l’origine du citoyen — les Français musulmans intégrés « sont une chance pour la France » au contraire de« cette nouvelle génération de paumés, issus des ghettos de la relégation (…) porteurs d’une idéologie délinquante américaine libérale ». L’ennemi de la fraternité, c’est aussi bien le communautariste, au nom de l’égalité « victimaire », que l’improductif, l’avide, le jouisseur — l’individualiste. Tous les « progressistes » et tous les « réactionnaires » ne composent donc pas deux groupes homogènes.

Il importe de définir les authentiques contributeurs à une société désaliénée de la représentation du monde néolibérale : le vrai peuple, porteur de l’esprit de la nation. Loin des faux antagonismes, loin des clivages-clichés, il inclut la petite bourgeoisie qui peut être proche du prolétariat, le petit patron qui n’a pas les mêmes pratiques que le Medef. Tous ensemble, paysans, ouvriers, petits entrepreneurs… pourront aller vers une « société mutualiste de petits producteurs citoyens », car, pour chacun, « la responsabilité économique et sociale — donc politique — résulte de la propriété de ses moyens de production ». Soral n’est pas loin de Pierre-Joseph Proudhon, ni de Pierre Poujade. Mais il est très loin de Karl Marx.

Un facilitateur de dévoiement

Cette société « réconciliée », digne, pourrait constituer un objectif commun pour la droite antilibérale et la gauche radicale. « Il existe une droite morale qui est, si on y réfléchit bien, l’alliée de la gauche économique et sociale. Et, à l’inverse, une gauche amorale qui s’est révélée comme la condition idéologique de la droite économique dans sa version la plus récente et la plus brutale. » « Gauche du travail, droite des valeurs » : le slogan d’E&R prend tout son sens. La gauche sociale intègre le sens de la transcendance porté par les valeurs de la nation, et la lutte des classes s’abolit dans une société diverse et unie.

Reste à expliquer la victoire du néolibéralisme, y compris dans son emprise idéologique sur la gauche amorale. C’est assez simple : elle est due au complot américano-sioniste.

Si la démocratie est factice, si les thèses en faveur du néolibéralisme sont aussi fortement propagées, si l’opposition est si souvent affaiblie, c’est parce que des réseaux occultes infiltreraient l’ensemble des organes de décision de... l’Empire, neutralisant ou corrompant l’action politique : des dîners du Siècle (5) aux « nouvelles maçonneries pour l’hyperclasse que sont les think tanks, style Bilderberg et Trilatérale »,l’oligarchie prépare et ses manœuvres et l’opinion, tandis que, de complot en complot, elle crée la menace terroriste avec les Twin Towers ou la guerre civile en Syrie. Ce qui justifie le soutien de Soral à l’« islam de résistance » et à ses alliés, qui, seuls, s’opposeraient à la domination mondiale de cette caste…

Au cœur de ces conspirations se tiendraient, liés à l’Amérique rapace, les « Juifs », sinon errants, du moins par nature étrangers à la nation, et de surcroît portés sur l’accumulation de capital. La banque est juive, la presse est juive, le destructeur de l’unité nationale est juif… Soral a pour eux une haine positivement fascinée. Il les voit partout. Evidemment, il lui est facile de préférer parler d’antisionisme ou d’opposition à la politique d’Israël. Mais c’est tout bonnement de l’antisémitisme, et non l’expression d’un soutien au peuple palestinien ou d’un goût marqué pour la provocation supposée libératrice. S’il réédite des classiques de l’antisémitisme dans Kontre Kulture, sa maison d’édition (Edouard Drumont, La France juive, etc.), c’est par ardente conviction. Aucune ambiguïté.

Pourtant, ce déchaînement maniaque ne suffit pas à le discréditer auprès de ses fidèles. C’est que les théories du complot, franc-maçon, juif, Illuminati et autres, renvoient à ce grand sentiment d’impuissance aujourd’hui répandu, que n’atténuent guère les attaques, elles aussi fréquentes, contre les élites et l’oligarchie. C’est sans doute aussi que, parfois, existent des arrangements effectivement tenus secrets (qu’en fut-il, pour rester sobre, des rapports entre les Etats-Unis et certains éléments du patronat chilien dans la préparation du coup d’Etat qui renversa Salvador Allende ?). Mais il importe quand même de se demander si ce type de réflexion, qui se veut avant tout morale, au-dessus des partis, anticapitaliste et nationaliste, ne conduit pas assez fréquemment à un populisme « rouge-brun », fort peu anticapitaliste mais fort teinté de xénophobie, sinon de fascisme. A en croire l’histoire, la réponse est oui.

Il serait néanmoins frivole de considérer que les habitués de Soral sont tous de la graine de fascistes. Il le serait tout autant de ne pas prêter attention à ce qui, dans son discours, est un « embrayeur » d’équivoque, un facilitateur de dévoiement. C’est autour de la mise en parallèle des valeurs sociétales et des questions sociales, ainsi que du retour à la nation, que se joue l’essentiel de ses développements et de leurs conséquences : une vue apparemment cohérente des ravages sociaux et intimes de la modernité libérale, qui délivre les internautes de leur propre soupçon d’être de tristes réactionnaires, tout en les confortant dans le sentiment d’appartenir à une minorité enfin éclairée. Il n’est donc peut-être pas sans intérêt, pour la gauche déterminée à créer les conditions d’une véritable justice sociale, de rappeler que rien dans ses propos et objectifs ne saurait être confondu avec ceux d’une droite extrême. Pour ce faire, mieux vaudrait préciser sa propre analyse sur ces questions, quand bien même elle serait conflictuelle dans son propre camp.

Evelyne Pieiller

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 21:14

Pluralisme de la presse: Attention, liberté en péril!

22 octobre 2013, 16:54 

 

La presse quotidienne se porte mal. Tout le monde n’en est pas attristé. C’est l’occasion pour les ténors du CAC 40, rois de la banque, de l’armement, ou de la communication de faire main basse sur des titres reconnus et dont les équipes, affaiblies et menacées, leur résisteront moins. Quoi de mieux qu’un journal reconnu pour faire approcher l’opinion, la circonvenir et la préparer aux mesures qui favorisent leurs puissants intérêts. Derrière les rachats, cette scène se joue partout, tout juste masquée par la fiction de la neutralité de la presse. Comme si chaque titre n’exprimait pas un regard sur le monde, des intérêts sociaux, politiques ou économiques bien précis!

 

Là comme ailleurs, les difficultés sont présentés comme la conséquence inéluctable des évolutions techniques, du coût du travail trop élevé (hier celui des ouvriers du Livre; désormais celui des journalistes) , ou de l’irruption des journaux gratuits - quoi que payés par les consommateurs sous forme de frais de publicité - qui donnent à chacun accès à une information qui ne dérange pas les annonceurs. Le panorama dont rêve l’oligarchie qui pilote l’économie c’est une information «low coast», bas de gamme, destinée au plus grand nombre tandis qu’une clientèle privilégiée aurait droit à des traitements de première classe dans des supports soignés. Le patron d’Amazon ne dit pas autre chose quand il justifie son rachat d’un des fleurons de la presse américaine, le Washington Post, en prédisant que les journaux deviendront un produit de luxe. Internet et imprimés vivent la même dérive, dominés par les plus forts et les plus riches, qui accèdent de ce fait au plus grand nombre. Là une info mâchée et remâchée, expurgée des pensées dérangeantes, envahit la toile; là , des sites payants divulguent de petits secrets à un petit nombre. De là naît le rejet de la pensée unique, l’impression d’uniformisation, de rupture de confiance, de manipulation.

 

L’accès à l’information est un enjeu démocratique majeur alors que nous vivons une crise de la démocratie. Dans un monde toujours plus complexe, où l’homme tient entre ses mains son développement ou sa perte, les décisions doivent être toujours plus partagées, donc soutenue par une information étendue, contradictoire, discutée. Le pluralisme n’est pas une posture morale c’est un impératif de fonctionnement des sociétés. Il est dans un extrême péril aujourd’hui. Déjà, les grands intérêts financiers ou industriels contrôlent l’essentiel des médias. Le filtre y est puissant dans le privé comme dans le public: aucun journaliste de l’Humanité n’a été convié à s’exprimer sur TF1 comme sur France 2 depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et sur France Inter aucun chroniqueur du journal de Jaurès n’est convié alors que tous les autres titres ont micros ouverts.

 

Las, les dispositions les plus inquiétantes se préparent qui menaceraient les titres de la presse quotidienne et singulièrement ceux qui ne sont pas abreuvés de publicité. Affaiblissement du réseau de distribution des journaux, suppression du moratoire postal qui limitait la hausse des coûts d’acheminement, menaces sur les aides à la presse à faibles ressources publicitaires, conditionnement des aides aux critères dictés par le gouvernement, faible compensation du pillage de l’infomation par Google... Il est urgent de réagir. Les lecteurs de l’Humanité savent voler à la rescousse de leur quotidien. Mais c’est aussi l’affaire de tous les démocrates.

 

(Publié mercredi 23octobre 2013 dans l'Humanité) Patrick Apel-Muller
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 18:28

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Travail le dimanche : une grand-messe médiatique

par Thibault Roquesle 8 octobre 2013

L’ouverture des commerces le dimanche est l’occasion d’observer, une nouvelle fois, la façon dont les médias font d’un sujet, en quelques jours à peine, un enjeu central pour l’avenir du pays. Miracle de l’unanimisme médiatique, puisque nul besoin d’un chef d’orchestre pour que les médias dominants jouent la même partition. En effet, plutôt que de présenter de manière équilibrée les termes du débat, s’affirme un parti-pris quasi systématique : au nom du mieux-disant économique associé à la déréglementation du travail le dimanche (qu’il resterait à prouver), les « grands » médias prônent plus ou moins ouvertement et consciemment le moins-disant social. Chantres de la liberté (d’exploiter et de se faire exploiter) et apôtres du néolibéralisme, ces mêmes médias ne pouvaient manquer de dénigrer au passage l’action syndicale.

Travailler la nuit et le dimanche, une évidence médiatique

Alors que le débat ne fait que commencer, quoi de mieux pour planter le décor que de relayer, à chaud, un sondage éloquent ? Les grands quotidiens s’y emploient : Le Monde, d’abord, qui souligne qu’ « une majorité de Français, 64 %, s’est déclarée favorable à l’ouverture des magasins au-delà de 21 heures dans les zones touristiques, selon un sondage OpinionWay pour Tilder et LCI, publié jeudi 26 septembre ». Le titre de l’article est sans appel :

En écho, Le Figaro, soucieux de ne pas se faire doubler, ne craint pas de généraliser davantage encore, en se plaçant cette fois-ci du côté du consommateur :

Prolongement de ce travail de construction d’une évidence en faveur de l’extension du travail de nuit, la victoire des syndicats dans l’affaire Sephora aurait suscité, selon Le Figaro, rien moins qu’un « émoi général » :

Seul problème, l’article égrène ensuite la liste des bouleversés : le Medef Île-de-France, Xavier Bertrand, ex-ministre UMP, le délégué général du Comité Champs-Élysées (« organisation qui regroupe environ 180 enseignes et lieux de culture de la plus belle avenue du monde » – et dont le travail consiste donc à promouvoir à tout prix la luxueuse avenue) et Robert Rochefort, vice-président du Modem. « Émoi général » pour « une majorité de Français », vraiment ? Il est certes difficile de résister à l’appel d’un simili-sondage qui, commandé au moment opportun, apportera son lot de chiffres « indiscutables ».

Pour l’emploi, le dimanche tu travailleras !

L’argument apparemment inattaquable que les médias ont repris à l’envi fut d’abord et avant tout celui de la croissance que générerait l’ouverture dominicale des magasins. Cet argument « de bon sens » est repris en chœur, chiffres à l’appui. Par exemple dans l’émissionl’Eco du soir du 26 septembre sur BFMTV dans laquelle Emmanuel Lechypre, éditorialiste économique de la chaîne, regrette la fermeture en ces termes :

« C’est dommage parce qu’au final ça coûte, il faut le redire, des emplois et de la croissance. […] il faut être pragmatique et regarder les faits. Si d’abord, ces magasins ouvrent, c’est qu’ils y trouvent un intérêt, hein. Sephora nous dit : "je faisais 20 % de mon chiffre d’affaires après 21h". Bricorama, qu’on a obligé de fermer, eh ben ils ont fait un chiffre d’affaires qui a baissé de 25 %, ça leur a coûté 25 % du chiffre d’affaires et 200 contrats n’ont pas été renouvelés. Il souligne, plus loin, qu’il y a « les faits mais y’a les études, hein, qui nous disent par exemple que dans des pays comme le Canada, les Pays-bas, les États-Unis, et bien l’ouverture, ça a fait 3 % à 5 % d’emplois en plus. Un seul exemple tout bête : les touristes. Les grands magasins parisiens n’ont pas le droit d’ouvrir le dimanche. Quand les touristes, ils sont là 3 ou 4 jours, ben manifestement, si vous ouvrez pas le dimanche, c’est de la clientèle qui est perdue, des emplois et de la croissance en moins. »Notons au passage que pour une fois, le « modèle allemand », tant vanté par ailleurs par les commentateurs friands de comparaisons internationales, ne fait pas recette. Et pour cause : outre-Rhin, le travail dominical est très strictement encadré. Mieux vaut alors se tourner vers le « modèle anglo-saxon » (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, etc.), bien plus « flexible » en la matière.

Trois jours plus tard, histoire d’enfoncer le clou, il revient à la charge sur son compte Twitter :

Sur Europe 1, son alter ego Nicolas Barré ne dit pas autre chose. Il y ajoute néanmoins une pointe d’ironie : « L’ouverture du dimanche, c’est terrible, vous vous rendez compte, ça risquerait de créer des emplois. Dans un pays qui compte plus de trois millions de chômeurs, l’idée n’est pourtant pas totalement absurde. Et bien non, régulièrement, les mêmes syndicats attaquent en justice les magasins qui ouvrent le dimanche, jour où pourtant des millions de salariés travaillent déjà ; un chiffre : l’ouverture des grands magasins, ne serait-ce que 15 dimanches par an permettrait de créer en net 20 000 emplois, c’est l’équivalent de sept fois l’usine PSA d’Aulnay qui emploie 3000 personnes, voilà de quoi on se prive.  »

Et le présentateur de la matinale d’Europe 1, Thomas Sotto, de renchérir en guise de conclusion : « Je retiens ce chiffre que vous nous donnez ce matin, Nicolas Barré. Si on ouvrait 15 dimanches par an les grands magasins, ça créerait 20 000 emplois, soit sept fois l’usine PSA d’Aulnay. » « Sept fois l’usine PSA d’Aulnay », pour emporter l’adhésion de l’auditeur ? Il est vrai que l’argument permet au passage de minimiser les conséquences sociales désastreuses de la fermeture programmée de l’usine d’Aulnay, en oubliant d’ailleurs la destruction des emplois induits.

Christophe Barbier, rédacteur en chef de L’Express, ne peut de son côté que confirmer ce constat : selon lui, les représentants syndicaux doivent cesser de « jouer l’acquis social indu contre la croissance, contre l’économie, contre l’emploi, contre la prospérité. »

Le Figaro, sur la même ligne (économique), n’est pas plus avare de chiffres, allant jusqu’à promettre 100 000 emplois au gouvernement qui entreprendrait de déréglementer le travail dominical :

Que n’y a-t-on pensé plus tôt ? À moins que l’essentiel soit dans l’usage du conditionnel…

Stéphane Soumier, chroniqueur sur BFM Business, fait preuve d’autant de mesure dans l’annonce des miracles que produirait immanquablement l’ouverture dominicale des commerces : « On est donc capable de tout cela, on est donc capable de faire naître des torrents de croissance et d’enthousiasme. Pour peu que l’on fasse sauter les barrages. En cela l’affaire Séphora est emblématique. Mais bon dieu, au nom de quoi passe-t-on à côté de ce gisement de croissance ? Les deux seuls grands magasins du boulevard Haussmann à Paris estiment à 250 millions d’euros le chiffre d’affaire supplémentaire si on les laissait travailler le dimanche. Allez, divisez le chiffre par 2 : 150 millions [sic]. Est-ce qu’on a les moyens de se refuser ça ? Les enseignes de bricolage nous disent qu’elles créeraient 7000 emplois si on les laissait bosser tout le temps. Pareil, divisez le chiffre par 2 : 3500. Est-ce qu’on a les moyens de se refuser ça ?  »

Ce sont là encore des euros par millions et des emplois par milliers dont on se prive. Le dimanche est décidément une sinistre invention. Les « démonstrations » sont rapides, voire simplistes, c’est entendu. Mais les médias sont catégoriques : en ces temps difficiles, c’est l’économie qui prime, autant dire la loi de maximisation des profits qui impose de rentabiliser au maximum les locaux ; or, en renonçant au repos dominical, on renoncerait à relancer la machine économique. De là à se soucier de la santé des salariés, de leur vie de famille, de leur temps libre…

Aux médias compatissants, les salariés reconnaissants

Et si le discours productiviste ne suffit pas, alors certains n’hésitent pas, à titre exceptionnel, à prendre la défense des salariés, des vrais, volontaires pour travailler le dimanche [1]. Car si, dixit Le Figaro,« les Champs sont en colère » à la suite du jugement dans l’affaire Sephora, c’est parce que ne cesserait de grossir le nombre de ceux et celles qui souhaitent travailler le dimanche, sans que jamais ne soit invoquée pour le comprendre la faiblesse des salaires dans le secteur du commerce.

Certains, comme Emmanuel Lechypre, vont même plus loin : « Et puis les salariés de Bricorama, ils sont même allés manifester devant le siège de FO, c’est quand même pas souvent qu’on voit des salariés aller manifester devant les syndicats. » Un pas de plus et le chroniqueur appelait les foules à prendre la rue pour mettre à bas l’arbitraire syndical ! Christophe Barbier, dans son éditorial, se positionne lui aussi du côté du bien de tous et en particulier de celui de ces honnêtes gens privés de ce droit inaliénable qu’est le travail : « Les commerçants veulent ouvrir, les salariés veulent travailler, les clients veulent venir dans les magasins à des heures inhabituelles, que ce soit le dimanche ou tard le soir.  »

Interdit d’interdire !

On l’aura compris, derrière cette compassion soudaine des médias pour les salariés, il y a bien souvent une très noble cause : la liberté (de travailler). Pseudo-experts, éditorialistes multicartes et journaux se rejoignent ainsi pour brandir ensemble cet étendard et proclamer à leur tour, en cette solennelle occasion du moins, qu’il est « interdit d’interdire » (de travailler). Le Parisien, stupéfait, titre ainsi le 26 septembre :

On retrouve partout ailleurs cette opposition grossière entre liberté d’une part et contrainte ou privation de l’autre. Amer et mélancolique, Le Figaro constate ainsi que :

Nicolas Barré, étoile montante de l’éditocratie et courageux apologiste du travail le dimanche, ose un pari : « Et si on misait sur la liberté ? ». Et il s’empresse de préciser qu’il s’agirait pour lui de mettre fin à « des lois archaïques qu’il faudrait changer mais qu’il ne faudrait surtout pas remplacer par de nouvelles lois. Il faudrait au contraire faire confiance aux employeurs et aux employés pour se mettre d’accord eux-mêmes sur les horaires et les jours d’ouverture, bref laisser chacun libre de travailler quand il veut et de consommer ce qu’il veut quand il veut comme c’est le cas à Londres, à New York ou à Tokyo. Il faudrait faire pour une fois le pari de la liberté plus que de la réglementation, moins de lois archaïques, moins de règles absurdes, on peut faire le pari aussi qu’au bout du compte, cela se traduirait par moins de chômage. Il ne reste plus qu’à essayer. »

Audace médiatique, quand tu nous tiens… Mal intentionné celui qui ne verrait dans cette « liberté » tant vantée par les médias qu’une nouvelle recette néolibérale : une pointe de dérèglementation, un soupçon de concurrence sauvage, libre et non faussée et un traitement de choc pour le salariat précaire. Préconisant lui aussi de « libéraliser l’ouverture dominicale », l’éditorialiste de BFM s’emporte, toujours au nom de grands idéaux :

Il est vrai que les médias, eux, répugnent systématiquement à prodiguer leurs conseils et leurs solutions au bon peuple... Quant à la liberté de se reposer le dimanche, de vaquer à ses occupations, seul ou en famille, on notera qu’il n’en est (presque) jamais fait état.

Liberté… de bafouer la loi

S’ils s’élèvent régulièrement contre la « jungle réglementaire » et autres « absurdités législatives » en vigueur, c’est pour mieux se retrouver autour d’une idée simple : que ne s’assoit-on pas sur le Code du travail ! Comme le rappelait plus haut Nicolas Barré, aujourd’hui plus que jamais, il faut faire fi des règles – forcément absurdes –, des normes – forcément pesantes –, et des lois – forcément archaïques.

En d’autres termes, « faire sauter les barrages » comme le dit joliment Stéphane Soumier. Emmanuel Lechypre, à mots à peine couverts, est sur la même longueur d’onde : « Et donc, tout le monde est pénalisé, alors que la solution quand même qui aurait été la plus logique, c’aurait été que tout le monde puisse ouvrir. Mais non, là, au contraire, presque tout le monde doit fermer…voilà, à cause de la loi  ». On aura rarement vu les médias inciter à bafouer la loi ; c’est maintenant chose faite.

Quant à Christophe Barbier, il n’a pas de mots assez durs à l’encontre de tous ceux qui, dans cette affaire, ont décidé de « jouerle respect stupide du droit.  » Bon nombre de journaux d’ordinaire si « responsables », si stupidement respectueux du droit (du moins quand celui-ci entérine les privilèges sociaux) prennent clairement le parti de l’irresponsabilité, en tout cas de l’illégalité. Ils ne font par la même qu’entonner le refrain du nouveau président du Medef, Pierre Gattaz, pour qui « il faut adapter le code du travail ». Vive la liberté… de bafouer le Code du travail.

Les syndicats : archaïques, évidemment…

Mais s’il y a bien un point qui fait l’unanimité parmi nos contempteurs du repos dominical, c’est l’archaïsme automatiquement imputé aux syndicats. À leur encontre, les médias font feu de tout bois, parfois à demi-mots, le plus souvent en sortant la grosse artillerie. À tout seigneur, tout honneur, l’homme à l’écharpe rouge de L’Express – l’inénarrable Christophe Barbier – n’y va pas par quatre chemins dans son édito vidéo du 24 septembre. Écoutons-le :

« Il faut parfois dire les choses crûment, violemment. Oui, L’Express l’affirme : les syndicats français sont nuls. Nuls, on le voit avec cette affaire Sephora, déplorable. Les commerçants veulent ouvrir, les salariés veulent travailler, les clients veulent venir dans les magasins à des heures inhabituelles, que ce soit le dimanche ou tard le soir… et évidemment , il y a toujours un syndicat pour être pointilleux et jouer le respect stupide du droit, jouer l’acquis social indu contre la croissance, contre l’économie, contre l’emploi, contre la prospérité. C’est contre cela qu’il faut se battre, contre cela que l’Express se dresse, avec d’autres, pour dire que le syndicalisme français doit se réformer. Oh, ceux qui le composent sont, la plupart du temps, de bonne volonté. Mais comme par hasard, l’addition de ces bonnes volontés donne un boulet terrible pour l’économie française. Pour l’économie mais aussi pour le progrès social. Car quand on ne dégage pas de richesses, on ne peut pas améliorer le système social. Alors il faut réformer, ré-for-mer le syndicalisme français  ». (…) Suivent quelques pistes pour engager cette réforme impérative, et la conclusion, sans appel : « Les syndicats ne pensent pas à l’utilité des réformes pour leurs usagers, ils pensent à leur idéologie. C’est contre ce tabou là que nous déclenchons une offensive : « pourquoi les syndicats sont nuls », c’est dansL’Express. »

Sans commentaire… si ce n’est, comme il le souligne, qu’il est loin d’être le seul – dans l’univers des médias dominants – à avoir une vision si mesurée du syndicalisme. Allié de circonstance, Plantu, en « Une » du Monde le 30 septembre, déploie des trésors d’imagination et de subtilité pour vilipender à son tour le syndicalisme :

Nous avons analysé ailleurs ce dessin « humoristique » et l’utilisation d’une imagerie islamophobe pour dénigrer la défense syndicale des salariés ; qu’il suffise ici de noter sa vision des syndicats, qui ne sauraient être que des organisations économiquement et socialement rétrogrades. Avec moins de virulence, sur BFMTV, c’est « la qualité médiocre du dialogue social [qui] n’aide pas non plus en France » qui est pointée, tandis que sur Europe 1, on regrette que, « régulièrement, les mêmes syndicats attaquent en justice les magasins qui ouvrent le dimanche, jour où pourtant des millions de salariés travaillent déjà ». Bref, pour ces médias, il est temps non seulement de renoncer à ces « acquis sociaux indus » mais surtout de supprimer toute instance de représentation des salariés qui préfèrerait revendiquer des augmentations de salaire, le refus des contrats précaires ou l’amélioration des conditions de travail, plutôt que d’accepter l’ouverture dominicale des commerces.

Un retour au rapport de force capitaliste du XIXe siècle, en somme, quand employeurs et employés, patrons et ouvriers se « mettaient d’accord » sans intermédiaire aucun, c’est-à-dire sous contrainte patronale. Par souci de la sacro-sainte liberté des salariés, encore et toujours.

Pendant ce temps-là, sur le service public…

Pour la défense de l’intérêt général et des intérêts du public au sens large, il reste les chaînes et stations de service public, dont on pouvait légitimement attendre une présentation plus équilibrée des termes du débat. Qu’en est-il exactement ?

Sur France 2, le 29 septembre, lors du JT du soir, le reportage lancé par Marie Drucker semble s’efforcer de donner la parole aux différents acteurs, en dépit de la place restreinte qui est faite à certains ; ainsi l’intervention de 15 secondes de Karl Ghazi, secrétaire général de la CGT (commerce et services de Paris) est noyée au milieu de plusieurs témoignages à sens unique – aussi bien des « travailleurs volontaires » stupéfaits que des clients insatisfaits. Pourtant, seul François Lenglet, expert économique de la chaîne, a le privilège d’être en plateau et d’occuper la place de l’analyste qui surplombe et domine son sujet. Voici son constat et l’échange qui suit :

_ - François Lenglet : « Sur ce sujet, il y a un décalage croissant entre la société française et ceux qui la représentent, les syndicats et les politiques. Du côté des Français, tant chez les salariés que chez les consommateurs, on souhaite plus de souplesse dans les horaires de travail des magasins, pourvu que cette souplesse soit encadrée et rémunérée. La société a changé. Et l’essor du commerce en ligne, qui évidemment ne connaît pas d’horaire, a sans doute fait bouger les mentalités. Et puis à l’inverse, dans les syndicats et les partis politiques, on s’accroche au symbole, au totem et au tabou. Et on ne veut rien changer, sinon avec des lois tellement complexes qu’elles en deviennent inapplicables. » 
- Marie Drucker : « Pourquoi cette décision de justice alors qu’on l’a vu, à l’exception de la CGT, tous les protagonistes sont pour ? » 
- François Lenglet : « Là encore, les tribunaux n’ont fait qu’appliquer ces lois incompréhensibles. En France, ce sont les tribunaux qui fixent la durée de travail dans les magasins, alors que ce devrait être le patronat et les syndicats. L’implication de plus en plus forte des juges dans la vie sociale signe la faiblesse problématique du dialogue social à la française. » 
- Marie Drucker : « Merci François pour cette analyse. »

Remercions François Lenglet, en effet, de ne pas déjuger ses collègues journalistes. Comme la grande majorité des « grands » médias, il livre ici un énième témoignage en faveur de la « liberté de travailler »… et de l’assouplissement du Code du travail. Pire pour le service public, on affecte de donner la parole à tout le monde pour mieux la neutraliser aussitôt, par la voix d’un prétendu spécialiste dépourvu de tout contradicteur.

Seule l’émission Ce soir ou jamais du 27 septembre, toujours sur France 2, semble remplir correctement sa mission de service public en accueillant une pluralité d’invités et, partant, en laissant place à une diversité de points de vue. Elle réunit en effet les conditions d’un débat digne de ce nom en distribuant la parole de façon relativement équitable entre les différents protagonistes et en leur laissant un peu de temps pour développer leurs arguments, en dépit de certaines limites inhérentes à ce genre de pratique à la télévision.

Outre cette parenthèse enchantée, néanmoins, la polyphonie n’est pas de mise sur le service public, comme en témoigne, pour finir, l’interview à charge menée par Clara Dupond-Monod sur France Inter le 30 septembre. Contrairement à d’autres, elle a le mérite, au cœur de la polémique, de recevoir en studio un syndicaliste pendant plus de cinq minutes. Le rôle de procureur qu’elle choisit d’endosser, lui, est plus convenu. L’intégralité des questions posées est retranscrite ci-dessous, mélange caricatural de fausse candeur et de vrai conformisme :

- « Pourquoi êtes-vous si remonté contre le travail dominical ? » 
- « Le fait que les salariés n’ont pas envie de travailler sept jours sur sept, comment vous le savez ? » 
- « Alors, juste pour les employés, Éric Scherrer, au Castorama de Créteil, 93 % du personnel s’est déclaré favorable au travail, donc, le dimanche, après un référendum organisé par la CFDT il y a un mois… » 
- « Alors, vous parliez des étudiants mais aussi des salariés du commerce : beaucoup protestent en disant que pour eux, c’est un manque à gagner considérable qui varie entre 400 et 600 par mois… Pourquoi est-ce que vous ciblez ceux qui subissent [la politique d’emploi des grandes enseignes], c’est-à-dire les salariés, et pas la politique d’emploi des grandes enseignes ? » 
- « Alors, [les salariés] vous poursuivent en revanche puisque l’intersyndicale, la vôtre, a gagné sur l’enseigne Sephora, qui comptait ouvrir la nuit sur les Champs Elysées. Mais 101 salariés protestent et vous attaquent en retour. Est-ce que vous comprenez que ces salariés aient besoin de travailler et d’arrondir leurs fins de mois avec ce travail du dimanche ? » 
- « C’est-à-dire que [ces 101 salariés] seraient manipulés selon vous ? » 
- « Alors, en 2011, il y avait 6,5 millions de Français qui travaillaient le dimanche d’après l’INSEE – donc fleuristes, chauffeurs-livreurs, imprimeurs, gens de France Inter. Pour vous, 6,5 millions de gens manipulés ? » 
- « Alors, au fil des procès gagnés contre les marques Conforama, Ikea, votre intersyndicale a engrangé quelque 10 millions d’euros. Vous allez finir aussi riche que le patron de Castorama, Éric Scherrer, non ? C’est un chiffre qui vous rapproche de ce grand capitalisme que vous combattez… »

Le cocktail de bon sens apparent, de vraie-fausse compassion envers les honnêtes salariés, et d’anti-syndicalisme primaire est désormais bien connu ; mais en rapprochant l’intersyndicale du commerce qu’Éric Scherrer représente et le grand capital, Clara Dupond-Monod assaisonne cette attaque en règle d’une pointe de perfidie. Cette fausse impertinence est désarmante tant l’interview est par ailleurs biaisée. Sans cesse, le syndicaliste est soumis à des injonctions et remis en question, sommé de se défendre, voire de se justifier, là où l’on pourrait attendre sinon de la bienveillance du moins un accueil de la parole de son interlocuteur sans a priorimanifeste. Il n’en est rien.

Tandis qu’avec Plantu, Le Monde courait derrière Valeurs Actuelles, la journaliste de France Inter semble ici courir derrièreL’Express. Alors que les ravages sociaux et sanitaires que produisent les horaires de travail décalés sont systématiquement passés sous silence dans les grands médias, de même que les effets du gel des salaires dans les secteurs public et privé, le parti pris anti-syndical est, lui, quasi général, de même que l’appel à travailler davantage, la nuit et le dimanche. Vous avez dit unanimisme médiatique ?

Thibault Roques

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 06:59

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Europe 1 et RTL s’offrent des patrons

par Denis Peraisle 17 septembre 2013

En cette rentrée médiatique, les deux grandes radios privées font la démonstration de leur amour inconditionnel pour les patrons. Pierre Bergé, co-propriétaire du Monde avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, Mourad Boudjellal, PDG des éditions du Soleil, spécialisé dans la BD tout en étant aussi le propriétaire-président du Racing Club Toulonnais, et Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef intègrent ainsi l’équipe de « polémistes » de l’émission « On refait le monde » sur RTL ; la troisième réussissant le tour de force de se faire aussi embaucher par Europe 1, pour une chronique hebdomadaire le samedi à 12h50 dans la tranche 12h30-13h pilotée par Patrick Roger.

Déjà omniprésents sur les ondes comme nous le relevions dans notre article « En direct des ondes patronales », ces nouvelles tribunes devraient permettre à leurs bénéficiaires de développer la doxa patronale en toute tranquillité.

D’autant plus que leurs hôtes savent leur présenter les « honneurs » qu’ils « méritent », comme le montre l’accueil particulièrement chaleureux réservé aussi bien par Jean-Pierre Elkabbach (le 10 janvier sur Europe 1) que Laurent Bazin (le 21 février sur RTL) à l’ancienne présidente du Medef, ou la grande cordialité de Jean-Jacques Bourdin devant le PDG de Total, Christophe de Margerie (le 15 février sur RMC) [1]. Des journalistes justifiant ainsi pleinement d’être désignés comme des « chiens de garde » de l’ordre établi.

De son côté, Laurence Parisot se défend bien entendu de vouloir faire valoir unilatéralement ses positions ou celles du Medef en déclarant le 29 août 2013 sur la station de Lagardère que« l’objectif de cette émission avec Patrick [Roger], c’est de créer les conditions d’un débat mais sans a priori, sans tabou, en essayant de dépasser les clivages » [2].

Pourtant, dès la première émission, l’entrevue avec l’élu d’Europe-Écologie-Les Verts, Denis Baupin, sur la fiscalité écologique vient apporter un démenti cinglant à cette prétention : elle utilisera bien cette tribune pour défendre les intérêts de sa corporation [3] avec un discours de combat, en l’occurrence contre toute fiscalité « verte » imposée aux entreprises déjà forcément « asphyxiées » par les « charges » [4].

Inutile de chercher dans les médias dominants la moindre critique sur ces « liaisons dangereuses », potentiellement porteuses de conflits d’intérêts, entre médias et milieux d’affaires (qui les possèdent). Pour lire quelque chose sur le sujet, il faut se reporter à un communiqué du SNJ-CGT du 3 septembre 2013 qui précise notamment : « On remarquera que les patrons des deux radios se sont facilement accommodés de la convention collective en ce qui concerne les collaborations multiples de Mme Parisot, quandils les interdisent aux journalistes. » [5]

On peut supposer que ces « pigistes de luxe » seront grassement rémunérés, alors même qu’ils perçoivent déjà des revenus plantureux de diverses sources. Mme Parisot, toujours dirigeante de l’Ifop, siège aussi au conseil d’administration de la BNP et de la Coface, ainsi qu’au conseil de surveillance de Michelin. Quant à la nouvelle avocate Jeannette Bougrab, elle siège encore au Conseil de réflexion de l’assurance (Cora), le lobby des assureurs. Comme l’écrit le SNJ-CGT dans son communiqué : « Au moment où les patrons de la presse écrite et audiovisuelle "dégraissent" les rédactions, ces embauches […] sont une insulte à la profession de journaliste  ».

Denis Perais

Nota bene  : si les radios privées ont donné le beau rôle aux patrons en cette fin d’été, signalons aussi que France Culture s’est installée à Jouy-en-Josas au cœur de l’université d’été du Medef le 28 août 2013, profitant de l’occasion pour interviewer Pierre Gattaz, président du Medef. Le journaliste Benoît Bouscarel a déroulé le tapis rouge pour Pierre Gattaz… et pour ses idées.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 18:39

Capture des Nouveaux Chiens de Garde, de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat

MÉDIAS -  le 22 Août 2013

 

La France sous dictature médiatique

 

 

C'est un monde, la chronique de José FortUne liberté fondamentale – le droit à l’information honnête et pluraliste – va être une nouvelle fois mise à mal à la rentrée par les principaux médias français.

Un système spécieux se met en place avec la complicité de la droite, du gouvernement socialiste, du patronat et des puissances de l’argent. Les représentants des organes de presse dépendant de Lagardère, Dassault, Berger et quelques autres vont rafler tous les postes de chroniqueurs sur les radios et les télévisions privées et publiques.

Le Nouvel Obs, le Point, l’Express, le Figaro, le Figaro Magazine, Valeurs actuelles etc. auront table ouverte avec pour caution de gauche « Marianne » et « Mediapart ». Vous retrouverez les mêmes Barbier,  Joffrin, Domenach, Plenel… Avec des petits nouveaux : l’ancienne patronne du Medef, Laurence Parisot et l’actionnaire du « Monde » Pierre Berger. Quant à la presse de gauche, la vraie gauche, comme « l’Humanité » ou « Politis », rien, nada. Elle n’existe pas.

Ainsi va la liberté de l’information dont se gaussent les personnes citées plus haut. L’affaire n’est pas nouvelle. Mais attention : nous sommes entrés totalement dans un nouveau temps, celui de la dictature médiatique.

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 09:51

Souscription pour l'Humanité

L’éducation populaire en soutien à l’Humanité

 

Samedi, à Ivry-sur-Seine, s’est tenue l’assemblée générale de l’association Livres en lutte. L’occasion de réaffirmer l’importance du soutien militant à l’Humanité.

Depuis plusieurs années, à l’occasion de la Fête de l’Humanité et de diverses initiatives politiques, syndicales et associatives, des tables de littérature sont tenues par des militants CGT et PCF du Val-de-Marne. Ce qui n’était au début que la volonté de présenter quelques livres est devenu aujourd’hui une librairie associative, baptisée Livres en lutte. Née de la réflexion sur le recul progressif de la lecture parmi les nouvelles générations, Livres en lutte se donne pour objectif de transmettre les livres qui ont contribué à l’éducation politique et syndicale des militants âgés aux plus jeunes, en échange d’une contribution au pluralisme de la presse : l’intégralité des recettes des ventes est reversée au journal l’Humanité, ce qui a permis de récolter, à ce jour, plus de 8 000 euros pour le journal (dont 2 500 depuis le début de l’année 2013).

Samedi soir, dans les locaux de la CGT cheminots d’Ivry-sur-Seine, s’est tenue l’assemblée générale de l’association, en présence de Didier Le Reste, syndicaliste et animateur du Front des luttes, et d’Isabelle Lorand, membre du conseil national du PCF. Une trentaine de militants ont écouté attentivement le rapport introductif du président de Livres en lutte, Robert Séguéla, cheminot retraité et militant PCF-CGT. Évoquant « le contexte lourd dans lequel se déroule l’assemblée générale », il a rappelé les menaces continues sur les acquis sociaux et la démocratie, mais aussi l’espoir de réussir à imposer un vrai changement de politique : « À (son) modeste niveau, la librairie associative peut participer (à ce changement de cap), grâce à la relance de l’éducation populaire des travailleurs salariés. »

« Livres en lutte, poursuit-il, doit maintenant prendre son véritable essor » : la librairie associative dispose en effet d’un fonds très important (plus de 40 000 livres et 3 000 disques qui ont été donnés par les militants), les initiatives se sont démultipliées en 2012-2013 (présence d’une table au congrès de l’Association républicaine des anciens combattants, à plusieurs meetings du Front de gauche, ou encore à la Fête de l’Humanité) mais elle n’a pas encore de locaux propres permettant d’accueillir le public.

La discussion a ainsi été centrée sur l’opportunité de louer une petite boutique associative à Ivry-sur-Seine et sur l’importance de la transmission des livres et le soutien au pluralisme de la presse. « J’ai imprimé avec ma mère l’Humanité clandestine en 1939 et l’appel de Thorez-Duclos en 1940, lance Gilbert, quatre-vingt-cinq ans, ancien résistant. C’est dire si je sais combien il est important de lire et de soutenir la presse militante ! » Pour Isabelle Lorand, l’initiative de Livres en lutte « n’est pas seulement mémorielle : c’est aussi l’occasion de nous redonner les moyens de former les futurs cadres ouvriers, activité quelque peu négligée dans une période récente ». Didier Le Reste remarque qu’il est « bon de dire que l’Humanité est un outil indispensable pour comprendre la société ». Mais, poursuit-il, « autre chose est de faire : la librairie associative, en consacrant l’intégralité de ses recettes à l’Huma, fait un geste fondamental en direction du pluralisme de la presse ». Après la présentation du bilan financier et le vote pour le renouvellement du bureau, les participants à la soirée se sont retrouvés autour d’un repas convivial. Avec un espoir : « Que d’autres associations s’inspirent du modèle de Livres en lutte pour être passeurs de mémoire et également soutiens actifs de l’Humanité », conclut Didier Le Reste.

Paolo Stuppia

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 06:53

 

MONDE

L'Humanité de ce lundi 24 juin 2013

MONDE -  le 23 Juin 2013

 

Marché transatlantique: le mandat européen secret dévoilé dans l'Humanité ce lundi

 

 

DOCUMENT. L’Humanité s’est procurée le texte du mandat grâce auquel la Commission européenne négociera une zone de libre-échange avec les États-Unis. Si un accord est trouvé, les États abdiqueraient une partie de leur pouvoir aux multinationales. A consulter ici.

Les négociations sur l’accord transatlantique ont débuté. Du côté des États-Unis, l’administration de Barack Obama mène ces pourparlers. Du côté de l’Union européenne (UE), la Commission s’en chargera. Elle dispose d’un mandat secret que lui ont confié les États, le 14 juin, et dont l’Humanité s’est procuré une copie, qui circule par ailleurs sur Internet.

Cet accord ne vise pas uniquement, en réduisant les droits de douane et en harmonisant les règles, l’établissement d’une zone de libre-échange censée apporter 0,5 % de croissance supplémentaire en… 2027. Revient par le bout de la lorgnette l’accord multinational sur l’investissement (AMI), abandonné en 1998 du fait de l’opposition du gouvernement français, de gauche plurielle. «Le but des discussions sur l’investissement sera de négocier la libéralisation de celui-ci», lit-on dans le document qui pourrait transformer le Vieux Continent en terrain de jeu pour multinationales.

L’avenir des services publics est aussi dans les mains de la Commission. « Les droits de propriété intellectuelle » devront être « inclus » dans l’accord. Certaines dispositions pourraient aussi s’avérer inquiétantes: il faudrait s’entendre pour protéger les investisseurs contre les « expropriations ».

A lire dans l'Humanité de ce lundi nos décryptage:

  • Au bonheur des multinationales
  • Le choix de l'arbitrage ou la voie d'une justice privatisée
  • Un coup de grâce au besoin d'Europe solidaire
  • Exception culturelle ou exception temporaire?

A découvrir aussi:

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  • Qatar: Paris-Doha, les liaisons douteuses
  • Les matchs truqués, fléau du sport
  • Culture: notre sélection théâtre
  • La musique n'est pas à la fête à la télévision
  • L'invitée de la semaine, Catherine Tanvier, ex-numéro un française de tennis, écrivaine
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