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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 11:48

 


 
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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 17:50

 

Médias - le 31 Août 2012

De nouvelles pages d’histoire pour préparer l’avenir

Notre journal lance une collection exceptionnelle consacrée à des événements marquants du XXe siècle. Richement illustré, le premier volume rassemble vingt-sept articles. 


La grande histoire du XXe siècle vue, écrite, parfois vécue par de grandes plumes de l’Humanité et illustrée par les plus grandes signatures du photojournalisme... C’est le pari réussi de l’Humanité Histoire. Les grands événements du XXe siècle. Une nouvelle collection exceptionnelle consacrée à l’histoire que lance l’Humanité. Le premier volume est sorti jeudi. Il rassemble une sélection de vingt-sept articles parus dans les pages « Il était une fois » que vous retrouvez chaque semaine dans l’Humanité Dimanche depuis 2006.

 

Présenté en 160 pages et illustrés de plus de 300 photos, l’ouvrage se veut « un kaléidoscope du XXe siècle » selon les mots passionnés d’André Ciccodicola, rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche et responsable de cette nouvelle collection. La place de l’image y est centrale. « On peut aussi lire ce précieux document en regardant les photographies », poursuit André Ciccodicola, soulignant leur grande qualité.

 

En le feuilletant, on passe ainsi de la crue de la Seine qui submerge Paris en 1910 à la grande crise de 1929, la guerre d’Espagne en 1936, les manifestations étudiantes contre l’occupant allemand en 1940 ou encore l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais en 1941, le mouvement social de l’industrie sidérurgique française en 1979, la mort tragique de Coluche en 1986... Cette plongée dans la mémoire fait revivre des anecdotes à travers le regard original des journalistes. « Qui se souvient, par exemple, de la première équipe de football d’Algérie, en 1958, porte-drapeau d’une nation qui n’existe pas encore », raconte André Ciccodicola.

 

« Par leur diversité d’objet, dans leur continuité, à travers la multiplicité de leurs auteurs qui sont la plupart du temps des journalistes hautement qualifiés (...), ces chroniques consacrées à des épisodes, des faits ou des acteurs du XXe siècle, balisent une juste représentation de ce qu’on pourrait qualifier de moments significatifs de l’histoire du temps présent », estime l’historien Claude Mazauric à qui l’on a confié la préface de l’ouvrage.

 

Pour Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, qui en signe l’éditorial, ces articles « redonnent sens et émotion à de grands épisodes historiques ». « Les dates marquantes et les événements appartiennent à la mémoire collective et forment l’intelligence du monde, souligne-t-il. Ils restent toujours des points de repère et façonnent les valeurs que nous voulons transmettre aux générations futures. »

 

Le volume relié est mis en vente sur le site Internet de l’Humanité et dans les Maisons de la presse à un prix de lancement de 9 euros. Avec l’objectif de publier ces ouvrages de qualité plusieurs fois par an. Il sera aussi disponible à la Fête de l’Humanité. Pour la rédaction, il s’agit aussi de perpétuer les valeurs de Jean Jaurès, le fondateur de l’Humanité, qui écrivait : « L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. » Une pensée mise en exergue dans cette nouvelle publication et qui nous servira de guide.

 

 

Anna Musso

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 21:16

Le retour de Tapie suscite un tollé en Provence…

Pour 51 millions d’euros l’affairiste associé à la famille Hersant met la main sur les titres restants du Groupe Hersant Média. Le SNJ-CGT dénonce « un scandale absolu ».

 

Bernard Tapie, le retour ! Allié à la famille Hersant, il va mettre la main sur les titres restants du Groupe Hersant Médias (GHM) : les quotidiens la Provence, Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin, ainsi que ceux des Antilles et de la Guyane – France-Antilles Guadeloupe, France-Antilles Martinique et France-Guyane. À l’issue d’une réunion mercredi après-midi avec les banques créancières du groupe Hersant sous l’égide du Ciri (comité interministériel de restructuration industrielle qui dépend du ministère d’Arnaud Montebourg) « les banques se sont décidées à valider la proposition Hersant-Tapie sans 
attendre », a expliqué une source proche du dossier. L’offre du groupe belge Rossel a été rejetée.

 

La proposition Hersant-Tapie, s’élevant à 51 de millions d’euros, est « en cours de signature » et « va être signée par l’ensemble des banques », a indiqué cette source mercredi soir à l’AFP. Le tribunal de commerce doit valider lundi cette reprise. Pour ce prix, Tapie et Hersant rachètent les dettes de GHM (215 millions d’euros). Ce qui signifie un abandon de créances des banques de 165 millions ! Si l’on se souvient de la bienveillance de Sarkozy et Lagarde, des 200 millions d’euros touchés par Tapie dans l’affaire Adidas-Crédit lyonnais, alors banque publique) et des 45 millions d’eurosde « préjudice moral » accordé par un tribunal arbitral, ce sont les fonds publics qui ont renfloué Tapie en faillite.

 

Aujourd’hui, il se présente comme le sauveur de la presse et dément toute arrière-pensée politique. Le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, voit dans cette arrivée une « bonne chose » pour « la liberté de la presse ». Quant aux ambitions électorales présumées de Tapie, « vous savez, en politique, quand on dit jamais, ça veut dire pas pour l’instant, alors je m’attends à tout » (voir ci-dessous). L’ancien député des Bouches-du-Rhône avait annoncé qu’il se retirait de la course, dénonçant une ingérence de l’État dans ce dossier, avant, mardi soir, de réactiver son offre.

 

Le SNJ-CGT dénonce « un scandale absolu », mettant l’affairiste Bernard Tapie et « l’exilé fiscal suisse Philippe Hersant » dans le même sac. « Qu’on se rappelle ce que Tapie a fait de Look, de Wonder, de Terraillon, d’Adidas, de ses écoles de vente, de l’Olympique de Marseille (déclaré en faillite après la sinistre affaire de match de football truqué entre le club marseillais et l’équipe de 
Valenciennes), au ministère de la ville, etc. Qu’on se rappelle ce que Philippe Hersant, le piètre héritier du “papivore” Robert Hersant, a fait de Paru Vendu (Comareg – NDLR), de 
Paris-Normandie, des journaux de la région Champagne-Ardenne. L’un et l’autre ont largement alimenté les cohortes qui, chaque jour, vont pointer à Pôle emploi. » Pour le syndicat, « le premier ministre, le ministre des Finances, la ministre de la Culture et de la Communication, notamment, doivent s’expliquer ». Le SNJ-CGT demande au président de la République de s’opposer à cette reprise.

 

Claude Baudry

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 14:48

Médias - le 14 Décembre 2012

La chronique médiatique par Claude Baudry

Télérama et sa vision de la presse de gauche               

Télérama consacre son dossier de la semaine à la presse. Précisément à « la presse de gauche face au pouvoir de gauche ». En arrivant page 22, les bras en tombent et le journal avec. D’abord, on scrute les photos de unes des journaux de gauche : 
le Nouvel Obs, Libération, les Inrocks (qui ont le même actionnaire que Télérama et le Monde, en l’occurrence le banquier Matthieu Pigasse) et… Marianne (à gauche ? ça nous avait échappé !).* 

Télérama a la gauche étroite, comme certaines de ses critiques. Ni Politis ni l’Humanité ne sont à ses yeux des journaux de gauche. Bon, ça va mieux en le sachant. Ces titres « installés dans le statut de presse d’opposition depuis dix ans », comme on 
le lit dans le texte, étaient habitués aux « unes qui déchiquettent, aux éditos qui aboient, aux dossiers qui saignent. Libération, le Nouvel Obs, ou encore Marianne ou les Inrockuptibles doivent aujourd’hui composer avec une réalité nettement moins confortable : leurs compagnons de résistance (sic), leurs partenaires idéologiques, leurs camarades de couloirs sont au pouvoir ». On aurait pu ajouter les compagnons de déjeuners. Passons.

En note de fin de dossier, page 27, Télérama reconnaît 
« ce choix non exhaustif, subjectif, forcément critiquable ». Mais précise n’avoir « retenu que la presse dite d’information générale ayant clairement affiché son soutien au candidat socialiste ». Comme c’est touchant, cet engouement pour le social-libéralisme. Soit dit en passant, les orphelins de DSK ont sans doute oublié que d’autres titres de gauche, qui avaient soutenu Mélenchon 
au premier tour de la présidentielle, ont contribué à informer 
quatre millions d’électeurs du Front de gauche, qui ne sont pas 
les derniers à avoir résisté à Sarkozy et à sa politique, à porter 
leurs voix sur François Hollande au second tour. En mars dernier, dans un dossier consacré aux cumulards de l’info, portant 
sur ces journalistes qui ont leur rond de serviette à la télévision, 
de Christophe Barbier à Joseph Macé-Scaron, en passant 
par Laurent Joffrin ou Guillaume Roquette, Télérama avait jugé qu’« aucune antenne ne donne l’impression d’être affiliée 
à tel ou tel organe de presse, et toutes semblent avoir le souci 
de l’équilibre et de la

représentativité des opinions ». Il est vrai que l’on se souvient que Laurent Joffrin, alors à Libération, ne cessait de répéter dans diverses assemblées qu’il était à la tête du
« seul quotidien de gauche ». Si Jaurès savait ça.

Claude Baudry

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 10:57

Economistes à gages, Matignon fait le ménage

mercredi 21 novembre 2012

Moins d’un an après la parution de plusieurs enquêtes consacrées à la collusion entre économistes et institutions financières privées (1) — dont celle parue dans les colonnes du Monde diplomatique, et reprise dans un livre éponyme qui vient d’être publié (2) — Matignon a décidé de toiletter son Conseil d’analyse économique (CAE).

 

Créé en 1997 par Lionel Jospin et chargé d’« éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement », le CAE s’emploie à dessiner le « cercle de la raison » au sein duquel se discutent les orientations économiques de Paris. « Une pensée d’Etat, en quelque sorte, mais directement insufflée par le privé », écrivait Le Monde diplomatique en mars 2012.

 

A l’époque, l’organisation comptait au nombre de ses vingt-huit membres : Patrick Artus (Natixis), Daniel Cohen (Lazard), Elie Cohen (PagesJaunes, EDF Energies nouvelles), Jean-Hervé Lorenzi (Compagnie Rothschild), Christian Saint-Etienne (Conseil stratégique européen), Jean-Paul Betbèze (chef économiste au Crédit agricole), Jacques Delpla (senior adviser pour BNP Paribas), Michel Didier (président de COE-Rexecode), Olivier Garnier (directeur adjoint de la Société générale), Michel Godet (administrateur de la société Bongrain et de l’Association d’assurés pour la retraite, l’épargne, la prévoyance et la santé [Agipi], un partenaire d’Axa), Mathilde Lemoine (directrice des études économiques et de la stratégie marchés à HSBC France) ou encore Philippe Trainar (économiste en chef à la SCOR, une société de réassurance).

 

Une page se tournerait-elle ? Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a profité du renouvellement des mandats des membres du CAE et du départ de son président Christian de Boissieu (3) pour modifier la composition de l’organisation et en « réformer le fonctionnement ».

 

Le décret du 5 novembre 2012 stipule que, dorénavant, « les membres et les correspondants [du CAE] sont des économistes professionnels choisis en raison de leurs compétences telles que reconnues notamment par les usages du monde universitaire. »

 

Ils devront, par ailleurs, signer « une déclaration d’intérêts remise au président délégué », lequel la rendra publique.

 

Autrement dit : Matignon se passera désormais des bons conseils des économistes de banque.

 

Après l’adoption de « chartes déontologiques » au sein de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), des écoles d’économie de Paris et Toulouse, des deux grandes associations françaises d’économistes, de l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF), le frisson éthique qui parcourt la profession — suffisamment puissant pour réveiller jusqu’au Cercle des économistes (4) —, vient d’atteindre l’Etat.

 

Du côté des médias ? Toujours rien. Le Monde, par exemple, n’envisage toujours pas de priver ses lecteurs des analyses d’Artus, chef économiste de la banque Natixis (cité huit fois au cours du seul mois d’octobre) ni estimer utile de leur préciser que Jean-Hervé Lorenzi n’est pas uniquement un universitaire qui préside le Cercle des économistes (puisqu’il siège aux conseils d’administration de PagesJaunes, d’Associés en finance, de l’Association française des opérateurs mobiles [AFOM], de BNP Paribas Assurance et qu’il est censeur d’Euler Hermes, membre des conseils de surveillance de la Compagnie financière Saint-Honoré, de BVA, du Groupe Ginger et conseiller du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild Banque).

 

Un éditorial du quotidien du soir présentait pourtant récemment les analystes des institutions financières comme des « animaux versatiles »,« trop anxieux pour être sagace[s], trop pressé[s] pour être lucide[s] » (5).

 

(1) En particulier l’article de Jean Gadrey «  Les liaisons dangereuses  », Alternatives économiques (21 septembre 2009), le film «  Les Nouveaux chiens de garde  », de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat (Jem productions, 2012), les reportages de François Ruffin pour l’émission «  Là-bas si j’y suis  » (2 et 3 janvier 2012) et le livre de Laurent Mauduit, Les imposteurs de l’économie. Comment ils s’enrichissent et nous trompent, Jean-Claude Gawsewitch, 2012 (sans compter les premières Rencontres déconnomiques, à Aix-en-Provence, du 6 au 8 juillet 2012).

(2) Serge Halimi, Renaud Lambert et Frédéric Lordon, Economistes à gages, Les liens qui libèrent, 7,50 euros, en librairies et dans notre boutique en ligne.

(3) Lire Renaud Lambert, «  Une prédilection pour la saignée  », Le Monde diplomatique, mars 2012.

(4) Lire Renaud Lambert, «  Epoussetage  », Le Monde diplomatique, août 2012.

(5) «  Apple, un star boursière encore sous-évaluée  ?  », Le Monde, 21 août 2012.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 01:11
enquête le 06/12/2012 par Laure Daussy

Michel Naudy, mort embarrassante d'un journaliste embarrassant

Pionnier de la critique interne de la télé, et placardisé à France 3 depuis 17 ans
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Michel Naudy, journaliste et militant communiste, avait lancé en 1995 une éphémère émission de critique télé sur France 3 Île-de-France, Droit de regard. Salarié par la chaîne mais placardisé depuis dix-sept ans, il a été retrouvé mort à son domicile le 2 décembre à l'âge de soixante ans. La gendarmerie privilégie l'hypothèse du suicide.

 

Pas une seule réaction officielle de France Télévisions, pas une mention à l'antenne: jusqu'à sa mort, Michel Naudy aura illustré la difficulté de la télévision à parler d'elle-même, et de la dureté, parfois, de ses rapports de force internes.

 

Agé de soixante ans, Naudy a été retrouvé mort, atteint d’une balle dans la tête, dimanche 2 décembre à son domicile d’Ascou (Ariège).

 

Ancien chef du service politique du quotidien l’Humanité puis cofondateur et rédacteur en chef de l’hebdomadaire Politis, Naudy avait été journaliste à France 3 à partir de 1981 puis rédacteur en chef de la rédaction nationale. Il avait été, en 1995, à la tête d'une des premières émissions de critique média sur France 3 Île-de-France : "Droit de regard". Mais cette année-là, une de ses émissions avait été censurée. Il avait alors démissionné avant de revenir à France 3 où il se retrouva "placardisé", comme l'explique à @si un responsable du SNJ-CGT de la chaîne.

 

Naudy avait conservé le statut de rédacteur en chef national, sans affectation. Régulièrement, il demandait un poste à sa direction. La CGT envoyait aussi chaque année un courrier à la DRH, auquel on répondait qu'aucun poste ne correspondait à sa fonction de rédacteur en chef national. En 2008 ou 2009, alors qu'un poste de chef du service politique national de France 3 se libérait, il postula avec le soutien de la CGT devant la commission paritaire. "La commission a été très violente". On lui aurait alors signifié qu'il ne pouvait avoir ce poste en raison de sa proximité avec le parti communiste, comme l'indique ce communiqué du SNJ-CGT publié sur Acrimed. "Il s'agit d'une discrimination professionnelle et politique" souligne notre source. Selon l'AFP, Naudy avait effectivement des engagements politiques. Il s'était présenté - sans succès - aux législatives de 2007 dans l'Ariège sous la bannière du PCF.

 

Le syndicat des journalistes CGT de France Télévisions a salué sa mémoire : "Michel faisait honneur au journalisme d’investigation, au journalisme d’analyses et d'éditos, enfonçant les clous là où ça faisait mal. Le lutteur a décidé d’en finir." Le syndicat déplore d'ailleurs le silence de la direction de France 3 après sa mort. "D'habitude, lorsqu'un ancien salarié de France 3 décède, on en parle à l'antenne, là, rien."


Pas de maladie incurable

Il faut dire que le cas Naudy a tout pour embarrasser la direction de France Télévisions. Sa longue placardisation l'a-t-elle conduite au suicide? "Il en parlait tout le temps, il vivait très mal cette mise à l'écart", assure-t-on au SNJ-CGT. A l'inverse, le site de France 3 Midi-Pyrénées a évoqué l'hypothèse d'une maladie : "Selon un proche de Michel Naudy interrogé par France 3 Midi-Pyrénées, celui-ci était très fatigué ces derniers temps et se savait malade." Naudy aurait-il souhaité mettre fin à ses jours pour éviter de plus amples souffrances ? L'info a été reprise dans plusieurs articles, comme ici. Pourtant, il semblerait qu'il n'en soit rien. La source de France 3 Midi-Pyrénées est Jean-Pierre Petitguillaume, un ancien proche de Naudy. Ensemble, ils avaient fondé le Cercle Lakanal, un groupe ayant pour objectif de dénoncer la corruption de certains élus ariègois. Il explique à @si que le journaliste du site de France 3 Midi-Pyrénées, avec qui il avait évoqué cette maladie, n'a pas bien compris ses propos. "Il ne s'agissait pas d'une maladie incurable", assure-t-il. "Cette maladie ne peut en rien expliquer le suicide de Naudy."

Autre hypothèse: Naudy devait comparaître le 4 décembre devant le tribunal correctionnel de Foix, pour diffamation envers Francis Dejean, directeur général des services du Conseil général. Dejean poursuivait le journaliste, notamment pour avoir écrit qu'il avait été condamné pour violences sur un terrain de rugby. Mais Petitguillaume se refuse à y voir une cause de son geste. "C'était un homme debout, très combatif, qui n'esquivait pas les problèmes." Petitguillaume refuse d'ailleurs de croire à la thèse du suicide, privilégiée pour l'heure par la gendarmerie. Naudy lui aurait lancé : "Si un jour tu apprends que je me suis suicidé, demande une enquête." Une autopsie devrait être effectuée dans les prochains jours.

 

 

Avec le Cercle Lakanal, Michel Naudy avait dénoncé à plusieurs reprises l'irrégularité de la gestion du conseil général socialiste.

France 3 Midi-Pyrénées l'interrogeait à ce sujet en octobre dernierpicto

 

Une émission de Critique média censurée


Naudy s'était illustré en 1995 pour avoir été à la tête, sur France 3 Île-de-France, d'un magazine critique sur les médias intitulé "Droit de regard". Cette même année, une de ses émissions, consacrée au traitement de l'élection présidentielle par France 2, avait été déprogrammée deux heures avant sa diffusion. Xavier Gouyou-Beauchamp, directeur de France 3, considérait qu'elle était "critique" et "déséquilibrée vis-à-vis de France 2", précisait à l'époque un article du Monde.

 

L'émission censurée critiquait notamment les journalistes Alain Duhamel (France 2), et Guillaume Durand (TF1). Naudy soulignait qu'ils étaient devenus des "chronométreurs officiels d'une République en quête de convenable". Le magazine commentait aussi une soirée électorale où "l'on se tapait sur les cuisses aux exploits motorisés de porte-micros lancés aux basques du vainqueur". Intitulé "Télé-beauf", un montage dénonçait les blagues lourdes du duo Daniel Bilalian-Bruno Masure, perpétuellement hilares, rappelle Le Monde. Un exemple : "Je viens de voir passer une très jolie chiraquienne, toutes considérations politiques mises à part", lançait l'un d'eux, tandis qu'à plusieurs reprises ils faisaient remarquer au correspondant de France 2 qui, place de la Concorde, tendait le micro à des jeunes filles : "Vous êtes toujours sur les bons coups (...). Vous êtes toujours bien placé sur ces coups-là." L'émission avait finalement été diffusée la semaine suivante, après que Michel Naudy eut présenté sa démission. Elle n'avait pas été reconduite à la rentrée 1995.


Mise à jour, vendredi à 16h15 : France télévisions a finalement envoyé un communiqué interne d'hommage au journaliste, ce mercredi. Un communiqué pour le moins à minima.

Une petite dizaine de lignes, très factuelles picto

D'après France 3, la chaîne devrait lui rendre hommage lors d'un Journal télévisé le 14 décembre prochain, jour de ses obsèques. La chaîne aura donc attendu plusieurs jours - et, paraît-il, des mails insistants de la part de syndicat et d'anciens collègues - pour communiquer officiellement à son sujet.


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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 13:56

 

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Les injonctions libérales et germanophiles du Monde

par Mathias Reymondle 15 octobre 2012

Depuis quelques mois, Le Monde, du moins dans ses éditoriaux (mais aussi dans ses pages économiques), défend avec vigueur une ligne très... singulière - à défaut d’être très originale - sur les questions économiques. Quand il prescrit les politiques macroéconomiques à mener, le journal du soir ressasse les mêmes thèmes et les mêmes termes : « compétitivité », « réductions des dépenses publiques », « rigueur », etc.Et avec toujours pour modèle unique et sublimé : l’Allemagne. Au point que ce journalisme de prescription compromet le journalisme d’information. Voici un passage en revue qui soulève quelques questions sur l’identité du quotidien, sur les droits réservés à ses journalistes et sur l’avenir du Monde.

Rarement dans son histoire, le journal avait été aussi loin dans la densité de ses injonctions libérales. Pour retrouver de telles prises de position, il faut remonter à la période 1995-2004 et l’ère Colombani-Plenel-Minc. À cette époque, le quotidien avait soutenu le candidat Édouard Balladur, avait célébré le plan Juppé sur la sécurité sociale, avait applaudi les privatisations et les démantèlements des services publics, avait acclamé les licenciements et était devenu la voix de l’Amérique [1]. Aujourd’hui, sous l’impulsion d’Erik Izraelewicz, Le Monde ne fait pas dans la dentelle...

Vive la rigueur, pour que vive l’austérité !

À longueur d’éditoriaux, le quotidien vespéral somme la France de prendre son courage à deux mains et de mettre en place les mesures nécessaires pour relancer l’économie, avec comme modèle l’Allemagne : « Le traitement, c’est un effort de compétitivité et de réformes ainsi que la réduction déterminée des déficits publics. (...) Entourée de voisins qui se réforment tous dans la foulée de l’Allemagne, la France serait bien avisée de s’en inquiéter » (7 septembre). Mais il faut le faire dans la joie et la bonne humeur à l’image de l’Espagne qui « a procédé à d’impressionnantes réformes structurelles » et qui « mène un programme d’austérité budgétaire drastique - sans se plaindre en permanence, comme il arrive à certains » (29 mai). Et si vous voulez du social, il faudra « inventer un pacte social à la française, un compromis gagnant-gagnant, par exemple autour d’une flexisécurité, comme cela se pratique en Europe du Nord » (9 juillet). Pour le directeur du Monde, Erik Izraelewicz, la France « doit s’engager à faire elle-même les efforts nécessaires au redressement de ses comptes publics et de sa compétitivité industrielle » (18 juin).

D’ailleurs François Hollande doit s’inspirer de Gerhard Schröder, explique Izraelewicz  : « Schröder avait imposé à son pays des mesures impopulaires. Il avait tranché, personnellement. (…) François Hollande a pour sa part cinq ans et tous les pouvoirs, ou presque. Le redressement de la compétitivité française passe par de profondes réformes. Il les a esquissées. À lui de les clarifier et de les mettre en œuvre. Avec fermeté. N’est pas Schröder qui veut. »(10 septembre). Cet enthousiasme pour le « modèle allemand » n’est même pas tempéré, comme il devrait l’être... En effet, ainsi que le rappelle Gilles Raveaud - en se nourrissant de nombreuses sources - sur son blog« depuis 2000, les salaires de nombreux Allemands ont stagné, diminuant même de 20 % pour les bas salaires. Les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux, sans doute 8 millions (voir ici et ). C’est ainsi l’ensemble de la société allemande qui va mal. »

Pour les journalistes d’opinion du Monde, les entreprises sont« l’avenir de la France  » (25 septembre), et tout doit être fait pour les favoriser... et favoriser une politique de l’offre, en somme [2]. Rapidement, le journal prévient  : « Le "redressement productif" promis par le gouvernement implique d’abord de ne pas alourdir les coûts et charges qui pèsent sur les entreprises » (19 juin). Ainsi, il ne faut surtout pas augmenter le SMIC car « l’emploi risque d’en souffrir, même si les employeurs limitent le "choc" en modulant à la baisse les compléments de rémunération » (26 juin).

Et Le Monde de déplorer, plus ou moins ouvertement, le projet de réforme fiscale prévue par le gouvernement  : « On peut contester cette répartition de l’effort. On peut regretter que l’emballage, quoi qu’en dise le président, laisse ce pénible sentiment d’une gauche qui n’aime pas, ou pas assez, les entreprises et les entrepreneurs » (11 septembre). Puis, quelques jours plus tard  : « Il est normal de partager le fardeau du redressement, mais ces mesures nuisent à l’attractivité économique française » (25 septembre). C’est bien connu  : pour qu’il y ait attractivité, il faut qu’il y ait compétitivité, et pour Erik Izraelewicz, « le choc budgétaire d’aujourd’hui n’a de sens que s’il est complété rapidement par un puissant choc de compétitivité. Pour provoquer l’électrochoc dont la France a besoin » (28 septembre).

Vive l’Europe libérale pour que vive l’Europe !

Derrière toutes ces prescriptions il y en une qui domine les autres et qui les justifie : la construction de l’Union européenne doit se faire à n’importe quel prix. Par exemple, avec le traité budgétaire,« le sauvetage de l’euro est en bonne voie  » assure le journal (1er octobre). Et Le Monde s’enthousiasme pour « la lente transformation de la zone euro en véritable union monétaire. Évolution nécessaire et positive. (…) Il n’y a pas d’union monétaire sans union budgétaire, bancaire et sans solidarité financière. » (10 octobre). Pour sortir des crises, pour relancer la croissance, pour que la vie soit belle et pour que les oiseaux chantent tous les matins, il faut plus d’Europe. Toujours plus. Et pas n’importe quelle Europe : si le traité budgétaire « dessine les contours d’une union bancaire et budgétaire. C’est la bonne direction. » Il faut d’ailleurs mettre en place « une supervision budgétaire commune. » (27 juin).

Dans le même esprit, Le Monde adore le nouveau directeur de la Banque centrale européenne et chacun de ses gestes est acclamé :« Pour être crédible, il fallait passer de la parole aux actes. Mario Draghi l’a fait, et il convient de le saluer. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de voler au secours de l’euro. »(7 septembre). Ou encore  : « L’avenir de la monnaie unique est plus que jamais entre les mains du président de la Banque centrale européenne (BCE). C’est plutôt rassurant : cet Italien est un vrai européen - et, par les temps qui courent, l’espèce est rare, très rare, chez les dirigeants des pays de l’Union. » (3 septembre). Mais le« bon docteur Draghi », comme se plaît à le surnommer le journal, a été au début des années 2000, vice-président de la branche européenne de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. Rappelons au Monde que cette banque avait par exemple aidé la Grèce à dissimuler son déficit public [3]...

Si le quotidien du soir adore le patron de la BCE, il n’apprécie guère le comportement des écologistes pour ne pas avoir approuvé le traité budgétaire  : « Les écologistes demandent à être traités en partenaire de coalition, ils se comportent en groupuscule irresponsable. (...) Les Verts formulent des exigences comme s’ils étaient une force de progrès soutenue par 10 % des électeurs. » EtLe Monde va même appeler au renvoi des ministres écologistes  :« Au nom de la cohérence de son action et du respect des électeurs, c’est à François Hollande d’en tirer les conséquences : il doit mettre fin aux fonctions des deux ministres d’EELV, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Ils reviendront si leur formation se transforme en parti de gouvernement. Un jour, peut-être. » (24 septembre). C’est la première fois, à notre connaissance, qu’un éditorial du Mondeexige l’éviction de ministres pour des raisons strictement politiques...

***

Sauf mention contraire, les phrases citées dans cet article sont extraites des éditoriaux du Monde : des éditoriaux non signés qui engagent l’ensemble des journalistes, sans les avoir nécessairement tous consultés... Qui peut croire que le rôle de conseiller libéral peut représenter tous les journalistes du Monde. Et quand l’éditorial est signé Erik Izraelewicz, directeur du Monde, quel sens accorder à cette signature solitaire ?

Quotidien de parti pris, comme il l’a toujours été et comme c’est son droit, Le Monde l’est plus que jamais. Mais à la différence duFigaro – qui assume son ancrage à droite (et qui le revendique), Le Monde semble toujours vouloir se situer au-dessus de la mêlée et afficher une légendaire neutralité. Ce n’est pas la première fois que le masque tombe. Mais pourquoi s’avancer masqué ? Le Monde, quotidien d’influence, s’efforce de convaincre le gouvernement d’infléchir sa politique, pour qu’elle ressemble à s’y méprendre à celle de tous les gouvernements européens de droite ou sociaux-libéraux. Qui peut croire un seul instant que la crise rampante qui mine le quotidien et qui réduit son lectorat pourrait être conjurée par de piètres tentatives de dissimulation ?

Mathias Reymond

Notes

[1] Voir par exemple une compilation d’extraits des éditoriaux du Monde réalisée par le défunt journal PLPL (Pour Lire Pas Lu) en octobre 2000 (n°1).

[2] Selon les adeptes de la politique économique de l’offre cela revient à aider les entreprises à produire plus de biens et services en réduisant toutes les contraintes fiscales ou règlementaires (moins de cotisations, moins d’impôts sur les entreprises, des salaires plus bas...). Cette thèse a été développée durant les années Reagan aux États-Unis par les courants conservateurs et les "néo-classiques".

[3] Voir à ce sujet notre article sur Jean-Claude Trichet.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 04:13

Ces économistes qui monopolisent (toujours) les débats

par Mathias Reymond, le 9 octobre 2012

 

Malgré les crises économiques, les mêmes économistes squattent toujours les médias. Et leurs erreurs accumulées n’y ont rien changé. Quelques petits comptages s’imposent... Nous reproduisons ci-dessous un article publié dans le n°5 de Médiacritique(s) dont la présentation est disponible ici. Et pour le commander c’est .

 

Ainsi que nous l’avions déjà développé ici-même, depuis de nombreuses années, les sujets « économiques » inondent les médias. Régulièrement confrontés à la complexité de ces thèmes, les journalistes préfèrent déléguer leurs traitements à des experts (toujours les mêmes), universitaires pour la plupart – mais pas toujours les plus compétents –, dont les engagements extra-scientifiques sont méconnus ou dissimulés. Pour les journalistes, l’expert appelé à la rescousse doit répondre à plusieurs critères  : efficacité (il doit être bref et concis), disponibilité (il doit habiter en Île-de-France) et orthodoxie (il doit être partisan de l’économie de marché). Les trois critères sont essentiels... et presque toujours vérifiés. Le talent ne semble pas toujours nécessaire pour devenir un « bon client ».

 

Acrimed, et avec elle Le Plan B et quelques autres critiquent depuis longtemps la proximité de certains économistes avec le pouvoir financier, leurs relations incestueuses avec le pouvoir politique, et leur omniprésence médiatique. Mais vint la crise. Ou plutôt les crises  : celle des subprimes aux États-Unis, et celle de « la zone euro », que ces experts n’avaient pas su anticiper. Cette fois, un film (Les Nouveaux Chiens de garde), un mensuel (Le Monde diplomatique), des économistes (atterrés) et même – dans une moindre mesure – des médias plus main stream (Alternatives économiques ou Mediapart), ont prolongé les investigations, focalisant surtout leur critique sur l’appartenance de ces quelques économistes au monde de la finance. « Comment peut-on être objectif en étant juge et partie  ? » Les critiques semblant fuser de toutes parts, on pouvait penser que la cause était entendue, et qu’on allait enfin en être rapidement débarrassé.

 

Las  ! Malgré ces nombreux travaux, ces mises en garde répétées, ces évidences enfin révélées, rien ne semble avoir entamé leur aura dans les médias dominants  : à la radio, comme à la télévision, les économistes qui trempent leurs mains dans le cambouis de la finance ne sont jamais présentés comme tels et sont toujours partout.

 

À la télévision


Durant l’année 2011, les experts orthodoxes – qui n’avaient pas vu arriver la moindre crise, répétons-le  ! – ont occupé la plupart des écrans de télévision. Jacques Attali a fait 14 passages [1] sur France Télévisions, Alain Minc 8 passages, autant pour Michel Godet, Christian de Boissieu 3, Daniel Cohen 18, et Élie Cohen… 43 passages. Jacques Sapir, un hétérodoxe qui assume une position protectionniste voire souverainiste de gauche, ne compte que 3 passages sur France Télévisions. Frédéric Lordon, lui, n’a fait qu’une apparition sur les chaînes du service public.

 

De manière plus précise, l’émission « C dans l’air » diffusée chaque après-midi sur France 5 et animée la plupart du temps par l’infatigable Yves Calvi (qui par ailleurs pérore sur France 2 et sur RTL), apparaît comme un bon exemple d’orthodoxie pédagogique. Tous les jours, trois ou quatre experts débattent autour d’un thème d’actualité. Comme l’émission est quotidienne, la rédaction de « C dans l’air » doit trouver des spécialistes rapidement disponibles et acclimatés aux codes de la télévision (concision du discours, clarté du propos, complaisance à l’égard du média hôte…). Des fast-thinkers en somme…

 

Ainsi, au fil des ans, Calvi et son équipe se sont dotés d’un panel d’experts en tout et en rien. Le Proche-Orient est-il à l’ordre du jour  ? C’est Pascal Boniface qui s’y colle. Ce dernier est-il absent  ? On convoque Antoine Sfeir. S’agit-il de comprendre les fluctuations de l’opinion sondée  ? Dominique Reynié arrive à la rescousse. La politique politicienne est-elle au menu  ? Christophe Barbier (sans écharpe rouge) et Roland Cayrol s’ébattent devant le micro. Et lorsqu’il est question d’économie  ? Idem, ils sont une poignée à venir plastronner.

 

Sur la période allant de septembre 2011 à septembre 2012, crise oblige, plusieurs dizaines d’émissions ont été consacrées à l’économie. Outre des journalistes, chefs d’entreprises ou syndicalistes, 103 invitations ont été attribuées à des « économistes ». On entend ici par « économistes » des personnes présentées par « C dans l’air » comme « professeur d’économie » ou « de gestion », « chercheur en économie », « conseiller économique ou financier », « analyste financier », ou… « économiste ».

 

Sur cette période donc, 26 économistes se sont répartis les 103 invitations et ils ne sont que quinze à avoir été invités une seule fois. Onze économistes se partagent donc 92 invitations. Dans ce carré VIP, c’est Philippe Dessertine qui décroche le pompon avec 16 passages dans « C dans l’air » en un an. Ensuite viennent Bernard Maris (13 passages), Christian Saint-Étienne (12), Élie Cohen (11), Jean-Pierre Gaillard (11), Jean-Marc Daniel (6), Raymond Soubie (6), Michel Godet (4), Nicolas Bouzou (4), Pascal Perri (3) et Jacques Mistral (2).

 

Ces économistes défendent tous l’orthodoxie libérale (à l’exception de Bernard Maris – jadis hétérodoxe – mais dont le positionnement a évolué vers moins de radicalité depuis les années 1990 et son éloignement d’ATTAC).

 

S’il existe quelques nuances entre eux, il n’en demeure pas moins qu’ils sont tous favorables à la construction européenne, au libéralisme économique et à la mondialisation. Présentés comme économistes, ils sont presque tous impliqués dans la banque et la finance, et plus globalement dans le monde de l’entreprise en tant que conseiller ou administrateur…

 

Si Philippe Dessertine est professeur de finance à l’université Paris-X Nanterre, il est aussi directeur de l’Institut de haute finance du groupe IFG.

 

Christian Saint-Étienne est bien professeur d’économie, mais il est aussi conseiller municipal à Paris, élu sur la liste de Jean Tiberi en 2008, et consultant financier au sein de Conseil stratégique européen SA.

 

Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po Paris, est aussi administrateur d’Orange et du groupe Pages Jaunes.

 

Jean-Pierre Gaillard est président d’une société de conseil et du Cercle des épargnants.

 

Raymond Soubie est l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, il préside aujourd’hui la société de conseil en stratégie sociale Alixio, et est actionnaire majoritaire de l’agence d’informations AEF.

 

Michel Godet, professeur au CNAM, est aussi membre du Comité directeur de l’Institut Montaigne (un think tank patronal), administrateur du groupe Bongrain, de l’association AGIPI et créateur du Cercle des Entrepreneurs du Futur.

 

Nicolas Bouzou, directeur d’études du MBA Droit des affaires et management à Paris-II Assas, dirige également une société d’analyse et de prévisions économiques.

 

Jean-Marc Daniel est professeur dans une école de commerce, l’ESCP Europe.

 

Les brefs curriculum vitae de ces piliers de « C dans l’air » révèlent la taille (réduite) du périmètre à l’intérieur duquel est traitée la question économique. Par leurs positions sociales, par leurs appartenances politiques, par leurs orientations idéologiques et, pour certains, par leur implication dans des entreprises privées, ils forment un groupe très homogène, assez représentatif de l’ensemble des économistes invités dans les médias. Mais beaucoup moins représentatif de l’ensemble des économistes, et encore moins de la diversité des analyses de la situation économique actuelle, de ses causes et des remèdes possibles.

 

À la radio


Ces économistes, toujours autant visibles à la télévision depuis l’avènement de la dernière « crise », qui a pourtant permis d’émettre de sérieux doutes sur leur « expertise », restent également omniprésents à la radio.

Dans un article publié en 2009, nous avions comptabilisé les économistes invités des « Matins de France Culture » sur cinq ans. 81 cartons d’invitation avaient été distribués et parmi eux, Daniel Cohen comptait 9 invitations, Jean-Paul Fitoussi 7, Élie Cohen 6, et Nicolas Baverez 4, comme Jean-Hervé Lorenzi et Patrick Artus. Et sur ces 81 invitations, le Conseil d’analyse économique avait pu s’exprimer à 40 reprises, la fondation Terra Nova, 32 fois, et le Cercle des économistes 19 fois (voir encadré 1). Certains invités cumulaient évidemment les casquettes…

 

De plus, la quasi-absence des femmes (3 sur 81), liée en partie à la distribution très inégale des genres dans le milieu universitaire dans des disciplines comme l’économie, est éloquente.

Quant à l’ultra-parisianisme des matins de France Culture, il est saisissant. Tous les universitaires français invités sont des Parisiens, à l’exception de Françoise Benhamou, rattachée à l’université de Rouen mais chercheuse à l’université Paris I (et chroniqueuse à France Culture  !)

C’est sans surprise Sciences Po Paris qui détient à l’époque le record du nombre d’invitations (19), devant Paris I (15), l’École normale supérieure (9), Polytechnique (8), Paris Dauphine (7), etc. Cette surreprésentation des universités parisiennes sur le plateau des matinales ne s’explique pas uniquement par leur renommée académique.

En effet, l’École d’économie de Toulouse, qui se situe en haut de tous les classements, n’a jamais eu accès – sur cette période – au micro de France Culture, à l’image de son directeur, Jean Tirole, considéré comme le plus « nobélisable » des économistes français et médaille d’or du CNRS en 2007…

 

En 2012, à la radio, rien ne semble avoir changé. Alain Minc, par exemple, auteurs d’ouvrages sur l’économie remplis d’erreurs factuelles, qui a déclaré, en 2008 sur Direct 8, que « le système financier est très bien régulé » et que le « risque de grand dérapage est passé », continue d’être invité régulièrement sur les antennes. Cette année, on l’a entendu sur Radio Classique le 15 mai 2012, sur RTL le 14 août et sur Europe 1 le 10 septembre.

Son alter ego, auteur d’essais truffés de bourdes, le très versatile Jacques Attali, s’est exprimé sur Europe 1 le 21 février, et sur France Info, le 7 mai. Et pour bien entamer la rentrée, France Inter a invité Daniel Cohen, pour qui en 2008 « la crise financière [était] a priori passée », dans sa matinale du 4 septembre, Le Monde (dont il est éditorialiste associé) l’a interviewé le 9 septembre et Les Échos, le 11 septembre. Aucun n’a rappelé qu’il était conseiller de la Banque Lazard. Étonnant, non  ?

***

En définitive, le cercle des privilégiés s’auto-entretient grâce à deux ingrédients maintes fois évoqués ici même ou identifiés dans les travaux de la sociologie des médias  : la paresse des journalistes et l’omniscience imaginaire mais revendiquée des experts. La présence médiatique des économistes vedettes devient exponentielle avec le temps  : la consultation occasionnelle engendrant l’invitation occasionnelle qui, en se répétant, entraîne l’invitation régulière qui, en se reproduisant, implique inéluctablement l’omniprésence médiatique des mêmes et des semblables. Leurs innombrables erreurs n’y font rien  : ils gardent la confiance aveugle des médias.

Notes

[1] Invitation dans une émission ou apparition dans un reportage. Source : Inamédia.

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 03:05

Entretien avec Fernando Malverde, journaliste à France 3, sur la situation de France Télévisions

par Fernando Malverde, le 5 octobre 2012

 

Nous l’avions dit : le projet du PS pour les médias, et particulièrement pour l’audiovisuel public est un projet minimaliste. Le programme de François Hollande était encore plus réduit.

 

Les réponses à Acrimed de François Hollande (ou de son/sa porte-parole) – que nous avons publiées dans Médiacritique(s), notre magazine trimestriel, un peu plus détaillées, étaient très limitées. Or les évolutions récentes à France Télévisions – et en particulier la réduction de son budget - sont, si rien ne vient les contrecarrer, particulièrement inquiétantes et les syndicats des salariés du groupe, déjà mobilisés, se préparent à d’âpres conflits. C’est pourquoi nous avons demandé à Fernando Malverde, journaliste à France 3, syndicaliste SNJ-CGT et adhérent d’Acrimed, de faire le point pour nous en nous livrant son point de vue (Acrimed)

 

1. France Télévisions semble menacé d’asphyxie financière. La réduction de la publicité n’est pas compensée, en raison des diktats de Bruxelles et du gel des dotations budgétaires de l’Etat. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?


Nous sommes en effet face à un carrefour dans l’histoire de la télévision publique et ce moment pourrait s’avérer très dangereux pour elle. Dans le cadre de la mise en place du TSCG, le pacte européen d’austérité, le gouvernement vient d’annoncer une baisse de 3 à 4 % (entre 75 et 100 Millions d’€) du budget de France Télévisions.

 

Comme tout le secteur public, la télévision est sommée de participer à « l’effort commun ». Il faut tout de même rappeler en quelques mots quel est le contexte. En 2008 Nicolas Sarkozy a annoncé la suppression de la publicité sur FTV après 20 heures pour, soi-disant, favoriser son recentrage éditorial. En fait l’ami de tous les patrons des groupes audiovisuels privés voulait surtout qu’ils puissent se partager la manne publicitaire ainsi libérée. Déjà chroniquement sous financée depuis une vingtaine d’année, France Télévisions ne s’est jamais remise de ce choc. Son modèle économique basé sur la redevance et sur la publicité a été totalement déstabilisé.

 

Nous avons toujours dit que la compensation promise (environ 450 Millions d’€ par an en partie grâce à une taxe sur les FAI) était fragile parce que sujette au bon vouloir de Bercy… eh bien elle est aujourd’hui contestée par Bruxelles qui pourrait réclamer au printemps prochain le remboursement par l’Etat de plus d’un milliard d’€ aux opérateurs privés !

 

Il y a encore d’autres facteurs qui expliquent l’asphyxie financière actuelle. Les recettes attendues de la pub avant 20 H ont été largement surévaluées par la direction du groupe dans un contexte de récession économique. Ce manque à gagner s’ajoute aux économies qu’avait déjà imposées le gouvernement Fillon sur la dotation budgétaire dès le mois d’avril. Nous terminerons donc l’année 2012 avec un déficit de 75 à 80 Millions d’€.

 

C’est dans ce contexte qu’interviennent les annonces de rigueur de Jérome Cahuzac, le nouveau ministre du budget. Pour mémoire, le dernier Contrat d’Objectifs et de Moyens signé avec l’Etat garantissait pourtant une progression du budget de 2 % par an ! Malgré une légère augmentation de la redevance de 4 €, ce sont donc près de 160 Millions d’€ qui vont manquer l’an prochain au budget de France télévisions !

 

On comprend, dans ces conditions, que le président de France télévisions, si policé et si prudent d’habitude, ait cru nécessaire de préparer les esprits à un prochain plan social et à une réduction des missions et des objectifs de la Télévision Publique.

 

Si l’on analyse les chiffres, on pourrait s’approcher de 1 500 suppressions d’emplois sur les 10 500 permanents que comptent les chaines de France TV. Et je ne parle même pas de ce plan social silencieux en œuvre depuis des mois qui consiste à ne plus faire travailler des centaines de précaires et d’intermittents et dont le téléphone ne sonne plus.

 

 

2. Où en sont les projets de fusion des rédactions de France 2 et de Frances 3 ? S’agit-il de favoriser des « synergies », comme on dit ? Et dans ce cas lesquelles ? Ou plus simplement d’un plan d’économies drastiques et de réduction des effectifs ?


Tout le monde savait depuis longtemps que la fusion des rédactions nationales était « dans les tuyaux ». Depuis la mise en place de l’entreprise unique nous sommes dans un processus permanent de restructuration et tout est bon pour rechercher les « synergies », les « gains de productivité » ou, plus crûment, les « économies ».

 

C’est dans ce contexte que le plan « info 2015 » vient d’être annoncé. Il a un double avantage : cela correspond aux vœux de longue date de la tutelle et de Bercy et cela pourrait permettre à l’actuelle Direction de se maintenir aux affaires jusqu’à la fin du mandat de Rémy Pflimlin… justement prévu en 2015 ! Mais faisons un pari : même si le PDG change à l’occasion d’une nouvelle loi sur l’audiovisuel la fusion des rédactions restera d’actualité ! Il y actuellement environ 600 journalistes qui concourent à la fabrication des magazines de reportages et de sport et des journaux des chaînes France 2, France 3, France Ô (Télématin matin, 13h, 20h, 12/14, 19/20, Soir 3 etc.). Tout le monde sait que les organisations cloisonnées génèrent des écritures différentes... mais aussi des doublons !

 

D’où l’idée de mettre en place, sur un lieu unique, une « news factory », sur le modèle de la BBC, où une seule rédaction produirait de l’information 24h sur 24. Cette grande rédaction fournirait des reportages pour tous les supports (en particulier pour Internet), toutes les éditions et toutes les chaînes. Thierry Thuillier, le Directeur de l’information de France Télévisions assure qu’il entend préserver toutes les éditions (on est prié de le croire) et leur identité propre. Comment ? Grâce aux présentateurs et à quelques journalistes « de plateaux » qui « personnifieront » chaque « marque »... L’avenir des soutiers de la « factory » est plus vague... mais pas besoin d’être devin pour imaginer les enjeux économiques et les risques éditoriaux.

 

Partout ou ce type d’organisation a été mis en place cela a conduit, à la fois à une uniformisation de l’écriture journalistique et, bien sur, à des suppressions d’emplois. La réforme et l’organisation de BBC News qui inspire aujourd’hui l’équipe Thuillier a entrainé 2000 suppressions d’emplois dont 800 à la rédaction. Difficile à chiffrer mais ce sont sans doute des centaines de postes de journalistes qui seront supprimés dans les rédactions nationales de France Télévisions.

 

De plus, c’est le contenu même de l’info qui va en prendre un coup. La fragmentation des tâches envisagée va conduire à une sorte de BFMisation accélérée. Les journalistes sur le terrain vont perdre la maîtrise de leur reportages fournis à un desk chargé de retravailler une matière brute d’images et d’interviews pour tous les supports... Et le risque est que tous les reportages à haute valeur ajoutée tels que les enquêtes et les magazines un peu pointus soient tous externalisés comme c’est le cas depuis longtemps déjà pour les documentaires.

 

3. Un épais brouillard enveloppe, semble-t-il, les projets concernant l’avenir de France 3. Qu’est-ce qui semble se dessiner ?


Malheureusement l’absence d’horizon stratégique pour France 3 est une constante depuis une quinzaine d’années. Pas un seul Contrat d’Objectifs et de Moyens avec l’Etat n’est allé à son terme ! Parfois, l’encre d’un COM longuement négocié est à peine sèche que tout est remis en cause en raison d’un changement de PDG ou d’une alternance politique, comme c’est le cas actuellement. Au fil des ans, les injonctions de la tutelle sont changeantes et contradictoires : Proximité ? Chaînes thématiques ? Tout info ? Programmes culturels ? Portail internet ?… Une seule chose est constante, quelles que soient les alternances : il faut faire une télévision qui coûte moins cher. Il faut dire que France 3 ce sont 24 journaux régionaux et 44 éditions locales simultanées, 4500 salariés soit 4500 salariés soit près de la moitié de France Télévisions, implantés dans une centaine de sites. C’est, à la fois, la chaîne la moins bien dotée... et la plus chère ! La grille de France 3 coûte 850 M d’€ (contre 820 M d’€ pour celle de France 2)... mais elle produit 23 000 heures de programmes annuels contre 8700 pour une chaîne nationale. On comprend la tentation, malgré les difficultés politiques, de changer les missions de France 3 et de revoir au rabais sa mission historique d’aménagement du territoire.

 

Parmi ses premières prises de positions Aurélie Filippetti ne vient-elle pas d’annoncer l’abandon pur et simple d’un projet de régionalisation... avant même qu’il ne lui ai été exposé ! Le projet, rejeté par la ministre, sous prétexte qu’il coutait trop cher, est pourtant un vieux serpent de mer conforme à la notion de service public : lancer des chaînes régionales de plein exercice (comme « ViaStella » en Corse) dans plusieurs régions métropolitaines (dont l’Ile de France) et les Outres Mers.

 

Au vu de la situation que traverse France Télévisions, la fusion des rédactions nationales est engagée mais la fabrication de programmes régionaux et la production lourde sont également menacés (500 salariés concourent encore en région à la fabrication de fictions ou de retransmissions).

 

Depuis plusieurs mois, l’heure est à la réduction drastique du nombre d’émissions et aux rediffusions. La plupart des régions viennent de décider la fermeture des éditions d’informations locales pendant périodes de vacances scolaires au risque de brouiller encore un peu plus l’identité de la chaine. L’obsession des économies est devenue une seconde nature à France 3. Les cadres n’y sont plus jugés prioritairement sur des enjeux éditoriaux ou de qualité des contenus mais sur l’aptitude à réduire les coûts, à tenir compte des contraintes, à respecter la consigne zéro CDD. Comme le hamster qui tourne dans sa roue sans but « on fait des économies pour faire des économies »…

 

Le flou stratégique, les menaces sur l’avenir, la réorganisation des services, un travail qui se dégrade, une renégociation des Conventions Collectives sous la pression, tout cela génère chez de nombreux salariés de France 3 une souffrance et un profond mal être qui n’a parfois rien à envier à des entreprises comme France Télécom.

 

4. France Télévisions est placé sous la double tutelle du Ministère de l’information et de la communication et du Ministère des finances. Comment se manifeste cette double commande ?


Peux-t-on réellement parler d’une double commande ? Même s’il connait très bien l’entreprise publique et les enjeux culturels et sociétaux de la télévision, le ministère de la communication exerce-t-il sa mission avec une réelle autonomie ? Ne fait-il pas autre chose que de mettre en place de manière technique les contraintes que lui impose le ministère des finances ? Qui a la main sur le niveau de la redevance ? Ou sur la compensation budgétaire liée à la suppression de la pub après 20 h ? Cette pression de Bercy est la règle dans tous les ministères, mais il y a aussi un autre aspect moins connu : le puissant lobbying des producteurs. Il y a un haut degré de connivence, parfois aux limites du conflit d’intérêts, entre les hauts fonctionnaires des deux ministères, le monde de la production privé et les cadres dirigeants de l’audiovisuel. Dans le contexte de crise actuelle, les gros producteurs ont d’ores et déjà fait passer le message : si des économies sont à trouver, ce n’est pas en baissant leur chiffre d’affaire, mais en réduisant les missions et les effectifs de France Télévisions. Que se passera-t-il ? On peut prendre des paris, quelles que soient les difficultés, les obligations de commandes ne baisseront pas et les sacrifices seront du côté de l’entreprise publique. Il faut dire que les carrières alternent entre public et privé et que les réseaux de gauche (modérée) et de droite s’entremêlent. Il faudrait le talent d’un Balzac pour décrire ce petit monde parisien des 200 petits marquis qui règnent sur la culture et l’audiovisuel !

 

5. France Télévisions n’a plus réellement la maîtrise de la production des programmes, externalisés depuis l’adoption des « décrets Tasca ». Connaît-on les intentions du gouvernement dans ce domaine ?


Développer une industrie des programmes digne de ce nom pourrait être une belle ambition pour un gouvernement qui se pique de « redressement productif ». La France, dont la politique de régulation dans le cinéma est une vraie réussite avec un système de financement qui permet de produire plus de 250 longs métrages par an, a été incapable de faire la même chose pour son industrie audiovisuelle. C’est pourtant une industrie culturelle difficile à délocaliser...

 

Globalement, le volume de production des fictions, séries et documentaires pour le petit écran est deux à trois fois moindre que celui de l’Allemagne ou du Royaume Uni ! Pour favoriser la production privée, les décrets Tasca ont pourtant imposé l’obligation de commandes et la cession des droits. De même, l’outil de production public a été démantelé avec le bradage de la défunte SFP à Bolloré. Aujourd’hui, les producteurs privés sont nombreux, concentrés, et parfois très riches... mais on a oublié de financer le financeur, c’est-à-dire France Télévisions !

 

Aujourd’hui, alors qu’ils vivent grâce à l’intermittence et à la manne de France Télévisions, les gros producteurs menacent : pas question de revenir sur l’obligation des 470 Millions d’€ (cinéma et programmes) de commandes ! Pour eux c’est seulement à France Télévisions de se serrer la ceinture. Et il semblerait qu’Aurélie Filippetti les écoute favorablement.

 

Ces dernières années, la CGT de France Télévision a beaucoup combattu la nocivité des décrets Tasca qui ont conduit à l’externalisation de la production mais il y a aujourd’hui un argument nouveau qui pourrait faire bouger les lignes. Si la télévision publique se contente d’être un diffuseur et un financeur, à l’heure de la télé connectée, elle pourrait très vite perdre toute substance et devenir une coquille vide. Avec la diffusion par Internet, ce ne sont pas les tuyaux ou les fréquences qui vont compter mais les contenus ! Demain les géants de la télé seront les studios américains producteurs de séries ou de films associés à des agrégateurs tels que Google, YouTube ou Apple. France Télévisions doit donc retrouver la pleine maitrise de ses droits et de ses capacités de production cédés aux producteurs par la volonté du législateur. C’est un enjeu absolument stratégique.


6. Dans sa réponse à Acrimed, François Hollande (ou son/sa porte-parole) promettait :

« Une clarification durable du périmètre, de l’organisation et de l’identité des différentes composantes de l’audiovisuel public. Sans préjuger les nécessaires concertations préalables et les débats parlementaires, je peux d’ores et déjà évoquer les directions suivantes : La création d’une chaîne jeunesse sans publicité sur le canal de France 4 (enfants et ados en journée, jeunes adultes en soirée) ; La création d’un portail « information » alimenté par l’ensemble des opérateurs publics ; La remise à plat du système de l’AEF pour sécuriser RFI et TV5 monde et réfléchir à l’avenir de France 24. »

Où en sont ces divers projets ?


Lorsque le candidat Hollande a été interrogé, il parlait de « clarifier » le périmètre de l’audiovisuel public. Au vu de ce que j’exposais plus haut sur la crise que nous connaissons, il est à craindre que le président élu et son gouvernement ne se servent du prétexte d’une redéfinition du périmètre de France télévisions pour seulement le réduire en vue d’économies. Ce gouvernement s’inscrirait ainsi dans dans la lignée de ceux qui l’ont précédé et qui ont tous oeuvré depuis plus de 25 ans au désengagement de l’Etat au profit du secteur privé : privatisation de TF1 en 1984, décrets Tasca en 1990, SFP bradée à Bolloré en 2001, refus de tout développement de France Télévisions lors du lancement de la TNT en 2005, remise en cause des recettes de la pub en 2008.

 

La création d’une chaîne enfant et jeunesse est une très bonne idée. Elle était d’ailleurs dans les tiroirs lors du lancement de la TNT et a alors été refusée par le gouvernement Raffarin. Faut-il pour cela transformer France 4 qui marche bien qui a le don d’énerver le patron de M 6 qui prône sa disparition ? Ou faut-il, comme le préconise la Direction de France Télévision, racheter les parts de Lagardère dans la chaîne à capital mixte Gulli ? C’est à débattre mais ce que l’on peut espérer de l’Etat régulateur c’est qu’il développe les missions du secteur public plutôt que de les amenuiser.

 

En ce qui concerne l’audiovisuel extérieur et l’information en continu on ne peut qu’être profondément déçu par les premiers signaux de ce nouveau gouvernement. Alors que le candidat Hollande s’était clairement exprimé contre la fusion RFI/France 24, cette aberration se poursuit dans les faits sur la base du rapport Cluzel (appuyé par la CFDT).

 

Si l’heure est à la redéfinition des périmètres c’est le moment de laisser RFI dans celui de Radio France et d’intégrer France 24 à France Télévisions comme le réclament les salariés ! Qu’il s’agisse de la Radio, de la télévision, voire de l’AFP, la puissance de feu du secteur public en matière d’images, de sons ou d’information est considérable... et, en même temps, cloisonnée et éclatée. A mon avis, les réticences à mettre en place un puissant pôle public de l’audiovisuel et de l’information ne tiennent qu’à de mauvaises raisons : la peur d’avoir à réaliser une harmonisation sociale et la peur des places fortes syndicales...

 

Quand François Hollande a abordé ces questions du périmètre de la télévision publique, il aurait pu revenir sur les attributions de chaînes sur la TNT. L’interdiction faite à France télévisions de présenter tout projet de nouvelle chaîne (sports, enfants, régions, rediffusions...) est-elle normale ? A l’arrivée de la TNT, le législateur n’a pas cherché à protéger le secteur public face à une concurrence sans règle. Aujourd’hui, les dégâts sont considérables : les chaînes de la TNT ont émietté l’audience et aspiré les recettes publicitaires alors qu’elles n’ont pratiquement aucune obligation de production originale ! Aujourd’hui les chaînes de la TNT captent environ 20% de l’audience et 20% de la pub. Et il faut savoir qu’une chaîne de la TNT peut être rentable avec 3% d’audience grâce à des catalogues de programmes achetés à bas coût. Un programme d’une heure que la télévision publique a autrefois financé plus d’1 M d’€ ne coûte plus que 3000 € à une chaîne de la TNT !

 

Huit nouvelles chaînes TNT en HD arrivent en décembre 2012. Canal plus se lance à son tour dans la télévision gratuite avec la rediffusion en clair de ses programmes grâce au rachat des chaînes de Bolloré. Les géants de la télé connectée débarquent, des réorganisations et des concentrations sont prévisibles mais on sait déjà que dans ce secteur totalement dérégulé la télé publique a du souci à se faire...

 

Fernando Malverde

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 03:02

la chronique médiatique de Claude Baudry

Pourquoi il faut sauver Presstalis

la chronique

Franchement on aurait aimé vous parler du téléfilm 
de Gérard Mordillat, les Cinq Parties du monde, fipa d’or 
à Biarritz, diffusé ce soir par Arte à 22 h 20. Mais le dossier 
qui nous préoccupe a pour nom Presstalis ; ce maillon essentiel 
de la distribution des journaux (75 % des titres dont les quotidiens) traverse une crise majeure. On estime le financement de ce plan entre 150 et 300 millions d’euros. Éditeurs actionnaires, syndicats et pouvoirs publics, mais aussi la messagerie concurrente, les MLP (qui s’opposent à une « péréquation » financière entre messageries), sont tous appelés à contribution pour sauver un système mis en place après 
la guerre. Pour les salariés de Presstalis, c’est lourd : plus d’un millier de postes supprimés, peut-être plus sur 2 500. Un plan auquel s’oppose le Syndicat général du Livre, engagé dans un conflit dur qui s’est traduit par des non-parutions de quotidiens.

Tous les acteurs du dossier ont coché le 1er octobre 
sur leur agenda. Lundi, le tribunal de commerce 
se prononcera sur une éventuelle prolongation du mandat 
de l’administratrice judiciaire ou le placement de Presstalis en redressement judiciaire, sauf 
si un accord intervient d’ici là entre les parties. Une pétition 
(voir sur humanite.fr texte 
et signataires) a été lancée par 
des militants communistes 
de la presse qui considèrent 
que « l’État ne peut pas 
se contenter de satisfaire 
les demandes des patrons. 
Il doit intervenir pour que 
le système soit renforcé dans sa mission de service public, 
y compris en y étant partie prenante ». Elle demande « le retrait du plan de la direction de Presstalis prévoyant des suppressions d’emplois et de nouvelles fermetures de centres » et 
« la convocation d’urgence, par le ministère, d’une table ronde pour refonder le système coopératif de distribution 
des quotidiens et périodiques en repartant de la défense 
du pluralisme de la presse, indispensable à la vie démocratique du pays ; dans le cadre d’un débat public… ».

Voilà du boulot pour Jean-Marie Beffara, député PS 
de la circonscription de Loches (Indre-et-Loire), 
nouveau rapporteur spécial sur les médias à l’Assemblée nationale.

 

Claude Baudry

Médias - le 5 Octobre 2012

Presstalis : vers un plan de restructuration et une aide de l'Etat

Presstalis, les éditeurs de presse et l'Etat sont parvenus à un accord sur l'avenir du distributeur de journaux. Un plan de restructuration devrait se dessiner et l'Etat avancera prêt et subventions. Ce maillon essentiel 
de la distribution des journaux (75 % des titres dont les quotidiens) devrait vivre, mais avec près de la moitié de ses effectifs en moins.


"Une étape essentielle a été franchie ce jour dans la refondation de la messagerie Presstalis avec la signature de l'accord tripartite entre Presstalis, les éditeurs des coopératives qui lui sont associées et l'Etat", a annoncé l'entreprise dans un communiqué. "Au vu de cet accord, le président du tribunal de commerce (de Paris) a constaté, lors d'une nouvelle réunion cet après-midi, que les conditions de poursuite de l'exploitation de Presstalis étaient réunies. En conséquence, Me Laurence Lessertois a été maintenue dans sa mission afin de rendre compte au président du tribunal de commerce de la bonne exécution de l'accord d'ici le 31 décembre 2012", a ajouté le groupe.

 

Le président du tribunal de commerce de Paris devait décider soit de renouveler la mission de la mandataire ad hoc, soit de placer l'entreprise en redressement judiciaire. Ce qui était peu probable : lire à ce propos : Presstalis devrait échapper au dépôt de bilan


La décision était suspendue à la signature de l'accord entre la direction de Presstalis, les actionnaires de l'entreprise (la coopérative des éditeurs de quotidiens et celle des magazines) et les pouvoirs publics pour trouver une solution à la situation du distributeur et permettre le financement de son plan de restructuration, adopté en novembre 2011.

 

 

Un plan estimé à 200 millions d'euros... Et au moins 1000 emplois


Selon les termes de l'accord conclu ce vendredi, les pouvoirs publics s'engagent à apporter 35 millions d'euros sur les deux premières années de sa mise en œuvre, dont 20 millions sous forme de prêt pour moderniser l'entreprise et 15 millions sous forme de subventions, en augmentant l'aide à la distribution de la presse quotidienne nationale. Les pouvoirs publics sont disposés à fournir des garanties les deux années suivantes, à hauteur de 60 millions d'euros, au cas où les économies prévues pour les restructurations de la filière ne seraient pas atteintes à l'horizon 2014. Est-ce que ce sera assez ? Le coût global pour le plan de restructuration estimé à environ 200 millions d’euros pour permettre à Presstalis la mise en œuvre de son plan industriel 2012-2015 adopté lors du conseil d’administration du 26 juillet dernier. N'oublions pas non plus que ce plan de sauvetage se traduit aussi par  la suppression de plus d’un millier de postes si ce n'est plus c'est à dire quasi la moitié des employés actuels.

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BRUNO FORNACIARI

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