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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 05:13

Ces économistes qui monopolisent (toujours) les débats

par Mathias Reymond, le 9 octobre 2012

 

Malgré les crises économiques, les mêmes économistes squattent toujours les médias. Et leurs erreurs accumulées n’y ont rien changé. Quelques petits comptages s’imposent... Nous reproduisons ci-dessous un article publié dans le n°5 de Médiacritique(s) dont la présentation est disponible ici. Et pour le commander c’est .

 

Ainsi que nous l’avions déjà développé ici-même, depuis de nombreuses années, les sujets « économiques » inondent les médias. Régulièrement confrontés à la complexité de ces thèmes, les journalistes préfèrent déléguer leurs traitements à des experts (toujours les mêmes), universitaires pour la plupart – mais pas toujours les plus compétents –, dont les engagements extra-scientifiques sont méconnus ou dissimulés. Pour les journalistes, l’expert appelé à la rescousse doit répondre à plusieurs critères  : efficacité (il doit être bref et concis), disponibilité (il doit habiter en Île-de-France) et orthodoxie (il doit être partisan de l’économie de marché). Les trois critères sont essentiels... et presque toujours vérifiés. Le talent ne semble pas toujours nécessaire pour devenir un « bon client ».

 

Acrimed, et avec elle Le Plan B et quelques autres critiquent depuis longtemps la proximité de certains économistes avec le pouvoir financier, leurs relations incestueuses avec le pouvoir politique, et leur omniprésence médiatique. Mais vint la crise. Ou plutôt les crises  : celle des subprimes aux États-Unis, et celle de « la zone euro », que ces experts n’avaient pas su anticiper. Cette fois, un film (Les Nouveaux Chiens de garde), un mensuel (Le Monde diplomatique), des économistes (atterrés) et même – dans une moindre mesure – des médias plus main stream (Alternatives économiques ou Mediapart), ont prolongé les investigations, focalisant surtout leur critique sur l’appartenance de ces quelques économistes au monde de la finance. « Comment peut-on être objectif en étant juge et partie  ? » Les critiques semblant fuser de toutes parts, on pouvait penser que la cause était entendue, et qu’on allait enfin en être rapidement débarrassé.

 

Las  ! Malgré ces nombreux travaux, ces mises en garde répétées, ces évidences enfin révélées, rien ne semble avoir entamé leur aura dans les médias dominants  : à la radio, comme à la télévision, les économistes qui trempent leurs mains dans le cambouis de la finance ne sont jamais présentés comme tels et sont toujours partout.

 

À la télévision


Durant l’année 2011, les experts orthodoxes – qui n’avaient pas vu arriver la moindre crise, répétons-le  ! – ont occupé la plupart des écrans de télévision. Jacques Attali a fait 14 passages [1] sur France Télévisions, Alain Minc 8 passages, autant pour Michel Godet, Christian de Boissieu 3, Daniel Cohen 18, et Élie Cohen… 43 passages. Jacques Sapir, un hétérodoxe qui assume une position protectionniste voire souverainiste de gauche, ne compte que 3 passages sur France Télévisions. Frédéric Lordon, lui, n’a fait qu’une apparition sur les chaînes du service public.

 

De manière plus précise, l’émission « C dans l’air » diffusée chaque après-midi sur France 5 et animée la plupart du temps par l’infatigable Yves Calvi (qui par ailleurs pérore sur France 2 et sur RTL), apparaît comme un bon exemple d’orthodoxie pédagogique. Tous les jours, trois ou quatre experts débattent autour d’un thème d’actualité. Comme l’émission est quotidienne, la rédaction de « C dans l’air » doit trouver des spécialistes rapidement disponibles et acclimatés aux codes de la télévision (concision du discours, clarté du propos, complaisance à l’égard du média hôte…). Des fast-thinkers en somme…

 

Ainsi, au fil des ans, Calvi et son équipe se sont dotés d’un panel d’experts en tout et en rien. Le Proche-Orient est-il à l’ordre du jour  ? C’est Pascal Boniface qui s’y colle. Ce dernier est-il absent  ? On convoque Antoine Sfeir. S’agit-il de comprendre les fluctuations de l’opinion sondée  ? Dominique Reynié arrive à la rescousse. La politique politicienne est-elle au menu  ? Christophe Barbier (sans écharpe rouge) et Roland Cayrol s’ébattent devant le micro. Et lorsqu’il est question d’économie  ? Idem, ils sont une poignée à venir plastronner.

 

Sur la période allant de septembre 2011 à septembre 2012, crise oblige, plusieurs dizaines d’émissions ont été consacrées à l’économie. Outre des journalistes, chefs d’entreprises ou syndicalistes, 103 invitations ont été attribuées à des « économistes ». On entend ici par « économistes » des personnes présentées par « C dans l’air » comme « professeur d’économie » ou « de gestion », « chercheur en économie », « conseiller économique ou financier », « analyste financier », ou… « économiste ».

 

Sur cette période donc, 26 économistes se sont répartis les 103 invitations et ils ne sont que quinze à avoir été invités une seule fois. Onze économistes se partagent donc 92 invitations. Dans ce carré VIP, c’est Philippe Dessertine qui décroche le pompon avec 16 passages dans « C dans l’air » en un an. Ensuite viennent Bernard Maris (13 passages), Christian Saint-Étienne (12), Élie Cohen (11), Jean-Pierre Gaillard (11), Jean-Marc Daniel (6), Raymond Soubie (6), Michel Godet (4), Nicolas Bouzou (4), Pascal Perri (3) et Jacques Mistral (2).

 

Ces économistes défendent tous l’orthodoxie libérale (à l’exception de Bernard Maris – jadis hétérodoxe – mais dont le positionnement a évolué vers moins de radicalité depuis les années 1990 et son éloignement d’ATTAC).

 

S’il existe quelques nuances entre eux, il n’en demeure pas moins qu’ils sont tous favorables à la construction européenne, au libéralisme économique et à la mondialisation. Présentés comme économistes, ils sont presque tous impliqués dans la banque et la finance, et plus globalement dans le monde de l’entreprise en tant que conseiller ou administrateur…

 

Si Philippe Dessertine est professeur de finance à l’université Paris-X Nanterre, il est aussi directeur de l’Institut de haute finance du groupe IFG.

 

Christian Saint-Étienne est bien professeur d’économie, mais il est aussi conseiller municipal à Paris, élu sur la liste de Jean Tiberi en 2008, et consultant financier au sein de Conseil stratégique européen SA.

 

Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po Paris, est aussi administrateur d’Orange et du groupe Pages Jaunes.

 

Jean-Pierre Gaillard est président d’une société de conseil et du Cercle des épargnants.

 

Raymond Soubie est l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, il préside aujourd’hui la société de conseil en stratégie sociale Alixio, et est actionnaire majoritaire de l’agence d’informations AEF.

 

Michel Godet, professeur au CNAM, est aussi membre du Comité directeur de l’Institut Montaigne (un think tank patronal), administrateur du groupe Bongrain, de l’association AGIPI et créateur du Cercle des Entrepreneurs du Futur.

 

Nicolas Bouzou, directeur d’études du MBA Droit des affaires et management à Paris-II Assas, dirige également une société d’analyse et de prévisions économiques.

 

Jean-Marc Daniel est professeur dans une école de commerce, l’ESCP Europe.

 

Les brefs curriculum vitae de ces piliers de « C dans l’air » révèlent la taille (réduite) du périmètre à l’intérieur duquel est traitée la question économique. Par leurs positions sociales, par leurs appartenances politiques, par leurs orientations idéologiques et, pour certains, par leur implication dans des entreprises privées, ils forment un groupe très homogène, assez représentatif de l’ensemble des économistes invités dans les médias. Mais beaucoup moins représentatif de l’ensemble des économistes, et encore moins de la diversité des analyses de la situation économique actuelle, de ses causes et des remèdes possibles.

 

À la radio


Ces économistes, toujours autant visibles à la télévision depuis l’avènement de la dernière « crise », qui a pourtant permis d’émettre de sérieux doutes sur leur « expertise », restent également omniprésents à la radio.

Dans un article publié en 2009, nous avions comptabilisé les économistes invités des « Matins de France Culture » sur cinq ans. 81 cartons d’invitation avaient été distribués et parmi eux, Daniel Cohen comptait 9 invitations, Jean-Paul Fitoussi 7, Élie Cohen 6, et Nicolas Baverez 4, comme Jean-Hervé Lorenzi et Patrick Artus. Et sur ces 81 invitations, le Conseil d’analyse économique avait pu s’exprimer à 40 reprises, la fondation Terra Nova, 32 fois, et le Cercle des économistes 19 fois (voir encadré 1). Certains invités cumulaient évidemment les casquettes…

 

De plus, la quasi-absence des femmes (3 sur 81), liée en partie à la distribution très inégale des genres dans le milieu universitaire dans des disciplines comme l’économie, est éloquente.

Quant à l’ultra-parisianisme des matins de France Culture, il est saisissant. Tous les universitaires français invités sont des Parisiens, à l’exception de Françoise Benhamou, rattachée à l’université de Rouen mais chercheuse à l’université Paris I (et chroniqueuse à France Culture  !)

C’est sans surprise Sciences Po Paris qui détient à l’époque le record du nombre d’invitations (19), devant Paris I (15), l’École normale supérieure (9), Polytechnique (8), Paris Dauphine (7), etc. Cette surreprésentation des universités parisiennes sur le plateau des matinales ne s’explique pas uniquement par leur renommée académique.

En effet, l’École d’économie de Toulouse, qui se situe en haut de tous les classements, n’a jamais eu accès – sur cette période – au micro de France Culture, à l’image de son directeur, Jean Tirole, considéré comme le plus « nobélisable » des économistes français et médaille d’or du CNRS en 2007…

 

En 2012, à la radio, rien ne semble avoir changé. Alain Minc, par exemple, auteurs d’ouvrages sur l’économie remplis d’erreurs factuelles, qui a déclaré, en 2008 sur Direct 8, que « le système financier est très bien régulé » et que le « risque de grand dérapage est passé », continue d’être invité régulièrement sur les antennes. Cette année, on l’a entendu sur Radio Classique le 15 mai 2012, sur RTL le 14 août et sur Europe 1 le 10 septembre.

Son alter ego, auteur d’essais truffés de bourdes, le très versatile Jacques Attali, s’est exprimé sur Europe 1 le 21 février, et sur France Info, le 7 mai. Et pour bien entamer la rentrée, France Inter a invité Daniel Cohen, pour qui en 2008 « la crise financière [était] a priori passée », dans sa matinale du 4 septembre, Le Monde (dont il est éditorialiste associé) l’a interviewé le 9 septembre et Les Échos, le 11 septembre. Aucun n’a rappelé qu’il était conseiller de la Banque Lazard. Étonnant, non  ?

***

En définitive, le cercle des privilégiés s’auto-entretient grâce à deux ingrédients maintes fois évoqués ici même ou identifiés dans les travaux de la sociologie des médias  : la paresse des journalistes et l’omniscience imaginaire mais revendiquée des experts. La présence médiatique des économistes vedettes devient exponentielle avec le temps  : la consultation occasionnelle engendrant l’invitation occasionnelle qui, en se répétant, entraîne l’invitation régulière qui, en se reproduisant, implique inéluctablement l’omniprésence médiatique des mêmes et des semblables. Leurs innombrables erreurs n’y font rien  : ils gardent la confiance aveugle des médias.

Notes

[1] Invitation dans une émission ou apparition dans un reportage. Source : Inamédia.

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 04:05

Entretien avec Fernando Malverde, journaliste à France 3, sur la situation de France Télévisions

par Fernando Malverde, le 5 octobre 2012

 

Nous l’avions dit : le projet du PS pour les médias, et particulièrement pour l’audiovisuel public est un projet minimaliste. Le programme de François Hollande était encore plus réduit.

 

Les réponses à Acrimed de François Hollande (ou de son/sa porte-parole) – que nous avons publiées dans Médiacritique(s), notre magazine trimestriel, un peu plus détaillées, étaient très limitées. Or les évolutions récentes à France Télévisions – et en particulier la réduction de son budget - sont, si rien ne vient les contrecarrer, particulièrement inquiétantes et les syndicats des salariés du groupe, déjà mobilisés, se préparent à d’âpres conflits. C’est pourquoi nous avons demandé à Fernando Malverde, journaliste à France 3, syndicaliste SNJ-CGT et adhérent d’Acrimed, de faire le point pour nous en nous livrant son point de vue (Acrimed)

 

1. France Télévisions semble menacé d’asphyxie financière. La réduction de la publicité n’est pas compensée, en raison des diktats de Bruxelles et du gel des dotations budgétaires de l’Etat. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?


Nous sommes en effet face à un carrefour dans l’histoire de la télévision publique et ce moment pourrait s’avérer très dangereux pour elle. Dans le cadre de la mise en place du TSCG, le pacte européen d’austérité, le gouvernement vient d’annoncer une baisse de 3 à 4 % (entre 75 et 100 Millions d’€) du budget de France Télévisions.

 

Comme tout le secteur public, la télévision est sommée de participer à « l’effort commun ». Il faut tout de même rappeler en quelques mots quel est le contexte. En 2008 Nicolas Sarkozy a annoncé la suppression de la publicité sur FTV après 20 heures pour, soi-disant, favoriser son recentrage éditorial. En fait l’ami de tous les patrons des groupes audiovisuels privés voulait surtout qu’ils puissent se partager la manne publicitaire ainsi libérée. Déjà chroniquement sous financée depuis une vingtaine d’année, France Télévisions ne s’est jamais remise de ce choc. Son modèle économique basé sur la redevance et sur la publicité a été totalement déstabilisé.

 

Nous avons toujours dit que la compensation promise (environ 450 Millions d’€ par an en partie grâce à une taxe sur les FAI) était fragile parce que sujette au bon vouloir de Bercy… eh bien elle est aujourd’hui contestée par Bruxelles qui pourrait réclamer au printemps prochain le remboursement par l’Etat de plus d’un milliard d’€ aux opérateurs privés !

 

Il y a encore d’autres facteurs qui expliquent l’asphyxie financière actuelle. Les recettes attendues de la pub avant 20 H ont été largement surévaluées par la direction du groupe dans un contexte de récession économique. Ce manque à gagner s’ajoute aux économies qu’avait déjà imposées le gouvernement Fillon sur la dotation budgétaire dès le mois d’avril. Nous terminerons donc l’année 2012 avec un déficit de 75 à 80 Millions d’€.

 

C’est dans ce contexte qu’interviennent les annonces de rigueur de Jérome Cahuzac, le nouveau ministre du budget. Pour mémoire, le dernier Contrat d’Objectifs et de Moyens signé avec l’Etat garantissait pourtant une progression du budget de 2 % par an ! Malgré une légère augmentation de la redevance de 4 €, ce sont donc près de 160 Millions d’€ qui vont manquer l’an prochain au budget de France télévisions !

 

On comprend, dans ces conditions, que le président de France télévisions, si policé et si prudent d’habitude, ait cru nécessaire de préparer les esprits à un prochain plan social et à une réduction des missions et des objectifs de la Télévision Publique.

 

Si l’on analyse les chiffres, on pourrait s’approcher de 1 500 suppressions d’emplois sur les 10 500 permanents que comptent les chaines de France TV. Et je ne parle même pas de ce plan social silencieux en œuvre depuis des mois qui consiste à ne plus faire travailler des centaines de précaires et d’intermittents et dont le téléphone ne sonne plus.

 

 

2. Où en sont les projets de fusion des rédactions de France 2 et de Frances 3 ? S’agit-il de favoriser des « synergies », comme on dit ? Et dans ce cas lesquelles ? Ou plus simplement d’un plan d’économies drastiques et de réduction des effectifs ?


Tout le monde savait depuis longtemps que la fusion des rédactions nationales était « dans les tuyaux ». Depuis la mise en place de l’entreprise unique nous sommes dans un processus permanent de restructuration et tout est bon pour rechercher les « synergies », les « gains de productivité » ou, plus crûment, les « économies ».

 

C’est dans ce contexte que le plan « info 2015 » vient d’être annoncé. Il a un double avantage : cela correspond aux vœux de longue date de la tutelle et de Bercy et cela pourrait permettre à l’actuelle Direction de se maintenir aux affaires jusqu’à la fin du mandat de Rémy Pflimlin… justement prévu en 2015 ! Mais faisons un pari : même si le PDG change à l’occasion d’une nouvelle loi sur l’audiovisuel la fusion des rédactions restera d’actualité ! Il y actuellement environ 600 journalistes qui concourent à la fabrication des magazines de reportages et de sport et des journaux des chaînes France 2, France 3, France Ô (Télématin matin, 13h, 20h, 12/14, 19/20, Soir 3 etc.). Tout le monde sait que les organisations cloisonnées génèrent des écritures différentes... mais aussi des doublons !

 

D’où l’idée de mettre en place, sur un lieu unique, une « news factory », sur le modèle de la BBC, où une seule rédaction produirait de l’information 24h sur 24. Cette grande rédaction fournirait des reportages pour tous les supports (en particulier pour Internet), toutes les éditions et toutes les chaînes. Thierry Thuillier, le Directeur de l’information de France Télévisions assure qu’il entend préserver toutes les éditions (on est prié de le croire) et leur identité propre. Comment ? Grâce aux présentateurs et à quelques journalistes « de plateaux » qui « personnifieront » chaque « marque »... L’avenir des soutiers de la « factory » est plus vague... mais pas besoin d’être devin pour imaginer les enjeux économiques et les risques éditoriaux.

 

Partout ou ce type d’organisation a été mis en place cela a conduit, à la fois à une uniformisation de l’écriture journalistique et, bien sur, à des suppressions d’emplois. La réforme et l’organisation de BBC News qui inspire aujourd’hui l’équipe Thuillier a entrainé 2000 suppressions d’emplois dont 800 à la rédaction. Difficile à chiffrer mais ce sont sans doute des centaines de postes de journalistes qui seront supprimés dans les rédactions nationales de France Télévisions.

 

De plus, c’est le contenu même de l’info qui va en prendre un coup. La fragmentation des tâches envisagée va conduire à une sorte de BFMisation accélérée. Les journalistes sur le terrain vont perdre la maîtrise de leur reportages fournis à un desk chargé de retravailler une matière brute d’images et d’interviews pour tous les supports... Et le risque est que tous les reportages à haute valeur ajoutée tels que les enquêtes et les magazines un peu pointus soient tous externalisés comme c’est le cas depuis longtemps déjà pour les documentaires.

 

3. Un épais brouillard enveloppe, semble-t-il, les projets concernant l’avenir de France 3. Qu’est-ce qui semble se dessiner ?


Malheureusement l’absence d’horizon stratégique pour France 3 est une constante depuis une quinzaine d’années. Pas un seul Contrat d’Objectifs et de Moyens avec l’Etat n’est allé à son terme ! Parfois, l’encre d’un COM longuement négocié est à peine sèche que tout est remis en cause en raison d’un changement de PDG ou d’une alternance politique, comme c’est le cas actuellement. Au fil des ans, les injonctions de la tutelle sont changeantes et contradictoires : Proximité ? Chaînes thématiques ? Tout info ? Programmes culturels ? Portail internet ?… Une seule chose est constante, quelles que soient les alternances : il faut faire une télévision qui coûte moins cher. Il faut dire que France 3 ce sont 24 journaux régionaux et 44 éditions locales simultanées, 4500 salariés soit 4500 salariés soit près de la moitié de France Télévisions, implantés dans une centaine de sites. C’est, à la fois, la chaîne la moins bien dotée... et la plus chère ! La grille de France 3 coûte 850 M d’€ (contre 820 M d’€ pour celle de France 2)... mais elle produit 23 000 heures de programmes annuels contre 8700 pour une chaîne nationale. On comprend la tentation, malgré les difficultés politiques, de changer les missions de France 3 et de revoir au rabais sa mission historique d’aménagement du territoire.

 

Parmi ses premières prises de positions Aurélie Filippetti ne vient-elle pas d’annoncer l’abandon pur et simple d’un projet de régionalisation... avant même qu’il ne lui ai été exposé ! Le projet, rejeté par la ministre, sous prétexte qu’il coutait trop cher, est pourtant un vieux serpent de mer conforme à la notion de service public : lancer des chaînes régionales de plein exercice (comme « ViaStella » en Corse) dans plusieurs régions métropolitaines (dont l’Ile de France) et les Outres Mers.

 

Au vu de la situation que traverse France Télévisions, la fusion des rédactions nationales est engagée mais la fabrication de programmes régionaux et la production lourde sont également menacés (500 salariés concourent encore en région à la fabrication de fictions ou de retransmissions).

 

Depuis plusieurs mois, l’heure est à la réduction drastique du nombre d’émissions et aux rediffusions. La plupart des régions viennent de décider la fermeture des éditions d’informations locales pendant périodes de vacances scolaires au risque de brouiller encore un peu plus l’identité de la chaine. L’obsession des économies est devenue une seconde nature à France 3. Les cadres n’y sont plus jugés prioritairement sur des enjeux éditoriaux ou de qualité des contenus mais sur l’aptitude à réduire les coûts, à tenir compte des contraintes, à respecter la consigne zéro CDD. Comme le hamster qui tourne dans sa roue sans but « on fait des économies pour faire des économies »…

 

Le flou stratégique, les menaces sur l’avenir, la réorganisation des services, un travail qui se dégrade, une renégociation des Conventions Collectives sous la pression, tout cela génère chez de nombreux salariés de France 3 une souffrance et un profond mal être qui n’a parfois rien à envier à des entreprises comme France Télécom.

 

4. France Télévisions est placé sous la double tutelle du Ministère de l’information et de la communication et du Ministère des finances. Comment se manifeste cette double commande ?


Peux-t-on réellement parler d’une double commande ? Même s’il connait très bien l’entreprise publique et les enjeux culturels et sociétaux de la télévision, le ministère de la communication exerce-t-il sa mission avec une réelle autonomie ? Ne fait-il pas autre chose que de mettre en place de manière technique les contraintes que lui impose le ministère des finances ? Qui a la main sur le niveau de la redevance ? Ou sur la compensation budgétaire liée à la suppression de la pub après 20 h ? Cette pression de Bercy est la règle dans tous les ministères, mais il y a aussi un autre aspect moins connu : le puissant lobbying des producteurs. Il y a un haut degré de connivence, parfois aux limites du conflit d’intérêts, entre les hauts fonctionnaires des deux ministères, le monde de la production privé et les cadres dirigeants de l’audiovisuel. Dans le contexte de crise actuelle, les gros producteurs ont d’ores et déjà fait passer le message : si des économies sont à trouver, ce n’est pas en baissant leur chiffre d’affaire, mais en réduisant les missions et les effectifs de France Télévisions. Que se passera-t-il ? On peut prendre des paris, quelles que soient les difficultés, les obligations de commandes ne baisseront pas et les sacrifices seront du côté de l’entreprise publique. Il faut dire que les carrières alternent entre public et privé et que les réseaux de gauche (modérée) et de droite s’entremêlent. Il faudrait le talent d’un Balzac pour décrire ce petit monde parisien des 200 petits marquis qui règnent sur la culture et l’audiovisuel !

 

5. France Télévisions n’a plus réellement la maîtrise de la production des programmes, externalisés depuis l’adoption des « décrets Tasca ». Connaît-on les intentions du gouvernement dans ce domaine ?


Développer une industrie des programmes digne de ce nom pourrait être une belle ambition pour un gouvernement qui se pique de « redressement productif ». La France, dont la politique de régulation dans le cinéma est une vraie réussite avec un système de financement qui permet de produire plus de 250 longs métrages par an, a été incapable de faire la même chose pour son industrie audiovisuelle. C’est pourtant une industrie culturelle difficile à délocaliser...

 

Globalement, le volume de production des fictions, séries et documentaires pour le petit écran est deux à trois fois moindre que celui de l’Allemagne ou du Royaume Uni ! Pour favoriser la production privée, les décrets Tasca ont pourtant imposé l’obligation de commandes et la cession des droits. De même, l’outil de production public a été démantelé avec le bradage de la défunte SFP à Bolloré. Aujourd’hui, les producteurs privés sont nombreux, concentrés, et parfois très riches... mais on a oublié de financer le financeur, c’est-à-dire France Télévisions !

 

Aujourd’hui, alors qu’ils vivent grâce à l’intermittence et à la manne de France Télévisions, les gros producteurs menacent : pas question de revenir sur l’obligation des 470 Millions d’€ (cinéma et programmes) de commandes ! Pour eux c’est seulement à France Télévisions de se serrer la ceinture. Et il semblerait qu’Aurélie Filippetti les écoute favorablement.

 

Ces dernières années, la CGT de France Télévision a beaucoup combattu la nocivité des décrets Tasca qui ont conduit à l’externalisation de la production mais il y a aujourd’hui un argument nouveau qui pourrait faire bouger les lignes. Si la télévision publique se contente d’être un diffuseur et un financeur, à l’heure de la télé connectée, elle pourrait très vite perdre toute substance et devenir une coquille vide. Avec la diffusion par Internet, ce ne sont pas les tuyaux ou les fréquences qui vont compter mais les contenus ! Demain les géants de la télé seront les studios américains producteurs de séries ou de films associés à des agrégateurs tels que Google, YouTube ou Apple. France Télévisions doit donc retrouver la pleine maitrise de ses droits et de ses capacités de production cédés aux producteurs par la volonté du législateur. C’est un enjeu absolument stratégique.


6. Dans sa réponse à Acrimed, François Hollande (ou son/sa porte-parole) promettait :

« Une clarification durable du périmètre, de l’organisation et de l’identité des différentes composantes de l’audiovisuel public. Sans préjuger les nécessaires concertations préalables et les débats parlementaires, je peux d’ores et déjà évoquer les directions suivantes : La création d’une chaîne jeunesse sans publicité sur le canal de France 4 (enfants et ados en journée, jeunes adultes en soirée) ; La création d’un portail « information » alimenté par l’ensemble des opérateurs publics ; La remise à plat du système de l’AEF pour sécuriser RFI et TV5 monde et réfléchir à l’avenir de France 24. »

Où en sont ces divers projets ?


Lorsque le candidat Hollande a été interrogé, il parlait de « clarifier » le périmètre de l’audiovisuel public. Au vu de ce que j’exposais plus haut sur la crise que nous connaissons, il est à craindre que le président élu et son gouvernement ne se servent du prétexte d’une redéfinition du périmètre de France télévisions pour seulement le réduire en vue d’économies. Ce gouvernement s’inscrirait ainsi dans dans la lignée de ceux qui l’ont précédé et qui ont tous oeuvré depuis plus de 25 ans au désengagement de l’Etat au profit du secteur privé : privatisation de TF1 en 1984, décrets Tasca en 1990, SFP bradée à Bolloré en 2001, refus de tout développement de France Télévisions lors du lancement de la TNT en 2005, remise en cause des recettes de la pub en 2008.

 

La création d’une chaîne enfant et jeunesse est une très bonne idée. Elle était d’ailleurs dans les tiroirs lors du lancement de la TNT et a alors été refusée par le gouvernement Raffarin. Faut-il pour cela transformer France 4 qui marche bien qui a le don d’énerver le patron de M 6 qui prône sa disparition ? Ou faut-il, comme le préconise la Direction de France Télévision, racheter les parts de Lagardère dans la chaîne à capital mixte Gulli ? C’est à débattre mais ce que l’on peut espérer de l’Etat régulateur c’est qu’il développe les missions du secteur public plutôt que de les amenuiser.

 

En ce qui concerne l’audiovisuel extérieur et l’information en continu on ne peut qu’être profondément déçu par les premiers signaux de ce nouveau gouvernement. Alors que le candidat Hollande s’était clairement exprimé contre la fusion RFI/France 24, cette aberration se poursuit dans les faits sur la base du rapport Cluzel (appuyé par la CFDT).

 

Si l’heure est à la redéfinition des périmètres c’est le moment de laisser RFI dans celui de Radio France et d’intégrer France 24 à France Télévisions comme le réclament les salariés ! Qu’il s’agisse de la Radio, de la télévision, voire de l’AFP, la puissance de feu du secteur public en matière d’images, de sons ou d’information est considérable... et, en même temps, cloisonnée et éclatée. A mon avis, les réticences à mettre en place un puissant pôle public de l’audiovisuel et de l’information ne tiennent qu’à de mauvaises raisons : la peur d’avoir à réaliser une harmonisation sociale et la peur des places fortes syndicales...

 

Quand François Hollande a abordé ces questions du périmètre de la télévision publique, il aurait pu revenir sur les attributions de chaînes sur la TNT. L’interdiction faite à France télévisions de présenter tout projet de nouvelle chaîne (sports, enfants, régions, rediffusions...) est-elle normale ? A l’arrivée de la TNT, le législateur n’a pas cherché à protéger le secteur public face à une concurrence sans règle. Aujourd’hui, les dégâts sont considérables : les chaînes de la TNT ont émietté l’audience et aspiré les recettes publicitaires alors qu’elles n’ont pratiquement aucune obligation de production originale ! Aujourd’hui les chaînes de la TNT captent environ 20% de l’audience et 20% de la pub. Et il faut savoir qu’une chaîne de la TNT peut être rentable avec 3% d’audience grâce à des catalogues de programmes achetés à bas coût. Un programme d’une heure que la télévision publique a autrefois financé plus d’1 M d’€ ne coûte plus que 3000 € à une chaîne de la TNT !

 

Huit nouvelles chaînes TNT en HD arrivent en décembre 2012. Canal plus se lance à son tour dans la télévision gratuite avec la rediffusion en clair de ses programmes grâce au rachat des chaînes de Bolloré. Les géants de la télé connectée débarquent, des réorganisations et des concentrations sont prévisibles mais on sait déjà que dans ce secteur totalement dérégulé la télé publique a du souci à se faire...

 

Fernando Malverde

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 04:02

la chronique médiatique de Claude Baudry

Pourquoi il faut sauver Presstalis

la chronique

Franchement on aurait aimé vous parler du téléfilm 
de Gérard Mordillat, les Cinq Parties du monde, fipa d’or 
à Biarritz, diffusé ce soir par Arte à 22 h 20. Mais le dossier 
qui nous préoccupe a pour nom Presstalis ; ce maillon essentiel 
de la distribution des journaux (75 % des titres dont les quotidiens) traverse une crise majeure. On estime le financement de ce plan entre 150 et 300 millions d’euros. Éditeurs actionnaires, syndicats et pouvoirs publics, mais aussi la messagerie concurrente, les MLP (qui s’opposent à une « péréquation » financière entre messageries), sont tous appelés à contribution pour sauver un système mis en place après 
la guerre. Pour les salariés de Presstalis, c’est lourd : plus d’un millier de postes supprimés, peut-être plus sur 2 500. Un plan auquel s’oppose le Syndicat général du Livre, engagé dans un conflit dur qui s’est traduit par des non-parutions de quotidiens.

Tous les acteurs du dossier ont coché le 1er octobre 
sur leur agenda. Lundi, le tribunal de commerce 
se prononcera sur une éventuelle prolongation du mandat 
de l’administratrice judiciaire ou le placement de Presstalis en redressement judiciaire, sauf 
si un accord intervient d’ici là entre les parties. Une pétition 
(voir sur humanite.fr texte 
et signataires) a été lancée par 
des militants communistes 
de la presse qui considèrent 
que « l’État ne peut pas 
se contenter de satisfaire 
les demandes des patrons. 
Il doit intervenir pour que 
le système soit renforcé dans sa mission de service public, 
y compris en y étant partie prenante ». Elle demande « le retrait du plan de la direction de Presstalis prévoyant des suppressions d’emplois et de nouvelles fermetures de centres » et 
« la convocation d’urgence, par le ministère, d’une table ronde pour refonder le système coopératif de distribution 
des quotidiens et périodiques en repartant de la défense 
du pluralisme de la presse, indispensable à la vie démocratique du pays ; dans le cadre d’un débat public… ».

Voilà du boulot pour Jean-Marie Beffara, député PS 
de la circonscription de Loches (Indre-et-Loire), 
nouveau rapporteur spécial sur les médias à l’Assemblée nationale.

 

Claude Baudry

Médias - le 5 Octobre 2012

Presstalis : vers un plan de restructuration et une aide de l'Etat

Presstalis, les éditeurs de presse et l'Etat sont parvenus à un accord sur l'avenir du distributeur de journaux. Un plan de restructuration devrait se dessiner et l'Etat avancera prêt et subventions. Ce maillon essentiel 
de la distribution des journaux (75 % des titres dont les quotidiens) devrait vivre, mais avec près de la moitié de ses effectifs en moins.


"Une étape essentielle a été franchie ce jour dans la refondation de la messagerie Presstalis avec la signature de l'accord tripartite entre Presstalis, les éditeurs des coopératives qui lui sont associées et l'Etat", a annoncé l'entreprise dans un communiqué. "Au vu de cet accord, le président du tribunal de commerce (de Paris) a constaté, lors d'une nouvelle réunion cet après-midi, que les conditions de poursuite de l'exploitation de Presstalis étaient réunies. En conséquence, Me Laurence Lessertois a été maintenue dans sa mission afin de rendre compte au président du tribunal de commerce de la bonne exécution de l'accord d'ici le 31 décembre 2012", a ajouté le groupe.

 

Le président du tribunal de commerce de Paris devait décider soit de renouveler la mission de la mandataire ad hoc, soit de placer l'entreprise en redressement judiciaire. Ce qui était peu probable : lire à ce propos : Presstalis devrait échapper au dépôt de bilan


La décision était suspendue à la signature de l'accord entre la direction de Presstalis, les actionnaires de l'entreprise (la coopérative des éditeurs de quotidiens et celle des magazines) et les pouvoirs publics pour trouver une solution à la situation du distributeur et permettre le financement de son plan de restructuration, adopté en novembre 2011.

 

 

Un plan estimé à 200 millions d'euros... Et au moins 1000 emplois


Selon les termes de l'accord conclu ce vendredi, les pouvoirs publics s'engagent à apporter 35 millions d'euros sur les deux premières années de sa mise en œuvre, dont 20 millions sous forme de prêt pour moderniser l'entreprise et 15 millions sous forme de subventions, en augmentant l'aide à la distribution de la presse quotidienne nationale. Les pouvoirs publics sont disposés à fournir des garanties les deux années suivantes, à hauteur de 60 millions d'euros, au cas où les économies prévues pour les restructurations de la filière ne seraient pas atteintes à l'horizon 2014. Est-ce que ce sera assez ? Le coût global pour le plan de restructuration estimé à environ 200 millions d’euros pour permettre à Presstalis la mise en œuvre de son plan industriel 2012-2015 adopté lors du conseil d’administration du 26 juillet dernier. N'oublions pas non plus que ce plan de sauvetage se traduit aussi par  la suppression de plus d’un millier de postes si ce n'est plus c'est à dire quasi la moitié des employés actuels.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 19:54

Médias - le 3 Septembre 2012

Ça déménage ! L’Humanité va jouer une nouvelle partition à Pleyel

Le journal investissait hier ses nouveaux locaux, carrefour Pleyel à Saint-Denis. Avec un défi : ne pas interrompre sa parution entre le vendredi et le lundi. Si vous lisez ces lignes, c’est que le défi aura été relevé. Récit 
d’une journée particulière 
à l’ombre de 
la tour Pleyel.


Atterrissage en douceur dans de nouveaux locaux, ce dimanche matin, carrefour Pleyel, pour l’équipe de l’Humanité.

De l’ombre de la basilique de Saint-Denis aux abords du Stade de France, le journal avait déjà voyagé ces dernières années. Il est à nouveau contraint de faire ses cartons. «Nous nous sommes retrouvés au centre d’un conflit dans lequel nous n’étions pour rien», confie le directeur de L’Humanité, Patrick Le Hyaric. Un conflit entre les propriétaires du bâtiment et les banques qui finançaient le projet immobilier. Pas assez rentabilisé, avec des étages inoccupés, la société gestionnaire de l’immeuble a dû mettre la clé sous la porte et, dans la foulée, demander à ses locataires (nous) de plier bagage.

 

La recherche du profit a ses raisons que n’effleure guère l’enjeu démocratique qui représente l’information.

L’idéal pour éviter ces désagréments serait « d’être propriétaire, tranche le directeur, mais cela suppose un investissement de 10 à 15 millions d’euros que nous ne pouvons réaliser ». Pour autant il se félicite des nouveaux espaces, « plus conviviaux, mieux adaptés pour un journal que ne l’étaient les anciens », même si les espaces ont dû être « rationalisés », précise-t-il.

 

Peu à peu les journalistes arrivent, les agents des services généraux, ceux des services informatiques sont déjà là.

« Nous avons tiré ici 36 kilomètres de câbles! Et nous avons installé 260 postes, détaille le responsable du service informatique. Toute l’équipe était mobilisée de huit heures à minuit. En douze heures, nous avons du déménager l’ensemble de l’infrastructure réseau ». Cela fait trois mois que le service informatique prépare tout, avec l’aide des informaticiens de Dell et de la société Tégé-Sofip. Un travail titanesque pour assurer la continuité de la parution.

 

 

« Nous paraîtrons lundi, c’est certain ! » Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction, a le sourire. Parvenir à sortir un journal le vendredi et l’autre le lundi signifiait réussir un déménagement complet en 48 heures. De quoi susciter quelques inquiétudes dans la rédaction en chef.

 

Pendant ce temps, dans les nouveaux locaux des archives, Lucien San Biaggio tente de remonter une étagère. Au service du personnel, Maguy, la responsable, cherche de la place pour caser une armoire qu’un déménageur de GBA tient en équilibre sur un chariot. « On a déménagé 1200 mètres cubes en trois jours, explique Hocine, un responsable de l’entreprise, nous étions 28 et nous avons fait 76 rotations de camions! Mais tout s’est bien passé. »

 

 

Au rez-de-chaussé les services généraux assurent l’accueil. Ils remettent à chacun un nouveau badge et proposent café, croissants et jus d’orange.

Dans le patio les accros de la cigarette reprennent du service, tandis que d’autres profitent des quelques rayons de soleil d’un dimanche de fin d’été en région parisienne.

Au premier ça s’agite. Toute l’équipe de l’Humanité dimanche qui occupe l’étage est au rendez vous. Et pour cause, privés de locaux le vendredi, retardés d’un second jour pour assurer la parution du supplément pour la Fête de l’Humanité, les journalistes, sous la houlette d’André Ciccodicola, le rédacteur en chef, doivent néanmoins assurer le bouclage de l’hebdomadaire en temps et en heure. Il faut mettre les bouchées doubles. Au même étage est installée la rédaction du journal la Terre qui prendra dès lundi possession des lieux.

 

Au deuxième étage, la conférence de rédaction du quotidien a commencé. On propose le sujet d’ouverture, chaque rubrique défend ses choix, une situation presque anodine, sinon les petits sourires et les coups d’œil amusés qu’on observe. Chacun tente de prendre ses marques. « Alors, qu’est-ce que tu en penses? » croit-on lire dans les regards. Certains se trouvent trop à l’étroit, mais la plupart considèrent les lieux plus aérés. « Ici au moins on peut ouvrir les fenêtres » , lâche-t-on dans un couloir. Certains tournent en rond et se retrouvent à l’endroit qu’ils venaient de quitter sans avoir trouver leur bureau. Le sens de l’orientation est chose précieuse dans les immeubles construits en double T.

 

 

Quoi qu’il en soit, dans un lieu nommé Carré Pleyel, chacun finira bien par s’y retrouver. Plus précisément, le bâtiment qu’occupe l’Humanité a été baptisé Calliope, nom de l’une des neuf filles de Zeus, muse de la poésie épique et de l’éloquence, de quoi inspirer les nouveaux locataires.

 

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 02:54

Pour la réussite de la Fête de l’Humanité

Le résultat net comptable 
de l’Humanité pour l’année 2011 fait apparaître une perte nette de 1953419euros. Ce résultat négatif est dû pour l’es­sentiel à une baisse des recettes de diffusion de plus de 700000euros, une perte de 330000euros sur la Fête de l’Humanité et une diminution de plus d’un million d’euros des aides publiques. En face, nos coûts de production, de distribution, de transport et de routage augmentent sub­stantiellement. La réussite de la souscription exceptionnelle atteignant 1397000euros a permis d’atténuer les pertes du journal. Les premiers éléments pour l’année 2012 ouvrent la voie à une possible amélioration de nos résultats à condition de réussir la Fête de l’Humanité, de donner une impulsion à la diffusion dans le dernier trimestre et de maintenir un haut niveau de souscription. À ceci s’ajoute la nécessité de contenir nos coûts de production et la hausse des prix de la distribution, de défendre et de sauver la coopérative de distribution Presstalis.


Depuis la fin de l’année 2011 jusqu’à ce mois de juin, les résultats des ventes commerciales, des abonnements et de la diffusion militante mon­trent un progrès de près de 4%. Nous maintiendrons nos recettes de diffusion des hors-séries. Les recettes publicitaires devraient légèrement augmenter. Nous restons dans l’incertitude sur les sommes qui seront allouées au titre des aides à la presse. De janvier à mi-avril, nous avons installé un fonds de solidarité au développement de l’Humanité qui a per­mis une recette de 400000euros et la réalisation de 2500 abonnements «week-end» (l’Humanité Dimanche et l’Humanité du vendredi). L’un des grands enjeux des jours à venir est l’impulsion de la diffusion-vente du bon de soutien donnant droit à l’entrée de la Fête de l’Humanité.


Avec une programmation culturelle et des concerts de grande qualité, la Fête va être à la fois celle de la jeunesse et une fête utile à la construc­tion du changement à gauche. Elle sera un espace et un moment impor­tant de rassemblement pour l’emploi, la justice et le progrès social, un lieu de rencontre des forces progressistes européennes pour chercher les moyens de sortir l’Europe des griffes des marchés financiers et de réorienter ses politiques dans le sens des intérêts des travailleurs et des peuples. Lieu de la rencontre et du débat à gauche, la Fête peut – quatre mois après la défaite de la droite – être activateur d’un processus de changement progressiste.


C’est dire à quel point sa préparation durant tout l’été, avec la diffusion du bon de soutien, et sa réussite peuvent être un atout décisif pour les indispensables mobilisations populaires contre les pressions de la droite et des milieux financiers, afin de créer les conditions pour que la gauche s’engage dans des réformes structurelles transformatrices favorables au monde du travail et de la création, et pour dégager les voies d’un nouvel avenir pour les jeunes.  

 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 04:46

Médias - le 24 Août 2012

Tunisie : les Guignols de l’Infos auront duré moins d’un mois

La chaîne tunisienne Ettounsiya TV a cessé la diffusion d'une émission satirique politique, fortement inspirée des Guignols de l’Infos français, après des pressions du pouvoir.


C’est le secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Mongi Khadraoui, qui le déplore auprès de l’AFP : "J'ai appris auprès de sources au sein de la chaîne que la programmation des guignols a été arrêtée à la suite de pressions indirectes des autorités". " C’est un coup dur pour la liberté d'expression".

 

Cette émission se moquait tout particulièrement des dirigeants du pays et du parti islamiste Ennahda, qui domine le gouvernement. Un journaliste de la chaîne a confirmé "l'arrêt soudain" de la diffusion la semaine dernière, moins d'un mois après le lancement des guignols, sans pouvoir en expliquer la cause.

 

Cette semaine, le ministre de la Santé issu d’Ennahda, Abdelatif Mekki, estimait sur les ondes de la radio Shems FM que certaines émissions "dépassaient les bornes". "Il faut respecter les symboles nationaux, le président de la République, le président du Parlement, le chef du gouvernement (...) il faut que la critique soit dans le cadre du respect".

 

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 22:50

 

L'équipe de la fête au premier jour de l'installation

 

Médias - le 13 Août 2012

Fête de l'Humanité 2012

Chantier de la Fête : première semaine d’installation

Une semaine après le tout début de son implantation, le chantier de la Fête de l’Humanité 2012 a officiellement commencé ce matin lundi 13 août, sous la houlette du directeur de la Fête Olivier Valentin. C’est parti pour un mois de chantier au parc départemental Georges Valbon.

L’objectif : être opérationnel pour l’ouverture du chantier, lundi 20 août, aux différents stands invités. Pour l’instant, une quarantaine de personnes est présente sur le site, avec d’un côté les équipes du journal et de l’autre les professionnels du BTP.Les retrouvailles faites (une grande partie du personnel se retrouvant d’une année sur l’autre), et après une courte réunion au ton presque solennel, le travail peut commencer.
Certains aménagent les bureaux vides de la régie et d’autres la grande infirmerie, tandis que l’équipe chargée de "l’implantation" se rend sur le terrain de 40 hectares encore vierges, pour effectuer d’après des plans complexes le marquage des espaces et des routes. Difficile de se rendre compte à l’heure actuelle, de l’apparence qu’aura le parc dans seulement quelques semaines...

A l’emplacement de la future Grande Scène, un amphithéâtre de verdure :

Au niveau du Village du Livre s’opère un véritable travail de géomètre pour délimiter l’emplacement précis des stands :


La Scène Zebrock prendra place juste devant l’aéroport voisin du Bourget et son musée de l’air :

Pour travailler dans de bonnes conditions, il est nécessaire d’avoir une logistique impeccable. Pour l’heure, les camions transportent les préfabriqués, pendant que l’électricité est raccordée par la construction de lignes à haute tension :

Dans une semaine, les stands commenceront à se monter.
C’est une véritable ville qui prend forme petit à petit !

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 12:59

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 20:46

« Portrait du Journaliste en Sarkozyste » (extraits de Profession : Elkabbach)

par Vincent Quivy, le 26 juillet 2012

Nous publions ci-dessous, avec l’accord de son auteur des extraits du premier chapitre de son livre, Profession : Elkabbach [1] dont nous avons rendu compte par ailleurs.

Pour comprendre ce qui suit, un rappel de quelques épisodes d’une longue carrière, commencée avant 1968 peut être utile. PDG de France Télévisions de 1993 à 1996, contraint de démissionner en raison des contrats faramineux qu’il avait consentis à des animateurs-producteurs, Jean-Pierre Elkabbach revient alors à Europe 1 (où il avait déjà trôné de 1981 à 1988). Il en deviendra animateur d’antenne puis président, alors qu’il est administrateur au sein du groupe du propriétaire, Arnaud Lagardère, président de Lagardère Media. L’annonce par erreur de la mort de Pascal Sevran lui vaudra de perdre son poste de président d’Europe 1 en juin 2008, mais il est nommé à la direction de Lagardère News et maintenu à l’antenne de la radio pour son interview matinale. Cumulard, de 2000 à 2009, il est président de la chaîne parlementaire Public Sénat. (Acrimed)

« Portrait du Journaliste en Sarkozyste  » (extraits)

 


Avril 2008 : Jean-Pierre Elkabbach est à son apogée, pilier incontournable de l’univers audiovisuel, commandeur voué par le temps à imposer sa morgue et son la au petit univers politico-médiatique français. Soutien et ami d’un président de la République, Nicolas Sarkozy, aux allures de Roi soleil, exécuteur de confiance d’un baron d’industrie, Arnaud Lagardère, devenu maître d’un empire médiatique sans équivalent dans l’Hexagone, homme lige des parlementaires français qui l’ont choisi, dans une belle unanimité, pour diriger leur chaîne télévisée, Public Sénat, il est aussi un animateur écouté, un intervieweur recherché, un patron de radio, Europe 1, craint et donc respecté.

 

Respecté ? Hum, le mot paraît fort. Car la radio privée qu’il dirige alors, « fleuron du groupe Lagardère », devient en 2007 dans la bouche de beaucoup « Radio Sarko ». Un surnom qui n’a rien de gratifiant pour une vieille maison qui s’est longtemps voulu « reine de l’info », réactive et « objective », indépendante. Un surnom qui doit justement beaucoup à Jean-Pierre Elkabbach dont les liens et le soutien au ministre de l’Intérieur devenu président de la République sont anciens et connus et dont les saillies verbales et les interventions maladroites font jaser.

 

Car Jean-Pierre Elkabbach n’est pas un patron ordinaire, pas du genre à s’investir dans la gestion et la direction des affaires, dans l’administration silencieuse et prenante d’une grande entreprise. Non, son truc à lui, c’est « l’antenne » et plus précisément l’interview politique qu’il anime chaque matin sur Europe 1 depuis des années. Rares sont en effet les patrons de l’audiovisuel qui sont à la fois président et journaliste, ont leur « case » et leurs émissions. Comment concilier les obligations prenantes que suppose la direction d’une grande entreprise de plus de 250 employés et une activité

 

d’intervieweur toujours sur la brèche, posé derrière un micro chaque matin de semaine ? « Ce qui le fait se lever le matin, c’est l’antenne, c’est ça son truc, confirme un ancien d’Europe 1. Honnêtement, on sentait bien que le boulot de pdg ne l’intéressait pas. Ce qui l’intéressait c’étaient les attributs du pouvoir, l’apparence, le titre. »

Une double casquette un brin encombrante. Car les remarques et les questions de l’éditorialiste-intervieweur qui d’ordinaire n’engagent que lui ont un autre écho quand elles émanent du big boss. Elles donnent le ton et la ligne de la station, définissent son identité et sa couleur.

 

« Vous n’êtes pas de l’UMP, Jean-Pierre Elkabbach ! »


Or en ces temps très sarkozystes, le pdg d’Europe 1 n’est pas des plus neutres et laisse percer un attachement très fort au plus puissant, témoin ce dialogue entendu en pleine campagne électorale. Nous sommes le 28 janvier 2007, à quelques semaines de l’élection présidentielle, Jean-Pierre Elkabbach reçoit au micro d’Europe 1 un des proches de la candidate Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco. Le socialiste, très énervé par un discours de Nicolas Sarkozy dans lequel l’homme de droite s’est emparé de Jean Jaurès, figure historique de la gauche, fait part de son indignation. Une indignation que notre patron de radio ne partage pas et qui le pousse, comme souvent, à passer du rôle d’intervieweur à celui de juge très affirmatif : « Mais par exemple, intervient-il agacé, Mitterrand pouvait parler de Maurras, de Chardonne… De la gauche, de Blum… » Jusque là rien de grave mais la partie de ping-pong connaît une étrange tournure quand Jean-Louis Bianco s’en prend à « l’inspirateur » supposé du discours, « Franck Tapiro, vous le savez, le conseiller en communication, l’un des nombreux conseillers en communication de Monsieur Sarkozy. »

  Suite du dialogue :

 

Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, mais enfin, notre inspirateur, ce n’est pas monsieur »


Jean-Louis Bianco : « C’est l’inspirateur... »


Jean-Pierre Elkabbach : « Comment il s’appelle ? »


Jean-Louis Bianco : « Tapiro ! »


Jean-Pierre Elkabbach : « Non, ce n’est pas notre inspirateur. »


Jean-Louis Bianco : « Mais pourquoi vous dites “notre” inspirateur ? »


Jean-Pierre Elkabbach : « Ce n’est pas nos... nos... On n’a pas besoin... »


Jean-Louis Bianco : « Vous n’êtes pas de l’UMP, Jean-Pierre Elkabbach ! »


Jean-Pierre Elkabbach : « Non, non, ni à l’UMP, ni... »


Jean-Louis Bianco : « “Notre” inspirateur »…

 

Un « lapsus » parmi d’autres qui a laissé des traces dans les mémoires des journalistes de la station et dans le petit monde des médias parisiens. Difficile en effet après ce « notre » très UMP de ne pas assimiler Europe 1 à Nicolas Sarkozy.

C’est qu’en plus des lapsus, il y eut le ton et la manière d’interroger les uns ou les autres. Cette façon de faire la leçon aux syndicalistes qui ne comprennent pas l’importance que lui, baron d’Empire lucide et progressiste, sait accorder aux réformes du gouvernement ; cet art d’interroger Nicolas Sarkozy en intégrant dans ses questions les lignes force de la pensée du président comme s’il les faisait siennes ; ce « Bravo ! » lancé avec naturel au socialiste Éric Besson après son ralliement en pleine campagne présidentielle au panache du candidat de l’UMP [2].

 

Au delà, il y a ces relations entretenues avec assiduité avec un ministre puis un candidat puis un Président. Ainsi prend-on l’habitude de le voir dans l’ombre de Nicolas Sarkozy au cours de multiples voyages, non pas, comme le note l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie qui en a pourtant vu d’autres, du côté des journalistes mais parmi la « délégation officielle », au milieu des ministres et des « invités personnels » de l’homme d’État. « N’était-il pas, géographiquement et donc professionnellement, passé de l’autre côté de la barrière, c’est-à-dire exactement à l’endroit où les journalistes ne devraient pas être ? » se demande le confrère avant d’avouer que poser la question c’est déjà y répondre [3]. Ainsi le patron d’Europe 1 apparaît-il sur nombre de photos juste derrière le président, ombre fidèle parmi les fidèles, « officiel » perdu parmi les personnalités, loin de la « meute » des journalistes repoussée en périphérie. […]

 

Un fils (pas très) spirituel


« Ce qui a profondément changé avec Sarkozy, estime un journaliste politique, c’est que Elkabbach a participé à son ascension, à son éclosion, il l’a repéré et aidé. De sorte que les rapports ne sont plus du tout les mêmes qu’avec Chirac ou Mitterrand. » Les relations avec les deux prédécesseurs de M. Sarkozy, si elles étaient amicales et suivies, n’en étaient pas moins marquées par une certaine distance qui sépare le journaliste du politique. Avec eux, même s’il en fut proche, Elkabbach est resté de l’autre côté de cette « barrière » qu’évoquait Jean-Michel Aphatie. Avec Sarkozy, ce ne sont plus réellement des relations de journaliste à politique. Une question d’âge peut-être : Mitterrand et Chirac étaient plus vieux que Jean-Pierre Elkabbach, Nicolas Sarkozy est presque de vingt ans son cadet. Quand les deux premiers se sont lancés dans la « carrière », notre baron n’était pas encore journaliste ou si jeune, dans le cas de Chirac, qu’il ne pouvait qu’être spectateur. Quand Nicolas Sarkozy entre dans l’arène, Elkabbach est un personnage important du petit univers médiatico-politique, il en a l’assurance et les certitudes, l’entregent et le bagout, il est en position de pouvoir conseiller et valoriser quelques jeunes ambitieux dont il sait repérer le talent.

 

« Il est très content d’avoir connu Sarko quand il avait dix-huit ans, raconte un journaliste d’Europe 1. Très jeune en effet, Sarko le harcèle pour être son invité. Et Elkabbach sent le mec qui a du potentiel. »

De cette rencontre ancienne, entre celui qui n’est encore personne mais cherche à devenir quelqu’un et celui qui est déjà quelqu’un mais aspire à être encore plus, naissent les prémices d’une complicité qui s’appuie sur les intérêts bien compris de l’un et de l’autre et qui va prendre forme à mesure que le jeune Sarkozy va se faire un nom.

« Elkabbach a toujours été à l’affût des “nouveaux talents” de la politique, analyse un journaliste, les gens dont il perçoit qu’ils ont un avenir et, plus prosaïquement, des personnes qui aient le talent et la carrure pour être des “bons clients” de ses émissions politiques. » C’est que, comme l’explique un ex-journaliste d’Europe 1, « il sait qu’un bon interview repose bien sûr sur le talent de l’intervieweur mais aussi sur le charisme de l’interviewé. » […]

 

« Télé Sarko »


[…] Sous la présidence de Jean-Pierre Elkabbach, Nicolas Sarkozy est l’invité à de nombreuses reprises du journal de 20 heures de France 2, une place enviée qui lui permet de se faire connaître et d’imposer son personnage à une large partie des Français. Une présence qui répond, certes, au fait que le jeune Sarkozy est aussi porte-parole du gouvernement mais pas seulement. Ainsi quand, en février 1994, il fait paraître une biographie du personnage un peu oublié qu’est Georges Mandel, il a droit aux honneurs de la « grande messe du 20 heures » qui assure à son ouvrage une publicité des plus sympathiques. Peu d’écrivains ont bénéficié d’un tel traitement. […]

 

Dans l’optique d’Elkabbach, il y a donc aussi la conscience d’avoir affaire à une « bête médiatique », un brillant interlocuteur, accrocheur, séducteur, comme il les aime et avec lesquels il peut mener des entretiens vifs et remarqués. « Sarkozy, explique un journaliste d’Europe 1, a tout compris de l’art de la communication. Il sait ce qu’attend un type comme Elkabbach : un interview rapide, enlevé, avec du rythme et surtout des infos. Il faut toujours réserver une annonce, un petit scoop qui permettra à l’interview d’Elkabbach d’être reprise ou évoquée par les autres médias dans la journée. Tout le monde vous le dira : Elkabbach fonctionne “à la dépêche” ». Autrement dit, si un ministre ou une personnalité a la bonne idée de réserver l’exclusivité d’une information ou d’un projet au micro de Jean-Pierre Elkabbach, les agences de presse se feront un devoir de rédiger une ou plusieurs dépêches dans lesquelles elles rappelleront le nom de l’intervieweur et de son émission. Dépêches qui elles-mêmes seront reprises par la presse, les radios et les télés. De quoi flatter son ego et s’assurer une bonne publicité.

Car l’intérêt pour le journaliste dans ce jeu de relations avec le politique ne se limite pas à l’espoir de facilités de carrière ou de privilèges divers. Être l’ami de Nicolas Sarkozy, c’est être au cœur du pouvoir, être informé en permanence, bénéficier avant les confrères de la teneur des décisions et des projets. Et pouvoir, dans la guerre sans répit qu’est la course aux infos, « griller » les concurrents. Ainsi se noue un rapport dont chacune des deux parties profite à tous niveaux, en terme d’information comme en terme de carrière. […]

 

 

« Radio Sarko »


[…] « Clairement, dit une journaliste politique d’une radio concurrente, pour Sarkozy, Europe 1 était un enjeu considérable. Autant il était peu concerné par une radio comme France Inter qui traditionnellement est écoutée par un public plutôt à gauche, autant il était à fond sur Europe, attentif au moindre commentaire, mettant une “pression” incroyable sur les journalistes [politiques] de la station. »


« C’est vrai que les choses ont changé avec le départ de [Jérôme] Bellay, analyse un ancien d’Europe, pas parce que Sarkozy intervenait davantage ou plus directement, moi personnellement je ne l’ai pas vu et je n’ai rien entendu dans ce sens, mais parce que Bellay était dans la rédaction, tout le temps, à préparer les éditions, les journaux. Ça avait des inconvénients mais ça avait un avantage : il servait de paravent, il était solidaire et s’il y avait des retours, c’est par lui que ça passait. Avec Elkabbach, c’était différent. Il était rarement là, et quand il y était c’était surtout pour son interview du matin, le reste du temps, il déléguait. Parfois, simplement, il donnait des infos, en disant : “tiens, j’ai dîné avec tel ministre, il paraît que…” Parfois on le croisait à des réceptions ou des conférences de presse. On ne savait pas trop au nom de quoi il était là. C’était bizarre. »


« Quand j’étais rédac chef, se souvient un autre ancien, jamais il ne m’a donné une instruction, jamais. Alors c’est vrai, maintenant que j’y réfléchis, je pense qu’il y avait beaucoup d’autocensure, de ma part et de la part des autres. Par peur du groupe Lagardère, de lui, des retombées. Tout un contexte qui faisait que j’étais moins libre qu’aujourd’hui, qu’on n’avait pas les c… de balancer des trucs sur Sarko. Sans doute qu’il n’y avait pas ce même rapport qu’avec Bellay, ce côté patron solidaire et uni dont on savait qu’il serait là pour nous défendre. Avec Elkabbach, franchement, ce n’était pas le cas. On se demandait en cas de clash avec Sarko, dans quel camp il se mettrait… »

Autocensure, peur, retombées, autant d’éléments qui ne poussent pas à trop enquêter ou critiquer le futur président ? Jean-Pierre Elkabbach affirme qu’il n’est jamais intervenu. Le « contexte » se suffisait à lui-même. […]

 

« Comme jadis à Versailles »


C’est que Jean-Pierre Elkabbach n’a pas pour ami, on l’aura compris, que Nicolas Sarkozy. Ses relations avec le chef de l’État ne sont pas un accident de parcours, un hasard ou une nécessité due à un quelconque « coup de foudre de l’amitié », non, elles sont, au contraire, la partie immergée de l’iceberg, de toute une vie professionnelle passée dans l’antichambre du pouvoir.

 

« Le salon des Ambassadeurs est la pièce centrale, côté jardin, du Château [de l’Élysée], écrit Saïd Mahrane. Y accèdent uniquement ceux qui ont un petit point rouge sur leur carton d’invitation. Soit une centaine de personnes sur les 8 000 conviées ce jour-là. C’était le 14 juillet 2008. Dans le salon des Ambassadeurs, les “choses de la cour” se jouaient à huis clos. Comme jadis à Versailles, entre les pilastres du salon d’Hercule, quand Louis XIV recevait. Étienne Mougeotte, Jean-Pierre Elkabbach et Catherine Nay se disent maintes choses à voix basse. [4] » Là au milieu des gens qui comptent, dans les salons dorés de la République, il est à son aise, chez lui, allant de l’un à l’autre, personnage familier de la cour, baron bien connu ayant survécu à nombre de souverains, maréchal émérite des médias ayant servi tous les régimes. De droite ou de gauche, du centre ou de la périphérie.

 

« Au fond, analyse Christian Guy, ex-journaliste télé qui a travaillé avec Jean-Pierre Elkabbach, il a toujours eu une relation bizarre avec le politique. Ça a dû à un moment se mélanger dans sa tête. Bien sûr, quand on est journaliste politique, on est amené à avoir des relations avec les dirigeants mais il y a une limite, une barrière que l’on perçoit très vite. Lui cherchait à aller au-delà, entretenait des relations qui n’étaient plus professionnelles, ça nourrissait une ambition, la volonté d’appartenir à leur monde, d’être admis parmi eux. Je me suis demandé s’il n’allait pas franchir le pas et finir par abandonner le journalisme pour la politique. » […]

 

Il fréquente l’Élysée et les ministères, il est de ces « clubs » très parisiens où se côtoie la fine fleur des décideurs français. Il fut de la « Fondation Saint-Simon », créée par François Furet puis dissoute en 1999, regroupant intellectuels, grands patrons, hommes de médias et hauts responsables politiques. Il est du « Siècle », le « club des clubs », le « réseau des réseaux », « la quintessence du pouvoir politique, économique et médiatique » où se retrouvent des gens comme Patrick Poivre d’Arvor, Dominique Strauss-Kahn, Thierry Breton, Claude Bébéar ou Nicole Notat. « Tous sont membres du Siècle, le plus prestigieux des cercles de décideurs hexagonaux. [5] ».Un cercle qui comptait en 2007, selon son secrétaire général Etienne Lacour, outre Nicolas Sarkozy et François Fillon, quinze membres du gouvernement [6].

[…] Une fréquentation assidue qui ne semble pas lui peser pourtant et qu’il assume avec entrain à soixante-dix ans passés. Du petit monde de la politique française, il connaît tous les rouages, les visages et les usages. Il s’y est fait des amis de longues dates, des complices et des intimes : Jacques Attali, Julien Dray, Thierry Breton, Dominique Strauss-Kahn… Il petit-déjeune, déjeune et dîne avec tout ce monde important.

 

Part-il en vacances ? Il y retrouve Jacques Chirac, adepte comme lui d’un luxueux hôtel de l’île Maurice : « Les promenades [avec Chirac] à travers l’île, les dîners, les conversations, assis à la même table, légère ou graves, souvent personnelles, sont d’ordre privé et le resteront », écrit Jean-Pierre Elkabbach dans un des ses livres. Rentre-t-il de ses vacances ? Il court retrouver le président de l’époque : « François Mitterrand à qui rien ne pouvait rester caché avait aussi appris ces rencontres de vacances. Il m’accueillait parfois à mon retour, d’un souriant : “Comment va votre ami mauricien ? [7]  »

A-t-il besoin de prendre une décision importante ? Il dîne avec un ancien ministre de ses amis : « Je connaissais depuis longtemps cet homme politique [Charles Millon] sincère et réaliste [il sera un des rares présidents de région à accepter de s’allier au Front National], doté de fortes convictions qu’il met en œuvre depuis longtemps dans sa région. […] Ambitieux, il n’était ni candide, ni cynique. Je lui exposai toutes les hypothèses, j’avais confiance en son exigence et son pragmatisme. » L’ex-ministre lui dit alors : « Il faut […] tenter l’aventure. C’est probablement le sens de ton destin, saisis-le ! » Et notre journaliste indépendant de conclure : « Ce soir-là, je décidai de présenter ma candidature au poste de président de France Télévision. [8] »


L’homme qui murmurait à l’oreille des politiques


[…] Dans le microcosme, on sait l’intérêt stratégique de faire entendre sa voix à une heure de grande écoute et à une époque où les émissions politiques se font de plus en plus rares. On sait aussi les retombées positives d’une émission où, de l’avis général, on « ne se sent jamais piégé », on n’est « jamais pris au dépourvu ».

 

Un « travail à l’ancienne », selon l’expression d’un journaliste : les interviews sont préparées et les questions font l’objet de « négociations ». Il ne s’agit pas de passer à côté du sujet brûlant, l’info polémique que tout le monde attend, mais il ne s’agit pas non plus de coincer l’invité. Un jeu d’équilibriste dans lequel Jean-Pierre Elkabbach se montre toujours brillant, quitte à, avant de passer à l’antenne, convaincre avec insistance l’interviewé d’aborder des thèmes dont il ne veut pas entendre parler. « Il y a toujours un deal, explique un ancien d’Europe 1, poser une seule question sur le sujet qui fâche et promettre ensuite de passer à autre chose. “Jean-François Copé, on est obligés de parler de votre appartement de fonction, je ne vous pose qu’une question mais on ne peut pas passer à côté”. Il va lui poser la question qui dérange mais l’autre sait qu’Elkabbach n’ira pas trop loin, qu’il va pouvoir répondre, qu’il va même être briefé pour répondre : “Répondez court, n’en faites pas des tonnes, 30 secondes pas plus, sinon on ne comprend rien.” Il est étonnant. »

place à la limite de l’intervieweur et du conseiller : “tu devrais faire ça, tu devrais dire ceci… Est-ce que tu as quelque chose à dire ? Qu’est-ce que tu me donnes ?” Et qui ensuite met en scène son interview par rapport à ces éléments. C’est un metteur en scène. » […]

 

Du haut de son trône médiatique, l’homme sélectionne en fonction de ses propres critères. Il a des inimitiés, tel le socialiste Arnaud Montebourg qu’il trouve bien trop « jusqu’au-boutiste » ou Ségolène Royal, une des rares à avoir refusé son invitation, il a des idées fixes : avoir la carrure et les compétences, ne pas dépasser les lignes du politiquement acceptable. « Il m’a invité un jour à déjeuner, confie un député de premier plan, et il m’a posé toute une série de questions. J’avais l’impression de passer un examen. C’était d’autant plus étrange qu’il rétorquait à mes points de vue, comme si nous étions deux hommes politiques face à face. Il m’a exposé ses idées. À la suite de quoi, j’ai été invité à son émission. » L’homme conçoit son interview comme une émission importante de la vie politique, pas question donc d’y convier des sans-grade ou des médiocres. Certains ministres attendent toujours d’y être invités, sans résultat. Pas question non plus de procéder à l’interview sans un peu de cérémonial. Quand Jean-Pierre Elkabbach reçoit, il est bon de montrer qu’il ne s’agit pas d’un rendez-vous banal ou d’une interview comme on en fait sur les chaînes concurrentes. […]

 

Une visite « historique »


Plus que la double casquette de « journaliste indépendant » et de faire-valoir des sénateurs, c’est avant tout le cumul privé-public dont use Jean-Pierre Elkabbach qui suscite la critique. « Comment trouver normal, interroge par exemple l’ancien homme fort du Monde, Edwy Plenel, que le responsable d’une radio privée, propriété d’un groupe médiatique dominant, Lagardère, soit en même temps celui d’une télévision publique, celle du Sénat ? Que nos sénateurs, droite et gauche confondues, assurent en la personne de Jean-Pierre Elkabbach la présence à demeure auprès de l’une des deux assemblées parlementaires d’un représentant dévoué des intérêts d’un industriel est un évident mélange des genres. [9]  »

Quand en 2000, il prend la présidence de Public Sénat, notre « baron d’Empire » n’est pas encore patron d’Europe 1 mais déjà « conseiller spécial pour la stratégie médias du Groupe Lagardère ». « J’ai l’assentiment de Jean-Luc et Arnaud Lagardère », se justifie notre journaliste. On les comprend. À l’heure où se discute à l’Assemblée et au Sénat une nouvelle loi sur l’audiovisuel et au moment où le groupe privé se réoriente justement pour devenir un poids lourds du paysage médiatique français, les deux hommes d’affaire ne peuvent pas voir d’un mauvais œil leur « conseiller » en « stratégie médias » pénétrer le cœur de la République. Combien de grandes sociétés rêveraient en effet de bénéficier d’un tel appui et s’économiseraient ainsi les frais d’une coûteuse politique de lobbying ?

 

« Il est dans une confusion des rôles, estime un ancien d’Europe 1. C’est clairement quelqu’un qui travaille pour Lagardère, qui en est le lobbyiste. Il a un bureau rue de Presbourg [siège de la société Lagardère], un rue François Ier [siège d’Europe 1], un à Public Sénat. Il est relation avec les cercles médiatiques, politiques, économiques, dans la confusion permanente. C’est un homme qui est capable de se transformer en promoteur de l’Airbus A380 parce qu’il est fabriqué par EADS dont Lagardère est actionnaire ou d’accompagner Nicolas Sarkozy à Alger en tant qu’ami parce qu’il a des liens particuliers avec Bouteflika [président algérien]. »

 

Une critique que l’on balaie du côté du Sénat arguant que les parlementaires se félicitent du travail fait par ce « grand professionnel » de l’audiovisuel qui a su donner une visibilité, une cohérence et une certaine notoriété à la chaîne. Ses liens avec le groupe Lagardère ? Faut-il vraiment se plaindre d’avoir avec soi un homme haut placé dans un groupe qui possède des radios, des journaux, des magazines dans lesquels il est si important d’apparaître quand on fait de la politique ?

Seuls les journalistes d’Europe 1 trouvent à redire à cet étrange mélange de fonction. En 2008, ils ont jugé un peu saumâtre qu’à quelques mois du renouvellement de son mandat à la tête de Public Sénat, le double président impose en plein journal une interview du… président du Sénat justement. Et de s’interroger sur l’actualité et l’acuité de ce brave Christian Poncelet que d’ordinaire les médias ne se disputent pas. C’est que, répond Jean-Pierre Elkabbach, l’homme est le « deuxième personnage de l’État » et effectuait, avec toute une délégation de sénateurs, une visite capitale en Chine qui, à n’en pas douter, restera dans l’histoire. Ce qui est sûr c’est qu’Elkabbach lui-même faisait partie de cette délégation en tant que président de Public Sénat et que le président d’Europe 1 était donc aux premières loges pour juger de l’intérêt du voyage de… son patron.

 

Vincent Quivy

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 03:54

Le grossier mensonge d'Alain Duhamel

Dans une chronique publiée aujourd'hui par Libération, Alain Duhamel, plaide pour une majorité socialiste absolue à l'Assemblée nationale en utilisant un argument scandaleux. Selon lui, "si l'appoint des députés communistes était obligatoire, cela déboucherait à terme sur un blocage et un bras de fer... peut-être même dans un ou deux ans, sur une dissolution téméraire". Autrement dit, un groupe Front de gauche à l'Assemblée nationale pour faire une majorité, ce serait le scénario catastrophe. Cet argument est fallacieux et mensonger.

 

D'abord, Alain Duhamel oublie qu'il n'y aurait pas eu d'élection de François Hollande sans les 4 millions de voix du Front de gauche et qu'aucun député de gauche ne sera élu le 17 juin sans les voix du Front de gauche. Ces voix doivent-elles, une fois passées les élections, être réduites au silence? Curieuse conception de la démocratie.

 

Ensuite, rappelons qu'au Sénat,sans la présence de sénateurs communistes, la gauche n'est pas majoritaire. Loin d'être un blocage, cela a déjà permis de voter des lois pour encadrer le travail du dimanche, interdire les coupures de gaz et d'électricité, accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales. Et si notre proposition de loi sur l'interdiction des licenciements boursiers n'a pas été votée, c'est parce que 4 sénateurs radicaux de gauche ont fait défaut. Le blocage d'une politique de gauche n'est donc surement pas le fait des communistes et du Front de gauche.

 

C'est exactement le contraire.

 

Enfin, l'hypothèse d'une dissolution provoquée demain par les communistes ou le Front de gauche est une pure invention d'Alain Duhamel. Il cherche à faire oublier que le véritable défi que doit relever la gauche est celui que vient de rappeler Georges Séguy: "Si la gauche ne va pas dans le sens de ce que veut le peuple, il y a aura une réaction sociale terrible". Voilà la vérité qu'Alain Duhamel cherche à escamoter: si la présence de nombreux députés de gauche n'est pas assurée, c'est là que le cap du changement peut-être perdu.

 

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

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