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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 03:19
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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 18:26

La Grèce au JT : de la révolte invisible à la nécessaire austérité

par Ugo Palheta, le 20 juin 2011

 

Une mobilisation sociale de grande ampleur est actuellement en cours en Grèce. Les Grecs protestent contre l’imposition – par la troïka que composent le Fonds monétaire international, l’Union européenne et la Banque centrale européenne, avec la participation du gouvernement grec – d’un nouveau plan de rigueur, impliquant des coupes massives dans les dépenses publiques, une hausse de la TVA, et de nombreuses privatisations, contre l’octroi d’un prêt. Nous avons voulu rendre compte de la manière dont les journaux télévisés de TF1 et de France 2 ont informé sur ce mouvement social. Ont-ils donné les moyens aux téléspectateurs de comprendre les raisons de cette colère et de s’approprier les enjeux de cette mobilisation ? Ont-ils permis d’ouvrir un débat politique sur la dette, son origine et les moyens trouvés (ou imposés) par les États et les institutions supranationales pour y faire face ?

 

Le mouvement social dont il est question ici, où convergent les syndicats traditionnels et les occupants de la place « Syntagma » (sur le modèle des « indignés » espagnols), est parvenu, dès la fin du mois de mai, à rassembler des centaines de milliers de manifestants. C’était notamment le cas le dimanche 5 juin, non seulement à Athènes mais dans des dizaines de villes grecques. Depuis, les manifestations et les occupations se succèdent, posant la question de l’origine de la dette grecque [1] et affichant le refus de laisser détruire, au nom de cette dette, les acquis sociaux et les services publics.

On avait pris la peine de rappeler il y a quelques semaines, à propos du retour de Manuel Zelaya au Honduras, le théorème de Jean-Pierre Pernaut : « Vous voulez des nouvelles sur le Venezuela ? Regardez la chaîne vénézuélienne. Sur le Soudan ? Regardez les chaînes africaines » [2]. Ce retour avait en effet été en bonne partie invisibilisé par les médias français, pressés d’oublier un pays à propos duquel ils ne s’étaient guère honorés quelques mois auparavant. On aurait pourtant tort d’imaginer que la tendance des médias à se désintéresser des conflits sociaux, et plus encore lorsque ceux-ci concernent les pays étrangers [3], se réduirait à la personne de « JPP », aussi symptomatique soit-elle de la sous-estimation de l’information sociale et internationale.

 

Celui-ci n’avait fait qu’exprimer une « loi » qui gouverne les journaux télévisés, renvoyant à la place qu’ils occupent dans le champ médiatique et à la fonction qu’ils exercent, parfaitement décrite par Pierre Bourdieu : « Une part de l’action symbolique de la télévision […] consiste à attirer l’attention sur des faits qui sont de nature à intéresser tout le monde, dont on peut dire qu’ils sont omnibus – c’est-à-dire pour tout le monde. Les faits omnibus sont des faits qui, comme on dit, ne doivent choquer personne, qui sont sans enjeu, qui ne divisent pas, qui font le consensus, qui intéressent tout le monde mais sur un mode tel qu’ils ne touchent à rien d’important » [4].

La révolte grecque ne sera pas télévisée

Entre l’affaire Dominique Strauss-Kahn et l’affaire Ferry, l’accident de Joué-lès-Tours et la bactérie tueuse, en passant par la sécheresse et ses conséquences, la révolte sociale en Grèce a été presque totalement passée sous silence dans les journaux télévisés des deux principales chaînes de télévision française. En tout et pour tout, du lundi 30 mai au dimanche 12 juin, à 13 heures et à 20 heures, TF1 lui a consacré deux sujets, au « 13 heures » du 30 mai et au « 20 heures » du 4 juin, soit 2 min 40 s en deux semaines. France 2 a été plus généreuse dans la pénurie, accordant trois sujets et 5 min d’antenne à la révolte grecque, au « 13 heures » du 4 juin et aux « 20 heures » du 3 et du 4 juin.

 

Si l’on prend la peine de faire l’inventaire de l’ensemble des sujets abordés par les journaux télévisés sur cette même période, la politique éditoriale mise en œuvre apparaît en pleine lumière, et en stricte conformité avec l’argumentation de Bourdieu citée plus haut. On trouve ainsi, tout en haut de la hiérarchie de l’information, la « bactérie tueuse » et la sécheresse, qui apparaissent à chaque journal télévisé durant nos deux semaines d’observation.

 

De manière générale, les phénomènes sanitaires et climatiques occupent une place essentielle dans les journaux télévisés. Epidémies, infections, sécheresse, orages, tornades, etc. : autant de faits qui permettent de construire une information dépolitisée et, presque quotidiennement, d’alimenter les bavardages télévisuels en donnant lieu à une multitude indéfinie de sujets stéréotypés. Ces derniers ne posent généralement aucune question susceptible de faire l’objet d’un débat, qu’il s’agisse par exemple des rapports entre réchauffement climatique et politiques productivistes ou de la marchandisation de la santé, mais invitent au contraire à une commune déploration.

 

Ensuite vient la politique nationale, généralement traitée sous l’angle des « affaires » (DSK, Tron, Ferry, etc.), des petites phrases (celle de Jacques Chirac concernant François Hollande servira ainsi d’ouverture au « 13 heures » et au « 20 heures » de France 2, le dimanche 12 juin), ou enfin en réaction directe aux annonces faites par le gouvernement ou la majorité parlementaire (rapport Ciotti, volonté d’imposer des contreparties contre le rvenu de solidarité active, etc.).

Plus bas dans la hiérarchie : l’information sociale. Un exemple : l’annonce d’une fermeture possible de l’usine de PSA à Aulnay-sous-Bois n’aura bénéficié que d’une ou deux journées d’antenne, selon la chaîne et selon l’horaire du JT. Le « 13 heures » de TF1 a même fait l’impasse sur cette information qui touche pourtant, outre les 3 600 salariés du site, les intérimaires, tous ceux qui travaillent dans les entreprises sous-traitantes et les commerçants de la ville et des alentours.

Enfin, tout en bas de la hiérarchie propre aux journaux télévisés : l’information internationale. Outre la révolte grecque, les élections en Italie, au Portugal ou au Pérou n’ont fait l’objet que de sujets très courts, ne proposant aucune analyse des forces en présence ou des résultats, et ne situant nullement ces derniers dans le contexte politique et électoral propre à chacun de ces pays. Les résultats des élections au Portugal et au Pérou ont ainsi été expédiés en 45 s lors du « 20 heures » de France 2 le lundi 6 juin.

« Cacher en montrant »

Dimanche 5 juin, jour d’une des manifestations grecques les plus imposantes dans l’ensemble du pays, et alors que la chaîne dispose d’un envoyé spécial (Romain Messy), le « 20 heures » de France 2 préfère consacrer un sujet de 11 min à « l’affaire DSK ». Le lendemain, ce sont pas moins de 28 min qui seront consacrées à cette affaire qui agite le microcosme médiatico-politique depuis environ un mois, et ce pour traiter une audience qui aura duré… 7 min. Près de 40 min en deux jours, et rien pour un mouvement social rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes en Grèce, qui signale par ailleurs que l’activité du même DSK à la tête du FMI a fait merveille (point sur lequel les médias français ne sont jamais revenus).

Autre exemple de la futilité des informations télévisées, ces mots par lesquels David Pujadas choisit d’ouvrir son journal, mardi 7 juin : « Hillary Clinton hier, Anne Sinclair aujourd’hui : face à l’infidélité, elles suscitent l’admiration ou les interrogations : pourquoi des épouses pardonnent, s’engagent, et même épaulent leurs maris dans l’épreuve judiciaire ? C’est une autre des questions posées par l’affaire DSK ». Une question cruciale, à l’évidence.

 

À l’opposé, la dépêche de l’Agence France Presse révélant que ce sont les Européens du Sud qui travaillent le plus en Europe n’aura pas trouvé droit de cité au journal télévisé. Elle permettait pourtant, au moins en partie, de comprendre la révolte du peuple grec, qui se voit imposer de nouveaux sacrifices alors qu’il affiche de loin la durée annuelle moyenne du travail la plus forte d’Europe (2 219 heures, contre 1 390 par exemple pour l’Allemagne ou 1 554 pour la France).

« Cacher en montrant », comme l’écrivait Bourdieu, c’est-à-dire mettre en avant une somme innombrable de sujets qui occuperont le devant de la scène médiatique un temps variable pour mieux noyer l’information qui divise, sociale ou internationale. Mais quelle vision du mouvement social en Grèce ont donné TF1 et France 2 quand, en de rares occasions, ils ont daigné lui accorder quelques minutes, ou plutôt quelques secondes, d’attention ?

 

TF1 : « l’humeur est à la résignation »


Le « 13 heures » de TF1 n’a consacré qu’un sujet de 1 min 10 s à la situation en Grèce, mais non pour nous informer du mouvement social ou des difficultés rencontrées par la population mais pour nous apprendre que l’austérité ne fait (malheureusement) « pas forcément l’affaire des touristes qui vont là-bas ». Respectant le théorème énoncé plus haut, Jean-Pierre Pernaut ne s’intéresse à la Grèce que pour éviter aux Français qui souhaiteraient s’y rendre de trouver des prix plus chers que prévus. Charmante attention.

 

Plus intéressant peut-être, le court reportage (1 min 40 s) que le « 20 heures » de TF1 a concédé, samedi 4 juin, à la révolte grecque. L’inamovible Claire Chazal annonce d’emblée la couleur : « aujourd’hui la mobilisation est restée assez limitée ». Technique éprouvée à propos des mouvements sociaux en France, le meilleur moyen de convaincre qu’aucune alternative ne saurait être recherchée et que les mobilisations sociales ne servent à rien consiste, comme on va le voir, à réduire la colère aux seuls syndicats, souvent considérés comme « archaïques », et surtout à dépouiller les acteurs de ces mobilisations de tout espoir de l’emporter.

 

Ainsi le reportage de TF1 commence-t-il en précisant : « Les syndicats vont se battre. Les mots d’ordre parlent de résistance au FMI et à l’Union européenne, mais l’humeur, elle, est à la résignation. Les syndicats ont faiblement mobilisé aujourd’hui à Athènes. Face à un nouveau plan d’austérité, les Grecs semblent perdre espoir ». S’ensuit le témoignage d’un manifestant qui n’affirme pas le moins du monde avoir « perdu espoir » mais accuse : « on n’a plus rien, ils nous ont tout pris, directement dans la poche ». Un autre : « évidemment c’est inacceptable, car les gens ne peuvent pas accepter de nouvelles mesures d’austérité si brutales ».

 

Le journaliste de TF1 poursuit en expliquant les contreparties de l’« aide » européenne [5]. Mais il le fait au futur, laissant entendre que cela se fera de toute façon, quelle que soit l’intensité des mobilisations sociales : « la Grèce va devoir accélérer les privatisations ». Il oublie en outre d’informer les téléspectateurs d’un fait qui aurait pourtant pu permettre de comprendre que la « fatalité » n’avait rien de naturel : lorsqu’il explique qu’il s’agit « d’éponger une dette de 340 milliards d’euros », il omet de préciser que les fonds grecs placés dans les banques suisses représenteraient 280 milliards d’euros (près de 120 % du PIB grec), ce qui signale une vaste fuite des capitaux grecs vers la Suisse. Une information digne d’intérêt ? Pour TF1 et France 2, c’est non...

 

France 2 : « leur colère n’y changera rien »


De même, quand France 2 décide (enfin) d’évoquer la Grèce, c’est pour mieux convaincre les téléspectateurs que, décidément, les mobilisations sociales ne sauraient changer le cours des choses, en Grèce ou ailleurs : « tous les jours les mêmes piquets de grève, les mêmes défilés, et leurs cortèges de tensions. […] Depuis un an, si à intervalle régulier, si Athènes est dans la rue, c’est pour lutter contre les mesures d’austérité qui ont déjà profondément ébranlé la société grecque. Première visée : la fonction publique. Le gouvernement a déjà supprimé 82 000 postes l’an dernier, les salaires des fonctionnaires sont eux gelés jusqu’en 2014. Les pensions des retraités connaissent elles aussi le même sort : leur colère n’y changera rien ».

 

Mais si France 2 se permet de décréter l’utilité (ou plutôt ici l’inutilité) des mobilisations sociales, c’est que – comme l’affirme le journaliste – « le pays n’a pas le choix ». Et à l’appui de cette allégation sans nuance, c’est à l’expert Élie Cohen qu’il est demandé d’ânonner la ritournelle de l’absence d’alternative : « Ou la Grèce applique cet accord, et elle obtiendra les versements qui sont promis tant par le FMI que par la Communauté européenne. Ou elle n’accepte pas et elle est techniquement en faillite ». Ainsi le périmètre de la sortie de crise est-il soigneusement délimité, aussi bien par le journaliste que par l’économiste promu au rang d’expert infaillible. Par ce moyen, c’est le contenu même de l’accord qui est insidieusement placé hors de tout débat, comme si les plans dits « d’ajustement » imposés par le FMI, notamment en Amérique latine, avaient fait la preuve de leur viabilité à court ou long terme et les rendaient indiscutables.

***

Invisible ou inutile d’après les journaux télévisés français, la révolte grecque se poursuit néanmoins et pourrait faire des émules dans d’autres pays européens promis aux mêmes plans d’austérité. Il ne s’agit donc pas d’une information marginale, et chacun devrait pouvoir en saisir les tenants et les aboutissants. Mais qu’a pu en connaître, par l’intermédiaire des JT, la grande majorité de la population, sinon des fragments et quelques idées toutes faites ? Comment comprendre que la question de la dette constitue un enjeu majeur, susceptible de faire l’objet d’analyses et de politiques contradictoires, quand elle n’est jamais présentée comme telle par les grands médias ? Nul doute que c’est pour favoriser ce débat démocratique que les mobilisations sociales contre les mesures imposées au nom de la dette sont systématiquement passées sous silence ou réputées battues d’avance...

Ugo Palheta (avec Frédéric Lemaire et Julien Sergère)

Notes

[1] Sur ce point, voir le livre tout récemment paru de l’économiste François Chesnais : Les dettes illégitimes. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques, Paris, Raisons d’agir, juin 2011.

[2] Déclaration dans Télérama, le 9 décembre 1998.

[3] Nous avons récemment consacré un article à cette question, intitulé : « Misère de l’information sur l’Europe des mobilisations sociales ».

[4] P. Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Raisons d’agir, 1996, p. 16.

[5] On ne peut que mettre les guillemets autour d’un prêt qui n’est nullement perçu comme une « aide » par une grande partie de la population grecque.

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 02:37

La langue automatique du journalisme officiel est une langue de bois officielle.

I. Consensus sous surveillance


- « Réforme » : Quand une réforme proposée est imposée, cela s’appelle « LA réforme ». Et s’opposer à cette réforme devient : le « refus de la réforme ». Ne plus dire : « les travailleurs combattent les politiques libérales qui favorisent chaque jour davantage les revenus du capital et dissolvent l’Etat social ». Ecrire : « Une autre chose dont on peut être sûr - et qui nourrit l’antienne d’un pays impossible à réformer -, c’est la nature difficile des rapports sociaux en France. La conflictualité l’emporte sur le consensus. Vieil héritage de la culture ouvrière revendicative du XIXe siècle du côté des organisations syndicales, crispées sur la défense des droits acquis [...]. » (Le Monde Economie, mardi 7 juin 2005, page I). Le terme peut désigner spécialement les attaques successives du système des retraites par répartition. En 2003, « Sur France 2, Arlette Chabot réforme la France » : une émission "Mots croisés" benoîtement intitulée : « Pourquoi est-il impossible de réformer la France ? ». En 2007, au sujet des régimes spéciaux, grand « retour des gardiens du consensus » et de LA réforme.

 

- « Réformistes » : Désigne ou qualifie les personnes ou les syndicats qui soutiennent ouvertement les réformes gouvernementales ou se bornent à proposer de les aménager. Les partisans d’autres réformes constituent un « front du refus ».

 

- « Modernisation » : synonyme de « réforme » ou de l’effet attendu de « LA réforme ». « LA modernisation » est, par principe, aussi excellente que « LA réforme »... puisque, comme l’avait fort bien compris, M. de La Palisse, fondateur du journalisme moderne, la modernisation permet d’être moderne. Et pour être moderne, il suffit de moderniser. Le modernisme s’oppose à l’archaïsme. Seuls des esprits archaïques peuvent s’opposer à la modernisation. Et seuls des esprits tout à la fois archaïques, réactionnaires et séditieux peuvent avoir l’audace et le mauvais goût de proposer de subordonner "LA modernisation" au progrès social. D’ailleurs, « LA modernisation » est indifférente à la justice sociale, que la modernité a remplacée par l’« équité ». Voir ce mot.

 

- « Ouverture » : Se dit des opérations de communication du gouvernement. L’ « ouverture » se traduit par des « signes ». Les « signes d’ouverture » traduisent une « volonté d’apaisement ». Ne pas confondre avec cette autre ouverture : « l’ouverture de négociations », qui pourrait manifester un dommageable « recul ».

- « Apaisement » : Se dit de la volonté que l’on prête au gouvernement. Par opposition au « durcissement » de la mobilisation. Voir « ouverture ».

 

- « Concertation » : Se dit des réunions convoquées par un ministre pour exposer aux organisations syndicales ce qu’il va faire et pour écouter leurs doléances, de préférence sans en tenir aucun compte. Selon les besoins, la « concertation » sera présentée comme un équivalent de la « négociation » ou comme son substitut. Le gouvernement est toujours « ouvert » à la « concertation ». Voir « ouverture ».

 

- « Négociation » : Selon les besoins, tantôt synonyme, tantôt antonyme de « concertation ». On est prié de ne pas indiquer que, à la différence de la « concertation », la « négociation » est généralement terminée avant d’avoir commencé. Inutile aussi de souligner ce miracle : au printemps 2003, dix heures de « négociation » ont suffi au gouvernement pour ne céder que sur les quelques points qu’il avait déjà prévu de concéder.

 

- « Dialogue social » : Se dit des rencontres où un ministre parle aux syndicats, par opposition au « conflit social », comme si le « dialogue » n’était pas généralement de pure forme : destiné à dissimuler ou à désamorcer le « conflit ».

 

- « Pédagogie » : Devoir qui, pour les journalistes communicants, s’impose au gouvernement (plus encore qu’aux enseignants...). Ainsi, le gouvernement fait preuve (ou doit faire preuve...) de « pédagogie ». Tant il est vrai qu’il s’adresse, comme nos grands éditorialistes, à un peuple d’enfants qu’il faut instruire patiemment. Et si « la réforme » passe, c’est que la pédagogie (et non la force) a triomphé, comme s’en félicitait par avance Challenges (13 septembre 2007) à propos de la « réforme des régimes spéciaux » : « Si (…) cette réforme passait sans coup férir, ce serait le signal que la pédagogie finit toujours par triompher ».

 

II. Déraison des foules


- « Crispation » : Un mot parmi d’autres pour désigner l’attitude des salariés qui se battent contre les délocalisations, le chômage, le dumping social, la destruction du droit de travail, du système de santé et des retraites par répartition. La France « crispée » est rigide et s’oppose à la France moderne et flexible. Un exemple ici.

 

- « Égoïsme » : Frappe les chômeurs, les travailleurs précaires, les classes populaires en général. Exemple : le refus du dumping social est un symptôme évident d’égoïsme. Vice dont sont dépourvus les bénéficiaires de stock-options.

 

- « Individualisme » : Peut être vice ou vertu. Vice quand il entame la solidarité des dominés avec les dominants, vertu quand il détruit les défenses immunitaires des mouvements sociaux. En parler beaucoup, pour ne rien dire des conditions collectives de l’émancipation des individus.

 

- « Corporatisme » : Mal qui menace n’importe quelle catégorie de salariés qui défend ses droits, à l’exclusion des tenanciers des médias. Dans ce dernier cas, s’exclamer, comme Jean-Michel Aphatie : « Trouvez un argument de meilleure qualité que le corporatisme , s’il vous plaît, s’il vous plaît ! ». L’accusation de « corporatisme » est en effet un argument de bonne qualité, sauf quand elle vise des éditorialistes de qualité supérieure. (Voir ici pour un exemple récent de non-corporatisme)

 

- « Malaise » : Se dit du « trouble », plus ou moins profond, qui peut aller jusqu’au « mal-être », vécu ou ressenti par une profession. Depuis le printemps 2003, le « malaise » affecte particulièrement les enseignants. Le « malaise » peut se traduire par des « revendications » qui ne sont alors que des « symptômes ». Le « malaise » et ses « symptômes », diagnostiqués par les éditorialistes et les experts, réclament un « traitement » approprié.

 

- « Grogne » : Un des symptômes les plus graves du « malaise », un signe de l’animalité privée de mots des « grognons ». Voir ce mot, son analyse et un exemple récent opposant les « grognons » universitaires aux « diplomates » gouvernementaux.

 

III. Paroles, paroles


- « Grognements » : Ne se dit pas mais tient lieu de parole des « grognons.

 

- « Témoins » : Exemplaires de la foule des grévistes et manifestants, interrogés en quelques secondes à la télé ou en quelques lignes dans les journaux. Le « témoin » témoigne de ses affects, jamais de ses motifs ou du sens de son action. Seuls les gouvernants, les « experts » et l’élite du journalisme argumentent, connaissent les motifs, et maîtrisent le sens. L’élite pense, le témoin « grogne ». Voir ce mot.

 

- « Expert » : Invité par les médias pour expliquer aux grévistes et manifestants que le gouvernement a pris les seules mesures possibles, dans l’intérêt général. Déplore que les « grognements » des « jusqu’auboutistes » et des « ultras » (voir ce mot), ces privilégiés égoïstes et irresponsables (voir « corporatisme »), empêchent d’entendre le « discours de raison » des artisans du « dialogue social ». Un exemple de service public, daté de 2005.

 

- « Éditorialiste » : Journaliste en charge des éditoriaux. Pour ne pas se laisser enfermer dans cette lapalissade sortie du dictionnaire, l’éditorialiste est condamné à changer de titre pour se répandre simultanément dans plusieurs médias. Dans certains d’entre eux, il devient « chroniqueur ». Dans d’autres, il est « interviewer ». Dans tous, il est « invité ». Exemple : Alain Duhamel. Exemple de « chroniqueur » : Pierre-Luc Séguillon, particulièrement performant, en 2003.

 

- « Interviewer » : Journaliste en charge des entretiens. Les meilleurs d’entre eux sont des éditorialistes modestes puisqu’ils ne livrent leurs précieuses opinions que dans la formulation des questions qu’ils posent. L’interviewer est un éditorialiste condamné aux points d’interrogation. Ou presque : Christine Ockrent est une intervieweuse, Jean-Pierre Elkabbach aussi. Aphatie l’est indiscutablement, comme on peut le vérifier ici même, face à un représentant de Sud-Rail.

 

- « Débat » : Se dit notamment des sessions de papotage qui réunissent autour d’une table l’élite pensante des « experts » et « éditorialistes ». Certains d’entre eux peuvent même « refaire le monde », comme on a pu le constater en 2005.

 

- « Tribunes libres » : Souvent invoquées pour répondre à ceux qui s’inquiètent de l’état du pluralisme dans les médias. Ces espaces réservés à l’expression des « experts » dominants, peuvent être occasionnellement décorés par la présence de contestataires, pour peu qu’ils se rendent respectables en s’abstenant de toute critique des médias.

 

- « Courrier des lecteurs » : Dans la presse écrite, se dit de la sous-rubrique où sont relégués les propos, soigneusement triés, des non-experts.

 

- « Micro-trottoir » : Equivalent audiovisuel du courrier des lecteurs, cette forme avancée de la démocratie directe, concurrencée par les SMS, permet de connaître et de faire connaître l’opinion des « gens ». Technique recommandée pour faire dire en quinze secondes à chaque exemplaire d’un échantillon soigneusement sélectionné ce que l’on attend qu’il dise. Ne pas confondre avec « entretien » : trop long. Quelques cas d’école, ici, là, ou là.

 

- « Opinion publique » : S’exprime dans les sondages et/ou par l’intermédiaire des « grands journalistes » qui lui donnent la parole en parlant à sa place. Quelques exemplaires de l’opinion publique sont appelés à « témoigner » dans les journaux télévisés. Les grévistes et les manifestants ne font pas partie de « l’opinion publique », qui risque de (ou devrait...) se retourner contre eux.

 

- « Contribuables » : Nom que porte l’opinion publique quand elle paie des impôts qui servent au service public. Quand l’argent public est dépensé pour consentir des avantages fiscaux aux entreprises, cet argent n’a plus d’origine identifiée. On dira : « les régimes de retraites du secteur public sont payées par les contribuables ». On ne dira pas : « les exonérations de charges consenties aux entreprises sont payées par les contribuables.

 

IV. Mouvements des troupes


- « Troupes » : Mode d’existence collective des grévistes et des manifestants, quand ils répondent (ou se dérobent) aux appels et aux consignes des syndicats. Parler de « troupes de manifestants », de « troupes syndicales », de syndicats qui « mobilisent » ou « ne contrôlent pas » leurs « troupes ». (Re)voir Pierre-Luc Séguillon en 2003.

 

- « Troubles sociaux » : Se dit des effets de la mobilisation des « troupes ». Un journaliste rigoureux se garde généralement de les désigner comme des « soubresauts » (ainsi que le fit au cours du journal télévisé de 20 h sur TF1 le mercredi 28 mai 2003, le bon M. Raffarin).

 

- « Concernés » : Se dit des secteurs ou des personnes qui sont immédiatement visés par « LA réforme ». Sinon, dire : « les cheminots ne sont pas concernés par la réforme des retraites » ou « les enseignants ne sont pas concernés par la décentralisation ». Vous pouvez pousser le souci de la rigueur jusqu’à affirmer que « les cheminots ne sont pas directement concernés ». Dans les deux cas, vous pouvez même ajouter qu’ils « se sentent menacés ». D’où l’on peut déduire ceci : se sentir menacé, ce n’est pas être menacé, et en tout cas être ou se sentir menacé, ce n’est pas être concerné. (« La CGT de la SNCF qui n’est pourtant pas du tout concernée par le CPE a déposé un préavis de grève nationale pour le mardi 28 »,

décrète Jean-Pierre Pernaut, qui déplore ainsi, le 21 mars 2006, que les cheminots ne soient pas assez corporatistes.)

 

- « Usagers » : Se dit de l’adversaire potentiel des grévistes. Peut également se nommer « élèves qui préparent le bac » et « parents d’élèves inquiets ». « La grève […] s’annonce massive et dure. Dure surtout pour les usagers », précise David Pujadas, compatissant et soucieux de l’avenir des cheminots le 13 novembre 2007.

 

- « Otages » : Synonyme d’« usagers ». Terme particulièrement approprié pour attribuer les désagréments qu’ils subissent non à l’intransigeance du gouvernement, mais à l’obstination des grévistes. « Victimes » des grèves, les « otages » sont d’excellents « clients » pour les micros-trottoirs : tout reportage se doit de les présenter comme excédés ou résignés et, occasionnellement, solidaires. Parmi les « otages », certains méritent une compassion particulière. Nous vous laissons découvrir deux d’entre eux : un premier et un second.

 

- « Pagaille » : Se dit des encombrements un jour de grève des transports. Par opposition, sans doute, à l’harmonie qui règne en l’absence de grèves.

 

- « Galère » : se disait (et peut se dire encore...) des conditions d’existence des salariés privés d’emploi et des jeunes privés d’avenir, vivotant avec des revenus misérables, de boulots précaires en stages de réinsertion, assignés à résidence dans des quartiers désertés par les services publics, sans loisirs, et subissant des temps de transports en commun démesurés. Phénomène presque invisible à la télévision, ses responsables ne sont pas identifiables. « Galère » se dit désormais des difficultés de transports les jours de grève : on peut aisément les mettre en images et les imputer à un coupable désigné, le gréviste. Un seul exemple (en fin d’article) : quelques titres de la PQR en 2007.

 

- « Noir » : Qualifie un jour de grève. En 2005, c’était un mardi. En 2009, un jeudi – un « jeudi noir » finalement « plutôt gris clair », d’ailleurs, selon le contemplatif Jean Pierre Pernaut [1]. Peut également se dire des autres jours de la semaine. « Rouge » ou « orange » sont des couleurs intermédiaires réservées aux embouteillages des week-ends, des départs ou des retours de vacances. Le jour de grève, lui, est toujours « noir », couleur du « chaos » (toujours en 2009).

 

- « Chaos » : Se dit sobrement des conséquences des journées « noires ». Pour désigner les conséquences d’un tsunami ou d’un tremblement de terre… chercher un autre mot ?

 

- « Surenchère » : Se dit, particulièrement au Figaro, de tout refus des mesures imposées par le gouvernement, dont l’attitude au contraire se caractérise par la « fermeté ».

 

- « Durcissement » : Se dit de la résistance des grévistes et des manifestants quand elle répond à la « fermeté » du gouvernement, une « fermeté » qui n’est pas exempte, parfois d’ « ouverture ». Voit ce mot.

 

- « Essoufflement » : Se dit de la mobilisation quand on souhaite qu’elle ressemble à ce que l’on en dit.

 

- « Ultras » : Désigne, notamment au Figaro, les grévistes et les manifestants qui ne se conforment pas au diagnostic d’« essoufflement ». Vaguement synonyme d’ « extrême gauche », lui-même synonyme de... au choix ! Autre synonyme : Jusqu’auboutistes.

 

- « Violence » : Impropre à qualifier l’exploitation quotidienne, les techniques modernes de « management » ou les licenciements, le terme s’applique plus volontiers aux gens qui les dénoncent, et aux mots qu’ils emploient pour le faire. Par exemple quand les patrons de Caterpillar sont qualifiés de « chiens ». A condition de respecter cette règle d’usage, la « violence » est presque toujours « condamnable ». Et condamnée.

 

Henri Maler et Yves Rebours

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 04:37

 

 

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 18:21
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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 21:58

Il a troqué, le temps d'une journée, ses habits de représentant du Front de gauche pour se glisser dans la peau du rédacteur en chef du journal dont il aime à citer le fondateur.


Jean-Luc Mélenchon, rédac chef d'un jour. La nouvelle a tôt fait le tour des rubriques. Beaucoup de monde se bouscule à la conférence de rédaction. Plus que de la curiosité, on sent de la sympathie. L'homme a porté haut et fort les couleurs du Front de gauche. « L'Huma, c'est mon journal ! » Mais, précise-t-il, « je ne le lis pas comme vous le construisez. Je lis l'édito, jette un oeil rapide à l'événement, et ensuite je commence par la fin. Je le parcours, comme la plupart des lecteurs, à l'instinct ». Être rédacteur en chef ? « Ça ne s'improvise pas, c'est un métier. Il faut se méfier de l'incitation narcissique que suscite ce rôle de rédacteur en chef d'un journal. Ne jamais oublier que le sujet, c'est le lecteur. »

 

Vidéo: Mélenchon, "C'est émouvant d'être rédacteur en chef d'un jour de l'Humanité"


L'heure tourne. La conférence de rédaction s'éternise et Jean-Luc Mélenchon écoute, donne son avis, joue le jeu. Le choix de l'événement ? Le débat s'engage. Retour sur l'analyse du vote de dimanche dernier en France ou la deuxième place acquise par le Syriza, le Front de gauche grec ? On balance. L'essentiel pour le rédac chef du jour est, surtout, de ne pas minimiser les résultats de cette formation qui a réalisé un excellent score. « Un scénario latino-américain commence à se dessiner en Europe. » Il ne veut pas « se laisser abuser par tous ceux qui donnent uniquement la parole aux fachos ». Retour aux problématiques intérieures. Pour l'ex-candidat du Front de gauche, désormais, avec Hollande à l'Élysée, « il va falloir une approche critique positive pour que cela donne la pêche au lecteur. Sinon, on se tire une balle dans le pied. ».

 

Vidéo: Mélenchon, "l'Humanité en est a sa préhistoire"


 

 

Celui qui entretient des rapports complexes avec certains de nos confrères ne se contente pas de distribuer des bons ou mauvais points. La mise en scène, l'imagerie, les référents, le choix des mots. « Les faits n'existent pas en eux-mêmes. C'est une question de point vue. Prenez une séquence particulière, les élections. Le résultat n'est pas un fait objectif. Il est le fruit d'une analyse subjective, d'un traitement idéologique. L'Huma propose une organisation des faits. » D'où l'importance d'une presse qui assume son engagement au sens camusien du terme, reprend Jean-Luc Mélenchon. « L'engagement, insiste-t-il, n'est pas l'ennemi de la vérité. » Lui qui dévore les journaux est convaincu que « la presse d'opinion a de l'avenir. Pas la presse généraliste qui prétend détenir la vérité et le bon goût. Alors, il ne faut pas s'étonner du décalage toujours plus grand entre le récit et les faits rapportés dans cette presse-là ».

 

Seul devant un ordinateur, le rédacteur en chef d'un jour écrit. Vite. En temps et en heure. Retrouvant, intactes, les sensations du journaliste des Dépêches du Jura qu'il fut un temps. Au calibrage demandé. Exercice contraignant, forcément contraignant, qui l'oblige à contenir sa plume, son lyrisme, ses envies de poésie.

 

L'heure tourne. Plus que dix minutes pour mettre le point final au dernier de ses articles. On se rappelle ses mots au sortir de la conférence de rédaction : « L'image de Jean-Luc Mélenchon ne m'appartient pas. Je serai à ma place là où je serai utile à faire vivre la permanence d'un combat. Le Front de gauche n'est pas qu'un coup électoral. »

 

Vidéo: Mélenchon, "Je serai là où je serai le plus utile"

Mina Kaci et Marie-José Sirach

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 23:33

- le 5 Mai 2012

Twitter, vecteur de dérapages (in)contrôlés pour l’UMP

Depuis les résultats du premier tour des élections présidentielles, le clan de Nicolas Sarkozy a adopté une attitude particulièrement virulente envers ses adversaires issus de la vie politique, des médias et du peuple de gauche. Les joutes verbales des élus de l’UMP se sont multipliés et ont oscillé entre agressivité et amalgames. Au cœur de cette mécanique électorale, le réseau social Twitter est devenu le théâtre de dérapages en cascade.


Dernier en date, celui de Malika Salim. Vendredi matin, la conseillère municipale UMP de Choisy-le-Roi (94) n’a pas hésité à fustiger la politique voulue par François Hollande sur le droit de vote des étrangers. Dans un style tout en finesse, elle donne une nouvelle  démonstration de la diabolisation des communautés issues de l’immigration, à laquelle se livre l’équipe du président sortant. « Si vous voulez que nos villes deviennent Bamako-sur-Seine et Gaza-sur-Marne, votez pour Hollande ».  

 

Feu sur les syndicats et les électeurs de gauche


Face à l’indignation de nombreux internautes, l’élue francilienne a dû supprimer son tweet et présenter ses excuses. Si les mots ont disparu, le message reste et illustre la course aux voix du Front national dans laquelle s'est lancé le parti du président sortant.

 

En la matière, le compte Twitter du candidat n’est pas en reste et tire lui aussi à boulet rouge contre ceux qui ne votent pas pour lui (« La France qui travaille ne se laissera pas faire »), contre les syndicats et les électeurs de gauche («Je dis à ceux qui portent le drapeau rouge: regardez le drapeau tricolore»).


La palme de la morgue revient à la députée UMP Nadine Morano, qui remercie l’une de ses internautes qui la soutient par ses mots: "@pincessesarah merci c'est gentil dans cet océan de vulgarité gauchiste sectaire".

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 12:55

 

 

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 10:01

 

 

 

il s'agit d'un reportage extérieur, réalisé par la télévision Suisse Romande, censuré des chaines de télévisions nationales Françaises sous peine de représailles...
Cette vidéo devrait être vue par le plus grand nombre afin d'éviter une erreur de choix dans la prochaine élection présidentielle de Avril 2012... Ce n'est pas un reportage orienté ni propagandier.

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 09:51

 le 21 avril 2012 - Pauvre "gôche" par Bruno fornaciari

 

 

EUPHEMISME et STRABISME de Sylvain Boulouque

…du nouvel observateur qui ne voit aujourd’hui que dans un rétroviseur concave. A le lire l’on ressent l’haleine fétide de la respiration haineuse de celui qui se présente, sans vergogne, comme « historien, et décrypteur de la gauche radicale » pour le Nl Obs. En service commandé en quelque sorte. Eclairage de l’intention de  son article où il fait l’analogie, dans son titre, à propos du Front de Gauche, entre national-thorèzisme et sous-entendu, national-socialisme. Le modèle de probité de cet « historien » investi par l’hebdomadaire est de la même eau que le journal lui-même qui tente de fondre le Front de gauche et le Front National dans une même entité. Pauvre « gôche » !


 

 

 

  

Le Front de Gauche : le "national thorézisme" comme modèle

Créé le 20-04-2012 à 17h01 - Mis à jour à 18h33

La campagne de Jean-Luc Mélenchon rappelle par beaucoup d'aspect le dirigeant communiste de l'entre-deux guerres Maurice Thorez.

 
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Jean-Luc Mélenchon (gauche) et Maurice Thorez (à droite) Sipa / Photomontage

Jean-Luc Mélenchon (gauche) et Maurice Thorez (à droite) Sipa / Photomontage

 

EUPHEMISME et STRABISME de Sylvain Boulouque

…du nouvel observateur qui ne voit aujourd’hui que dans un rétroviseur concave. A le lire l’on ressent l’haleine fétide de la respiration haineuse de celui qui se présente, sans vergogne, comme « historien, et décrypteur de la gauche radicale » pour le Nl Obs. En service commandé en quelque sorte. Eclairage de l’intention de  son article où il fait l’analogie, dans son titre, à propos du Front de Gauche, entre national-thorèzisme et sous-entendu, national-socialisme. Le modèle de probité de cet « historien » investi par l’hebdomadaire est de la même eau que le journal lui-même qui tente de fondre le Front de gauche et le Front National dans une même entité. Pauvre « gôche » !


 

Sylvain BoulouqueLes principaux éléments de la grandeur passée du PCF sont présents dans le succès actuel du Front de gauche : phénomène charismatique, hommage aux masses, culture de l’identité définie à travers le prisme de la classe sociale, l’articulation entre internationalisme et nationalisme. Plusieurs thèmes reprennent terme à terme des éléments du passé, en dépit des évolutions historiques et des modifications des structures de propagande. Il demeure néanmoins des traces de ce communisme à la française, mis en place par le PCF au temps de Maurice Thorez du Front populaire à la Guerre froide.

  • Mais la situation elle-même n’a-t-elle pas  quelques analogies où, dans les années trente justement, et l’on pourrait dire, dès les années trente, alors que le PCF n’a qu’une dizaine d’année d’existence (décembre 1920), son dirigeant et les communistes sont déjà dans la lutte avec la classe ouvrière, pour ses revendications et pour la Paix, tandis que le patronat et la droite de l’époque, choisissent de les combattre et de se ranger, comme aujourd’hui d’ailleurs, derrière « Hitler plutôt que le Front Populaire » N’est-ce pas « monsieur l’historien » ? . Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est qu’un journal dit « de gôche » se range avec la droite, voire son extrême pour combattre cette gauche dont la radicalité donne des boutons à ses rédacteurs dont l’infamie vient d’être révélée au grand public par une récente publication du journal.

 

Sylvain Boulouque  

Prendre les places

Les réunions publiques en plein air ont été prisées durant la campagne électorale. Un retour par le passé montre que les grands orateurs tenaient, d’abord sans puis avec micro, ces meetings de la même manière. Si le nom et l’image de Jaurès haranguant la foule lors d’une manifestation contre la guerre viennent rapidement à l’esprit, d’autres photographies superposent montrant Maurice Thorez s’adressant à une foule nombreuse. Dans un film le présentant à la fête de l’Humanité en 1936, Maurice Thorez réconcilie drapeaux rouges et tricolores, L’Internationale et La Marseillaise. La fin des réunions du Front de gauche en sont des échos. Thorez exalte la culture locale et le génie national. Il les combine à des hommages récurrents à l’histoire et à la littérature : d'abord la Révolution française et certaines de ses figures Robespierre et Saint-Just, puis la construction du socialisme de Jules Guesde et Jean Jaurès mais aussi les luttes ouvrières et les pionniers du mouvement syndical. Thorez faisait également l’apologie de la terreur qui frappe alors l’Union soviétique. Exception faite de la référence à l’URSS, c’est cette même structure qui se retrouve dans les discours de Jean Luc Mélenchon.

 

« Mais alors que cette référence est absente pourquoi donc la mentionner si ce n’est pour faire l’amalgame d’un contexte  vieux de…80 ans ? »


Sylvain Boulouque Alors que le processus décisionnel dans le Front de gauche relève de la prise de décision thorézienne voire stalinienne, pour éviter ce culte de la personnalité, qui existait chez Thorez, Mélenchon demande à l’assistance dans les meetings de crier "résistance". Derrière le refus apparent du culte de la personnalité, les militants du Front de gauche réutilise la mythologie communiste. Même si la réalité historique est différente, le PCF est le Parti de la résistance et des "70 000 fusillés". La reprise de cette notion permet de renouer des fils entre les deux phases de l’histoire et de renvoyer les autres à une identité fictive de collaboration.


Ainsi, Sylvain Boulouque se mord la queue en expliquant que  la nombreuse assistance des meetings du Front de Gauche et de Mélenchon, qui placent le programme et l’esprit des propositions au-delà et devant les questions de personnes, même si chacun reconnaît et se félicite de la qualité de la campagne du candidat à la présidentielle,, qui crie « résistance » plutôt que « Mélenchon Président », ce refus apparent(sic) réconcilie lutte de classe, histoire et solidarité internationale au grand dam de l’auteur de ce papier sulfurisé.


Sylvain Boulouque

 Pétitions

Le PCF thorézien s’est caractérisé par des appels et des mobilisations de la population par secteur, par profession ou par fonction. Le PCF demandait aux écrivains, aux peintres, aux universitaires d’intervenir en sa faveur lors des élections. La division du travail et la démultiplication des appels donnait l’impression du nombre et de voir tous les secteurs intellectuels et culturels rejoindre la mouvance communiste. Depuis les années 1930, l’appareil communiste reproduit ce modèle. Le Front de gauche a depuis huit mois réutilisé cette méthode d’action publiant à intervalles réguliers des appels : juristes, philosophes, historiens, jeunes, artistes, sportifs, syndicalistes, intellectuels, etc… à voter pour son candidat. Si toutes les campagnes électorales voient des regroupements de personnalités derrière un candidat, celle du Front de gauche puise sa source dans le fonctionnement de l’appareil communiste forgé par l’Internationale communiste dans les années 1930.


Et oui, l’expérience des travailleurs manuels et intellectuels, et avec eux, des couches nouvelles de la population, sur la base d’exigences citoyennes fortes, les conduit aujourd’hui, toutes professions confondues à se dresser contre les politiques libérales qu’ont conduits les gouvernements depuis 30 ans. Avec, il faut le noter, la participation à 2 gouvernements des communistes, qui était selon eux la garantie du changement. Mais les rapports de force issus des élections qui était défavorables au PCF, au sein de la gauche, et sa présence très minoritaire(4 ministres) et son impact en recul dans la conscience populaire, ne lui ont pas permis d’assurer la garantie qui s’est avérée illusoire hélas.


Sylvain Boulouque Techniquement, le Front de gauche, comme le faisait le PCF, s’appuie sur l’appareil syndical pléthorique de la CGT. Cette relation a été soudée définitivement dans les années 1930. Si aujourd’hui le secrétaire de la CGT ne donne plus officiellement de consignes de vote pour un candidat, en revanche une grande partie des syndicalistes perpétuent le modèle ancien. Ils s’appuient sur le cumul des fonctions politiques et syndicales et passent d’un rôle à l’autre et épaulent la campagne de leur mentor.


Monsieur Boulouque ne veut ni voir ni comprendre que depuis longtemps déjà et le PCF et la CGT s’ils entretiennent des relations, celles-ci vivent sur la base du principe d’indépendance. Et ce n’est pas une concession à quiconque, mais le principe de l’exercice des libertés syndicales et politiques. Que de nombreux syndicalistes, venus de toutes les centrales syndicales convergent avec le Front de gauche, voilà que cela « remue les tripes » de cet expert en radicalité stalinienne.


Sylvain Boulouque Renégats

La dénonciation des renégats est un élément constitutif du discours thorézien. L’histoire du PCF en est remplie – notons au passage qu’elle est très présente dans le lambertisme. Avec l’avènement du thorézisme, le PCF a publié pendant une quinzaine d’année des listes noires de "traîtres, renégats et agents provocateurs". Ces listes noires sont abandonnées après la guerre. Les épithètes dénonçant les anciens communistes demeurent une constante. Ainsi L’Humanité de 22 octobre 1955 intitule une de ces manchettes "Les renégats passent et le Parti demeure", comme l’argument que Mélenchon vient d’utiliser à propos de Robert Hue et des responsables du Front de gauche qui rejoindraient l’hypothétique gouvernement socialiste.


Il est vrai que dans toute l’histoire humaine et même biblique, des traitres et des renégats ont jalonné les luttes… de classes. Et bien souvent, la presse qui se fait le héraut de l’ordre établi, encense et soutient ceux qui sont passé de l’autre côté, comme des gens intelligents enfin clairvoyant. Et quand la vindicte populaire les démasque, Boulouque les soutient. A chacun ses héros. Aller chercher des référence dans la presse de …1955, quand même !

 

Sylvain Boulouque "Qui n'est pas avec nous est contre nous"

Enfin un autre élément majeur emprunté au national-thorézisme est le syndrome de la forteresse assiégée. Il est lexicalement présent à travers plusieurs exemples, qui reposent sur des rhétoriques huilées. Les attaques contre la presse s’inscrivent dans l’argument : "qui n’est pas avec nous est contre nous". Tous ceux qui critiquent le Parti sont forcément au service de l’ennemi. La presse non communiste est considérée avec mépris. Edgard Morin se souvenait que l’Observateur, alors pourtant philo-communiste, était considéré comme un des journaux de l’Intelligence service ("Autocritique", Paris, Seuil, 1959, pp. 165-170).


Il semblerait bien que Boulouque et ses amis se sentent eux dans une forteresse assiégée. Car en effet, le peuple est dans la rue pour exprimer ses revendications salariales et sociales, mais il l’est aussi pour intervenir dans la vie publique et chasser ceux qui se réfugient derrière leur forteresse et leur mur d’argent aujourd’hui assiégés. Et il faudra bien vous rendre, aujourd’hui ou demain, c’est sûr maintenant. Car nous allons poursuivre le combat libérateur comme en son temps contre l’envahisseur nazi, jusqu’à la reddition et l’avènement d’un nouveau pouvoir populaire, celui de la Vie République.


Sylvain Boulouque La presse, surtout de gauche, est en outre considérée comme reprenant souvent les arguments de l’extrême droite et du patronat comme en témoigne par exemple le discours prononcé par Thorez dans la grande salle de la mutualité le 30 octobre 1936. Face à la presse, les réponses des principaux dirigeants du Front de gauche Alexis Corbière, François Delapierre, Jean-Luc Mélenchon et des dirigeants du PC sont symptomatiques d’un état d’esprit et d’une culture politique qui reprend les mêmes thématiques que celle du national-thorézisme.


Et oui, les similitudes sont troublantes. Entre les situations d’hier et d’aujourd’hui, où chacun choisi son camp. Nous, celui du progrès, de la démocratie des libertés et du partage des richesses, eux et Boulouque, celui des privilégiés, des censeurs et des menteurs, des égoïsmes et des tyrans. Oui la lutte est nécessaire, nous la menons, jusqu’au bout.


Sylvain Boulouque Ce dernier argument permet en cas d’échec de faire porter sa responsabilité sur les médias, la dénonciation du renégat comme agent infiltré, étant plus audible pour faire bloc autour du Parti. L’ennemi extérieur demeure un moyen de souder la communauté des militants autour de la figure tutélaire du principal responsable, qu’il se nomme Mélenchon ou Thorez.

Description : Sylvain Boulouque 

Par Sylvain Boulouque
Historien, décrypteur de la gauche radicale pour "Le Nouvel Observateur"

Description : http://tempsreel.nouvelobs.com/scripts/stats.php?mod=read&key=969504&media=nobstr 

Peut-on dire, après l’exposé de monsieur Boulouque, que celui-ci est atteint du syndrome de l’anticommunisme primaire ? Assurément. Et à chaque époque ses larbins.


Bruno Fornaciari

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BRUNO FORNACIARI

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