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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 19:58
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 08:42

Robert Clément

24 SEPTEMBRE 2000 : DRÔLE D'ANNIVERSAIRE ! LE QUINQUENNAT ADOPTE PAR REFERENDUM !
Le référendum du 24 septembre 2000 approuve le passage de 7 à 5 ans de la durée du mandat du Président de la République Le 5 juin 2000 Jacques Chirac, alors président de la République se prononce en faveur du quinquennat au nom des « exigences modernes de la démocratie », en excluant toute autre réforme institutionnelle. Quant au premier ministre Lionel Jospin, il rappelle « qu’il a toujours été en faveur de cette réforme et que c’est effectivement le moment d’agir ».

UNE ABSTENTION MASSIVE

La cohabitation bat son plein et l’organisation du référendum est menée au pas de charge. Il se déroulera le 24 septembre. Ses résultats tendent à montrer La confirmation d’une grave crise politique. Il sera marqué par une abstention record. La participation s’élève à 30,19%. Le « OUI » l’emporte avec 73,21%. Mais un électeur sur 5 se sera prononcé en sa faveur.

Cela ne fait aucun doute. Le quinquennat transformera la nature des institutions de la Vème République, renforçant encore davantage le « présidentialisme ». Les arguments développés pour justifier cette modification profonde de l’élection du président de la République sont partagés tant par la droite que le Parti socialiste. Ils peuvent être ainsi résumés : « Le septennat ne correspond plus au rythme de la vie démocratique, il convient donc de donne plus souvent la parole aux citoyens ». « Le quinquennat limite les inconvénients de la cohabitation ».

AGGRAVATION DE TOUS LES DÉSÉQUIBRES

Ainsi plutôt que de s’attaquer aux questions clés de la crise politique, la montagne accouchera du quinquennat, avec les graves conséquences que nous sommes à même de constater aujourd’hui. Les déséquilibres exorbitants dont souffre la Vème République favorisant à l’excès les pouvoirs de l’exécutif n’ont fait que s’aggraver. Il n’est pas inutile de rappeler ici quelle fut la position du PCF. Il avait alors dénoncé les dangers de la mise en place du quinquennat « sec » c'est-à-dire sans autres modifications de la constitution : « Le renforcement de la prédominance présidentielle », « l’atrophie du rôle du parlement » mais surtout « une accentuation de la bipolarisation de la vie politique ». Le bémol viendra du mot d’ordre alors décidé pour le référendum : « l’abstention active ». Contradiction flagrante à mes yeux, alors que la crise politique faisait déjà tant de dégâts. C’est ce qui m’a amené comme beaucoup d’autres communistes à voter « NON ».

VIème RÉPUBLIQUE, OUI MAIS LAQUELLE ?

Parfois il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, de se reporter à des écrits, à des prises de position des uns et des autres. Particulièrement sur les questions institutionnelles et la démocratie. Où étaient-ils les censeurs en décembre 2005, eux qui reprochent aux communistes de traîner les pieds, alors qu’eux seraient les seuls à montrer le chemin. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler où ils se trouvaient à cette époque.

Nous ne comptons plus le nombre de « politiques qui nous disent la nécessité d’en finir avec la Vème République. Il y a l’initiative de Jean-Luc Mélenchon avec la création de son mouvement « m6r ». Cécile Duflot croit aussi qu’il faut passer à la VIème République. Le PS n’est pas en reste. Claude Bartolone se dit favorable à « un nouvel équilibre incarné dans une VIème République. Même Xavier Bertrand « l’appelle de se vœux »

ALORS FOURRE-TOUT OU VÉRITABLE RÉVOLUTION INSTITUTIONNELLE ?

Il est tout d’abord utile de préciser que ce n’est pas par opportunisme que le Parti Communiste Français a porté un jugement négatif sur ces institutions. Il l’a fait en 1958 et sans discontinuer, accompagnant ces critiques de propositions pour les démocratiser. Il en est ainsi de sa revendication concernant la proportionnelle à toutes les élections. Tout le monde ne peut pas en dire autant. C’est en 2005 qu’il se prononce clairement pour une VIème République, en en définissant les contenus. Car là est bien la question. Ainsi pour Claude Bartolone, c’est un régime présidentiel, à un régime à « l’américaine que va ses préférences. Exit le premier ministre ! Quant à l’UMP on pense davantage à la « simplification du mille-feuille administratif ». Tout cela ne fait que trahir, au PS comme à l’UMP une inquiétude sur les doutes qu’expriment nos concitoyens sur le « politique » et sa capacité à répondre à ses attentes. Alors on fait « semblant » d’ignorer les véritables causes de cette crise démocratique.

LES CONTENUS DE LA VIème RÉPUBLIQUE QUE PROPOSE LE PCF

Certes s’attaquer aux institutions ou faire semblant peut-être un élément pour endiguer ce « désamour » et ces doutes. Mais l’autre plus essentielle et sûrement plus efficace serait de rompre avec ce refrain dominant selon lequel « un seul chemin serait possible » et que l’austérité serait une fatalité. C’est la raison pour laquelle il convient tout à la fois de dire quels seraient les contenus de la VIème République que nous proposons et l’alternative politique à construire. « Déclaration des droits fondamentaux et des droits de la personne, droits indivisibles : civils, politiques, économiques, sociaux, ou culturels s’appliquant à tous les résidents, services publics hors concurrence et obéissant aux principes d’égalité, de responsabilité et d’efficacité. Élargissement sous toutes ses formes de l’initiative citoyenne, citoyenneté de résidence, souveraineté populaire renforcée, proportionnelle généralisée à toutes les élections, durée des mandats réduits, élection POUR 5 ANS DU PRESIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU SUFFRAGE INDIRECT, citoyenneté à l’entreprise, droits d’intervention et de décision des salarié-e-s et de leurs organisations, indépendance de la justice…

DES PROPOSITIONS ALTERNATIVES

Mais ces propositions ne seraient rien si elles ne s’accompagnaient pas de propositions alternatives pour changer de cap, pour faire grandir l’idée qu’il est possible de faire autrement, qu’il existe un autre chemin que le choix de l’austérité et de la finance.

C’est dire l’importance que revêt l’invitation à écrire un projet d’émancipation humaine lancée par les communistes le 20 mai dernier. Une invitation qui vise à mobiliser les intelligences, les expériences au service de la gauche et de l’avenir de la France. Une démarche ouverte, constructive, offensive s’adressant à toutes celles et à tous ceux qui aspirent à se rassembler pour confronter leurs analyses, à donner corps à des propositions pour redonner des couleurs à l’envie de changer.

Robert Clément

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 05:47
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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 22:54
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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 12:26

Le partage de données, un système post-capitaliste ?

Numérique

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR KEVIN BOUCAUD

MERCREDI, 22 AVRIL, 2015

L'HUMANITÉ

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Photo : Agence Anne&Arnaud

Michel Bauwens et la P2P Foundation ont collaboré avec Syriza, qui a repris certaines de leurs propositions dans son programme.

Théoricien belge de l’économie collaborative, Michel Bauwens voit dans le système de peer-to-peer un moyen de dépasser le capitalisme et de bâtir un "socialisme du XXIe siècle". Il vient de publier un livre d’entretiens intitulé "Sauver le monde (1)".

Vous défendez l’idée que le peer-to-peer, qui permet aux utilisateurs d’échanger entre eux, pourrait « sauver le monde » et dépasser le capitalisme. Mais n’évacuez-vous pas la question sociale et politique ?

Michel Bauwens Le modèle contemporain combine deux aspects qui mènent à une crise systémique. Il y a d’abord une fausse notion d’abondance : le système économique est basé sur une croissance continue et infinie dans un monde fini. Ensuite, les coopérations humaines sont découragées par l’augmentation des droits de propriétés. Or, aujourd’hui, il y a des communautés ouvertes qui partagent leurs connaissances en ligne et permettent de faire émerger un nouveau modèle économique. Selon une étude américaine, cela représente même 1/6ème du PIB net mondial.

Mais je n’évacue pas la question sociale, je la déplace. En plus de la contradiction entre travail et capital, il y a actuellement aussi celle entre les gens qui contribuent au bien commun et les propriétaires des plateformes. J’ai participé à un plan de transition vers le commun en Équateur : c’était politique. Nous (la P2P Foundation – NDLR) avons également collaboré avec Syriza, qui a repris dans son programme certaines de nos propositions. La gauche radicale ne pense parfois qu’en termes de nationalisation ou de régulation. Le commun permet autre chose. Nous essayons de trouver des solutions qui stimulent l’autonomie sociale et collective. C’est une autre façon de faire de la politique. Ce n’est plus l’Etat qui est producteur, mais c’est le citoyen avec l’appui de l’Etat.

Dans votre livre, la société que vous voulez voir émerger prendrait appuie sur la gauche radicale, les mouvements écologistes, mais également sur le catholicisme sociale, ou encore le social-libéralisme. Mais les contours de cette société restent flous. Entendez-vous par-là une société où les antagonismes de classes ont disparu ou juste une société débarrassée du productivisme ?

Michel Bauwens L’aspect spécifique post-capitaliste dans l’économiepeer-to-peer n’est plus le travail qui fait la richesse, mais ce sont les contributeurs qui font du commun. C’est-à-dire qu’au cœur de la création de la valeur, il y a une mise en commun des ressources partagées. L’idée est que les créateurs de bien commun créent leurs propres entités coopératives et que la plus-value reste dans la même sphère. Ce qui va permettre de reproduire le commun. Aujourd’hui, e salariat est en train de se déliter. Il y a de plus en plus de salariés autonomes ou soi-disant « autonome », qui ne sont pas une relation d’autorité avec un contrat social et qui souvent sont engagés dans la production d’un commun. Les difficultés de la gauche traditionnelle proviennent du fait qu’elle s’est basée sur un mouvement ouvrier, aujourd’hui en déclin. Le salariat est en train de se déliter. Il y a de plus en plus de salariés autonomes ou soi-disant « autonome », qui ne sont pas une relation d’autorité avec un contrat social et qui souvent sont engagés dans la production d’un commun. Les Pirates sont concernés par les communs digitaux. Les Verts sont concernés par les communs naturels. Il y a également de nombreux jeunes entrepreneurs progressistes qui ne veulent pas être capitalistes, mais souhaitent se lancer dans le commerce équitable ou l’économie sociale et solidaire. Toutes ces catégories peuvent se retrouver autour des notions de biens communs.

Mais à côté de ces jeunes entrepreneurs progressistes, il y a aussi une vague de jeunes entrepreneurs qui s‘appuient sur l’immatériel dans un objectif capitaliste, à l’image de Mark Zuckerberg ou plus récemment les fondateurs de WhatsApp ou Snapchat.

Michel Bauwens Le capital a compris beaucoup plus vite que le mouvement progressiste le potentiel. Aujourd’hui, il est plus simple de monter sa start up que de se lancer dans l’économie sociale et solidaire. Il faut créer des incubateurs et des accélérateurs qui permettent à ces jeunes de choisir des voies différentes. Je propose donc de passer d’un modèle de capital extractif qui capte la valeur du commun sans la réinvestir, ni rien reverser aux utilisateurs vers un modèle de capital génératif. L’idée principale est qu’une coopérative permette de faire vivre les contributeurs les créateurs de connaissances ouvertes, de logiciels libres ou de designs collaboratifs, et les incite à réinvestir. La nationalisation n’est pas nécessairement la solution, hormis certains secteurs stratégiques. Je crois qu’il faut préserver la liberté humaine et le choix de créer son propre mode de vie.

N’y a-t-il pas un danger de rejoindre la vision libertarienne des dirigeants de Google ?

Michel Bauwens Il y a des modèles ouverts et des modèles coopératifs. Quand une coopérative ne travaille que pour ses membres, elle adopte une forme de concurrence et le danger est de rejoindre le monde capitaliste. L’idée est une convergence entre modèle coopératif et le modèle ouvert. C’est ce que j’appelle le « coopératisme ouvert » : une coopérative qui cocrée le commun. Chez Google ou Facebook, il n’y a pas de cogouvernance, de copropriété, de partage des revenus ou des bénéfices. Il y a des modèles où c’est le cas. Je propose une liberté de partage quand Google propose une liberté atomisée, où chaque individu est en concurrence avec tous les autres.

Selon vous, l’économie immatérielle permettra de résoudre la crise écologique. N’oubliez-vous pas que l’économie immatérielle repose toujours sur du matériel ? Par exemple, la société de service occidentale a pour corollaire la prolétarisation du tiers-monde.

Michel Bauwens En effet, il n’y a pas d’économie immatérielle qui ne repose pas sur une économie matérielle. Mais dans la production standard, l’obsolescence artificielle maintient une fausse rareté. Ce n’est pas le cas une communauté ouverte qui répond à une utilité sociale. Par exemple les 26 voitures open source [ndlr : à haute efficience énergétique] qui existent aujourd’hui, comme Wikispeed, sont faites pour durer. Ce qui est intéressant, quand on a un commun ouvert avec des entrepreneurs éthiques liés par une charte sociale et une licence, c’est qu’ils peuvent beaucoup plus collaborer qu’une entreprise capitaliste, grâce notamment à la transparence qui rend visible l’exploitation. Il faut penser à de nouveaux matériaux, utiliser l’économie circulaire et afin de créer un système alternatif au capitalisme, avec des éléments de commun, des éléments de marchés et des éléments qui le dépassent. Il faut travailler aujourd’hui à une reconfiguration du modèle productif. Et même dans une société où on n’a pas beaucoup de pouvoir, on peut faire plein de choses : c’est ce que faisait le monde coopératif au XIXème siècle. Il faut à mon avis renouer avec ce modèle d’autoproduction.

(1) Sauver le monde : vers une société post-capitaliste avec le peer-to-peer, éditions Les liens qui libèrent, 267 pages, 20 euros.

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 04:34
« Les Républicains », ce hold-up qui se prépare

En ces temps si troubles où l’on veut que la télévision commerciale remplace les bibliothèques, où l’histoire est piétinée jusqu’au fond des poubelles, où la culture est méprisée, où les concepts sont retraités dans de grandes lessiveuses médiatiques, où les mots sont transmutés, voilà que M. Sarkozy, qui avait déjà pris Guy Môquet et Jean Jaurès en otages, prépare un nouveau vol sous notre nez. Il veut ripoliner son parti « l’UMP » avec un simple mot, « Les Républicains ». Parce que ce n’est pas banal, il ne faudrait pas que cela passe comme une lettre à la poste. Ainsi sa machine de guerre électorale capturerait pour elle seule ce mot devenu système, si original en France, fruit d’une longue et belle histoire de luttes pour la souveraineté populaire.
La République, c’est mot pour mot « la chose publique ». C’est en République que chacune et chacun se définit comme citoyen. Tous composent la Nation.
Certes, il existe dans le monde de nombreuses républiques. Mais, en France, on ne prête serment ni sur la bible, ni sur le billet de banque quand on accède à la fonction suprême. Notre pays a cette particularité d’être une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale », selon le préambule de la Constitution. Notre République n’a pas de véritable équivalent en Europe. La laïcité par exemple n’est nulle part un principe constitutionnel.
Le projet sarkozyste qui malaxe le mot laïcité pour le réduire aux menus des cantines à l’école, qui a éteint la lumière vacillante de la démocratie quand il a foulé au pied le résultat du référendum sur le traité constitutionnel européen, il y a déjà dix ans, et qui a jeté par-dessus bord le mot « social » au profit des intérêts des milieux d’affaires, est à rebours du projet républicain issu de 1789.
Après avoir créé un ministère de « l’identité nationale », pour porter main forte à la fausse mais violente théorie du « grand remplacement », alors que l’immigration ne représente que…0,36% de notre population, il a bafoué l’idéal universaliste de la République française, blessé la citoyenneté qui dépend d’un statut de droit et non d’un tri par situation, servant notamment à refuser le droit de vote à une partie des créateurs de richesses de notre pays, contributeurs aux caisses sociales et du trésor public.
Le hold-up en préparation ne vise pas seulement à imiter le parti américain ou à tenter de rejeter les autres forces en dehors du concept républicain, il vise à voler un nom, propriété de tous les citoyens pour dévoyer un projet, des concepts, un sens, des valeurs.
Cela se fait sur un fond « d’alternance » politique pour de mêmes choix économiques, sociaux, culturels, éducatifs, soumis à Bruxelles et aux milieux d’affaires, alors que le Premier ministre lui-même appelle le parti auquel il appartient à se débarrasser du mot « socialiste » pour peut-être devenir « démocrate », au nom d’une « révolution copernicienne » annoncée.
Rappelons que le clivage entre la droite et la gauche est précisément né avec la naissance de la République. Le 28 août 1789, lors du débat sur le veto royal à la Constituante, les députés opposés à cette mesure et hostiles à la toute- puissance du clergé, se regroupent à gauche du président du bureau, tandis que les partisans du veto royal, de la sauvegarde de la monarchie et de la prépondérance de l’Eglise catholique, se placent à droite. Ainsi sont nées droite et gauche. Certes, depuis, la droite a endossé les habits de la République. Le combat acharné des républicains du 19ème siècle pour que la Nation épouse les principes fondamentaux de la République et pour rendre irréversible ses conquêtes, permit d’intégrer dans ses rangs bon nombre de ses anciens adversaires. Ce fut une victoire républicaine de longue haleine qui ne gommait en rien les clivages intenses, désormais bordés par les principes universels. Ceux qui persistaient à la nommer « la Gueuse » se situaient à l’extérieur de son périmètre.
Ainsi, la République peut-elle être réactionnaire, autoritaire ou coloniale, mais aussi sociale, laïque et démocratique.
En se déclarant très à droite par rapport à l’histoire de la droite depuis la Libération, en insistant sur le rôle supérieur « du curé ou du pasteur » sur l’instituteur, en menant campagne sur l’opposition entre l’identité française et d’autres fantasmées ou en opposant la démocratie à la République – l’une étant le régime du laisser-faire, l’autre celui de l’ordre et de l’autorité – N. Sarkozy joue avec les limites du cadre républicain, intimement mêlé à la laïcité, à l’Ecole publique, à la démocratie, aux services publics, à l’égalité des droits.
Ajoutons qu’à travers cette manœuvre, Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais caché sa fascination pour le modèle américain, cherche à en transposer ici ses caractéristiques politiques afin de fédérer, à l’image du Parti Républicain, l’ensemble des composantes de la droite et d’une bonne partie de son extrême sur une orientation particulièrement dure : prédominance de la loi de l’argent et du religieux, ultralibéralisme, négation du principe d’égalité, néo conservatisme. Tout un programme pour notre pays !
Ainsi, cherche-t-il avec opportunisme à réduire la République à une vision étroite qui flirte avec ses limites, une version rabougrie de la République, césarienne, anti démocratique, soumise aux grands vents de la finance mondialisée.
La République ne dit pas tout mais elle dit beaucoup. La République française n’existe que si elle appartient à chacune et chacun de ses citoyens, de droite comme de gauche. Elle est le bien commun de tous les français, le cadre bordé par les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Vouloir se l’approprier sur une orientation politique qui en nie les principes fondamentaux, relève du vol pur et simple et d’un profond mépris pour l’ensemble et la diversité de ses citoyens.
Nous persistons à penser, avec Jaurès, que « sans la République, le socialisme est impuissant, sans le socialisme, la République est vide », que la République poussée jusqu’au bout, logique avec elle-même, qui ne trahit pas ses principes fondamentaux, qui n’est pas en porte-à-faux avec sa devise, pose les jalons d’une société du bien commun, de la propriété collective, de la démocratie, de la solidarité humaine et de la défense de l’environnement. Bref l’opposé de celle que propose M. Sarkozy !
Car, au fond, est-ce défendre la fraternité que d’appeler « assistanat » les principes de solidarité qui régissent nos systèmes de sécurité sociale, de retraite et d’assurance chômage ?
Est-ce défendre la liberté que d’encourager la toute- puissance du capital sur la vie quotidienne des millions de salariés, d’empêcher tout pouvoir décisionnel au monde du travail dans l’entreprise et sur la production ?
Est-ce défendre l’égalité que de justifier en permanence le règne de la compétition de tous contre tous ou de stigmatiser une partie de nos concitoyens en raison de leur religion ?
Est-ce enfin « républicain » que de manier le fameux « ni-ni » en renvoyant dos à dos l’extrême droite et les partis républicains ?
Répondre à ces questions c’est prendre conscience que la République, bien plus qu’un ordre figé, est un combat permanent pour que se réalise aujourd’hui, dans le monde réel, ses principes universels. Que tous les républicains fassent que N. Sarkozy en soit pour ses frais !

Patrick Le Hyarick

Député Européen (PCF-PGE)

Directeur de "l'Humanité"

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 22:51
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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 07:58

Pourquoi je suis robespierriste ?

Michel Vovelle Professeur honoraire à la Sorbonne, historien spécialiste de la Révolution française

LUNDI, 27 JUILLET, 2009

L'HUMANITÉ

1758-1794. Il était la figure de proue de la Révolution, on lui a fait porter la responsabilité de la Terreur. Plus de deux siècles ont passé et justice ne lui a pas encore été rendue.

Je n'ai pas écrit le Robespierre dont on m'avait passé commande. Est-ce une excuse que de rappeler qu'Albert Mathiez avait lui aussi bronché devant l'obs-

tacle ? Cela dit, nous ne manquons pas de biographies qui se comptent par milliers. Mais l'un des personnages les plus éminents de la Révolution, comme de notre histoire, vient encore de se voir refuser l'attribution d'un nom de rue à Paris, la municipalité estimant que « sa personnalité n'est pas incontestable ». Dans les sondages, La Fayette caracole en tête ; plus bas, Danton et Robespierre dépassent 30 % de jugements favorables mais avec autant d'avis hostiles pour Robespierre...

C'est le produit d'une longue histoire biséculaire, quand les Thermidoriens, après sa chute, l'ont anathématisé, associant son image à celle de terreur et de dictature. Depuis lors, dans l'historiographie comme dans l'opinion, Robespierre a été dénoncé par les ennemis de la Révolution, mais aussi bien par Michelet, comme l'hypocrite mégalomane « pontife de l'être suprême », défendu par l'aile gauche républicaine, partagée cependant, quand, au début du XXe siècle, l'historien radical Alphonse Aulard et Albert Mathiez s'affrontaient par héros interposés, Danton contre Robespierre. Jaurès, pour sa part, avait tranché, écrivant qu'aux Jacobins, il serait allé s'asseoir au côté de Robespierre. Le combat n'a pas désarmé depuis lors. En 1988, j'étais encore sur la brèche délivrant à Arras mon discours « Pourquoi nous sommes encore robespierristes ». Je ne le reprendrai pas ici, même si je persiste et signe, en évoquant la carrière de mon héros. Maximilien Robespierre est né à Arras en 1758 d'une famille de bourgeoisie modeste, délaissée par le père après la mort de la mère. Ce fils aîné studieux, après de brillantes études au collège d'Harcourt, a été à Arras un avocat connu, plaidant des causes philanthropiques. Cela lui a valu d'être élu député du tiers état d'Arras aux états généraux.

à la Constituante, où certains affectent de se moquer de son sérieux, il s'impose par sa conviction. « Il ira loin, il croit tout ce qu'il dit » (Mirabeau). Engagé dans tous les combats démocratiques, il réclame le suffrage universel, prône l'abolition de l'esclavage, et soutient un projet d'abolition de la peine de mort. Sa rectitude et son ombrageuse honnêteté l'imposent comme « l'Incorruptible ». S'il a obtenu que les Constituants ne puissent pas être réélus, il ne s'efface pas sous la Législative. à la tribune des Jacobins, il bataille contre Brissot, de l'hiver au printemps 1792, dénonçant les périls d'une entrée en guerre. Il n'est pas homme des journées révolutionnaires, mais au lendemain du 10 août 1792, il se retrouve en tête de la députation de Paris à la Convention nationale. Un des leaders du parti montagnard, il est l'objet de violentes accusations à aspirer à la dictature, dont il se lave avec hauteur. Lors du procès du roi, il tranche : « Louis n'est pas un accusé, vous n'êtes pas des juges... vous avez un acte de providence nationale à exercer. »

La mise en place du gouvernement révolutionnaire après la chute de la Gironde le voit entrer au Comité de salut public le 27 juillet 1793, après Couthon et Saint-Just, constituant avec eux une sorte de triumvirat au sein de la direction collégiale de douze membres. Et certes, il assume un magistère personnel. Une dictature ? On l'a trop répété. Acceptant la Terreur comme recours nécessaire, Robespierre ne la sépare pas de la vertu, clef de voûte de la Cité, qu'il fait cautionner par la proclamation de la croyance à l'être suprême lors de la fête du 20 prairial an II, apothéose personnelle mais aussi annonce de sa chute. Après l'élimination des factions du printemps 1794, à droite Danton et les Indulgents, à gauche, Hébert et les « exagérés », comme avec la mise au pas du mouvement populaire, Robespierre est confronté, dans une France reconquise et victorieuse sur ses frontières, au départ de la Terreur dont on lui fait porter la responsabilité, comme aux intrigues et aux tensions grandissantes à la Convention, aux comités mêmes.

Il se replie dans l'isolement, ne revenant à l'Assemblée qu'à thermidor, pour dénoncer en termes trop vagues les ennemis de la Révolution : le complot ourdi contre lui le voit décrété d'arrestation, lui et ses amis, le 8 thermidor. Il n'a pas voulu s'appuyer sur la mobilisation des sections fidèles. Blessé d'un coup de pistolet, Robespierre, son frère et ses amis, Couthon, Saint-Just, Lebas, sont guillotinés le 9 thermidor, dans l'indifférence parfois hostile de la foule.

Ce bout de chemin fait ensemble nous permet-il de comprendre à la fois le rayonnement de cette figure de proue et sa disgrâce ? S'impose la grandeur de l'homme d'état, à nous comme à ses contemporains, même les plus hostiles. La clairvoyance de celui qui a indiqué la ligne juste face au péril de guerre en 1792, la conduite de la politique d'alliance avec le mouvement populaire, la gestion du gouvernement révolutionnaire en l'an II, entre périls et lutte des factions...

Une pensée se reflète dans sa continuité, l'affirmation de l'amour du peuple. Dès 1789, le défenseur du peuple osera affirmer : « Nous sommes les sans-culottes et la canaille. » D'entrée, aux côtés de tous les déshérités, les exclus, les juifs, les comédiens, les esclaves, les soldats et leur famille, il a avec intransigeance énoncé les principes d'une démocratie en réclamant le suffrage universel puis en se faisant le défenseur de la République. Le pacifiste universaliste de 1792 s'est retrouvé sans contradiction à la pointe du patriotisme intransigeant. L'Incorruptible s'est imposé ainsi à la Convention, comme aux masses populaires mobilisées.

Voilà bien une hagiographie, dira-t-on ? Certes non, et pas plus que mes prédécesseurs en robespierrisme, de Georges Lefebvre à Albert Soboul, je n'ai l'intention de justifier ou d'excuser. On a dit les limites de la vision sociale de Robespierre, qui sont celles de son projet de déclaration des droits en 1793. Un droit de propriété confirmé mais borné par le respect de la propriété d'autrui et par le droit à l'existence de tous : « Il faut que l'homme vive indépendant. » On a pu dénoncer son « système » justifiant dans les grands rapports de l'an II la Terreur comme indissociable de la Vertu, valeur clef de la Cité qu'il aspire à reconstruire. Assumant sa responsabilité, il a certes envoyé à la mort des représentants de l'Ancien Régime comme aussi ses adversaires et anciens amis, Danton, Desmoulins. Mais l'emballement de la Grande Terreur de l'été 1794, en prairial, n'est point de son fait. Pour sortir de la Terreur, son rêve s'est exprimé à travers ses grands rapports dans la proclamation célèbre qui conduit à la fête du 20 prairial an II : « Le peuple français reconnait l'existence de l'être suprême et d'immortalité de l'âme. » Plus qu'une mesure de circonstance pour frapper l'hébertisme déchristianisateur ou l'habillage d'un culte patriotique, ce projet reflète la conviction profonde de Maximilien, croyance en un dieu dont le temple est la nature, comme chez Jean-Jacques Rousseau. Point n'est question de contester leur dimension religieuse sans pour autant aller jusqu'à un Robespierre « mystique ». Pour moi, à la base, s'inscrit l'angoisse de Robespierre telle qu'elle monte en lui dans la solitude des derniers temps : « Les bons et les méchants disparaissent de ce monde... » mais ce ne peut être dans le néant. Pour que la vertu ait un sens, l'immortalité - cette « illusion » peut être est nécessaire - et l'être suprême aussi. « Fuite en avant dans la métaphysique » ? Après Georges Lefebvre et Albert Soboul, qui l'ont esquissée, cette formule laconique de Claude Mazauric peut être admise comme l'argumentaire auquel elle s'associe : face à ses contradictions, Robespierre, incapable en son temps, en ces lieux et dans le cadre qui lui est imposé par l'histoire, d'une révolution bourgeoise, voit son rêve s'effondrer quand la révolution populaire se glace et quand ses ennemis triomphent. Il ne lui reste plus qu'à s'en remettre, le 8 thermidor, à ses fidèles comme à nous : « Je vous laisse ma mémoire, elle vous sera chère et vous la défendrez. » Voila pourquoi nous sommes encore quelques robespierristes.

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 22:14

Les classes sociales sont-elles toujours un point de répère pertinent dans notre société ?

MARDI, 7 AVRIL, 2015

L'HUMANITÉ

Photo : DR

Par Paul Bouffartigue, sociologue au CNRS, Marie Cartier, de l'université de Nantes, Isabelle Coutant, du CNRS, Olivier Masclet, de l'Université Paris-Descartes, Nicolas Renahy, de l'Inra, Yasmine Siblot de l'Université Paris-VIII (1) et Nasser Mansouri- Guilani, économiste.

  • Quand la lutte des classes brouille les repères de(s) classe(s)…par Paul Bouffartigue Sociologue au CNRS, a dirigé le Retour des classes sociales (nouvelle édition, février 2015).

À l’aide de Marx, pour qui les classes se construisent dans leur(s) lutte(s), on comprend mieux les paradoxes du présent. Notre société est plus que jamais une société de classes : s’y radicalise et s’y universalise un conflit central entre une oligarchie soudée aux intérêts de la finance et le peuple. D’ailleurs, la conscience qu’il existe une lutte des classes semble vivace. Pourtant, il nous faut prendre acte – et tenter d’en comprendre les sources et les implications – du bouleversement des anciens contours et identités de classe, du basculement du sentiment d’appartenance à la classe ouvrière vers celui de classe moyenne. Y compris dans de larges segments des classes populaires. C’est que les formes actuelles de la lutte de classe se traduisent par un paysage social où ont été largement balayées les représentations des classes consolidées lors des années 1930 à 1960, et profondément modifiées les conditions matérielles d’existence qui leur sont associées. En tant que classe en soi, il n’est guère difficile de repérer une vaste classe des travailleurs salariés, subalternes et intermédiaires, diversement soumise aux processus d’exploitation et de domination. Mais elle ne fait pas face, en soi, à la grande bourgeoisie, quant à elle toujours aussi consciente et mobilisée. Elle paraît éclatée, sous l’effet, entre autres, du chômage de masse, de la précarité, des discours populistes et xénophobes, d’un sentiment d’abandon par les gauches.

Point de repère pertinent pour décrire notre société, les classes le demeurent. Les sources statistiques le confirment : les inégalités, les distances et les proximités entre grands groupes socioprofessionnels ont un caractère systémique. Classes populaires, moyennes et supérieures peuvent être distinguées au regard de la distribution de leurs avoirs et de leurs pouvoirs. Les sources socio-ethnographiques permettent quant à elles d’affiner ce tableau. Elles montrent comment s’intriquent aux rapports de classe d’autres rapports sociaux – de sexe, de race, de générations – en construisant pratiques et identités sociales concrètes… Tout en amenant rarement les individus, par ailleurs objectivement membres des classes populaires, à se reconnaître subjectivement dans ces dernières. La montée d’un sentiment de paupérisation ou de déclassement social et d’hostilité aux classes dirigeantes va de pair avec la montée des conflits identitaires et du ressentiment pour les plus pauvres, perçus comme assistés. Et même lors des hauts de cycles de conflictualité sociale, la contestation peine à se situer sur le terrain de l’alternative politique.

Parmi les nombreux éclairages à ces paradoxes, un retour critique sur l’histoire du mouvement ouvrier est utile : des séquelles laissées par la marginalisation des orientations syndicales et politiques privilégiant l’auto-organisation des dominés, à celles de la question coloniale, en passant par les questions du travail et du consumérisme, de l’adhésion au mode de développement fondé sur le fordisme. La nostalgie des classes d’antan paralyse l’action. Aucun groupe ne remplacera le groupe ouvrier comme noyau fédérateur. Une nouvelle vision, moins sociologique et plus politique, de la mobilisation, de l’unification et de la promotion possibles des opprimés dans les conditions contemporaines, reste à construire.

  • Des inégalités reproduites de génération en génération par Marie Cartier Université de Nantes, Isabelle Coutant CNRS, Olivier Masclet Université Paris-Descartes, Nicolas Renahy Inra et Yasmine Siblot Université Paris-VIII (1)

Il semble aujourd’hui plus facile de parler de classes sociales pour décrire le haut de la société que le bas. La croissance des inégalités de richesse économique, le maintien des écarts de richesse culturelle en dépit de la massification scolaire, la culture d’un entre-soi résidentiel dans des espaces proches des centres urbains offrent aux groupes sociaux les mieux dotés des conditions d’existence et un avenir privilégiés, pour eux-mêmes comme pour leurs enfants. Finalement, que de larges parties de la France d’en haut, quand bien même celles-ci sont loin de se reconnaître toujours comme telles, forment une classe à la fois sur le papier (on peut repérer des propriétés communes et distinctives) et mobilisée (qui sait défendre ses intérêts), est un fait peu discuté.

Mais parler de classes populaires fait davantage problème. Ces groupes seraient trop fragmentés pour qu’on puisse parler de classe. Il est vrai que les classes populaires contemporaines que l’on définit un peu mécaniquement en agrégeant les ouvriers et les employés forment un ensemble hétérogène, lui-même structuré par des inégalités qui désavantagent les non-qualifiés, les femmes et les immigrés. Ces inégalités, plus documentées qu’autrefois, sont aussi plus fortes du fait de la divergence des conditions d’emploi : ouvriers et employés stables des fonctions publiques et des grandes entreprises ont aujourd’hui un avantage certain sur ceux des petites entreprises ou sur les contractuels voués au chômage et à la précarité. Mais, s’il existe bel et bien des écarts en matière de stabilité des conditions économiques d’existence et de style de vie entre ouvriers et employés et en leur sein, ces écarts sont moins importants que ceux qui, encore et toujours, les séparent des classes moyennes et supérieures.

C’est net en termes de salaires (écarts de 1 à 3) et encore plus de patrimoine (écarts de 1 à 10, voire de 1 à 100 si on compare les ouvriers non qualifiés aux professions libérales), mais aussi sur tous les autres plans : les ouvriers et les employés consacrent une part toujours plus importante de leur budget pour se loger et se nourrir et toujours moins pour se distraire ou partir en vacances. La mortalité des employés et surtout des ouvriers est plus élevée, de même que leur exposition aux maladies et accidents professionnels ou encore à la vieillesse en situation de dépendance. L’accès aux études pour leurs enfants se fait toujours principalement dans des filières courtes et peu valorisées. Enfin, la hausse continue de l’abstention et des votes intermittents parmi les ouvriers et les employés, l’éclatement de leurs votes entre gauche et extrême droite, mais aussi le recul de leur part parmi les dirigeants politiques, les élus, les militants marquent une différence forte avec les autres groupes sociaux.

Par-delà ces indicateurs d’inégalités, trois processus rapprochent aujourd’hui ouvriers et employés, et entretiennent leur position sociale dominée. 1. L’assignation des moins diplômés à des activités professionnelles peu considérées, souvent usantes physiquement mais aussi psychologiquement (les véritables situations de tension au travail, celles où les exigences du travail sont élevées, mais les ressources pour y faire face absentes, concernent davantage les salariés d’exécution) et qui s’effectuent de plus en plus souvent selon des horaires atypiques ou décalés, très contraignants pour la vie familiale et personnelle. 2. Une raréfaction depuis les années 1980 des voies de promotion vers les professions intermédiaires et des possibilités d’accès au statut de petit fonctionnaire ou d’indépendant : à l’inverse, les circulations entre employés et ouvriers se sont accrues entre générations. 3. Les alliances conjugales restent fortement inscrites dans la classe sociale d’origine – 40 % des couples sont formés d’ouvriers, d’employés ou d’inac- tifs –, cette homogamie sociale contribuant largement aux mécanismes de la reproduction des inégalités d’une génération à l’autre. Ces processus concrets donnent aujourd’hui à l’expérience individuelle du salariat d’exécution la consistance d’une condition de classe. La démobilisation politique des ouvriers et des employés, visible depuis les années 1980, n’enlève rien à la pérennité de cette condition.

(1) Auteurs de Sociologie des classes populaires contemporaines. Éditions Armand Colin, 2015, 368 pages, 34 euros.

  • Nourrir la conscience de classe par Nasser Mansouri-Guilani, économiste

La réponse se trouve dans les propos d’un financier américain : il y a une lutte des classes dans le monde et, pour l’instant, c’est ma classe qui l’emporte ! Cette formulation exprime une identité de classe à travers la lutte des classes. Sans cette identité, le mot devient pervers, par exemple lorsqu’on parle de la classe politique qui gouverne le pays de façon indifférenciée. Une telle formule favorise le simplisme et l’extrême droite.

Le concept de classe est un repère pour la compréhension de la société et la transformation sociale. Dans un système capitaliste, les rapports sociaux sont définis selon les intérêts conflictuels de deux entités bien distinctes : le capital et le travail. Il s’agit de l’exploitation du travail par le capital. L’identité de chaque classe est déterminée selon sa place dans les rapports d’exploitation et de domination ; elle s’exprime par un ensemble de positionnements politiques, idéologiques, voire culturels. Le concept de classe exprime une réalité mouvante car le système évolue en permanence, ce qui rend plus difficiles la compréhension et l’explication de l’exploitation et des rapports conflictuels entre les individus ou les groupes d’individus qui représentent le travail et le capital. Jadis, le patron représentait le capital et l’ouvrier le travail. À présent, le monde du travail englobe un ensemble plus vaste : un salariat plus qualifié mais précarisé et une armée de réserve de privés d’emploi. Le patron, à qui on a affaire quotidiennement, est souvent salarié, représentant et agissant pour le compte des propriétaires ou actionnaires. Les actionnaires sont souvent anonymes et transnationaux. Parfois, ce sont des fonds de pension ou autres fonds qui agissent pour le compte des salariés. Enfin, le salarié peut être aussi actionnaire et porter en son sein la contradiction entre le travail et le capital.

Malgré ces complexités, la réalité demeure : dans le système capitaliste, les intérêts du capital et du travail sont conflictuels. Si, en tant que salariés, les gens veulent avoir de meilleures conditions, plus de salaire, plus de formation…, ces revendications entrent en conflit avec la logique de rentabilité qui motive la production capitaliste. Dans le contexte de la mondialisation et du développement des marchés financiers, partout dans le monde la part des travailleurs dans les richesses qu’ils produisent diminue. Plus que jamais, nous assistons à une communauté d’intérêts des travailleurs.

Contrairement aux apparences, les travailleurs français résidant dans les régions sinistrées ont plus d’intérêts communs avec les travailleurs des autres pays qu’avec leurs compatriotes français propriétaires des sites fermés ou des entreprises délocalisées. Comprendre et expliquer cette réalité est difficile mais indispensable pour la transformation sociale. On retrouve là la question de la construction d’une conscience de classe pour connaître ses intérêts et devenir acteur de la transformation sociale. De ce point de vue, les détenteurs de capitaux et leurs protecteurs sont en avance. Un ensemble de facteurs contribue à l’affaiblissement de la conscience de classe des travailleurs : pratiques patronales et pression idéologique des libéraux et des médias ; abandon de l’idée de progrès social par une partie de la gauche ; peur d’assumer l’identité de classe des travailleurs par crainte d’être taxé d’archaïsme…

Profitant des dégâts du libéralisme, le FN mobilise le vote populaire au service des intérêts du capital. Assumer, haut et fort, l’identité de classe des travailleurs – au lieu d’employer des formules vagues comme les classes moyennes – est, pour les progressistes, le meilleur moyen de lutter contre la montée du FN.

UN OBJET SOCIOLOGIQUE RETROUVÉ

« La fin des classes sociales semblerait une évidence pour de nombreux auteurs contemporains, au point que cette question a disparu de la production des sciences sociales (…). Objectivement visibles mais subjectivement désarticulées, les classes sociales sont porteuses d’un avenir plus ouvert qu’on ne le conçoit généralement. » Louis Chauvel (OFCE).

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 12:28

Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”.

par Philippe Plassart

C’est un signe révélateur. Jusqu’au bout, les marchés n’ont pas voulu intégrer le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Grisés par les liquidités, ils font preuve d’un optimisme inébranlable. Rien ne vient entamer ce dernier, pas même les mauvaises nouvelles qui ne manquent pourtant pas. Déstabilisation de la péninsule arabique, signes de ralentissement de l’économie mondiale, etc., peu importe, l’indice VIX qui mesure la volatilité des marchés, autrement dit leur degré de stress et de peur, reste à son étiage. Très loin de ses sommets atteints pendant la crise de 2007 et 2008. “L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”, observe Christopher Dembik, analyse chez Saxo Bank. Pourtant, quelque chose ne va pas.

“L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”

“Les marchés d’actions surperforment et voient la vie en rose, alors que l’économie réelle continue de donner des signes de souffrance. Ce n’est pas cohérent, une partie se trompe” analyse Véronique Riches-Flores, économiste indépendante. Les marchés n’ont pas de mémoire. Ils ont oublié les crises passées – la crise boursière de 1987, la crise monétaire de 1993, la faillite et le sauvetage in extremis du fonds LTCM, ainsi que la crise de la balance des paiements des pays asiatiques en 1998, l’éclatement de la bulle Internet en 2001, et surtout la plus terrible d’entre elles, celle des subprimes et de la titrisation en 2007-2008, au cours de laquelle la planète financière avait failli exploser. Or les germes d’une prochaine crise – impossible, bien sûr, à dater, mais potentiellement plus dévastatrice – sont probablement déjà semés. Et il n’y a pas pire sans doute que ce sentiment actuel de fausse sécurité qui conduit à fermer les yeux sur ces risques.

Un déversement de liquidités sans précédent

Pour éviter un effondrement financier, feu Milton Friedman préconisait un largage de liquidités “par hélicoptère”. Les banques centrales ont suivi la recommandation du maître. Sans doute, à leur décharge, n’avaient-elles d’autre choix. La réserve fédérale américaine a ainsi injecté près de 3 500 milliards de dollars, et la Banque centrale européenne veut racheter 1 100 milliards d’euros d’actifs d’ici septembre 2016. Quant aux autres banques centrales (Angleterre, Japon), elles ne sont pas non plus en reste. Au total, le bilan des banques centrales a doublé, passant d’un peu moins de 3,5 % à quasiment 6,5 % du PIB mondial. Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit. “Le canal bancaire sur lequel comptent les banques centrales ne fonctionne pas bien. Tant il est vrai que le financement de l’économie n’est plus au cœur de l’activité bancaire” analyse Jézabel Couppey-Soubeyran, spécialiste d’économie bancaire et financière.

“Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit”

Où est passé alors cet argent ? Dans les marchés financiers. Le cours des actions a doublé en cinq ans à Wall Street, en deux ans à Tokyo, et les bourses européennes leur emboîtent le pas depuis que la Banque centrale européenne a annoncé, à son tour, la mise en œuvre de mesures non conventionnelles. Or ces mouvements haussiers sont largement déconnectés de la réalité économique et d’une croissance qui n’a rien de flamboyant. “On a confondu création monétaire et création de richesses” tranche l’économiste Charles Gave.

Une zone de taux d’intérêt inédite

Cet afflux de liquidités a eu pour effet d’écraser les taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, désormais proches de zéro sur quasiment toute la courbe. Une évolution souhaitée par les banques centrales elles-mêmes. “Cela fait plus de six ans que la Réserve fédérale fournit de l’argent gratuitement. Et la BCE l’a suivie. Or quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”, déplore l’ex-banquier Jean-Michel Naulot. Pire, sur certaines échéances, les taux sont même devenus négatifs. Une situation qui peut être vue comme aberrante puisqu’elle revient à faire payer au prêteur le prix de sa sécurité. “Comment un système économique peut-il fonctionner sans une prime à l’incertitude liée au passage du temps ? Cela n’est tout simplement pas possible. On n’est plus dans un monde logique” estime Charles Gave.

“Quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”

Quoi qu’il en soit, cette zone de taux d’intérêt inédite et ses anomalies ont pour effet de biaiser bon nombre de calculs économiques et financiers. Et donc de perturber la rationalité des acteurs. “Les investisseurs qui recherchent du rendement n’en trouvent plus par les voies traditionnelles. Priçant mal le risque, ils se tournent vers des actifs de moins en moins sûrs : junk bonds , actions spéculatives”, observe Christophe Nijdam, secrétaire général de l’ONG Finance Watch.

La finance, toujours un champ de mines

En 2009, les dirigeants du G20 avaient, on s’en souvient, affiché leur volonté de remettre la finance “à sa place”, c’est-à-dire au service de l’économie. Six ans, plus tard, force est de constater que la sphère financière, toujours hypertrophiée, tourne plus que jamais – et de plus en plus vite – sur elle-même, sans autre considération que son propre intérêt. “La finance mondiale reste un champ de mines”, diagnostique l’expert Paul Jorion. Et un champ en expansion continu. Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial.

“Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial”

Quant au “shadow banking”, cette finance de l’ombre qui échappe à la régulation, elle a continué à se développer, souvent au sein même de la finance officielle. Des instruments nouveaux, à fort potentiel déstabilisateur, sont apparus, tel le trading à haute fréquence (THF) qui n’existait quasiment pas avant la crise de 2008, et qui représente désormais la moitié des transactions. Par ailleurs, des segments de marchés connaissent de forts engouements comme celui des “repos” et des “prêts de titres” dans lequel des titres, par exemple de dettes, peuvent servir de garantie à de nouveaux emprunts. Des mécanismes où la fertilité de l’innovation financière le dispute à sa complexité. Un cocktail qui n’est pas sans rappeler les montages de titrisation qui avaient précédé la crise des subprimes et dans lesquels bon nombre de professionnels s’étaient eux-mêmes perdus.

Les failles d’une régulation inachevée

Autre promesse non tenue, celle de réguler le secteur de la finance. “On a fait deux pas en avant et un pas en arrière. En tout état de cause, le chemin parcouru n’a pas été suffisant” analyse Christophe Nijdam. “Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites” s’alarme pour sa part Jean-Michel Naulot. Le lobby des banques et des établissements financiers a opposé il est vrai une résistance farouche à toutes les tentatives d’encadrement. Si bien que les célèbres ratios prudentiels de Bâle III, censés mettre le secteur à l’abri d’une rechute, apparaissent à l’examen bien édulcorés. “Les banques ont gardé la main sur l’évaluation de leurs propres risques, ce qui les conduit naturellement à minimiser ces derniers. Résultat, les coussins de fonds de propres exigés apparaissent insuffisants.

“Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites”

Quoi qu’il en soit, le dispositif complet de prévention des risques ne sera pas opérationnel avant 2019 et 2020”, analyse Jézabel Couppey-Soubeyran. Un cadre qui laisse de toutes les façons sceptique Paul Jorion “Les niveaux de réserves ont été choisis sur la base d’une probabilité gaussienne d’accidents, c’est-à-dire ayant une répartition en cloche. Or les chocs financiers ne relèvent pas de cette catégorie du fait de leur caractère systémique. On l’a bien vu avec la faillite de l’assureur américain AIG en 2008. Celui-ci avait constitué des réserves à hauteur de 4 milliards de dollars. Or il a essuyé d’emblée des pertes de 85 milliards.” Garde-fous bien fragiles, les ratios prudentiels, en rassurant donc à bon compte, accroissent surtout dangereusement le sentiment d’une fausse sécurité.

Les signes d’exubérances irrationnelles

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”. Certains acteurs ont renoué avec les pratiques à très haut risque. Selon le régulateur britannique, plus d’un hedge fund sur dix utilise actuellement un effet de levier supérieur à 50, ce qui veut dire qu’ils gèrent des positions de marché correspondant à 50 fois le montant des fonds qu’ils ont en gestion ! De l’acrobatie sans filet. “Je retrouve actuellement à New York les mêmes signaux que ceux que j’avais observés pendant la période qui avait précédé la crise de 2007-2008 : un relâchement assez général de la vigilance, des prises de risques inconsidérées, des pratiques d’allocations de crédit qui ne font pas sens”, témoigne Édouard Tétreau, associé gérant de Mediafin.

“Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime””

Et comme en 2007, le foyer de ces excès semble logé aux États-Unis. Selon le prix Nobel Robert Shiller, grand expert de la formation des bulles spéculatives, le PER (price earning ratio) ajusté du cycle économique s’élève, à Wall Street, à 27, un niveau jamais atteint sauf en… 1929, 2000 et 2007. D’autres signes “d’exubérance irrationnelle” se manifestent, comme la multiplication d’“entreprises zombies” capables, par exemple dans les biotechs ou les réseaux sociaux, de drainer des capitaux sans aucun résultat, observe Christopher Dembik. Mais c’est surtout le retour spectaculaire des subprimes et des activités de repackaging et de titrisation des dettes qui fait remonter le souvenir de la crise. “40 % des crédits à la consommation distribués sur le marché américain le sont à destination de ménages… insolvables”, s’alarme Édouard Tétreau.

La menace bien réelle d’une crise systémique

Ne sommes-nous pas alors partis pour revivre une crise, du type de celle des Sicav monétaires qui, en août 2007, avait brutalement interrompu le marché interbancaire international ? Une crise de nature systémique donc, dans laquelle la chute d’un acteur de la chaîne entraîne tous les autres comme dans un jeu de dominos. L’interconnexion entre les acteurs – et donc leur dépendance les uns aux autres – n’a pas cessé de croître ces dernières années, et recommence à donner des sueurs froides à certains observateurs.

“Un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité”

De véritables nœuds se sont formés. Sur le marché des “prêts de titres” et de “repos”, estimé à 20 000 milliards, un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité. Les failles des chambres de compensation des marchés dérivés constituent une autre source d’inquiétude. Une demi-douzaine de banques de données ont certes été constituées, mais elles ne disposent pas de registres standardisés, si bien qu’en cas d’urgence à dénouer les positions, aucun opérateur n’y retrouvera ses petits. Panique assurée.

Quel sera le détonateur ?

Quel sera cette fois le détonateur de la crise ? Viendra-t-il des compagnies d’assurance-vie allemandes qui ont pris tous les risques pour tenir leurs promesses de rendement à 3 % dans un contexte de taux zéro ? Des craquements du vaste marché des “students loans” américains dont le manque de traçabilité commence à effrayer les professionnels les plus aguerris ? Ou bien de la bombe à retardement de la prochaine hausse des taux d’intérêt ? “Lorsque les taux sont à zéro comme aujourd’hui, le risque de sensibilité des titres à la remontée des taux est à son maximum, rappelle Christophe Nijdam. Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

“Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

Un carnage qui pourrait déstabiliser bien des portefeuilles obligataires, y compris institutionnels. La hausse des taux impactera aussi le marché des dérivés composés à 85 % de dérivés de taux… Stupeur et tremblements. Mais la crise viendra sans doute de là où personne ne l’attend, tel le battement de l’aile du papillon qui provoque l’ouragan à des milliers de kilomètres. Lorsqu’en octobre 2006 dans un comté perdu de l’État de Californie, le prix des maisons avait affiché ses premières baisses après plusieurs années de boom immobilier, personne n’avait prêté beaucoup d’attention à l’information. Ce fut pourtant le point de départ de ce qui allait devenir quelques mois plus tard la plus grave crise depuis 1929.

Publié le 08/04/2015

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BRUNO FORNACIARI

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