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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:37

Colonnes ouvertes à Alain Hayot. Pour un intellectuel collectif

Une série d’articles publiée par le Monde, Libération et l’Humanité mettent en cause l’omniprésence dans le débat public des Zemmour, Finkelkraut, Onfray et d’autres prétendus intellectuels, vrais bouffons produits et formatés par le système médiatique. Une idée se dégage : comment les penseurs de l’émancipation peuvent-ils réinvestir l’espace public ?

Le venin populiste de la perte d’identité, du déclin de l’occident et du suicide de la nation face au fantasme de l’invasion étrangère, nous révoltent légitimement mais cela doit aussi nous inciter à penser les moyens et les contenus de cette contre-offensive. Il ne suffira pas de s’en prendre aux médias. Il faut inventer un nouveau grand récit émancipateur et tout d’abord savoir comment et qui doit le faire.

Nous voyons bien que ce que l’on nomme en France, depuis l’affaire Dreyfus, un « intellectuel » pose un problème réel. La figure de l’écrivain qui s’insurge contre l’injustice, parle au nom du peuple est devenue une catégorie inopérante. Dans la même lignée, la figure sartrienne de « l’intellectuel universel » comme celle de « l’intellectuel spécifique » chère à Foucault, sont déconnectés des évolutions et des enjeux de l’époque. L’intellectualisation généralisée du travail et la production, l’ampleur de la scolarisation de la jeunesse, la révolution numérique, l’intervention de millions de citoyens, mieux instruits et mieux formés, dans l’économie, la recherche, la vie sociale, culturelle et politique, changent totalement la donne. Aujourd’hui, comme le pressentait Gramsci, une part de plus en plus grande de la population, utilise plus son cerveau que ses mains ; chacun-e- pense et crée sa propre vie parce qu’il ou elle aspire à maîtriser son travail, sa vie personnelle, son temps et son espace mais aussi son rapport aux autres à l’aide de la vie associative, culturelle et même quoiqu’on en dise, de la vie politique.

Il est grand temps d’en prendre conscience et construire une autre figure de l’intellectuel, celle de « l’intellectuel collectif » qui rassemblerait tous ceux, quel que soit leur statut social, qui refusent le declinisme néolibéral comme le repli identitaire, les inégalités, les dominations et les exclusions qu’ils engendrent ; ceux qui rêvent d’affronter la crise de sens qui nous privent de notre histoire, de notre avenir, de l’espoir de vivre mieux et autrement.

Un intellectuel collectif capable de confronter les pensées critiques entre elles et en même temps de les mêler à la pratique de ceux qui agissent, réfléchissent et parfois inventent une autre façon de faire société.

Un intellectuel collectif capable, au sein d’un air du temps pollué, de remettre l’ouvrage révolutionnaire sur le métier, de reconstruire les concepts, les idées, les valeurs, l’imaginaire d’une nouvelle hégémonie culturelle humaniste et émancipatrice, solidaire et durable, égalitaire et citoyenne.

Le monde est ainsi fait que seul nous ne pouvons rien et c’est une bonne chose. Faire en sorte que les acteurs sociaux s’approprient les pouvoirs relève désormais d’une ambition collective et constitue une tâche qui doit les faire coopérer.

Penser c’est résister a-t-on raison de dire mais résister c’est créer, c’est inventer l’avenir et les voies nouvelles d’une alternative au capitalisme et à toutes les dominations.

Alain Hayot (La Marseillaise, le 10 octobre 2015)

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 10:51

Colonnes ouvertes à Alain Hayot. Lettre ouverte à Monsieur Macron

Monsieur Macron vous nous prenez pour des ignares ne connaissant ni notre histoire ni le monde d’aujourd’hui. Le libéralisme n’est pas un perdreau de l’année. C’est une doctrine qui apparait dès le 17è siècle. Elle portera longtemps les idées des Lumières, de Voltaire à Rousseau, de Descartes à Diderot, de Montesquieu à Kant. Mais dès le 19è siècle, la bourgeoisie et le capitalisme affranchissent la doctrine libérale de ces pères fondateurs pour n’en retenir que la liberté du loup d’écraser la bergerie. Esclavagisme, colonialisme, exploitation ouvrière apparentent désormais le libéralisme à un impérialisme que Lénine qualifia de stade suprême du capitalisme. Il n’avait encore rien vu.

De quoi en effet le libéralisme est-il aujourd’hui le nom ? De la marchandisation à l’échelle de la planète de la nature et de l’humain, de la financiarisation de toutes les activités sociales dans un productivisme et un consumérisme dont la seule finalité est le profit ; de l’explosion des inégalités et de la précarité imposées à 99% de la population mondiale pendant que 1% se partage l’essentiel des richesses ; du contrôle et de la surveillance généralisé des individus ; de l’aliénation au moins-disant culturel uniformisé et formaté hors de tout esprit critique ; de la normalisation du travail soumis à un « management » des corps et des esprits ; d’une démocratie qui fonctionne comme un leurre car le vrai pouvoir est entre les mains d’oligarchies financières.

C’est cela le libéralisme. Pour affronter la fracture qui s’instaure entre lui et les peuples, il présente, tel Janus, un autre visage encore plus hideux, le national-populisme, sorte de néofascisme ou de néonazisme, qui n’est qu’une roue de secours destinée à préserver l’ordre établi. Quand on est de gauche, Monsieur Macron, on résiste au libéralisme et on lui oppose une autre vision de l’humanité, fondée sur des valeurs émancipatrices.

De quoi en effet la gauche est-elle le nom? Contre la concurrence et la recherche du profit, la gauche valorise la solidarité, la coopération et l’association entre les êtres humains ; contre l’idée que la liberté s’oppose à l’égalité, la gauche fait marcher du même pas liberté et égalité pour permettre à tous d’accéder à tous les droits ; contre l’érection de murs pour refuser d’accueillir ceux qui fuient la misère et la guerre provoquées par ceux-là même qui érigent ces murs, la gauche pratique la fraternité, la paix et la civilité, garantit la libre circulation des êtres humains et un co-développement équitable et durable des peuples et des territoires; contre le racisme et le sexisme, la gauche promeut l’égalité entre chaque personne quelque-soit son sexe, la couleur de sa peau, sa culture ou son origine ; contre leur privatisation la gauche fait des ressources de la nature et des services indispensables aux humains, des biens communs accessibles à tous ; contre la dictature technico-financière, la gauche revalorise la politique et la démocratie par l’exercice d’un vivre ensemble fondé sur une citoyenneté active du local au global.

Monsieur Macron, malgré votre jeunesse, vous appartenez au vieux monde qui se meurt. Il est vrai que le nouveau tarde à naître et que, dans ce clair-obscur, surgissent les monstres dont parle Gramsci. Mais cela ne justifie pas que vous ne fassiez plus la distinction entre la droite des oppresseurs et la gauche des opprimés. Mais sans doute avez-vous, dans ce combat de classes, choisi votre camp.

Alain Hayot (La Marseillaise, le 3 octobre 2015)

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 19:58
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 08:42

Robert Clément

24 SEPTEMBRE 2000 : DRÔLE D'ANNIVERSAIRE ! LE QUINQUENNAT ADOPTE PAR REFERENDUM !
Le référendum du 24 septembre 2000 approuve le passage de 7 à 5 ans de la durée du mandat du Président de la République Le 5 juin 2000 Jacques Chirac, alors président de la République se prononce en faveur du quinquennat au nom des « exigences modernes de la démocratie », en excluant toute autre réforme institutionnelle. Quant au premier ministre Lionel Jospin, il rappelle « qu’il a toujours été en faveur de cette réforme et que c’est effectivement le moment d’agir ».

UNE ABSTENTION MASSIVE

La cohabitation bat son plein et l’organisation du référendum est menée au pas de charge. Il se déroulera le 24 septembre. Ses résultats tendent à montrer La confirmation d’une grave crise politique. Il sera marqué par une abstention record. La participation s’élève à 30,19%. Le « OUI » l’emporte avec 73,21%. Mais un électeur sur 5 se sera prononcé en sa faveur.

Cela ne fait aucun doute. Le quinquennat transformera la nature des institutions de la Vème République, renforçant encore davantage le « présidentialisme ». Les arguments développés pour justifier cette modification profonde de l’élection du président de la République sont partagés tant par la droite que le Parti socialiste. Ils peuvent être ainsi résumés : « Le septennat ne correspond plus au rythme de la vie démocratique, il convient donc de donne plus souvent la parole aux citoyens ». « Le quinquennat limite les inconvénients de la cohabitation ».

AGGRAVATION DE TOUS LES DÉSÉQUIBRES

Ainsi plutôt que de s’attaquer aux questions clés de la crise politique, la montagne accouchera du quinquennat, avec les graves conséquences que nous sommes à même de constater aujourd’hui. Les déséquilibres exorbitants dont souffre la Vème République favorisant à l’excès les pouvoirs de l’exécutif n’ont fait que s’aggraver. Il n’est pas inutile de rappeler ici quelle fut la position du PCF. Il avait alors dénoncé les dangers de la mise en place du quinquennat « sec » c'est-à-dire sans autres modifications de la constitution : « Le renforcement de la prédominance présidentielle », « l’atrophie du rôle du parlement » mais surtout « une accentuation de la bipolarisation de la vie politique ». Le bémol viendra du mot d’ordre alors décidé pour le référendum : « l’abstention active ». Contradiction flagrante à mes yeux, alors que la crise politique faisait déjà tant de dégâts. C’est ce qui m’a amené comme beaucoup d’autres communistes à voter « NON ».

VIème RÉPUBLIQUE, OUI MAIS LAQUELLE ?

Parfois il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, de se reporter à des écrits, à des prises de position des uns et des autres. Particulièrement sur les questions institutionnelles et la démocratie. Où étaient-ils les censeurs en décembre 2005, eux qui reprochent aux communistes de traîner les pieds, alors qu’eux seraient les seuls à montrer le chemin. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler où ils se trouvaient à cette époque.

Nous ne comptons plus le nombre de « politiques qui nous disent la nécessité d’en finir avec la Vème République. Il y a l’initiative de Jean-Luc Mélenchon avec la création de son mouvement « m6r ». Cécile Duflot croit aussi qu’il faut passer à la VIème République. Le PS n’est pas en reste. Claude Bartolone se dit favorable à « un nouvel équilibre incarné dans une VIème République. Même Xavier Bertrand « l’appelle de se vœux »

ALORS FOURRE-TOUT OU VÉRITABLE RÉVOLUTION INSTITUTIONNELLE ?

Il est tout d’abord utile de préciser que ce n’est pas par opportunisme que le Parti Communiste Français a porté un jugement négatif sur ces institutions. Il l’a fait en 1958 et sans discontinuer, accompagnant ces critiques de propositions pour les démocratiser. Il en est ainsi de sa revendication concernant la proportionnelle à toutes les élections. Tout le monde ne peut pas en dire autant. C’est en 2005 qu’il se prononce clairement pour une VIème République, en en définissant les contenus. Car là est bien la question. Ainsi pour Claude Bartolone, c’est un régime présidentiel, à un régime à « l’américaine que va ses préférences. Exit le premier ministre ! Quant à l’UMP on pense davantage à la « simplification du mille-feuille administratif ». Tout cela ne fait que trahir, au PS comme à l’UMP une inquiétude sur les doutes qu’expriment nos concitoyens sur le « politique » et sa capacité à répondre à ses attentes. Alors on fait « semblant » d’ignorer les véritables causes de cette crise démocratique.

LES CONTENUS DE LA VIème RÉPUBLIQUE QUE PROPOSE LE PCF

Certes s’attaquer aux institutions ou faire semblant peut-être un élément pour endiguer ce « désamour » et ces doutes. Mais l’autre plus essentielle et sûrement plus efficace serait de rompre avec ce refrain dominant selon lequel « un seul chemin serait possible » et que l’austérité serait une fatalité. C’est la raison pour laquelle il convient tout à la fois de dire quels seraient les contenus de la VIème République que nous proposons et l’alternative politique à construire. « Déclaration des droits fondamentaux et des droits de la personne, droits indivisibles : civils, politiques, économiques, sociaux, ou culturels s’appliquant à tous les résidents, services publics hors concurrence et obéissant aux principes d’égalité, de responsabilité et d’efficacité. Élargissement sous toutes ses formes de l’initiative citoyenne, citoyenneté de résidence, souveraineté populaire renforcée, proportionnelle généralisée à toutes les élections, durée des mandats réduits, élection POUR 5 ANS DU PRESIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU SUFFRAGE INDIRECT, citoyenneté à l’entreprise, droits d’intervention et de décision des salarié-e-s et de leurs organisations, indépendance de la justice…

DES PROPOSITIONS ALTERNATIVES

Mais ces propositions ne seraient rien si elles ne s’accompagnaient pas de propositions alternatives pour changer de cap, pour faire grandir l’idée qu’il est possible de faire autrement, qu’il existe un autre chemin que le choix de l’austérité et de la finance.

C’est dire l’importance que revêt l’invitation à écrire un projet d’émancipation humaine lancée par les communistes le 20 mai dernier. Une invitation qui vise à mobiliser les intelligences, les expériences au service de la gauche et de l’avenir de la France. Une démarche ouverte, constructive, offensive s’adressant à toutes celles et à tous ceux qui aspirent à se rassembler pour confronter leurs analyses, à donner corps à des propositions pour redonner des couleurs à l’envie de changer.

Robert Clément

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 05:47
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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 22:54
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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 12:26

Le partage de données, un système post-capitaliste ?

Numérique

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR KEVIN BOUCAUD

MERCREDI, 22 AVRIL, 2015

L'HUMANITÉ

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Photo : Agence Anne&Arnaud

Michel Bauwens et la P2P Foundation ont collaboré avec Syriza, qui a repris certaines de leurs propositions dans son programme.

Théoricien belge de l’économie collaborative, Michel Bauwens voit dans le système de peer-to-peer un moyen de dépasser le capitalisme et de bâtir un "socialisme du XXIe siècle". Il vient de publier un livre d’entretiens intitulé "Sauver le monde (1)".

Vous défendez l’idée que le peer-to-peer, qui permet aux utilisateurs d’échanger entre eux, pourrait « sauver le monde » et dépasser le capitalisme. Mais n’évacuez-vous pas la question sociale et politique ?

Michel Bauwens Le modèle contemporain combine deux aspects qui mènent à une crise systémique. Il y a d’abord une fausse notion d’abondance : le système économique est basé sur une croissance continue et infinie dans un monde fini. Ensuite, les coopérations humaines sont découragées par l’augmentation des droits de propriétés. Or, aujourd’hui, il y a des communautés ouvertes qui partagent leurs connaissances en ligne et permettent de faire émerger un nouveau modèle économique. Selon une étude américaine, cela représente même 1/6ème du PIB net mondial.

Mais je n’évacue pas la question sociale, je la déplace. En plus de la contradiction entre travail et capital, il y a actuellement aussi celle entre les gens qui contribuent au bien commun et les propriétaires des plateformes. J’ai participé à un plan de transition vers le commun en Équateur : c’était politique. Nous (la P2P Foundation – NDLR) avons également collaboré avec Syriza, qui a repris dans son programme certaines de nos propositions. La gauche radicale ne pense parfois qu’en termes de nationalisation ou de régulation. Le commun permet autre chose. Nous essayons de trouver des solutions qui stimulent l’autonomie sociale et collective. C’est une autre façon de faire de la politique. Ce n’est plus l’Etat qui est producteur, mais c’est le citoyen avec l’appui de l’Etat.

Dans votre livre, la société que vous voulez voir émerger prendrait appuie sur la gauche radicale, les mouvements écologistes, mais également sur le catholicisme sociale, ou encore le social-libéralisme. Mais les contours de cette société restent flous. Entendez-vous par-là une société où les antagonismes de classes ont disparu ou juste une société débarrassée du productivisme ?

Michel Bauwens L’aspect spécifique post-capitaliste dans l’économiepeer-to-peer n’est plus le travail qui fait la richesse, mais ce sont les contributeurs qui font du commun. C’est-à-dire qu’au cœur de la création de la valeur, il y a une mise en commun des ressources partagées. L’idée est que les créateurs de bien commun créent leurs propres entités coopératives et que la plus-value reste dans la même sphère. Ce qui va permettre de reproduire le commun. Aujourd’hui, e salariat est en train de se déliter. Il y a de plus en plus de salariés autonomes ou soi-disant « autonome », qui ne sont pas une relation d’autorité avec un contrat social et qui souvent sont engagés dans la production d’un commun. Les difficultés de la gauche traditionnelle proviennent du fait qu’elle s’est basée sur un mouvement ouvrier, aujourd’hui en déclin. Le salariat est en train de se déliter. Il y a de plus en plus de salariés autonomes ou soi-disant « autonome », qui ne sont pas une relation d’autorité avec un contrat social et qui souvent sont engagés dans la production d’un commun. Les Pirates sont concernés par les communs digitaux. Les Verts sont concernés par les communs naturels. Il y a également de nombreux jeunes entrepreneurs progressistes qui ne veulent pas être capitalistes, mais souhaitent se lancer dans le commerce équitable ou l’économie sociale et solidaire. Toutes ces catégories peuvent se retrouver autour des notions de biens communs.

Mais à côté de ces jeunes entrepreneurs progressistes, il y a aussi une vague de jeunes entrepreneurs qui s‘appuient sur l’immatériel dans un objectif capitaliste, à l’image de Mark Zuckerberg ou plus récemment les fondateurs de WhatsApp ou Snapchat.

Michel Bauwens Le capital a compris beaucoup plus vite que le mouvement progressiste le potentiel. Aujourd’hui, il est plus simple de monter sa start up que de se lancer dans l’économie sociale et solidaire. Il faut créer des incubateurs et des accélérateurs qui permettent à ces jeunes de choisir des voies différentes. Je propose donc de passer d’un modèle de capital extractif qui capte la valeur du commun sans la réinvestir, ni rien reverser aux utilisateurs vers un modèle de capital génératif. L’idée principale est qu’une coopérative permette de faire vivre les contributeurs les créateurs de connaissances ouvertes, de logiciels libres ou de designs collaboratifs, et les incite à réinvestir. La nationalisation n’est pas nécessairement la solution, hormis certains secteurs stratégiques. Je crois qu’il faut préserver la liberté humaine et le choix de créer son propre mode de vie.

N’y a-t-il pas un danger de rejoindre la vision libertarienne des dirigeants de Google ?

Michel Bauwens Il y a des modèles ouverts et des modèles coopératifs. Quand une coopérative ne travaille que pour ses membres, elle adopte une forme de concurrence et le danger est de rejoindre le monde capitaliste. L’idée est une convergence entre modèle coopératif et le modèle ouvert. C’est ce que j’appelle le « coopératisme ouvert » : une coopérative qui cocrée le commun. Chez Google ou Facebook, il n’y a pas de cogouvernance, de copropriété, de partage des revenus ou des bénéfices. Il y a des modèles où c’est le cas. Je propose une liberté de partage quand Google propose une liberté atomisée, où chaque individu est en concurrence avec tous les autres.

Selon vous, l’économie immatérielle permettra de résoudre la crise écologique. N’oubliez-vous pas que l’économie immatérielle repose toujours sur du matériel ? Par exemple, la société de service occidentale a pour corollaire la prolétarisation du tiers-monde.

Michel Bauwens En effet, il n’y a pas d’économie immatérielle qui ne repose pas sur une économie matérielle. Mais dans la production standard, l’obsolescence artificielle maintient une fausse rareté. Ce n’est pas le cas une communauté ouverte qui répond à une utilité sociale. Par exemple les 26 voitures open source [ndlr : à haute efficience énergétique] qui existent aujourd’hui, comme Wikispeed, sont faites pour durer. Ce qui est intéressant, quand on a un commun ouvert avec des entrepreneurs éthiques liés par une charte sociale et une licence, c’est qu’ils peuvent beaucoup plus collaborer qu’une entreprise capitaliste, grâce notamment à la transparence qui rend visible l’exploitation. Il faut penser à de nouveaux matériaux, utiliser l’économie circulaire et afin de créer un système alternatif au capitalisme, avec des éléments de commun, des éléments de marchés et des éléments qui le dépassent. Il faut travailler aujourd’hui à une reconfiguration du modèle productif. Et même dans une société où on n’a pas beaucoup de pouvoir, on peut faire plein de choses : c’est ce que faisait le monde coopératif au XIXème siècle. Il faut à mon avis renouer avec ce modèle d’autoproduction.

(1) Sauver le monde : vers une société post-capitaliste avec le peer-to-peer, éditions Les liens qui libèrent, 267 pages, 20 euros.

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 04:34
« Les Républicains », ce hold-up qui se prépare

En ces temps si troubles où l’on veut que la télévision commerciale remplace les bibliothèques, où l’histoire est piétinée jusqu’au fond des poubelles, où la culture est méprisée, où les concepts sont retraités dans de grandes lessiveuses médiatiques, où les mots sont transmutés, voilà que M. Sarkozy, qui avait déjà pris Guy Môquet et Jean Jaurès en otages, prépare un nouveau vol sous notre nez. Il veut ripoliner son parti « l’UMP » avec un simple mot, « Les Républicains ». Parce que ce n’est pas banal, il ne faudrait pas que cela passe comme une lettre à la poste. Ainsi sa machine de guerre électorale capturerait pour elle seule ce mot devenu système, si original en France, fruit d’une longue et belle histoire de luttes pour la souveraineté populaire.
La République, c’est mot pour mot « la chose publique ». C’est en République que chacune et chacun se définit comme citoyen. Tous composent la Nation.
Certes, il existe dans le monde de nombreuses républiques. Mais, en France, on ne prête serment ni sur la bible, ni sur le billet de banque quand on accède à la fonction suprême. Notre pays a cette particularité d’être une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale », selon le préambule de la Constitution. Notre République n’a pas de véritable équivalent en Europe. La laïcité par exemple n’est nulle part un principe constitutionnel.
Le projet sarkozyste qui malaxe le mot laïcité pour le réduire aux menus des cantines à l’école, qui a éteint la lumière vacillante de la démocratie quand il a foulé au pied le résultat du référendum sur le traité constitutionnel européen, il y a déjà dix ans, et qui a jeté par-dessus bord le mot « social » au profit des intérêts des milieux d’affaires, est à rebours du projet républicain issu de 1789.
Après avoir créé un ministère de « l’identité nationale », pour porter main forte à la fausse mais violente théorie du « grand remplacement », alors que l’immigration ne représente que…0,36% de notre population, il a bafoué l’idéal universaliste de la République française, blessé la citoyenneté qui dépend d’un statut de droit et non d’un tri par situation, servant notamment à refuser le droit de vote à une partie des créateurs de richesses de notre pays, contributeurs aux caisses sociales et du trésor public.
Le hold-up en préparation ne vise pas seulement à imiter le parti américain ou à tenter de rejeter les autres forces en dehors du concept républicain, il vise à voler un nom, propriété de tous les citoyens pour dévoyer un projet, des concepts, un sens, des valeurs.
Cela se fait sur un fond « d’alternance » politique pour de mêmes choix économiques, sociaux, culturels, éducatifs, soumis à Bruxelles et aux milieux d’affaires, alors que le Premier ministre lui-même appelle le parti auquel il appartient à se débarrasser du mot « socialiste » pour peut-être devenir « démocrate », au nom d’une « révolution copernicienne » annoncée.
Rappelons que le clivage entre la droite et la gauche est précisément né avec la naissance de la République. Le 28 août 1789, lors du débat sur le veto royal à la Constituante, les députés opposés à cette mesure et hostiles à la toute- puissance du clergé, se regroupent à gauche du président du bureau, tandis que les partisans du veto royal, de la sauvegarde de la monarchie et de la prépondérance de l’Eglise catholique, se placent à droite. Ainsi sont nées droite et gauche. Certes, depuis, la droite a endossé les habits de la République. Le combat acharné des républicains du 19ème siècle pour que la Nation épouse les principes fondamentaux de la République et pour rendre irréversible ses conquêtes, permit d’intégrer dans ses rangs bon nombre de ses anciens adversaires. Ce fut une victoire républicaine de longue haleine qui ne gommait en rien les clivages intenses, désormais bordés par les principes universels. Ceux qui persistaient à la nommer « la Gueuse » se situaient à l’extérieur de son périmètre.
Ainsi, la République peut-elle être réactionnaire, autoritaire ou coloniale, mais aussi sociale, laïque et démocratique.
En se déclarant très à droite par rapport à l’histoire de la droite depuis la Libération, en insistant sur le rôle supérieur « du curé ou du pasteur » sur l’instituteur, en menant campagne sur l’opposition entre l’identité française et d’autres fantasmées ou en opposant la démocratie à la République – l’une étant le régime du laisser-faire, l’autre celui de l’ordre et de l’autorité – N. Sarkozy joue avec les limites du cadre républicain, intimement mêlé à la laïcité, à l’Ecole publique, à la démocratie, aux services publics, à l’égalité des droits.
Ajoutons qu’à travers cette manœuvre, Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais caché sa fascination pour le modèle américain, cherche à en transposer ici ses caractéristiques politiques afin de fédérer, à l’image du Parti Républicain, l’ensemble des composantes de la droite et d’une bonne partie de son extrême sur une orientation particulièrement dure : prédominance de la loi de l’argent et du religieux, ultralibéralisme, négation du principe d’égalité, néo conservatisme. Tout un programme pour notre pays !
Ainsi, cherche-t-il avec opportunisme à réduire la République à une vision étroite qui flirte avec ses limites, une version rabougrie de la République, césarienne, anti démocratique, soumise aux grands vents de la finance mondialisée.
La République ne dit pas tout mais elle dit beaucoup. La République française n’existe que si elle appartient à chacune et chacun de ses citoyens, de droite comme de gauche. Elle est le bien commun de tous les français, le cadre bordé par les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Vouloir se l’approprier sur une orientation politique qui en nie les principes fondamentaux, relève du vol pur et simple et d’un profond mépris pour l’ensemble et la diversité de ses citoyens.
Nous persistons à penser, avec Jaurès, que « sans la République, le socialisme est impuissant, sans le socialisme, la République est vide », que la République poussée jusqu’au bout, logique avec elle-même, qui ne trahit pas ses principes fondamentaux, qui n’est pas en porte-à-faux avec sa devise, pose les jalons d’une société du bien commun, de la propriété collective, de la démocratie, de la solidarité humaine et de la défense de l’environnement. Bref l’opposé de celle que propose M. Sarkozy !
Car, au fond, est-ce défendre la fraternité que d’appeler « assistanat » les principes de solidarité qui régissent nos systèmes de sécurité sociale, de retraite et d’assurance chômage ?
Est-ce défendre la liberté que d’encourager la toute- puissance du capital sur la vie quotidienne des millions de salariés, d’empêcher tout pouvoir décisionnel au monde du travail dans l’entreprise et sur la production ?
Est-ce défendre l’égalité que de justifier en permanence le règne de la compétition de tous contre tous ou de stigmatiser une partie de nos concitoyens en raison de leur religion ?
Est-ce enfin « républicain » que de manier le fameux « ni-ni » en renvoyant dos à dos l’extrême droite et les partis républicains ?
Répondre à ces questions c’est prendre conscience que la République, bien plus qu’un ordre figé, est un combat permanent pour que se réalise aujourd’hui, dans le monde réel, ses principes universels. Que tous les républicains fassent que N. Sarkozy en soit pour ses frais !

Patrick Le Hyarick

Député Européen (PCF-PGE)

Directeur de "l'Humanité"

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 22:51
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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 07:58

Pourquoi je suis robespierriste ?

Michel Vovelle Professeur honoraire à la Sorbonne, historien spécialiste de la Révolution française

LUNDI, 27 JUILLET, 2009

L'HUMANITÉ

1758-1794. Il était la figure de proue de la Révolution, on lui a fait porter la responsabilité de la Terreur. Plus de deux siècles ont passé et justice ne lui a pas encore été rendue.

Je n'ai pas écrit le Robespierre dont on m'avait passé commande. Est-ce une excuse que de rappeler qu'Albert Mathiez avait lui aussi bronché devant l'obs-

tacle ? Cela dit, nous ne manquons pas de biographies qui se comptent par milliers. Mais l'un des personnages les plus éminents de la Révolution, comme de notre histoire, vient encore de se voir refuser l'attribution d'un nom de rue à Paris, la municipalité estimant que « sa personnalité n'est pas incontestable ». Dans les sondages, La Fayette caracole en tête ; plus bas, Danton et Robespierre dépassent 30 % de jugements favorables mais avec autant d'avis hostiles pour Robespierre...

C'est le produit d'une longue histoire biséculaire, quand les Thermidoriens, après sa chute, l'ont anathématisé, associant son image à celle de terreur et de dictature. Depuis lors, dans l'historiographie comme dans l'opinion, Robespierre a été dénoncé par les ennemis de la Révolution, mais aussi bien par Michelet, comme l'hypocrite mégalomane « pontife de l'être suprême », défendu par l'aile gauche républicaine, partagée cependant, quand, au début du XXe siècle, l'historien radical Alphonse Aulard et Albert Mathiez s'affrontaient par héros interposés, Danton contre Robespierre. Jaurès, pour sa part, avait tranché, écrivant qu'aux Jacobins, il serait allé s'asseoir au côté de Robespierre. Le combat n'a pas désarmé depuis lors. En 1988, j'étais encore sur la brèche délivrant à Arras mon discours « Pourquoi nous sommes encore robespierristes ». Je ne le reprendrai pas ici, même si je persiste et signe, en évoquant la carrière de mon héros. Maximilien Robespierre est né à Arras en 1758 d'une famille de bourgeoisie modeste, délaissée par le père après la mort de la mère. Ce fils aîné studieux, après de brillantes études au collège d'Harcourt, a été à Arras un avocat connu, plaidant des causes philanthropiques. Cela lui a valu d'être élu député du tiers état d'Arras aux états généraux.

à la Constituante, où certains affectent de se moquer de son sérieux, il s'impose par sa conviction. « Il ira loin, il croit tout ce qu'il dit » (Mirabeau). Engagé dans tous les combats démocratiques, il réclame le suffrage universel, prône l'abolition de l'esclavage, et soutient un projet d'abolition de la peine de mort. Sa rectitude et son ombrageuse honnêteté l'imposent comme « l'Incorruptible ». S'il a obtenu que les Constituants ne puissent pas être réélus, il ne s'efface pas sous la Législative. à la tribune des Jacobins, il bataille contre Brissot, de l'hiver au printemps 1792, dénonçant les périls d'une entrée en guerre. Il n'est pas homme des journées révolutionnaires, mais au lendemain du 10 août 1792, il se retrouve en tête de la députation de Paris à la Convention nationale. Un des leaders du parti montagnard, il est l'objet de violentes accusations à aspirer à la dictature, dont il se lave avec hauteur. Lors du procès du roi, il tranche : « Louis n'est pas un accusé, vous n'êtes pas des juges... vous avez un acte de providence nationale à exercer. »

La mise en place du gouvernement révolutionnaire après la chute de la Gironde le voit entrer au Comité de salut public le 27 juillet 1793, après Couthon et Saint-Just, constituant avec eux une sorte de triumvirat au sein de la direction collégiale de douze membres. Et certes, il assume un magistère personnel. Une dictature ? On l'a trop répété. Acceptant la Terreur comme recours nécessaire, Robespierre ne la sépare pas de la vertu, clef de voûte de la Cité, qu'il fait cautionner par la proclamation de la croyance à l'être suprême lors de la fête du 20 prairial an II, apothéose personnelle mais aussi annonce de sa chute. Après l'élimination des factions du printemps 1794, à droite Danton et les Indulgents, à gauche, Hébert et les « exagérés », comme avec la mise au pas du mouvement populaire, Robespierre est confronté, dans une France reconquise et victorieuse sur ses frontières, au départ de la Terreur dont on lui fait porter la responsabilité, comme aux intrigues et aux tensions grandissantes à la Convention, aux comités mêmes.

Il se replie dans l'isolement, ne revenant à l'Assemblée qu'à thermidor, pour dénoncer en termes trop vagues les ennemis de la Révolution : le complot ourdi contre lui le voit décrété d'arrestation, lui et ses amis, le 8 thermidor. Il n'a pas voulu s'appuyer sur la mobilisation des sections fidèles. Blessé d'un coup de pistolet, Robespierre, son frère et ses amis, Couthon, Saint-Just, Lebas, sont guillotinés le 9 thermidor, dans l'indifférence parfois hostile de la foule.

Ce bout de chemin fait ensemble nous permet-il de comprendre à la fois le rayonnement de cette figure de proue et sa disgrâce ? S'impose la grandeur de l'homme d'état, à nous comme à ses contemporains, même les plus hostiles. La clairvoyance de celui qui a indiqué la ligne juste face au péril de guerre en 1792, la conduite de la politique d'alliance avec le mouvement populaire, la gestion du gouvernement révolutionnaire en l'an II, entre périls et lutte des factions...

Une pensée se reflète dans sa continuité, l'affirmation de l'amour du peuple. Dès 1789, le défenseur du peuple osera affirmer : « Nous sommes les sans-culottes et la canaille. » D'entrée, aux côtés de tous les déshérités, les exclus, les juifs, les comédiens, les esclaves, les soldats et leur famille, il a avec intransigeance énoncé les principes d'une démocratie en réclamant le suffrage universel puis en se faisant le défenseur de la République. Le pacifiste universaliste de 1792 s'est retrouvé sans contradiction à la pointe du patriotisme intransigeant. L'Incorruptible s'est imposé ainsi à la Convention, comme aux masses populaires mobilisées.

Voilà bien une hagiographie, dira-t-on ? Certes non, et pas plus que mes prédécesseurs en robespierrisme, de Georges Lefebvre à Albert Soboul, je n'ai l'intention de justifier ou d'excuser. On a dit les limites de la vision sociale de Robespierre, qui sont celles de son projet de déclaration des droits en 1793. Un droit de propriété confirmé mais borné par le respect de la propriété d'autrui et par le droit à l'existence de tous : « Il faut que l'homme vive indépendant. » On a pu dénoncer son « système » justifiant dans les grands rapports de l'an II la Terreur comme indissociable de la Vertu, valeur clef de la Cité qu'il aspire à reconstruire. Assumant sa responsabilité, il a certes envoyé à la mort des représentants de l'Ancien Régime comme aussi ses adversaires et anciens amis, Danton, Desmoulins. Mais l'emballement de la Grande Terreur de l'été 1794, en prairial, n'est point de son fait. Pour sortir de la Terreur, son rêve s'est exprimé à travers ses grands rapports dans la proclamation célèbre qui conduit à la fête du 20 prairial an II : « Le peuple français reconnait l'existence de l'être suprême et d'immortalité de l'âme. » Plus qu'une mesure de circonstance pour frapper l'hébertisme déchristianisateur ou l'habillage d'un culte patriotique, ce projet reflète la conviction profonde de Maximilien, croyance en un dieu dont le temple est la nature, comme chez Jean-Jacques Rousseau. Point n'est question de contester leur dimension religieuse sans pour autant aller jusqu'à un Robespierre « mystique ». Pour moi, à la base, s'inscrit l'angoisse de Robespierre telle qu'elle monte en lui dans la solitude des derniers temps : « Les bons et les méchants disparaissent de ce monde... » mais ce ne peut être dans le néant. Pour que la vertu ait un sens, l'immortalité - cette « illusion » peut être est nécessaire - et l'être suprême aussi. « Fuite en avant dans la métaphysique » ? Après Georges Lefebvre et Albert Soboul, qui l'ont esquissée, cette formule laconique de Claude Mazauric peut être admise comme l'argumentaire auquel elle s'associe : face à ses contradictions, Robespierre, incapable en son temps, en ces lieux et dans le cadre qui lui est imposé par l'histoire, d'une révolution bourgeoise, voit son rêve s'effondrer quand la révolution populaire se glace et quand ses ennemis triomphent. Il ne lui reste plus qu'à s'en remettre, le 8 thermidor, à ses fidèles comme à nous : « Je vous laisse ma mémoire, elle vous sera chère et vous la défendrez. » Voila pourquoi nous sommes encore quelques robespierristes.

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BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

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