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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 06:53

Paradis fiscaux : vingt pays pointés du doigt

Le Monde.fr | 21.11.2013 à 08h09 • Mis à jour le 21.11.2013 à 08h25 | Par Anne Michel

 
Le fichage par l'OCDE des pays non coopératifs en matière de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales ira de pair avec des sanctions fiscales.

La composition de la liste noire des paradis fiscaux, que compte rétablir l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) fin 2014, si rien ne change dans les pratiques de certains Etats, s'esquisse dès à présent. Cette liste noire pourrait compter vingt pays.

C'est ce qu'il ressort des conclusions de trois ans de travaux et d'enquête, dans plus de cent Etats et territoires, menés par le Forum fiscal mondial, qui devaient être rendus publics, jeudi 21 novembre, lors d'un sommet convoqué à Djakarta, en Indonésie.

Ce Forum fiscal mondial est une instance adossée à l'OCDE, elle-même mandatée par les chefs d'Etat du G20 pour accélérer la coopération fiscale. Ses travaux ont été menés suite à la décision prise en 2009 par l'OCDE de supprimer sa liste noire des paradis fiscaux non coopératifs, en échange de l'engagement de ces derniers de rentrer dans le rang.

Le Forum a donc analysé la réalité des engagements et l'état général de la coopération en matière de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales.

Selon nos informations, quatre pays ont échoué à ce contrôle de conformité, dit "par les pairs" (les pays acceptant de se noter entre eux), sur la transparence et l'échange d'informations à des fins fiscales. Il s'agit du Luxembourg, de Chypre, des Iles vierges britanniques et des Seychelles – un pays où le nombre de sociétés offshore est passé de 20 000 à… 120 000 en cinq ans !

SANCTIONS FISCALES

Selon les enquêteurs du Forum, malgré leurs engagements et l'adaptation de leurs lois, ces pays refusent, dans les faits, d'échanger des informations avec la justice ou l'administration de pays étrangers, en cas d'enquêtes fiscales sur des contribuables.

Deux autres pays sont jugés partiellement conformes : l'Autriche et la Turquie. La mise à l'index de ces Etats est loin d'être symbolique : s'ils ne changent pas leurs pratiques pour coopérer, ces six pays se retrouveront fichés sur la liste noire de l'OCDE en 2014.

Or, ce fichage ira de pair avec des sanctions fiscales, caractérisées par un alourdissement des taxes sur tous les flux entrants et sortants de leur territoire.

Lire aussi : Paradis fiscaux : « Tout reste à faire » (édition abonnés)

Ces six pays ne seront pas les seuls sur cette liste, puisqu'avant Djakarta, le Forum mondial sur la transparence et l'échange d'informations avait déjà "black-listé" quatorze autres pays pour n'avoir pas encore adapté leurs lois afin d'être en mesure d'échanger de l'information.

Ces pays sont : la Suisse – où l'engagement pris publiquement de renoncer au secret bancaire, en cas d'enquêtes de l'étranger, n'a pas encore fait l'objet d'une loi votée par le Parlement –, le Liban, les Emirats arabes unis, Panama, le Guatemala, Brunei, le Botswana, le Liberia, la Dominique, Trinidad-et-Tobago, les îles Marshall, Vanuatu, Nauru et Niue.

Anne Michel
Journaliste au Monde

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 16:01

budget 2014

15 milliards de dépenses publiques en moins

Le gouvernement a annoncé hier une série de réductions budgétaires actées pour 2014. Il en ressort un souci d’épargner les entreprises mais, après une « pause fiscale » éclair, un effort croissant sera en revanche demandé aux ménages.

Le gouvernement a levé hier le voile sur son budget 2014. À la sortie du Conseil des ministres, Jean-Marc Ayrault a annoncé, sans plus de précisions, pour l’année prochaine des économies d’un montant « sans précédent » de 15 milliards d’euros. Tandis que le premier ministre parlait d’une baisse historique des dépenses publiques, la même matinée, le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, annonçait lors d’une conférence de presse une révision à la baisse de la prévision de croissance pour 2014, à 0,9 % (contre 1,2 % espéré au printemps), et le maintien, pour l’année en cours, d’une croissance quasi nulle à 0,1 %. Même revue à la baisse, la croissance pour 2014 semble bien optimiste. Statistiques à l’appui, l’Insee annonçait hier un net recul de l’emploi salarié dans le secteur marchand (hors agriculture). Sur un an, l’Insee évalue à presque 140 000 le nombre d’emplois disparus dans ces activités. Un constat qui ternit l’embellie très provisoire observée dans le secteur de l’intérim (+ 10 300 postes) au premier semestre. La construction et l’industrie ne sont pas épargnées par cette hémorragie. Au cours du second semestre, l’industrie a perdu 19 000 postes (0,6 %, 50 000 emplois sur l’année), la construction 7 700 (30 000 sur l’année). Au total, rien que sur la dernière période, ce sont 34 600 postes qui ont été supprimés. Faute de croissance, c’est en taillant dans les dépenses de l’État que le gouvernement entend résorber une partie du déficit, à 3,6 % en 2014 contre 2,9 % prévu initialement. « Le rythme de réduction des déficits ne va pas aussi vite que nous le voulons », a confirmé hier Bernard Cazeneuve, ministre délégué au Budget. Contraint de reconnaître hier à Bercy que les recettes n’augmenteraient que de 3 milliards en 2014, soit deux fois moins qu’envisagé avant l’été, celui-ci fait dépendre les futures réductions budgétaires de « la conjoncture européenne et internationale ». Comme pour la réforme des retraites, le gouvernement veut imposer l’idée que le redressement des comptes publics réduit à 18 milliards d’euros est un budget juste. « C’est un projet de loi de finances offensif et juste », s’est ainsi justifié Pierre Moscovici. Si la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) est définitivement écartée, ces réductions budgétaires seront accompagnées d’une augmentation de la TVA pour les ménages, puisque son taux intermédiaire passerait de 7 à 10 % et le taux normal de 19,6 % à 20 % à partir du 1er janvier 2014.

 

Mesures en chaîne

Ce nouvel effort demandé aux ménages, censé rapporter 6 milliards d’euros, devrait financer le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) et favoriser une baisse du coût du travail de 4 % pour l’ensemble des entreprises. « Les entreprises seront relativement épargnées, puisque les baisses de dépenses ne les concernent pas », analysait récemment dans le Point Éric Heyer, directeur adjoint à l’OFCE. « Il semble que l’ajustement sera aussi déséquilibré sur les hausses d’impôts. Les prélèvements devraient encore augmenter pour les ménages, alors qu’il devrait y avoir une baisse des prélèvements obligatoires sur les entreprises, notamment grâce aux 20 milliards d’équivalent de baisses de charges votés dans le budget 2013 qui entreront en application l’année prochaine. (…) L’idée forte est donc que le gouvernement essaie d’aider les entreprises par une politique d’offre, c’est-à-dire de baisse de leurs coûts. »

Ces mesures en chaîne répondent aux injections de Bruxelles, qui contraint la France de ramener son déficit à moins de 3 % sur deux ans.

 

Seules compensations, les ménages modestes bénéficieront d’une décote ouvrant la voie à une exonération d’impôt sur le revenu (IR) l’année prochaine et la fin du gel du barème de l’IR.

 

le CIR inefficace et coûteux. Chargée par les députés d’en examiner l’efficacité, la Cour des comptes a livré un jugement sévère sur le crédit d’impôt recherche (CIR). « C’est un instrument généreux mais aussi très coûteux qui présente un risque budgétaire », explique le rapport de la Cour, affirmant par ailleurs « qu’il n’y avait pas d’effet d’entraînement du CIR sur les dépenses en recherche et développement des entreprises, lesquelles n’ont pas évolué proportionnellement à ce coup de pouce fiscal ». La Cour relativise aussi l’effet du CIR quant à sa capacité à attirer des entreprises étrangères pour investir en France. Le rapport a toutefois reconnu que le dispositif avait été utile pendant la crise financière de 2008-2009, donnant aux entreprises des liquidités sans tailler dans leurs dépenses de recherche.

Nicolas Dutent

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 11:41

Social-Eco - le 13 Novembre 2013

Le ministre du Redressement productif, a présenté ce mercredi en Conseil des ministres ce qu’il appelle un plan de "résistance économique". C’est concrètement un fonds public chargé de prêter aux entreprises en difficulté, devenu urgent puisque les banques ne remplissent pas leur rôle, bien au contraire.


Ce plan d’aide est le triste constat de la toxicité des banques et qu’aucune leçon n’a été retenue de la crise du système bancaire. Arnaud Montebourg le disait, gêné, ce mercredi matin sur France Inter : alors qu’on n’a pas nationalisé les banques en 2008, qu’on les a refinancées sans condition, il faut aujourd’hui se substituer à elles puisqu’elles ne prêtent plus. "Nous avons décidé d'organiser la résistance économique par des décisions et des moyens exceptionnels pour faire en sorte que nous puissions préserver nos outils industriels et sauver le plus possible d'emplois", a expliqué le ministre lors de la présentation de son plan. Ce fonds doté de 380 millions d'euros, a pour but de faire face à la "vague" de plans sociaux qui ont lieu puisque les banques ne prêtent plus aux entreprises. Arnaud Montebourg a pour ce faire sorti du placard er refinancé le Fonds de développement économique et social (FDES), créé en 1948. Il a donc pour but de  prêter aux entreprises en difficulté de trésorerie, de plus de 400 salariés, comme le fabricant d'électroménager FagorBrandt, Kem One, l'ex-pôle vinylique du groupe chimique Arkema, le leader mondial des arts de la table Arc International ou le transporteur Mory Ducros. "Si ces sociétés n'étaient pas secourues, elles affecteraient des secteurs entiers ou risqueraient de porter atteinte à des régions entières", a justifié le ministre.

 

Les banques et le scandale du crédit


"Le système bancaire ayant durci les conditions d'accès à son crédit, nous sommes aujourd'hui confrontés au refus par les banques de faire leur travail, c'est-à-dire de prendre des risques" a déploré le ministre.  Par conséquent, "c'est l'Etat qui empruntera la somme de 300 millions sur les marchés financiers et prêtera aux entreprises pour accompagner les reprises, les investisseurs et les stratégies de relance industrielle de ces sociétés".

Pourtant, les banques européennes se financent à des taux jamais vus. La BCE a baissé son taux directeur à 0,25%. Ce taux était à plus de 4 % en janvier 2009… Mais surtout il était tout de même à 2 % (et le taux de la banque centrale américaine à 1%) autour de 2004, lorsque les établissements bancaires se sont mis à prêter à n’importe qui n’importe quand, générant les bulles spéculatives, des subprimes comme de l’immobilier en Espagne par exemple.

 

Depuis 2010-2011, les taux sont de plus en plus bas, bien plus qu’en 2004… Malgré tout les banques ne prêtent pas, bien qu’elles se financent quasiment gratuitement. En coupant le robinet du crédit, pas d’investissement, pas de retour de l’activité, pas de croissance. Et les banques constatant l’absence de reprise, se félicitent de ne pas avoir pris de risque, c’est un absurde cercle vicieux. La BCE n’a selon ses statuts aucun autre pouvoir, pour inciter les banques à rouvrir le robinet du crédit, que de baisser ses taux, créant par la même un nouveau terreau à bulles spéculatives.

 

C’est ainsi qu’Arnaud Montebourg se retrouve à devoir emprunter sur les marché financiers avec les garanties de l’Etat Français, pour pouvoir prêter à nouveau aux entreprises asséchées. Mais pourquoi n’a-t-on pas nationalisé ces banques, regrettait le ministre.

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 10:06

CO

 

SOCIAL-ECO -  le 24 Octobre 2013

Paradis fiscaux

Eric Bocquet sur la fraude fiscale: "Les déclarations d’intention ne suffisent pas"

 

 

Eric Bocquet, sénateur PCF du Nord, est le rapporteur d'une commission d'enquête au Sénat sur le rôle des banques dans l'évasion fiscale. 

Vous êtes le rapporteur de cette commission d’enquête. Après un précédent rapport sur les paradis fiscaux, pourquoi s’être focalisé cette fois-ci sur le rôle des banques dans ce système ?

Éric Bocquet. Le premier rapport portait surtout sur une vision macroéconomique. Il nous a permis de mesurer l’ampleur du phénomène et toute sa complexité. Mais nous avions juste effleuré le sujet pendant les six mois de travail. Il est clair que les banques ont un rôle à jouer dans ce système étant donné leur poids économique énorme. Un exemple : le bilan financier de BNP Paribas est de 2 000 milliards d’euros. Les banques sont largement internationalisées et leurs filiales sont très présentes dans les paradis fiscaux. Il y a de quoi s’interroger.

Que proposez-vous concrètement ?

Éric Bocquet. L’idée majeure est d’instaurer une transparence dans un système très opaque, d’où l’idée d’un registre international des trusts, qui suivrait la logique du registre du commerce. Il faut responsabiliser les avocats fiscalistes, les comptables, les banques et les paradis fiscaux. Nous proposons de nous baser sur la loi américaine qui oblige les banques à se mettre en conformité fiscale par rapport aux comptes détenus à l’étranger par les citoyens, mais à l’échelle européenne et avec l’obligation d’un échange automatique d’informations fiscales. Nous avons déjà le soutien de la direction générale des finances publiques. Cependant, rien ne se fera sans une réelle volonté politique dans l’Union européenne, où les visions sont radicalement opposées.

En quoi consiste l’idée d’un haut-commissariat 
à la protection des intérêts financiers publics ?

Éric Bocquet. L’évasion fiscale est aussi éminemment politique. Notre idée de création d’une instance permanente au Parlement n’a pas été suivie. Nous reformulons cette idée. Le Parlement vote le budget, donc ce serait naturel et sain qu’il suive l’évolution les textes en rapport avec cette lutte. L’idée serait de coordonner tous les services de Bercy qui s’occupent des évasions fiscales avec plus de personnel, tel que des élus, des spécialistes de la fiscalité et de la finance.

Les positions internationales sur le sujet ne restent-elles pas trop théoriques à votre goût ?

Éric Bocquet. La tâche est gigantesque puisqu’il s’agit des milliers de milliards de dollars. Les cures d’austérité apparaissent donc de plus en plus inacceptables aux yeux des citoyens. La pression citoyenne oblige les États à se positionner comme aux derniers G8 et G20. Nous avons une fenêtre de tir, notamment parce que les Américains ont donné le ton avec la Suisse. Ce qui ne les empêche pas d’être quelque peu schizophrènes puisque certains de leurs États sont eux-mêmes des paradis fiscaux. Avec la loi bancaire en France par exemple, on est très loin du compte. Et les déclarations d’intention ne suffisent pas.

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 07:18


Les grandes puissances du G20 sont tombées d'accord samedi à Moscou pour donner la priorité à la croissance à court terme, reléguant au second plan la discipline budgétaire, en raison d'une économie mondiale fragile.

Les ministres des Finances et les banquiers centraux des pays riches et émergents réunis depuis vendredi à Moscou pour préparer le sommet du G20 de Saint-Pétersbourg en septembre trouvent que "l'économie mondiale reste trop faible et la reprise fragile et inégale", selon leur communiqué final.

Dans le cadre de la préparation du plan d'action qui sera décidé lors du sommet de Saint-Pétersbourg, ils se sont samedi accordés sur le fait que la "priorité de court terme est de doper l'emploi et la croissance".

Le respect d'une discipline budgétaire, assortie d'objectifs chiffrés qui a eu cours ces dernières années à cause de la crise de la dette souveraine, reste "critique", mais c'est un objectif de "moyen terme".

"Il est clair dans l'esprit de tout le monde qu'il faut restaurer la confiance et créer les conditions pour la croissance et l'emploi", a commenté la directrice générale du FMI Christine Lagarde lors d'une conférence de presse.

"Le débat entre croissance et austérité semble être clos", a tranché un haut responsable américain.

Tout le monde a reconnu, même en Europe, que le vrai sujet est le chômage très élevé et la période de très faible croissance, a déclaré un négociateur sous couvert d'anonymat, évoquant sans la citer l'Allemagne, traditionnel défenseur de la rigueur budgétaire en Europe.

"Les divergences sont beaucoup moins vives qu'il y a quelques mois" sur l'équilibre à trouver entre croissance et réduction des déficits a affirmé le ministre français de l'Economie Pierre Moscovici, estimant qu'il n'y avait pas de "consensus spontané" mais que la question n'avait pas vraiment posé de difficultés.

Les changements "clairement communiqués"

Pour atteindre cet objectif de croissance à court terme, les ministres insistent dans leur communiqué sur la "réduction de la fragmentation des marchés financiers", "l'union bancaire en Europe", "le rééquilibrage de la croissance mondiale" ou encore le maintien des politiques monétaires accommodantes.

A la demande de certains pays émergents, les ministres ont aussi insisté sur le doigté nécessaire dont doivent faire preuve les grandes banques centrales, notamment la Fed, à l'heure d'achever progressivement leurs programmes non conventionnels de soutien à l'économie, perspective qui a provoqué beaucoup de volatilité sur certains marchés financiers émergents.

"Les changements futurs" de politique monétaire "continueront à être précautionneusement calibrés et clairement communiqués", selon le G20.

Volet fiscal

Un autre domaine où les ministres ont avancé est celui de la lutte contre la fraude et l'optimisation fiscale.

D'une part, le G20 Finances a endossé dans son intégralité les 15 propositions formulées jeudi par l'organisation des pays riches OCDE pour empêcher les grands groupes internationaux, (Google ou Microsoft se sont retrouvés sous le feu des critiques par exemple), de profiter des failles fiscales et de s'affranchir très largement de l'impôt.

"Nous endossons complètement le plan ambitieux de l'OCDE" en 15 points, ont dit les ministres. Le plan sera présenté aux chefs d'Etat à Saint-Pétersbourg.

"C'est une très grande satisfaction", s'est réjoui le ministre français Pierre Moscovici.

Le communiqué des ministres des Finances reste vague sur le calendrier de mise en oeuvre, alors que l'OCDE plaidait pour une application d'ici deux ans. Mais, selon M. Moscovici, si le projet est définitivement adopté à Saint-Pétersbourg, "ce sera irrésistible".

Plusieurs négociateurs ont relevé qu'il y avait eu un consensus sur ce projet mais que l'Inde souhaitait ajouter des propositions aux 15 mesures.

Un autre volet fiscal abordé par les ministres est celui de l'échange automatique d'informations bancaires entre pays pour lutter contre la fraude, sur lequel le G20 veut accélérer.

"Nous soutenons l'échange automatique d'information comme le nouveau standard mondial et nous soutenons complètement le travail de l'OCDE avec les pays du G20 pour établir un tel standard. Nous demandons à l'OCDE de préparer un rapport d'étape d'ici notre prochaine réunion, avec calendrier d'achèvement des travaux en 2014", écrit le G20.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 06:08

Le CAC 40 va distribuer 40 milliards de dividendes

 

 

Selon Les Echos, les grands groupes du Cac 40 s'apprêtent à verser la moitié de leurs profits à leurs actionnaires. De quoi relancer le débat sur le coût du capital

39,9 milliards d'euros de dividendes devraient aller directement dans les poches des actionnaires en 2014, au titre de l'exercice 2013. Soit 5% de plus que l'année dernière. Ce qui ferait de 2014 la deuxième année d'augmentation du versement de dividendes, à la même hauteur que 2010 (40,2 milliards d'euros distribués). Cette estimation est livrée ce samedi par le quotidien Les Echos, en collaboration avec FactSet et Primeview.

Grâce à la crise

Le quotidien explique cette hausse "par une amélioration des comptes et une certaine confiance dans l'avenir. En effet, les analystes anticipent une hausse de 16 % des bénéfices récurrents, à plus de 80 milliards d'euros, pour l'exercice 2013." Et à entendre un analyste cité par Les Echos, la crise économique est une bonne aubaine pour les actionnaires. "La croissance étant encore molle, les entreprises n'ont pas besoin de faire de gros investissement", indique un certain Christian Parisot, stratégiste chez Aurel BGC. Autre raison de ce gonflement des dividendes: la "pléthore de liquidités" dont disposent ces grands groupes. Les actionnaires des banques devraient être particulièrement choyés, de même que ceux du "trio de tête des plus gros versements": Total, Sanofi et GDF-Suez. Seuls ceux d'EDF et d'ArcelorMittal pourraient faire la tête.

En toute logique, cette pluie de dividendes devrait remettre en question le bien fondé du Crédit d'impôt compétitivité (CICE). A quoi servent les 20 milliards d'euros de ristournes fiscales offertes par le gouvernement aux entreprises, alors que les plus grosses d'entre elles vont verser le double à leurs actionnaires? Cela donnerait des marges de manoeuvre financières à un gouvernement qui impose aux Français un nouveau budget austéritaire, sous le prétexte qu'il n'y a plus d'argent.

9% de la richesse nationale

Depuis trois décennies, c’est le capital, entendre les banques et les actionnaires, qui a accru sa part du gâteau des richesses créées, au détriment du travail. Le patron du Medef, Pierre Gattaz, peut se lamenter sur le poids des «charges» sociales : l’an dernier, les entreprises ont déboursé presque deux fois plus pour leurs frais financiers que pour les cotisations à la Sécu. Rançon des abandons des gouvernements successifs, de droite ou socialiste, face à la croisade permanente du patronat, le capital vampirise sans cesse davantage les richesses créées par le travail. Les dividendes, qui représentaient 3% de la richesse nationale en 1980, en pèsent désormais 9%… Pour effectuer ce prélèvement, les actionnaires exigent des entreprises des rentabilités excessives, au détriment des salaires et de l’emploi, et n’investissent plus.

Il est donc temps de lever le grand tabou du coût du capital.


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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 14:30
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 16:10

 

SOCIAL-ECO -  le 23 Août 2013

penser un monde nouveau 29/34

Paul Boccara "Penser les crises du capitalisme pour penser un monde sans crises"

 

 

Les séries d'été de l'Humanité :Penser un monde nouveau   Devant un système dont il a décrit tous les contours, la préoccupation de l’économiste et du militant communiste d’avancer des propositions transformatrices parcourt son nouvel ouvrage.


Maître de conférences en sciences économiques et agrégé d’histoire, Paul Boccara n’a eu de cesse de prolonger et développer la théorie de Marx, en dialogue et en confrontation avec d’autres. Il a été le premier à pointer les débuts de la crise systémique du capitalisme monopoliste d’État (CME) à la fin des années 1960. Ce souci de comprendre le système et ses secousses telluriques parcourt toute son œuvre. Il l’a fait avec une préoccupation d’intellectuel mais aussi de militant, animé par le souci d’élaborer des issues émancipatrices au chômage, aux dominations économiques. Nouveaux critères de gestion, sécurité d’emploi ou de formation, transformation radicale de la construction européenne et de la BCE, du crédit et du système monétaire international… ses propositions se sont diffusées dans le mouvement politique et syndical. En cette rentrée, il poursuit sa réflexion en publiant un ouvrage (1) dans lequel il nous propose un voyage pédagogique, théorique mais aussi pratique dans l’histoire des différentes analyses des crises. Il démontre la fausseté des théories universitaires apologétiques qui, à la veille de 2008, niaient la nécessité des crises du capitalisme. Enfin, à partir des causes profondes des crises, il évoque la pensée d’un autre monde possible sans crises catastrophiques.

(1) Théories sur les crises, 
la suraccumulation et la dévalorisation du capital. Éditions Delga, 
557 pages, 30 euros.


Paul Boccara sera présent au village du livre. Il aura carte blanche, le samedi 15 septembre, à 11 h 15.

Paul Boccara

Vous avez déjà beaucoup écrit sur 
les crises du capitalisme. Qu’apporte donc de neuf votre nouvel ouvrage annoncé pour la Fête de l’Humanité ?


Paul Boccara. Ce nouveau livre sur les crises est radicalement différent des précédents. Il concerne l’histoire de la pensée économique sur les crises. Il s’agit plus précisément de revisiter l’énigme fondamentale au cœur de toutes les théories sur les crises du capitalisme dans les différentes écoles de pensée depuis trois siècles : l’explication de l’excès d’accumulation du capital qui éclate dans la crise, la suraccumulation de capital, et de son issue pour les reprises cycliques, la dévalorisation de capital, avec ses avancées techniques et ses souffrances humaines. Livrer au public ce bilan systématique est, selon moi, d’une importance cruciale de nos jours. Cela répond à deux exigences liées entre elles et fondamentales dans le monde actuel, après la gravité des crises depuis 2008, malgré les grands progrès techniques.

D’abord, il faut démontrer la nécessité des crises économiques plus ou moins catastrophiques, revenant régulièrement dans le système capitaliste, contre les barrières idéologiques dans les médias et dans les universités, minimisant les crises et faisant l’apologie des marchés considérés comme indépassables, même quand est revenue la thématique de l’importance des crises.

Et deuxièmement, il s’agit de tirer les leçons de toutes les explications existantes de cette nécessité des crises du capitalisme, pour penser la possibilité de nos jours d’un monde nouveau, où le caractère catastrophique des crises économiques pourrait être désormais éradiqué, avec une autre régulation économique grâce notamment à la révolution technologique informationnelle.

 

Votre vision de l’histoire de la pensée économique est peu académique. 
Pouvez-vous la présenter en quelques traits ?


Paul Boccara. Dans cet ouvrage, la conception de l’histoire de la pensée économique est, à la fois, académique, mais aussi elle prétend aller au-delà de la vision académique traditionnelle.

D’une part, dans ce livre d’une grande ampleur, environ 550 pages, sont concernées toutes les écoles de pensée théorique, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, qu’il s’agisse des explications des crises ou même de la négation de leur nécessité et aussi de leurs issues. Ces questions sont d’ailleurs centrales dans toutes les théories économiques. Cela se rapporte ainsi aux écoles dites classiques du XVIIIe au début du XIXe siècle, aux écoles néoclassiques, notamment hétérodoxes sur les crises, du XXe siècle, aux différentes écoles marxistes du XIXe et XXe siècles, aux keynésiens, jusqu’aux théories récentes de la fin du XXe siècle niant la nécessité et le caractère catastrophique des crises et aux différentes analyses les réfutant tout récemment.

D’autre part, sont donnés les textes originaux des auteurs analysés sur les différents points des explications. Et surtout sont regroupées les analogies et reprises des mêmes thèses explicatives traversant, chose remarquable, toutes les écoles, des classiques aux marxistes. C’est le cas des thèses insistant sur l’insuffisance des consommations contre la demande, ou, au contraire, l’excès des consommations contre les profits ou les investissements, ainsi que les différentes tentatives de conciliation et de dépassement des analyses unilatérales. Et cela qu’il s’agisse des causes des crises, ou de leurs manifestations et des facteurs des issues.

Enfin, même si le détail des analyses et controverses peut interpeller les spécialistes, il y a un effort pour rendre accessible au grand public l’essentiel des explications.

Dans les années 1970, vous avez été le premier à diagnostiquer les débuts d’une nouvelle 
crise de longue durée du capitalisme. 
Comment a évolué votre réflexion depuis ?

Paul Boccara. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, j’ai pu annoncer le début d’une nouvelle phase de tendance aux difficultés du cycle de longue période dit de Kondratieff, ou de suraccumulation profonde et durable, une nouvelle crise structurelle, que j’appellerai ensuite crise systémique.

Depuis, mes recherches ont connu plusieurs étapes jusqu’à mon dernier ouvrage sur les analyses des crises capitalistes. Exacerbées dans la crise systémique, elles nous défient de penser une nouvelle régulation systémique, qui serait émancipée des crises catastrophiques.

C’est, d’abord, le problème de la crise de structure du capitalisme monopoliste d’État, installé après la Seconde Guerre mondiale. Il concerne le double défi : de la privatisation et de la domination des marchés ou d’une nouvelle construction sociale, avec, dès 1971, le concept de « régulation » caractérisant un système et l’idée d’une régulation nouvelle.

C’est ensuite l’analyse des phénomènes systémiques nouveaux : la progression formidable des services, la révolution informationnelle, la mondialisation capitaliste, l’expansion des pays émergents. D’où les élaborations sur l’exacerbation de la crise systémique, mais aussi sur des institutions de maîtrise et de « dépassement » (au sens profond du terme) des marchés du travail, de la monnaie et de la finance, des productions, notamment au plan européen et mondial, ainsi que sur l’anthroponomie au-delà de l’économie et une nouvelle civilisation.

C’est, enfin, la reprise des analyses poursuivies depuis longtemps sur les théories des crises, de la suraccumulation et de la dévalorisation de capital, pour aboutir à leurs enseignements pour penser une autre régulation sans crises ravageuses. Et, ultérieurement, après ce premier volume sur les bases des crises de périodes plus ou moins décennales, viendra un second volume sur les théories des crises systémiques, pour finir par des développements sur la régulation anthroponomique et une nouvelle civilisation.

 

Vous soulignez que la crise de 2008 a discrédité les théories dominantes récentes niant 
les réalités des crises économiques dans le capitalisme. Mais ne s’efforcent-elles pas malgré tout de dissimuler la nature de ces crises ?


Paul Boccara. Effectivement, les théories récentes dominant dans les universités, surtout aux États-Unis, dites du cycle des affaires réel, sur les fluctuations cycliques, ont prétendu nier la nécessité périodique et le caractère plus ou moins catastrophique des crises dans le système capitaliste. J’ai montré comment elles ont été précisément critiquées et réfutées dans de nombreux travaux, puis se sont effondrées face à la gravité des crises économiques depuis 2008.

Pourtant, ce qui demeure dans les théories dominantes, qu’elles soient conservatrices ou même critiques et hétérodoxes, reste que les crises économiques revenant régulièrement et leurs maux, des chutes de production au chômage massif, ne posent pas la question du besoin d’une autre régulation sans crises catastrophiques, dans un nouveau système possible, émancipé de la domination des marchés.

Elles ne mettent pas en cause le rôle décisif, dans le système capitaliste considéré comme améliorable mais indépassable, des technologies de la révolution industrielle de remplacement des travailleurs par des machines-outils, entraînant l’éclatement des suraccumulations périodiques de capital. Aussi on ne mesure pas le potentiel de dépassement du système lui-même, donc de ses crises corrélatives et de leurs maux sociaux, représenté par les débuts de la révolution technologique informationnelle, fondée sur les ordinateurs.

La gravité des dernières crises conduit certains économistes à prôner un retour à Keynes, voire à Marx. Qu’y a-t-il de commun chez eux ? Vous affirmez que ce « retour » n’est pas suffisant. Pourquoi et comment 
aller au-delà d’eux ?

Paul Boccara. On prône, à la suite des grandes crises mondialisées de 2008 et des années suivantes, chez les économistes critiques, depuis les prix Nobel récents Krugman ou Stiglitz, un important retour à Keynes. Il y a aussi une certaine remontée des références à Marx. Dans les deux cas, revient l’insistance sur l’importance des crises, de leur récurrence dans le système, avec l’insuffisance de la demande globale, les surproductions, le chômage massif, les maux des spéculations et des effondrements financiers.

Cependant, le retour des thématiques keynésiennes entraîne le renouveau de l’illusion des solutions suffisantes, contre les risques et les dangers des crises, des interventions renforcées des États. En réalité, c’est le système capitaliste lui-même et à plus forte raison l’exacerbation récente des marchés mondialisés dans son cadre qui sont en cause. De ce point de vue, le simple retour aux analyses économiques de Marx serait lui aussi insuffisant. Il s’agirait donc d’aller bien au-delà de Keynes et même de Marx pour contribuer à penser des transformations radicalement alternatives, émancipées de la persistance du prétendu caractère indépassable des marchés et du capitalisme. Cela concernerait des élaborations « néomarxistes » sur des institutions de maîtrise et de dépassement, des marchés mondialisés, et plus précisément désormais, sur les modalités possibles d’une autre régulation systémique.

En quoi ces détours historiques, analysés dans ce nouvel ouvrage, peuvent-ils aider tous ceux à la recherche d’une alternative au capitalisme ?

Paul Boccara. À partir de toutes les théories sur les crises et de la reprise des mêmes thématiques explicatives dans les différentes écoles de pensée économique depuis trois siècles, un puzzle a été reconstitué permettant de préciser le processus et les modalités des régulations par crises plus ou moins catastrophiques, revenant périodiquement dans le capitalisme. Il s’agit des processus d’incitation aux progressions des capitaux, jusqu’à leurs excès, en raison du remplacement des salariés par des machines-outils résultant de la révolution industrielle dans le système. Ce remplacement répond à la montée des salaires et aux surconsommations. Puis il aboutit à l’excès des moyens de production matériels, à l’insuffisance des salaires et à la sous-consommation. L’éclatement des crises de surproduction entraîne les dévalorisations de capital, de destruction et dévaluation des capitaux, de chômage, ou de baisse des valeurs des facteurs de production par le progrès de la productivité, puis les reprises...

L’idée nouvelle est que cette incitation à un type de progression, ces excès et corrections des excès, avec le jeu du régulateur du taux de profit, peuvent servir de modèle pour penser un autre type de régulation possible, avec les nouvelles technologies de la révolution informationnelle succédant à la révolution industrielle.

Cette nouvelle régulation permettrait le dépassement des crises catastrophiques et de leurs maux sociaux. Il ne s’agirait plus seulement de mes propositions antérieures d’institutions de maîtrise et de dépassement des marchés : sécurité d’emploi ou de formation, autres créations monétaires, critères de gestion d’efficacité sociale des entreprises, accords internationaux de codéveloppement et biens publics communs de l’humanité. Il s’agirait, en relation avec elles, des incitations, excès, et corrections des excès sans destructions catastrophiques, mais concernant l’expansion des recherches-développement et des formations. Il y aurait une autre articulation entre éléments objectifs socialisés, comme auparavant les machines mais désormais les recherches, et éléments subjectifs massifs, concernant les formations des êtres humains.

Dans une progression sociale d’un type nouveau, la régulation commencerait aussi par un excès des dépenses, de formation désormais, puis la réponse de la remontée des recherches-développement, ensuite leur excès, entraînant l’insuffisance des formations puis le besoin de qualités nouvelles des formations et des recherches. Cela ne viserait pas seulement des transformations économiques mais aussi non économiques, anthroponomiques, et des avancées de civilisation de toute l’humanité.

Entretien réalisé par 
Pierre Ivorra

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 12:56

 

 

SOCIAL-ECO -  le 12 Août 2013

Banques

Crédit agricole,de la coopérative à la dérive"

 

 

Jusqu’en 1987, le Crédit agricole était une banque à part entière. Puis, sortant de son modèle coopératif, il a voulu s’essayer à la finance et se faire aussi gros que ses consœurs capitalistes. Emportée par les crises, la banque a, 
pour la première fois, basculé dans le rouge l’an dernier.

Le directeur général du Crédit agricole est « rassuré », « heureux ». Pour Jean-Paul Chifflet, le cru 2013 sera « significativement positif ». Sur les six premiers mois de l’année, le « géant vert » a multiplié son bénéfice par trois, à 1,165 milliard d’euros. Un véritable bonheur pour les actionnaires, qui ont vu le cours de leurs actions bondir de plus de 100 % sur une année glissante… Et une gueule de bois pour les salariés dont les effectifs ont baissé de 9,2 % cette année. Des salariés qui ont dû expliquer l’an dernier que leur banque était solide, malgré les 8,5 milliards de pertes et les 6 milliards de dépréciations d’actifs liés à l’aventure Emporiki, filiale grecque achetée en 2006. Quand, déjà en 2007, la banque verte avait perdu 13 milliards dans la folie des subprimes. Et si, contrairement au slogan, le bon sens était plutôt du côté du passé que des nouvelles dépréciations d’actifs à venir ?

Né à la fin du xixe siècle pour répondre aux besoins financiers des agriculteurs, le Crédit agricole se crée en coopérative. Des caisses se montent dans tous les départements, les camions banques sillonnent les endroits les plus reculés de la France rurale. Le fonctionnement est simple : la banque collecte, elle prête et le reste va en réserve. La Caisse nationale de Crédit agricole, établissement public, est chargée d’assurer la péréquation de la collecte et de l’acheminer vers les caisses plus utilisatrices de crédit.

EFFETS DE LA PRIVATISATION

Les marchés financiers ne connaissent pas la banque verte mais tous les Français poussent ses portes. Puis, en 1984, une première loi bancaire passe. Les banques coopératives sont banalisées, le métier change et les privatisations arrivent. La Caisse nationale de Crédit agricole est rachetée par les caisses régionales, qui, elles, conservent leur statut coopératif mais sont fusionnées. D’une centaine, il n’en reste plus que 39 aujourd’hui. Les conseillers se transforment en vendeurs. « Avant, les gens poussaient notre porte pour un conseil, aujourd’hui nous leur courons après pour leur vendre des produits commissionnés, dont on ne sait pas la plupart du temps ce qu’ils contiennent comme placement », déplore Alain Babin, délégué syndical national CGT du Crédit agricole et conseiller clientèle depuis 1982. Parallèlement, la banque développe les rémunérations et les objectifs individuels. Ce n’est que l’acte I d’une lente dérive.

En 2001, la coopérative devient Crédit agricole SA, côtée en Bourse. La financiarisation s’empare de la banque. Les sociétaires n’ont plus voix au chapitre. La structure se centralise. La perte de proximité met en échec la démocratie au sein des caisses locales (voir ci-contre). Les actionnaires sont dorénavant privilégiés aux sociétaires clients. La direction se lance alors dans la folie des grandeurs pour devenir la plus grande banque du monde. Les fonds propres sont utilisés à ces fins. Dans cette phase d’expansion, elle achète le Crédit lyonnais, mais aussi des banques de réseaux en Espagne, en Italie, en Grèce, en Argentine et duplique son modèle. Elle développe une activité revolving plus rentable avec Sofinco et Finaref. Et elle se lance dans un autre monde, celui de la finance avec ses filiales Cheuvreux et Calyon.

En 2002, pour la première fois, le montant des profits dépasse celui de la masse salariale. En dix ans, 3 500 postes sont supprimés. En 2007, le château s’effondre. Calyon et Cheuvreux, compromises dans les subprimes, accusent des pertes record. « J’ai développé l’activité de produits structurés de crédit qui collait à notre stratégie. Ce n’était donc pas en soi une erreur », expliquait l’ex-directeur général de Cheuvreux, Marc Litzler, en 2008 dans l’Expansion. Deux ans plus tard, à peine la crise financière terminée, ce sont cette fois les banques de réseaux en Grèce et en Italie qui fragilisent la banque coopérative et qui font les frais de la crise de l’euro puis de la crise économique en Europe. Depuis, la banque se sépare progressivement de ses filiales à risques en encaissant les pertes. Les caisses régionales ont encore les reins solides. En 2012, elles ont fait remonter plus de 3,5 milliards d’euros de résultats. Malgré la récession, la banque de proximité a augmenté de 5,5 % ses collectes et de 0,3 % les encours de crédit. Jusqu’à quand ? Le Crédit agricole a tous les moyens de redevenir une banque de proximité moderne. À condition, pour la CGT, de remettre 
Crédit agricole SA sous contrôle public en l’intégrant dans un pôle public bancaire.

Un poids non négligeableAvec 60 % des dépôts et 40 % des crédits ou encore 50 milliards d’euros de chiffres d’affaires, les banques coopératives emploient 164 000 personnes et représentent un poids non négligeable dans le secteur bancaire en France. L’activité bancaire coopérative s’articule autour de quatre réseaux : Crédit agricole, Banque populaire-Caisse d’épargne, et Crédit mutuel. Le Crédit agricole est la quatrième banque mondiale, le deuxième groupe en France.

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 13:58

 


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SOCIAL-ECO

 

SOCIAL-ECO -  le 7 Août 2013

Profits

Les banques se gavent sur les marchés

 

 

Avec des résultats multipliés par deux ou par six au deuxième trimestre, les banques françaises accentuent leurs dépendances aux marchés, suppriment des postes plutôt que de financer l’économie.

Ramasser des profits en stimulant la crise, en alimentant l’envolée financière et en réduisant les effectifs. C’est, en résumé et à la lecture de leurs résultats pour le premier semestre, la stratégie que semblent avoir adoptée les banques françaises pour contenter leurs actionnaires. Une multiplication par deux pour la Société générale ou par six pour le Crédit agricole SA, entre avril et juin, il n’y a aucun doute : avec respectivement 955 et 696 millions d’euros de profits, les résultats sont « supérieurs aux attentes ». Les actions s’envolent et ce malgré l’environnement économique toujours chaotique. Avec des records réalisés via les banques de financement et d’investissement (BFI), autrement dit celles qui agissent sur les marchés financiers, la financiarisation est de nouveau en ordre de marche.

Pour le Crédit agricole qui a communiqué, hier, l’apport de la BFI au groupe est de 254 millions d’euros (en hausse de 38 %). La Société générale, la semaine dernière, a également fait état d’une solide « performance » de ses activités de marché au deuxième trimestre en multipliant par près de trois, à 374 millions d’euros, son résultat net pour un chiffre d’affaires en hausse de près de 40 % à 1,69 milliard. Seule la BNP Paribas a de son côté constaté une baisse de près de 40 % de cette division, mais envisage de faire progresser la gestion des actifs de 10 % au cours des trois prochaines années. Pas de panique cependant, malgré les reculs, la première de la classe affiche, tout de même, un bénéfice trimestriel de 1,76 milliard d’euros.

Les restructurations lancées l’an dernier ont ouvert la voie à ces superbénéfices. Selon l’étude sur l’emploi réalisée par l’Association française des banques, le syndicat patronal des banques, l’année 2012 a marqué un tournant : le nombre de personnes travaillant dans le secteur bancaire français a diminué de 1,6 %, du jamais vu depuis treize ans. Mais la saignée se poursuit. En septembre, la banque d’investissement française Natixis devrait annoncer la suppression de 500 à 700 postes dans le cadre d’un plan de départs volontaires.

Si cette destruction d’emploi s’est principalement réalisée dans les BFI, avec des réductions d’effectifs de 5 %, dont 10 % dans les activités de front office (- 20% chez les traders par exemple), les banques passent à l’étape suivante. En développant les banques en ligne, les groupes ne cachent plus leur volonté de supprimer des postes d’accueil, voire même des agences. Une étude de décembre 2012 du cabinet Roland Berger estimait ainsi que 2 % à 4 % des agences bancaires pourraient, chaque année, fermer leurs portes. La banque de détail représente 70 % des salariés du secteur.

La Société générale a fait passer en février son plan d’économies de 550 à 1 450 millions d’euros. De son côté, la direction du Crédit agricole a annoncé avoir réduit ses effectifs dans le monde de 9,5 % entre le deuxième trimestre 2012 et le deuxième trimestre 2013, soit l’équivalent d’environ 8 000 postes. Au niveau des caisses régionales, après 279 suppressions de postes en 2012, le groupe envisage d’en supprimer encore 1 400 en 2013, selon des informations parues dans la presse en début d’année. Déçue par les résultats de sa banque de détail en France, la BNP, elle, n’hésite pas à supprimer des emplois en France pour recruter 500 effectifs outre-Rhin, là où la conjoncture paraît plus favorable. Au final, la loi bancaire votée à la mi-juillet, plutôt que de s’attaquer à l’ennemi, semble l’avoir dopé.

500 000. C’est, en euros, le montant de l’amende infligée par l’Autorité des marchés financiers à la Société générale pour « lacunes dans la mise en œuvre » d’une procédure d’audit dans ses activités de fonds de gestion et pour ne pas s’être munie « de moyens informatiques suffisants pour son activité ». Cette amende s’ajoute à une première amende, d’un montant de 280 000 euros, prononcée par l’AMF en juillet dernier, lui reprochant « de ne pas avoir servi au mieux l’intérêt des porteurs » en évaluant de façon « précise et indépendante des produits financiers complexes » 
vendus par le fonds commun de placement (FCP) Sgam Invest Prudence PEA.

 

Avec des résultats multipliés par deux ou par six au deuxième trimestre, les banques françaises accentuent leurs dépendances aux marchés, suppriment des postes plutôt que de financer l’économie.

Ramasser des profits en stimulant la crise, en alimentant l’envolée financière et en réduisant les effectifs. C’est, en résumé et à la lecture de leurs résultats pour le premier semestre, la stratégie que semblent avoir adoptée les banques françaises pour contenter leurs actionnaires. Une multiplication par deux pour la Société générale ou par six pour le Crédit agricole SA, entre avril et juin, il n’y a aucun doute : avec respectivement 955 et 696 millions d’euros de profits, les résultats sont « supérieurs aux attentes ». Les actions s’envolent et ce malgré l’environnement économique toujours chaotique. Avec des records réalisés via les banques de financement et d’investissement (BFI), autrement dit celles qui agissent sur les marchés financiers, la financiarisation est de nouveau en ordre de marche.

Pour le Crédit agricole qui a communiqué, hier, l’apport de la BFI au groupe est de 254 millions d’euros (en hausse de 38 %). La Société générale, la semaine dernière, a également fait état d’une solide « performance » de ses activités de marché au deuxième trimestre en multipliant par près de trois, à 374 millions d’euros, son résultat net pour un chiffre d’affaires en hausse de près de 40 % à 1,69 milliard. Seule la BNP Paribas a de son côté constaté une baisse de près de 40 % de cette division, mais envisage de faire progresser la gestion des actifs de 10 % au cours des trois prochaines années. Pas de panique cependant, malgré les reculs, la première de la classe affiche, tout de même, un bénéfice trimestriel de 1,76 milliard d’euros.

Les restructurations lancées l’an dernier ont ouvert la voie à ces superbénéfices. Selon l’étude sur l’emploi réalisée par l’Association française des banques, le syndicat patronal des banques, l’année 2012 a marqué un tournant : le nombre de personnes travaillant dans le secteur bancaire français a diminué de 1,6 %, du jamais vu depuis treize ans. Mais la saignée se poursuit. En septembre, la banque d’investissement française Natixis devrait annoncer la suppression de 500 à 700 postes dans le cadre d’un plan de départs volontaires.

Si cette destruction d’emploi s’est principalement réalisée dans les BFI, avec des réductions d’effectifs de 5 %, dont 10 % dans les activités de front office (- 20% chez les traders par exemple), les banques passent à l’étape suivante. En développant les banques en ligne, les groupes ne cachent plus leur volonté de supprimer des postes d’accueil, voire même des agences. Une étude de décembre 2012 du cabinet Roland Berger estimait ainsi que 2 % à 4 % des agences bancaires pourraient, chaque année, fermer leurs portes. La banque de détail représente 70 % des salariés du secteur.

La Société générale a fait passer en février son plan d’économies de 550 à 1 450 millions d’euros. De son côté, la direction du Crédit agricole a annoncé avoir réduit ses effectifs dans le monde de 9,5 % entre le deuxième trimestre 2012 et le deuxième trimestre 2013, soit l’équivalent d’environ 8 000 postes. Au niveau des caisses régionales, après 279 suppressions de postes en 2012, le groupe envisage d’en supprimer encore 1 400 en 2013, selon des informations parues dans la presse en début d’année. Déçue par les résultats de sa banque de détail en France, la BNP, elle, n’hésite pas à supprimer des emplois en France pour recruter 500 effectifs outre-Rhin, là où la conjoncture paraît plus favorable. Au final, la loi bancaire votée à la mi-juillet, plutôt que de s’attaquer à l’ennemi, semble l’avoir dopé.

500 000. C’est, en euros, le montant de l’amende infligée par l’Autorité des marchés financiers à la Société générale pour « lacunes dans la mise en œuvre » d’une procédure d’audit dans ses activités de fonds de gestion et pour ne pas s’être munie « de moyens informatiques suffisants pour son activité ». Cette amende s’ajoute à une première amende, d’un montant de 280 000 euros, prononcée par l’AMF en juillet dernier, lui reprochant « de ne pas avoir servi au mieux l’intérêt des porteurs » en évaluant de façon « précise et indépendante des produits financiers complexes » 
vendus par le fonds commun de placement (FCP) Sgam Invest Prudence PEA.

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BRUNO FORNACIARI

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