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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 15:30
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Published by bruno fornaciari - dans SOCIAL-ECONOMIE-FINANCES
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 17:10

 

SOCIAL-ECO -  le 23 Août 2013

penser un monde nouveau 29/34

Paul Boccara "Penser les crises du capitalisme pour penser un monde sans crises"

 

 

Les séries d'été de l'Humanité :Penser un monde nouveau   Devant un système dont il a décrit tous les contours, la préoccupation de l’économiste et du militant communiste d’avancer des propositions transformatrices parcourt son nouvel ouvrage.


Maître de conférences en sciences économiques et agrégé d’histoire, Paul Boccara n’a eu de cesse de prolonger et développer la théorie de Marx, en dialogue et en confrontation avec d’autres. Il a été le premier à pointer les débuts de la crise systémique du capitalisme monopoliste d’État (CME) à la fin des années 1960. Ce souci de comprendre le système et ses secousses telluriques parcourt toute son œuvre. Il l’a fait avec une préoccupation d’intellectuel mais aussi de militant, animé par le souci d’élaborer des issues émancipatrices au chômage, aux dominations économiques. Nouveaux critères de gestion, sécurité d’emploi ou de formation, transformation radicale de la construction européenne et de la BCE, du crédit et du système monétaire international… ses propositions se sont diffusées dans le mouvement politique et syndical. En cette rentrée, il poursuit sa réflexion en publiant un ouvrage (1) dans lequel il nous propose un voyage pédagogique, théorique mais aussi pratique dans l’histoire des différentes analyses des crises. Il démontre la fausseté des théories universitaires apologétiques qui, à la veille de 2008, niaient la nécessité des crises du capitalisme. Enfin, à partir des causes profondes des crises, il évoque la pensée d’un autre monde possible sans crises catastrophiques.

(1) Théories sur les crises, 
la suraccumulation et la dévalorisation du capital. Éditions Delga, 
557 pages, 30 euros.


Paul Boccara sera présent au village du livre. Il aura carte blanche, le samedi 15 septembre, à 11 h 15.

Paul Boccara

Vous avez déjà beaucoup écrit sur 
les crises du capitalisme. Qu’apporte donc de neuf votre nouvel ouvrage annoncé pour la Fête de l’Humanité ?


Paul Boccara. Ce nouveau livre sur les crises est radicalement différent des précédents. Il concerne l’histoire de la pensée économique sur les crises. Il s’agit plus précisément de revisiter l’énigme fondamentale au cœur de toutes les théories sur les crises du capitalisme dans les différentes écoles de pensée depuis trois siècles : l’explication de l’excès d’accumulation du capital qui éclate dans la crise, la suraccumulation de capital, et de son issue pour les reprises cycliques, la dévalorisation de capital, avec ses avancées techniques et ses souffrances humaines. Livrer au public ce bilan systématique est, selon moi, d’une importance cruciale de nos jours. Cela répond à deux exigences liées entre elles et fondamentales dans le monde actuel, après la gravité des crises depuis 2008, malgré les grands progrès techniques.

D’abord, il faut démontrer la nécessité des crises économiques plus ou moins catastrophiques, revenant régulièrement dans le système capitaliste, contre les barrières idéologiques dans les médias et dans les universités, minimisant les crises et faisant l’apologie des marchés considérés comme indépassables, même quand est revenue la thématique de l’importance des crises.

Et deuxièmement, il s’agit de tirer les leçons de toutes les explications existantes de cette nécessité des crises du capitalisme, pour penser la possibilité de nos jours d’un monde nouveau, où le caractère catastrophique des crises économiques pourrait être désormais éradiqué, avec une autre régulation économique grâce notamment à la révolution technologique informationnelle.

 

Votre vision de l’histoire de la pensée économique est peu académique. 
Pouvez-vous la présenter en quelques traits ?


Paul Boccara. Dans cet ouvrage, la conception de l’histoire de la pensée économique est, à la fois, académique, mais aussi elle prétend aller au-delà de la vision académique traditionnelle.

D’une part, dans ce livre d’une grande ampleur, environ 550 pages, sont concernées toutes les écoles de pensée théorique, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, qu’il s’agisse des explications des crises ou même de la négation de leur nécessité et aussi de leurs issues. Ces questions sont d’ailleurs centrales dans toutes les théories économiques. Cela se rapporte ainsi aux écoles dites classiques du XVIIIe au début du XIXe siècle, aux écoles néoclassiques, notamment hétérodoxes sur les crises, du XXe siècle, aux différentes écoles marxistes du XIXe et XXe siècles, aux keynésiens, jusqu’aux théories récentes de la fin du XXe siècle niant la nécessité et le caractère catastrophique des crises et aux différentes analyses les réfutant tout récemment.

D’autre part, sont donnés les textes originaux des auteurs analysés sur les différents points des explications. Et surtout sont regroupées les analogies et reprises des mêmes thèses explicatives traversant, chose remarquable, toutes les écoles, des classiques aux marxistes. C’est le cas des thèses insistant sur l’insuffisance des consommations contre la demande, ou, au contraire, l’excès des consommations contre les profits ou les investissements, ainsi que les différentes tentatives de conciliation et de dépassement des analyses unilatérales. Et cela qu’il s’agisse des causes des crises, ou de leurs manifestations et des facteurs des issues.

Enfin, même si le détail des analyses et controverses peut interpeller les spécialistes, il y a un effort pour rendre accessible au grand public l’essentiel des explications.

Dans les années 1970, vous avez été le premier à diagnostiquer les débuts d’une nouvelle 
crise de longue durée du capitalisme. 
Comment a évolué votre réflexion depuis ?

Paul Boccara. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, j’ai pu annoncer le début d’une nouvelle phase de tendance aux difficultés du cycle de longue période dit de Kondratieff, ou de suraccumulation profonde et durable, une nouvelle crise structurelle, que j’appellerai ensuite crise systémique.

Depuis, mes recherches ont connu plusieurs étapes jusqu’à mon dernier ouvrage sur les analyses des crises capitalistes. Exacerbées dans la crise systémique, elles nous défient de penser une nouvelle régulation systémique, qui serait émancipée des crises catastrophiques.

C’est, d’abord, le problème de la crise de structure du capitalisme monopoliste d’État, installé après la Seconde Guerre mondiale. Il concerne le double défi : de la privatisation et de la domination des marchés ou d’une nouvelle construction sociale, avec, dès 1971, le concept de « régulation » caractérisant un système et l’idée d’une régulation nouvelle.

C’est ensuite l’analyse des phénomènes systémiques nouveaux : la progression formidable des services, la révolution informationnelle, la mondialisation capitaliste, l’expansion des pays émergents. D’où les élaborations sur l’exacerbation de la crise systémique, mais aussi sur des institutions de maîtrise et de « dépassement » (au sens profond du terme) des marchés du travail, de la monnaie et de la finance, des productions, notamment au plan européen et mondial, ainsi que sur l’anthroponomie au-delà de l’économie et une nouvelle civilisation.

C’est, enfin, la reprise des analyses poursuivies depuis longtemps sur les théories des crises, de la suraccumulation et de la dévalorisation de capital, pour aboutir à leurs enseignements pour penser une autre régulation sans crises ravageuses. Et, ultérieurement, après ce premier volume sur les bases des crises de périodes plus ou moins décennales, viendra un second volume sur les théories des crises systémiques, pour finir par des développements sur la régulation anthroponomique et une nouvelle civilisation.

 

Vous soulignez que la crise de 2008 a discrédité les théories dominantes récentes niant 
les réalités des crises économiques dans le capitalisme. Mais ne s’efforcent-elles pas malgré tout de dissimuler la nature de ces crises ?


Paul Boccara. Effectivement, les théories récentes dominant dans les universités, surtout aux États-Unis, dites du cycle des affaires réel, sur les fluctuations cycliques, ont prétendu nier la nécessité périodique et le caractère plus ou moins catastrophique des crises dans le système capitaliste. J’ai montré comment elles ont été précisément critiquées et réfutées dans de nombreux travaux, puis se sont effondrées face à la gravité des crises économiques depuis 2008.

Pourtant, ce qui demeure dans les théories dominantes, qu’elles soient conservatrices ou même critiques et hétérodoxes, reste que les crises économiques revenant régulièrement et leurs maux, des chutes de production au chômage massif, ne posent pas la question du besoin d’une autre régulation sans crises catastrophiques, dans un nouveau système possible, émancipé de la domination des marchés.

Elles ne mettent pas en cause le rôle décisif, dans le système capitaliste considéré comme améliorable mais indépassable, des technologies de la révolution industrielle de remplacement des travailleurs par des machines-outils, entraînant l’éclatement des suraccumulations périodiques de capital. Aussi on ne mesure pas le potentiel de dépassement du système lui-même, donc de ses crises corrélatives et de leurs maux sociaux, représenté par les débuts de la révolution technologique informationnelle, fondée sur les ordinateurs.

La gravité des dernières crises conduit certains économistes à prôner un retour à Keynes, voire à Marx. Qu’y a-t-il de commun chez eux ? Vous affirmez que ce « retour » n’est pas suffisant. Pourquoi et comment 
aller au-delà d’eux ?

Paul Boccara. On prône, à la suite des grandes crises mondialisées de 2008 et des années suivantes, chez les économistes critiques, depuis les prix Nobel récents Krugman ou Stiglitz, un important retour à Keynes. Il y a aussi une certaine remontée des références à Marx. Dans les deux cas, revient l’insistance sur l’importance des crises, de leur récurrence dans le système, avec l’insuffisance de la demande globale, les surproductions, le chômage massif, les maux des spéculations et des effondrements financiers.

Cependant, le retour des thématiques keynésiennes entraîne le renouveau de l’illusion des solutions suffisantes, contre les risques et les dangers des crises, des interventions renforcées des États. En réalité, c’est le système capitaliste lui-même et à plus forte raison l’exacerbation récente des marchés mondialisés dans son cadre qui sont en cause. De ce point de vue, le simple retour aux analyses économiques de Marx serait lui aussi insuffisant. Il s’agirait donc d’aller bien au-delà de Keynes et même de Marx pour contribuer à penser des transformations radicalement alternatives, émancipées de la persistance du prétendu caractère indépassable des marchés et du capitalisme. Cela concernerait des élaborations « néomarxistes » sur des institutions de maîtrise et de dépassement, des marchés mondialisés, et plus précisément désormais, sur les modalités possibles d’une autre régulation systémique.

En quoi ces détours historiques, analysés dans ce nouvel ouvrage, peuvent-ils aider tous ceux à la recherche d’une alternative au capitalisme ?

Paul Boccara. À partir de toutes les théories sur les crises et de la reprise des mêmes thématiques explicatives dans les différentes écoles de pensée économique depuis trois siècles, un puzzle a été reconstitué permettant de préciser le processus et les modalités des régulations par crises plus ou moins catastrophiques, revenant périodiquement dans le capitalisme. Il s’agit des processus d’incitation aux progressions des capitaux, jusqu’à leurs excès, en raison du remplacement des salariés par des machines-outils résultant de la révolution industrielle dans le système. Ce remplacement répond à la montée des salaires et aux surconsommations. Puis il aboutit à l’excès des moyens de production matériels, à l’insuffisance des salaires et à la sous-consommation. L’éclatement des crises de surproduction entraîne les dévalorisations de capital, de destruction et dévaluation des capitaux, de chômage, ou de baisse des valeurs des facteurs de production par le progrès de la productivité, puis les reprises...

L’idée nouvelle est que cette incitation à un type de progression, ces excès et corrections des excès, avec le jeu du régulateur du taux de profit, peuvent servir de modèle pour penser un autre type de régulation possible, avec les nouvelles technologies de la révolution informationnelle succédant à la révolution industrielle.

Cette nouvelle régulation permettrait le dépassement des crises catastrophiques et de leurs maux sociaux. Il ne s’agirait plus seulement de mes propositions antérieures d’institutions de maîtrise et de dépassement des marchés : sécurité d’emploi ou de formation, autres créations monétaires, critères de gestion d’efficacité sociale des entreprises, accords internationaux de codéveloppement et biens publics communs de l’humanité. Il s’agirait, en relation avec elles, des incitations, excès, et corrections des excès sans destructions catastrophiques, mais concernant l’expansion des recherches-développement et des formations. Il y aurait une autre articulation entre éléments objectifs socialisés, comme auparavant les machines mais désormais les recherches, et éléments subjectifs massifs, concernant les formations des êtres humains.

Dans une progression sociale d’un type nouveau, la régulation commencerait aussi par un excès des dépenses, de formation désormais, puis la réponse de la remontée des recherches-développement, ensuite leur excès, entraînant l’insuffisance des formations puis le besoin de qualités nouvelles des formations et des recherches. Cela ne viserait pas seulement des transformations économiques mais aussi non économiques, anthroponomiques, et des avancées de civilisation de toute l’humanité.

Entretien réalisé par 
Pierre Ivorra

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 13:56

 

 

SOCIAL-ECO -  le 12 Août 2013

Banques

Crédit agricole,de la coopérative à la dérive"

 

 

Jusqu’en 1987, le Crédit agricole était une banque à part entière. Puis, sortant de son modèle coopératif, il a voulu s’essayer à la finance et se faire aussi gros que ses consœurs capitalistes. Emportée par les crises, la banque a, 
pour la première fois, basculé dans le rouge l’an dernier.

Le directeur général du Crédit agricole est « rassuré », « heureux ». Pour Jean-Paul Chifflet, le cru 2013 sera « significativement positif ». Sur les six premiers mois de l’année, le « géant vert » a multiplié son bénéfice par trois, à 1,165 milliard d’euros. Un véritable bonheur pour les actionnaires, qui ont vu le cours de leurs actions bondir de plus de 100 % sur une année glissante… Et une gueule de bois pour les salariés dont les effectifs ont baissé de 9,2 % cette année. Des salariés qui ont dû expliquer l’an dernier que leur banque était solide, malgré les 8,5 milliards de pertes et les 6 milliards de dépréciations d’actifs liés à l’aventure Emporiki, filiale grecque achetée en 2006. Quand, déjà en 2007, la banque verte avait perdu 13 milliards dans la folie des subprimes. Et si, contrairement au slogan, le bon sens était plutôt du côté du passé que des nouvelles dépréciations d’actifs à venir ?

Né à la fin du xixe siècle pour répondre aux besoins financiers des agriculteurs, le Crédit agricole se crée en coopérative. Des caisses se montent dans tous les départements, les camions banques sillonnent les endroits les plus reculés de la France rurale. Le fonctionnement est simple : la banque collecte, elle prête et le reste va en réserve. La Caisse nationale de Crédit agricole, établissement public, est chargée d’assurer la péréquation de la collecte et de l’acheminer vers les caisses plus utilisatrices de crédit.

EFFETS DE LA PRIVATISATION

Les marchés financiers ne connaissent pas la banque verte mais tous les Français poussent ses portes. Puis, en 1984, une première loi bancaire passe. Les banques coopératives sont banalisées, le métier change et les privatisations arrivent. La Caisse nationale de Crédit agricole est rachetée par les caisses régionales, qui, elles, conservent leur statut coopératif mais sont fusionnées. D’une centaine, il n’en reste plus que 39 aujourd’hui. Les conseillers se transforment en vendeurs. « Avant, les gens poussaient notre porte pour un conseil, aujourd’hui nous leur courons après pour leur vendre des produits commissionnés, dont on ne sait pas la plupart du temps ce qu’ils contiennent comme placement », déplore Alain Babin, délégué syndical national CGT du Crédit agricole et conseiller clientèle depuis 1982. Parallèlement, la banque développe les rémunérations et les objectifs individuels. Ce n’est que l’acte I d’une lente dérive.

En 2001, la coopérative devient Crédit agricole SA, côtée en Bourse. La financiarisation s’empare de la banque. Les sociétaires n’ont plus voix au chapitre. La structure se centralise. La perte de proximité met en échec la démocratie au sein des caisses locales (voir ci-contre). Les actionnaires sont dorénavant privilégiés aux sociétaires clients. La direction se lance alors dans la folie des grandeurs pour devenir la plus grande banque du monde. Les fonds propres sont utilisés à ces fins. Dans cette phase d’expansion, elle achète le Crédit lyonnais, mais aussi des banques de réseaux en Espagne, en Italie, en Grèce, en Argentine et duplique son modèle. Elle développe une activité revolving plus rentable avec Sofinco et Finaref. Et elle se lance dans un autre monde, celui de la finance avec ses filiales Cheuvreux et Calyon.

En 2002, pour la première fois, le montant des profits dépasse celui de la masse salariale. En dix ans, 3 500 postes sont supprimés. En 2007, le château s’effondre. Calyon et Cheuvreux, compromises dans les subprimes, accusent des pertes record. « J’ai développé l’activité de produits structurés de crédit qui collait à notre stratégie. Ce n’était donc pas en soi une erreur », expliquait l’ex-directeur général de Cheuvreux, Marc Litzler, en 2008 dans l’Expansion. Deux ans plus tard, à peine la crise financière terminée, ce sont cette fois les banques de réseaux en Grèce et en Italie qui fragilisent la banque coopérative et qui font les frais de la crise de l’euro puis de la crise économique en Europe. Depuis, la banque se sépare progressivement de ses filiales à risques en encaissant les pertes. Les caisses régionales ont encore les reins solides. En 2012, elles ont fait remonter plus de 3,5 milliards d’euros de résultats. Malgré la récession, la banque de proximité a augmenté de 5,5 % ses collectes et de 0,3 % les encours de crédit. Jusqu’à quand ? Le Crédit agricole a tous les moyens de redevenir une banque de proximité moderne. À condition, pour la CGT, de remettre 
Crédit agricole SA sous contrôle public en l’intégrant dans un pôle public bancaire.

Un poids non négligeableAvec 60 % des dépôts et 40 % des crédits ou encore 50 milliards d’euros de chiffres d’affaires, les banques coopératives emploient 164 000 personnes et représentent un poids non négligeable dans le secteur bancaire en France. L’activité bancaire coopérative s’articule autour de quatre réseaux : Crédit agricole, Banque populaire-Caisse d’épargne, et Crédit mutuel. Le Crédit agricole est la quatrième banque mondiale, le deuxième groupe en France.

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 14:58

 


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SOCIAL-ECO

 

SOCIAL-ECO -  le 7 Août 2013

Profits

Les banques se gavent sur les marchés

 

 

Avec des résultats multipliés par deux ou par six au deuxième trimestre, les banques françaises accentuent leurs dépendances aux marchés, suppriment des postes plutôt que de financer l’économie.

Ramasser des profits en stimulant la crise, en alimentant l’envolée financière et en réduisant les effectifs. C’est, en résumé et à la lecture de leurs résultats pour le premier semestre, la stratégie que semblent avoir adoptée les banques françaises pour contenter leurs actionnaires. Une multiplication par deux pour la Société générale ou par six pour le Crédit agricole SA, entre avril et juin, il n’y a aucun doute : avec respectivement 955 et 696 millions d’euros de profits, les résultats sont « supérieurs aux attentes ». Les actions s’envolent et ce malgré l’environnement économique toujours chaotique. Avec des records réalisés via les banques de financement et d’investissement (BFI), autrement dit celles qui agissent sur les marchés financiers, la financiarisation est de nouveau en ordre de marche.

Pour le Crédit agricole qui a communiqué, hier, l’apport de la BFI au groupe est de 254 millions d’euros (en hausse de 38 %). La Société générale, la semaine dernière, a également fait état d’une solide « performance » de ses activités de marché au deuxième trimestre en multipliant par près de trois, à 374 millions d’euros, son résultat net pour un chiffre d’affaires en hausse de près de 40 % à 1,69 milliard. Seule la BNP Paribas a de son côté constaté une baisse de près de 40 % de cette division, mais envisage de faire progresser la gestion des actifs de 10 % au cours des trois prochaines années. Pas de panique cependant, malgré les reculs, la première de la classe affiche, tout de même, un bénéfice trimestriel de 1,76 milliard d’euros.

Les restructurations lancées l’an dernier ont ouvert la voie à ces superbénéfices. Selon l’étude sur l’emploi réalisée par l’Association française des banques, le syndicat patronal des banques, l’année 2012 a marqué un tournant : le nombre de personnes travaillant dans le secteur bancaire français a diminué de 1,6 %, du jamais vu depuis treize ans. Mais la saignée se poursuit. En septembre, la banque d’investissement française Natixis devrait annoncer la suppression de 500 à 700 postes dans le cadre d’un plan de départs volontaires.

Si cette destruction d’emploi s’est principalement réalisée dans les BFI, avec des réductions d’effectifs de 5 %, dont 10 % dans les activités de front office (- 20% chez les traders par exemple), les banques passent à l’étape suivante. En développant les banques en ligne, les groupes ne cachent plus leur volonté de supprimer des postes d’accueil, voire même des agences. Une étude de décembre 2012 du cabinet Roland Berger estimait ainsi que 2 % à 4 % des agences bancaires pourraient, chaque année, fermer leurs portes. La banque de détail représente 70 % des salariés du secteur.

La Société générale a fait passer en février son plan d’économies de 550 à 1 450 millions d’euros. De son côté, la direction du Crédit agricole a annoncé avoir réduit ses effectifs dans le monde de 9,5 % entre le deuxième trimestre 2012 et le deuxième trimestre 2013, soit l’équivalent d’environ 8 000 postes. Au niveau des caisses régionales, après 279 suppressions de postes en 2012, le groupe envisage d’en supprimer encore 1 400 en 2013, selon des informations parues dans la presse en début d’année. Déçue par les résultats de sa banque de détail en France, la BNP, elle, n’hésite pas à supprimer des emplois en France pour recruter 500 effectifs outre-Rhin, là où la conjoncture paraît plus favorable. Au final, la loi bancaire votée à la mi-juillet, plutôt que de s’attaquer à l’ennemi, semble l’avoir dopé.

500 000. C’est, en euros, le montant de l’amende infligée par l’Autorité des marchés financiers à la Société générale pour « lacunes dans la mise en œuvre » d’une procédure d’audit dans ses activités de fonds de gestion et pour ne pas s’être munie « de moyens informatiques suffisants pour son activité ». Cette amende s’ajoute à une première amende, d’un montant de 280 000 euros, prononcée par l’AMF en juillet dernier, lui reprochant « de ne pas avoir servi au mieux l’intérêt des porteurs » en évaluant de façon « précise et indépendante des produits financiers complexes » 
vendus par le fonds commun de placement (FCP) Sgam Invest Prudence PEA.

 

Avec des résultats multipliés par deux ou par six au deuxième trimestre, les banques françaises accentuent leurs dépendances aux marchés, suppriment des postes plutôt que de financer l’économie.

Ramasser des profits en stimulant la crise, en alimentant l’envolée financière et en réduisant les effectifs. C’est, en résumé et à la lecture de leurs résultats pour le premier semestre, la stratégie que semblent avoir adoptée les banques françaises pour contenter leurs actionnaires. Une multiplication par deux pour la Société générale ou par six pour le Crédit agricole SA, entre avril et juin, il n’y a aucun doute : avec respectivement 955 et 696 millions d’euros de profits, les résultats sont « supérieurs aux attentes ». Les actions s’envolent et ce malgré l’environnement économique toujours chaotique. Avec des records réalisés via les banques de financement et d’investissement (BFI), autrement dit celles qui agissent sur les marchés financiers, la financiarisation est de nouveau en ordre de marche.

Pour le Crédit agricole qui a communiqué, hier, l’apport de la BFI au groupe est de 254 millions d’euros (en hausse de 38 %). La Société générale, la semaine dernière, a également fait état d’une solide « performance » de ses activités de marché au deuxième trimestre en multipliant par près de trois, à 374 millions d’euros, son résultat net pour un chiffre d’affaires en hausse de près de 40 % à 1,69 milliard. Seule la BNP Paribas a de son côté constaté une baisse de près de 40 % de cette division, mais envisage de faire progresser la gestion des actifs de 10 % au cours des trois prochaines années. Pas de panique cependant, malgré les reculs, la première de la classe affiche, tout de même, un bénéfice trimestriel de 1,76 milliard d’euros.

Les restructurations lancées l’an dernier ont ouvert la voie à ces superbénéfices. Selon l’étude sur l’emploi réalisée par l’Association française des banques, le syndicat patronal des banques, l’année 2012 a marqué un tournant : le nombre de personnes travaillant dans le secteur bancaire français a diminué de 1,6 %, du jamais vu depuis treize ans. Mais la saignée se poursuit. En septembre, la banque d’investissement française Natixis devrait annoncer la suppression de 500 à 700 postes dans le cadre d’un plan de départs volontaires.

Si cette destruction d’emploi s’est principalement réalisée dans les BFI, avec des réductions d’effectifs de 5 %, dont 10 % dans les activités de front office (- 20% chez les traders par exemple), les banques passent à l’étape suivante. En développant les banques en ligne, les groupes ne cachent plus leur volonté de supprimer des postes d’accueil, voire même des agences. Une étude de décembre 2012 du cabinet Roland Berger estimait ainsi que 2 % à 4 % des agences bancaires pourraient, chaque année, fermer leurs portes. La banque de détail représente 70 % des salariés du secteur.

La Société générale a fait passer en février son plan d’économies de 550 à 1 450 millions d’euros. De son côté, la direction du Crédit agricole a annoncé avoir réduit ses effectifs dans le monde de 9,5 % entre le deuxième trimestre 2012 et le deuxième trimestre 2013, soit l’équivalent d’environ 8 000 postes. Au niveau des caisses régionales, après 279 suppressions de postes en 2012, le groupe envisage d’en supprimer encore 1 400 en 2013, selon des informations parues dans la presse en début d’année. Déçue par les résultats de sa banque de détail en France, la BNP, elle, n’hésite pas à supprimer des emplois en France pour recruter 500 effectifs outre-Rhin, là où la conjoncture paraît plus favorable. Au final, la loi bancaire votée à la mi-juillet, plutôt que de s’attaquer à l’ennemi, semble l’avoir dopé.

500 000. C’est, en euros, le montant de l’amende infligée par l’Autorité des marchés financiers à la Société générale pour « lacunes dans la mise en œuvre » d’une procédure d’audit dans ses activités de fonds de gestion et pour ne pas s’être munie « de moyens informatiques suffisants pour son activité ». Cette amende s’ajoute à une première amende, d’un montant de 280 000 euros, prononcée par l’AMF en juillet dernier, lui reprochant « de ne pas avoir servi au mieux l’intérêt des porteurs » en évaluant de façon « précise et indépendante des produits financiers complexes » 
vendus par le fonds commun de placement (FCP) Sgam Invest Prudence PEA.

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 05:24

SOCIAL-ECO -  le 7 Janvier 2013

 

Le FMI le confirme : l’austérité était une erreur de calcul

 

 

C’est un rapport étonnant, un mea culpa chiffré et analysé, que deux éminents économistes du FMI ont publié. Il dit clairement que l’austérité est une erreur. La faute à la mauvaise conception d’un modèle informatique de prédiction économique.

Ils justifient globalement d'avoir plongé 26 pays dans une mortelle crise austéritaire par une erreur de modèle mathématique. Ces économistes sont restés persuadés que leur domaine est une science dure, donc qu’on peut prédire et démontrer avec des équations. Et ils se sont éminemment trompés. Ils reconnaissent ainsi dès l’introduction que leur modèle n’a pas pu prévoir ni le niveau des taux d’intérêts ni l’effet de l’austérité sur la consommation intérieure. Confrontés à la réalité, ils reconnaissent également que leur modèle a grandement sous-estimé la hausse du chômage. Et donc toute la prédiction est biaisée, des investissements privés aux recettes fiscales des états.

Pardon pour les morts, c’était une erreur de calcul

“Forecast Error of ΔYi,t:t+1 = α + β Forecast of ΔFi,t:t+1|+ ε i,t:t+1” Voilà à quoi ressemble l’équation qui a été incapable de faire le lien entre coupe budgétaire des Etats - les fameuses "économies" exigées sous la menace - et baisse de rentrée fiscale. C’est le « multiplicateur fiscal », outil économique qui a plus ou moins montré qu’il fonctionnait entre la seconde guerre mondiale et 2008, mais qui est incapable de prévoir l’ampleur des effets d’une panique généralisée ou d’une franche baisse de moral des populations. 
Le FMI avait déjà constaté une faute dans les modèles appliqués à la Grèce. Il remet en cause désormais tous les modèles appliqués à 26 pays européens.

Une erreur qui ne sert pas de leçon

Si reconnaître l’erreur, ou plutôt ouvrir les yeux et se confronter à la réalité, reste une avancée pour le FMI, l’institution ne tire pas les leçons de son erreur. Les économistes ne remettent pas fondamentalement en cause l'austérité, juste son intensité, ils restent convaincus qu’il suffit d’adapter leur modèle de calcul, finalement en accroissant la variable « facteur humain ». Ils ne voient pas l’absurdité que c’est d’imposer par la menace des politiques globales à des pays sur simple résultat d’un algorithme.

"Ce que nous voulons simplement rappeler, c’est que les décisions humaines engageant l’avenir sur le plan personnel, politique ou économique ne peuvent être inspirées par une stricte prévision mathématique, puisque la base d’une telle prévision n’existe pas" disait un certain Keynes en 1936.

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 09:52

Des ex-Aubade ont gagné leur pari: créer une entreprise de lingerie

AFP le 05/08/2013 à 10:42

C'est l'histoire de trois cadres, anciens d'Aubade, licenciés à la faveur d'une délocalisation. Une histoire qui se termine bien: trois ans plus tard, ils ont gagné leur pari, en créant leur propre entreprise de lingerie fine, "Indiscrète", made in France et avec le vent en poupe.

Indiscrète emploie aujourd'hui 23 personnes, dont 18 ex-Aubade (lingerie fine) dans un atelier de confection à Chauvigny (Vienne), et a créé 105 emplois de conseillères de vente en France et un en Belgique.

Dans le bâtiment de 900 m2 construit par la communauté de communes de Chauvigny, on n'entend que le bruit des machines à coudre.

Didier Degrand, ancien directeur de production d'Aubade, ne cache pas son émotion: "L'histoire est magnifique ! On est en train de réaliser ce que nous avons écrit sur le papier. En chiffre d'affaires, en création d'emplois et en volume".

Des employées d'"Indiscrète", le 1er juillet 2013 à Chauvigny ( AFP/Archives / Alain Jocard)

Avec Christelle Bois et Béatrice Mongella, elles aussi licenciées par Aubade, ils décident en 2010, forts de leur savoir-faire, de créer Indiscrète.

"Notre prime de licenciement et nos économies sont passées dans cette création au capital de 195.000 euros. On a été beaucoup aidés par les banques locales mais également la région Poitou-Charentes et le Conseil général de la Vienne", explique le directeur, âgé de 50 ans.

Le concept d'Indiscrète : la fabrication de lingerie fine, haut de gamme, adaptée à toutes les silhouettes. Les produits sont réalisés à la commande et exclusivement distribués lors de présentations privées à domicile.

La société propose des soutiens-gorges qui vont de la taille 85 à 120, de la profondeur A au F, et pour les culottes, slip, string, shorty ou nuisette, du 36 au 58.

L'entreprise, par le biais des conseillères de vente et de la fabrication française, peut personnaliser les produits. "La personnalisation peut être assez basique sur un catalogue assez exhaustif. D'autres correspondent à des personnes qui souhaitent allaiter, qui ont par exemple une différence importante entre le sein droit et le sein gauche et d'autres qui ont une mastectomie partielle ou totale", souligne Didier Degrand.

Il faut compter en moyenne autour de 100 euros pour s'offrir une parure sur mesure réalisée par des professionnelles expérimentées.

Du baume au coeur

La création d'Indiscrète a redonné du baume au c?ur à Martine Lebrun, 55 ans, mécanicienne en confection, licenciée après 36 ans de carrière chez Aubade. "Je suis fière de participer à ce projet. Je ne pensais plus jamais pouvoir retrouver du travail. Chez Aubade, j'effectuais une tâche répétitive sur une seule machine. Ici, je travaille sur six machines pour réaliser un produit haut de gamme de A à Z. C'est très valorisant", dit-elle.

Pour Didier Degrand, il reste encore du chemin à parcourir même si les chiffres laissent augurer de belles perspectives. "En 2011, on avait prévu 320.000 euros hors taxe de chiffre d'affaires, on a fait 304.000, en 2012 on avait prévu 635.000, on a fait 700.000. Pour 2013, on prévoit un million. Nous sommes en pleine crise, si la crise cesse, on a aura du mal à fournir". Il espère atteindre la rentabilité en 24 mois.

Chez Indiscrète, il n'y pas de stock. N'est fabriqué que ce qui est commandé par la centaine de conseillères qui couvrent toutes les régions de France, sauf la Corse et les Dom Tom. Elles ont à disposition plus de 30 produits de présentation et une gamme de 35 produits d'essayage qui leur permettent de bien définir la taille de la cliente.

Claudie Blanchard, la cinquantaine, licenciée après 25 ans chez Aubade, contrôle le travail de l'atelier et les expéditions chez les vendeuses: "C'est un joli pied de nez à Aubade qui nous a licenciées pour partir fabriquer à moindre coût en Tunisie", dit-elle. "S'ils avaient creusé un peu, les dirigeants auraient pu éviter ce gâchis. J'espère que notre réussite aura valeur d'exemple", dit-elle.

Aubade, rachetée par la marque suisse Calida en 2005, comptait alors 472 employés en France. Les différents plans sociaux n'avaient laissé à Aubade Saint-Savin, l'usine historique, qu'une trentaine de personnes. En mars, 66 anciens salariés ont obtenu des dommages et intérêts pour avoir été licenciés sans motif économique.

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 01:13

Pour échapper à l’impôt, l’imagination des géants du CAC 40 est toujours débordante

Avec l’aide de fiscalistes, les grands groupes ont développé une série de techniques légales peut-être... mais parfaitement scandaleuses.


Épris de « responsabilité sociale », les géants du CAC 40 se veulent solidaires : ils paient des impôts, ma non troppo… En vérité, ils en versent beaucoup moins que les autres entreprises en France.

 

Dans une liste dressée par le cabinet Landwell & Associés (lire notre encadré ci-dessous), vingt-six groupes, dont EDF (32,5 %), Michelin (31,9 %), LVMH (31,8 %), BNP Paribas (29,5 %), Danone (29,1 %), EADS (26,7 %), L’Oréal (25,9 %), Axa (21,4 %), Sanofi-Aventis (19,4 %) et Société générale (15 %) apparaissent à des taux d’imposition effectifs dans le monde en dessous du taux nominal de l’impôt sur les société en France (33,3 %). Et quand ils sont au-dessus, ils peuvent être, comme dans le cas de Total (54,7 %), totalement exonérés de l’impôt sur les sociétés en France… Comme les multinationales du monde entier, les groupes du CAC 40 sont, avec l’aide d’avocats fiscalistes et de consultants spécialisés, engagés dans une course de vitesse à l’« optimisation fiscale ». Sur fond de mondialisation financière et de concurrence fiscale entre les États, y compris au sein de l’Union européenne, évidemment, les entreprises implantées dans plusieurs États ont désormais retourné le spectre d’une « double imposition », sur leurs activités, qui s’est transformé bien souvent en « double non-imposition » sur leurs profits. Et sur les marchés, dans la jungle des systèmes fiscaux et des conventions bilatérales entre États, l’imagination pour échapper à l’impôt apparaît souvent sans limites.

 

« Prix de transfert », « sandwich hollandais », « double irlandais »… derrière ces appellations folkloriques, se cachent des techniques d’optimisation fiscale en vogue aux Pays-Bas, en Irlande, mais aussi au Luxembourg. Comme les paradis fiscaux ont à présent mauvaise presse pour les multinationales, il est donc plus prudent de mettre en concurrence les systèmes fiscaux nationaux et de parier sur les interactions bénéfiques entre eux. Dans les pays où la pression fiscale est considérée comme forte ou moyenne, les entreprises cherchent à diminuer leurs impôts, par exemple en transférant les bénéfices dans des filiales implantées dans des pays où le climat fiscal leur apparaît plus doux, ou en multipliant les déductions sur leurs bénéfices soumis à l’impôt.

 

Les groupes du CAC 40 sont ainsi très friands du régime néerlandais de « participation exemption », qui permet d’exonérer totalement d’impôt sur les sociétés les dividendes qu’une holding reçoit de ses filiales… Ce qui explique les sourires narquois qui accueillent la déclaration de Maurice Lévy, jurant que l’implantation aux Pays-Bas de la nouvelle entité issue de la fusion entre Publicis et Omnicom ne doit rien aux « avantages fiscaux ». Même topo chez ArcelorMittal, qui a implanté sa structure financière en Belgique, mais cela n’a, bien sûr, rien à voir avec le système des « intérêts notionnels » qui permet aux entreprises de créer une boucle de financement fictive… Depuis des années, le sidérurgiste échappe quasiment à l’impôt par ce mécanisme : son taux d’imposition moyen a été évalué à 1,4 % pour ces dernières années. Encore un rêve pour les champions français du CAC 40, mais une réalité pour les mastodontes de l’économie numérique comme Apple et Google qui, grâce à un circuit complexe de flux entrecroisés entre les Pays-Bas et l’Irlande ont envoyé des centaines de milliards de dollars vers les Bermudes, sans payer grand-chose au titre de l’impôt sur les sociétés en Europe…

 

Une étude très partisane. Le cabinet d’avocats Landwell & Associés, à qui l’on doit l’étude publiée par les Échos censée démontrer le montant réel de l’impôt sur les sociétés payé par les entreprises du CAC 40, est en fait le « cabinet associé » de PriceWaterhouseCoopers, société d’expertise comptable et de conseil financier. Ce cabinet se charge des activités de conseil fiscal. Et il semble performant : il a été cité par Christian Chavagneux, spécialiste des paradis fiscaux, parmi les quatre premiers mondiaux pour l’optimisation fiscale.

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 07:14

Université d'été

L’angle d’Attac ne change pas

 

 

L’université d’été d’Attac a tiré un bilan au vitriol de la première année du quinquennat d’Hollande. Mais la gauche associative, syndicale et citoyenne ne se résigne pas.

Nîmes (Gard), envoyé spécial. «Entre déprime, résignation et colère. » En trois mots, Daniel Rallet, représentant de la FSU au conseil d’administration d’Attac, qualifiait le sentiment général qui prévalait lors de cette université d’été du mouvement, entamée vendredi dans la capitale gardoise. Avec un an de recul sur les politiques appliquées, les participants ont tiré un bilan amer de l’alternance de gauche. La majorité des « étudiants » rencontrés dans l’enceinte de la fac Vauban (un fort reconverti en antenne universitaire) ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. Beaucoup ne voulaient pas voter Hollande « et puis, au dernier moment, on s’est dit pourquoi pas ? » se souvient Joëlle, venue de Charente. Jacky, son mari, a suivi le même chemin, même s’il s’était dit qu’il ne voterait « plus jamais socialiste ». Le péril de droite les a précipités dans le vote utile : « On n’en pouvait plus de Sarkozy, mais on n’avait pas d’attente extraordinaire de Hollande », lâchait Annick Coupé, porte-parole de Solidaires, lors d’un atelier. « Le PS, c’est le PS », soupire Jacky.

Aucune circonstance atténuante

Cette gauche associative, syndicale, citoyenne, a le sentiment que le virage annoncé l’a été dans le mauvais sens. « Ni rupture ni réorientation, même au minimum », enragent plusieurs intervenants. Lors des nombreux débats où l’austérité s’est invitée, aucune circonstance atténuante n’a été trouvée. Et pour cause : « Vingt milliards donnés aux entreprises, accord national interprofessionnel, refus d’augmenter le Smic, et maintenant baisse de la rémunération du Livret A », l’inventaire que fait Annick Coupé n’incite « guère à se réjouir ». Sauf François Hollande, rappelle Cédric Durand, économiste à l’université Paris-XIII. À chaque mesure en faveur de la « relance de compétitivité », il n’a d’yeux que pour « la réaction des marchés boursiers »… Est-ce qu’il a « plus d’amis dans la finance qu’à gauche », ironise ce participant ? Selon Aurélie Trouvé (voir son entretien), il se serait surtout inscrit « sans ambiguïté et sans complexe dans la troisième voie »…

Réinvestir le terrain

Comment, dans cette situation politique, éviter le découragement ? Il faut réinvestir le terrain, pensent tous les intervenants rencontrés. Difficile de faire vivre des alternatives « de manière simple et claire », comme l’a démontré, tout en provocation, le journaliste François Ruffin. Avec une Marine Le Pen qui capitalise sur la déception socialiste sans avancer de solutions mais en martelant des slogans programmatiques, « allez expliquer que la cause de la crise, ce n’est pas l’immigré, mais le financier », comme le dit François, un participant… La solution viendra sans doute de batailles locales, expliquent de nombreux militants, qui en se battant, ici, contre l’implantation d’un golf avec résidences privées, là, contre la multiplication des partenariats public-privé, tentent de « faire passer d’autres messages ». « Ne plus céder un pouce de terrain » pour semer les graines de futures victoires.

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    31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 04:56

    La dette publique prise au piège des marchés

     

    Elle pèse 91 % du PIB. Mais c’est surtout son mode de financement qui pose problème et explique son coût.

    À la fin du deuxième trimestre 2012, la dette publique, selon le traité de Maastricht, s’établit à 1 833 milliards d’euros, en augmentation de 43,2 milliards par rapport au trimestre précédent. Pour mesurer son importance, il suffit d’indiquer qu’elle équivaut à 91 % du produit intérieur brut (PIB). Présenté comme cela, elle paraît considérable, mais il faut comprendre que les emprunts qui la composent sont à échéance variée. Certains sont à très court terme, d’autres bien plus longs. Leur durée moyenne est de sept ans et treize jours.

    Cette dette ne tombe pas du ciel, et il est faux de dire que les Français ont vécu au-dessus de leurs moyens. Jugeons-en. Entre le début de 2007 et la fin septembre 2011, la dette publique française est passée de 1 152,2 milliards d’euros à 1 688,7 milliards, augmentant de 536 milliards et de 46,6 %. Que s’est-il passé ? La crise du système financier a éclaté et toute la puissance publique, en France et dans le monde, a été mobilisée pour éviter qu’il ne s’écroule. C’est de là que vient, pour l’essentiel, la dette publique. Il y a une seconde raison : la politique fiscale de Nicolas Sarkozy en faveur des grands groupes et des fortunes qui a privé l’État de ressources.

    Le problème majeur que pose la dette est son financement auprès des marchés financiers : cela coûte cher. C’est à partir de 1985 que les administrations publiques, l’État surtout, y ont massivement recouru. Auparavant, les avances de la Banque de France et les crédits bancaires jouaient un rôle essentiel. Avec un montant de 49 milliards d’euros en 2012, les intérêts de la dette représentent le deuxième poste du budget, juste après celui de l’éducation nationale et devant celui de la défense. C’est évidemment trop lourd.

    Le traité budgétaire fait de cette dette une arme terrible contre les dépenses publiques et le modèle social français et européen. Il stipule en effet que, lorsque la dette publique dépasse « la valeur de référence de 60 % » du PIB, les États concernés doivent le réduire « à un rythme moyen d’un vingtième par an ». Compte tenu du montant de la dette publique française (1 833 milliards) et de celui du PIB (1 996,6 milliards), les administrations publiques (État, collectivités territoriales, protection sociale) devraient réduire cette dette de 30 milliards par an. Pour la France, c’est mission impossible !

    Comment sortir de ce piège ? Il faut trouver d’autres formes de financement déconnectées des marchés et utiliser la « force de frappe » de la Banque centrale européenne. Cela pourrait coûter beaucoup moins cher.

    P. I.

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    30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 07:42

    Les politiques d’austérité en Europe et en France vont dans le mur : besoin d’une alternative véritable à gauche

     

    Editorial

     

    La France est entrée à nouveau en récession au premier trimestre, avec une contraction de son PIB de 0,2% après un repli de même ampleur au trimestre précédent.

     

    Les principaux indicateurs sont au rouge. Demande intérieure (-0,1 point) et commerce extérieur (-0,2 point) ont contribué négativement à l’activité. Les dépenses de consommation des ménages ont diminué de 0,1%, après avoir stagné depuis un an. Cela s’explique par la montée du chômage et de la précarité, la faiblesse des salaires, pensions et retraites, le recul des droits sociaux. Tandis que le pouvoir d’achat des ménages a encore reculé, après avoir enregistré, l’an dernier, un repli considérable de 0,9%, le premier depuis 1984. Dans ces conditions, l’investissement chute lourdement (-0,9%).

     

    Le gouvernement table toujours sur une reprise mondiale au 2e semestre qui tirerait la croissance française. Cependant, obligé de constater la récession, il la présente comme extérieure et la sous-estime. Il continue de s’arc-bouter sur sa politique économique et sociale en considérant qu’il poursuit la crédibilité budgétaire et le redressement de la compétitivité. Il n’y aurait pas d’autre politique possible. Ce serait un devoir pour profiter du répit de 2 ans accordé par la Commission de Bruxelles afin de réduire notre déficit public et de faire bouger les lignes en Europe.

     

    F. Hollande est cependant amené, une fois de plus, à réviser en baisse son hypothèse de croissance pour 2013: ce sera 0% désormais, et non plus +0,1% comme continue de le promettre Moscovici, son ministre de l’économie et des finances. Et cela, quand toutes les estimations officielles vont, elles, de -0,3% à 0% maximum.

     

    Mais, foin de tout cela! Le Président continue de voir dans le marc de café la courbe du chômage s’infléchir en fin d’année, même si, reconnaît-il, la bataille contre le chômage ne peut marquer des points sans le retour de la croissance. Comprenne qui pourra…

     

    En vérité, ce discours vise à encourager les Français à prendre leur mal en patience, puisque, simultanément, il leur est répété que «tous les outils» sont en place pour sortir du marasme.

     

    Mais la boîte dans laquelle ils ont été pris est celle-là même que recommandent la BCE, la Commission européenne, MmeMerkel et les marchés financiers: rationnement des dépenses de services publics, poursuite des privatisations, augmentation des impôts sur les familles (TVA), multiplication des allègements d’impôts et de cotisations sociales pour accroître les profits (crédit d’impôt compétitivité), flexibilisation de l’emploi (transcription ANI)… et interdiction de faire marcher «la planche à billets» de la BCE pour soutenir les dépenses publiques et sociales.

     

    Or ce sont ces outils qui font que les 17 pays membres de la zone euro enregistrent, au premier trimestre, une croissance fortement négative (-0,6%). Alors que, au même moment, les États-Unis, où la «planche à billets» tourne à plein régime, le PIB a crû de 0,6%, tandis que, au Japon, où la banque centrale fait désormais de même, l’activité semble, pour la première fois depuis de nombreuses années, s’arracher à la déflation. Ce sont ces politiques d’austérité et ces dites réformes structurelles menées en France et dans l’Union européenne, qui facilitent les licenciements et engendrent l’accroissement du chômage, de la précarité et la baisse du pouvoir d’achat, qui limitent la croissance et les débouchés.

     

    De fait, Hollande n’a pas eu un mot dans sa conférence de presse du 16mai pour répondre à l’immense déception des couches populaires et moyennes. Usant parfois d’un ton compassionnel de circonstance, il a le plus souvent fait preuve d’autosatisfaction, voire de forfanterie, en appelant tous ceux qui souffrent à la patience.

     

    Foncièrement, seule lui importe la confiance du patronat.

     

    Annonçant les grands axes de la seconde grande Conférence sociale à la mi-juin, il a osé reprendre le thème selon lequel, comme on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps et que dégager 20milliards pour financer le déficit des retraites en 2020 serait insoutenable! Sans examiner la nécessité de nouvelles recettes, en lien avec le développement des cotisations et la sécurisation-promotion de l’emploi et de la formation. Une position qui engage d’ores et déjà vers une réforme des retraites qui allongera la durée de cotisation.

     

    Il a prétendu aussi engager une réforme systémique de la formation professionnelle à partir du compte individuel formation votée récemment dans le cadre de lANI, qui vide de son contenu l’espoir d’une véritable formation professionnelle adaptée aux besoins des salariés et de la société.

    Il a annoncé une refonte de la fiscalité qui achèverait de transférer sur les ménages le financement de la protection sociale.

     

    Tout cela bien sûr se fera dans le cadre d’une «concertation des partenaires sociaux». Mais comme celle de juillet 2012, cette nouvelle Conférence sociale ne servira qu'à intégrer certaines organisations sociales aux régressions sociales imposées par le Medef et le gouvernement, renforçant ainsi l’illusion de fatalité des orientations choisies.

     

    Sur le fond, F.Hollande a repris tous les dogmes de la droite et du Medef, au mépris de ses propres déclarations et de celles du PS lors de la réforme Sarkozy de 2010 ou lors de la campagne présidentielle de 2012. L’ambition de son quinquennat est bien celle de la construction d’un nouveau modèle social français, conforme aux préconisations européennes, mais surtout aux impératifs patronaux. Prétendument «plus souple et plus moderne», il ouvrirait la porte à la domination des forces libérales.

    Et on a vu ce que cela signifiait avec la transposition et le vote dans la loi de l’ANI du 11janvier2013, qui a institué la flexibilité contre les droits des salariés et la sécurisation pour les employeurs!

     

    Un changement de cap est indispensable en France et en Europe.

     

    Nous avançons pour notre part une alternative véritable pour une réelle sécurisation de l’emploi. Nous avons élaboré en ce sens une proposition de loi, au lieu des précarisations de l’ANI.

     

    En outre, nous appelons à une réorientation de toutes les entreprises publiques et mixtes pour redresser l’emploi et la croissance réelle, au lieu de la poursuite des privatisations. Nous appelons, à l’appui des luttes pour l’école, la santé, le logement social, les transports collectifs…, à engager une relance de tous les services publics, au lieu de leur affaiblissement.

     

    Nous préconisons de conditionner toutes les aides publiques à des exigences chiffrées et contrôlables d’emplois.

     

    Nous appelons à la conquête de nouveaux pouvoirs d’intervention des salariés et de leurs organisations pour réorienter les gestions d’entreprises.

     

    Nous proposons de mobiliser les banques pour financer à très bas taux d’intérêt des investissements créateurs d’emplois et accompagnés de formations, ce qui exige de changer les critères de gestion des entreprises et les critères du crédit à partir de pouvoirs d’intervention des salariés.

     

    Nous devons faire monter l’exigence de nouveaux financements pour un modèle social de progrès, en France et dans l’Union européenne, pour de nouveaux services publics, pour de nouveaux droits à la retraite, à la santé, etc. Cela implique notamment l’exigence que la BCE en assure directement le financement par création monétaire. Ce qui appelle un changement du statut de la BCE et de ses missions et exige des batailles concertées dans l’Union européenne.

     

    Les Français n’ont pas majoritairement voté pour la politique qu’ils subissent depuis un an. Les choix actuels de F Hollande et du gouvernement conduisent la gauche française dans une impasse noire qui peut faire revenir une droite revancharde et populiste.

     

    C’est dire le besoin d’une alternative à gauche, comme l’ont signifié les dizaines de milliers de manifestants du Front de gauche le 5mai dernier, et comme ils entendent commencer à y travailler en pratique, sur une base politique encore plus élargie, le 16juin prochain lors du lancement proposé par le PCF à ses partenaires, d’assises nationales pour la refondation sociale et démocratique. 

     

    revue Economie et Politique

     

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    BRUNO FORNACIARI

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