Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 08:27
Repost 0
19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 18:46
Repost 0
19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 07:26

VENEZUELA : COMMENT NE PAS DONNER UNE INFORMATION

Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

Le 30 Juillet s’est produit un évènement politique d’une portée historique considérable: un peuple internationalement assailli à l’extérieur et soumis à la violence paramilitaire à l’intérieur, est descendu dans la rue pour exprimer son double rejet de l’ingérence internationale et des aspirations des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle dernier, un évènement d’une telle ampleur aurait figuré en première page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et privés, l’auraient relevé dans leurs gros titres, sans doute manipulateurs, mais ceux-ci auraient parlé du défi du peuple vénézuélien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient montré des images, peu nombreuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de vénézuéliens devant les bureaux de vote, comme ceux du Poliedro de Caracas, ou de ces gens marchant à travers les collines et traversant les rivières dans la région de Táchira ou de Mérida, où les bureaux de vote étant occupés par desguarimberos (casseurs) armés, il fallait se déplacer à la recherche de centres de secours où pouvoir voter, souvent sans y parvenir.

Les légendes des photos auraient sûrement détourné les images et proposé une lecture en accord avec le désespoir de l’opposition putchiste incapable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un commentaire, une toute petite information qui aurait parlé de la volonté majoritaire du peuple vénézuélien contre tout pronostic et tout calcul rationnel.

Tout journaliste digne de ce nom aurait voulu consigner, analyser, vérifier et même manipuler cet évènement. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font circuler une infinité d’images qui comblent les vides des nouvelles qui en sont dépourvues. Là où les médias de masse cachent une image, les  réseaux en mettent des centaines. Cependant, le 31 Juillet, l’information sur les élections vénézuéliennes pour l’Assemblée Constituante est passée sous silence dans les médias espagnols. C’est une autre information qui fut donnée à sa place.

La non nouvelle qui a supplanté l’évènement vénézuélien, bâtie sur le modèle déjà existant (violence et chaos) était : nouvelle journée de violence au Venezuela. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qualificatifs, à façonner une image qui corresponde à la propagande distillée au cours des mois antérieurs. Puis ont éclos les spores disséminées par la non nouvelle, qui avaient déjà été diffusées par les agences impérialistes: auto-coup d’état, fraude, moins de votes que n’en déclare le gouvernement, opposants nouvellement arrêtés, isolement international…

L’évènement d’une journée électorale qui a mobilisé des millions de vénézuéliens qui sont allés voter pour leurs candidats à la Constituante, fut trop incontestable pour être passé sous silence; les flots du peuple vénézuélien trouvaient une infinité de fenêtres numériques par où s’écouler. De sorte que le système de propagande de guerre des médias de masse espagnols, si bien entretenu et huilé par les agences de presse étasuniennes, activa l’un de ses ressorts les plus subtils. Il n’affronta pas la nouvelle en la taisant, bien qu’il le fît également, il ne manipula pas des images comme il l’a réellement fait avec le frauduleux référendum de l’opposition du 16 Juillet (le journal El País dût rectifier une image du test électoral pour l’assemblée Constituante, sous laquelle figurait une légende affirmant que c’étaient des queues pour voter au référendum organisé par l’opposition). Dans ce cas, la technique de propagande médiatique majoritairement employée fit remplacer l’information qui faisait l’évènement par d’autres qui attireraient l’attention des audiences. 

Les gros titres parlèrent de violence, dictature et condamnation internationale: “Lors d’une journée marquée par la tension, les manifestations, la réprobation internationale et la violence, les vénézuéliens ont voté pour choisir les membres de l’Assemblée Nationale Constituante » (CNN en espagnol); “Maduro concrétise un coup d’état contre lui-même au Venezuela au cours d’une journée électorale des plus violentes” (El País); “Condamnation internationale de l’usage disproportionné de la force au Venezuela. 10 personnes au moins sont mortes dans les manifestations pendant les élections à l’assemblée constituante que soutient Nicolás Maduro. (Télévision Espagnole).

Pas une seule image des quelques 14500 bureaux de vote où plus de 8 millions de vénézuéliens attendaient leur tour pour voter. Après les élections présidentielles de 2012 qui élirent Hugo Chávez, ce furent les élections qui mobilisèrent la plus large participation de masse. Toutefois, lorsque l’on consulte les archives photographiques du journal El País, on se trouve devant un étrange phénomène : sur 30 images sélectionnées par le quotidien, 7 sont celles d’explosions, de barricades et d’actes de violence, 2 montrent les opposants, 2 autres le président Maduro et le reste montre des vénézuéliens isolés en train de voter, l’urne en premier plan, des petits groupes regardant les listes ou assis, attendant pour voter; il n’y a qu’une photo où l’on voit très loin des voitures et des personnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images significatives fut constaté sur la Télévision Espagnole. C’est dire que, dans les médias espagnols de grande audience, les images, quand elles faisaient allusion à l’acte de voter, lançaient un message contraire à la réalité qui circulait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de vénézuéliens sont allés voter. C’étaient des images soigneusement sélectionnées pour appuyer la version de l’opposition et ne pas donner l’information de l’appui massif à la Constituante donné par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux, où les hommes politiques ne font pas de déclaration, ils twittent, où la volatilité de l’information numérique prévaut sur le papier et où les télévisions copient les réseaux sociaux, les façons de mentir et de déformer sont de plus en plus complexes. Plutôt que de cacher une information, il est plus efficace d’en donner une autre différente, qui occupe la place de la réelle. Nous appellerons cela la «  non information ».

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations sociologiques) que ceci soit habituel dans les médias espagnols. Comme antécédents nous avons cette étude de Juin 2016 qui signalait que la Télévision Espagnole, alors que le chômage était toujours la première préoccupation des espagnols, lui avait consacré la moitié du temps qu’elle avait employé à parler de la crise politique au Venezuela (les journaux télévisés de ce mois-là consacrèrent 71 minutes à la situation du Venezuela face aux 31 qu’ils dédièrent au chômage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bulletins d’information du monde ouvraient sur le désarmement de l’ETA, la Télévision Espagnole parlait du Venezuela plutôt que du désarmement de l’ETA.

Cette technique de propagande de guerre qu’emploient les journaux d’information espagnols fait partie d’autres techniques mieux répertoriées comme : le deux poids deux mesures, prendre la partie pour le tout, les infos toxiques, la partialité des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.

Dans le cas de l’information de substitution, la non information, elle, doit comporter certaines caractéristiques. En premier lieu, elle doit être crédible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà établie; dans le cas des élections à l’Assemblée Constituante cette matrice est : violence, coup d’état, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait certain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des barricades incendiées, un quelconque incident isolé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anecdotique ou ne peut être généralisé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cependant, pour ne pas donner l’information importante -celle qui, elle, est généralisable quantitativement et qualitativement-, il est fondamental de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre médiatique, fonctionne, comme les attentats sous faux drapeaux ou attentats contre soi-même, (ceux qui sont commis pour rejeter la faute sur l’ennemi et justifier une intervention). Ainsi, lors de la journée d’élections vénézuélienne il y eut des incidents provoqués par l’opposition, un attentat contre la Garde Nationale Bolivarienne, des embuscades armées pour dissuader les votants et incendie de bureaux de vote. Mais si l’on prend la journée dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude pacifique et la détermination des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troisième lieu, l’information de substitution doit être au rang du spectaculaire autant que l’information réelle, afin de retenir toute l’attention. La violence est toujours une information spectaculaire en soi, elle est capable de retenir l’attention et de reléguer tout autre fait. C’est pourquoi, même lorsque l’on ne dispose pas d’images de violence il faut que le journaliste apparaisse portant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cerveau prête foi aux actes de violence dont parle le reporter.

En quatrième lieu, elle doit être capable de concentrer l’attention de ceux qui sont critiques envers les médias de masse, afin que tout le potentiel de contre-information soit pointé vers la mise en cause du « messager » (les moyens de communication de masse). Nous, les intellectuels et analystes, nous nous focalisons sur la dénonciation de la manipulation des médias et nous laissons de côté la diffusion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concentrés sur la dénonciation de l’attentat contre la garde nationale bolivarienne, que les médias ont transformé en « répression contre Maduro » ou sur la dénonciation de la violence des paramilitaires de l’opposition qui sabotaient les élections, au lieu de parler des vénézuéliens élus pour réformer la Constitution, de leur origine sociale, de leur engagement envers leurs bases, des premières propositions pour la réforme de la Constitution, des problèmes d’impunité que souhaite résoudre la nouvelle carta magna … En théorie de la communication cela se comprend comme l’Agenda Setting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on parlera, qui fixent ce qui est important, ce qui ne doit apparaître dans aucun média, comment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non information de ces jours derniers a été « l’isolement international du Venezuela ». Aux Nations Unies, le Venezuela a obtenu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des Droits de l’Homme, approuvèrent une résolution de reconnaissance de la Constituante vénézuélienne et réclamèrent la non-ingérence. Parmi ces pays figuraient les plus peuplés au monde et quelques autres de grand poids international comme la Russie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.  

La non information qui remplaça celle-ci fut « Les Etats-Unis et les principaux pays d’Amérique Latine condamnent la Constituante de Maduro (El País) » information également présente dans la majorité des médias espagnols le lendemain des élections. 

Mais cette technique ne fonctionne que si l’on dispose du personnel spécialisé capable, presque spontanément, d’élaborer les non informations, capable de regarder ailleurs, bien équipé du déguisement du « reporter de guerre ». Ce sont les parajournalistes, et à la tête de la profession internationale se trouvent les espagnols, tant des médias de masse privés que des médias publics.

L’an dernier j’ai déjà défini ce que j’entends par parajournalistes : « Si l’on qualifie de paramilitaire celui qui est affilié à une organisation civile dotée d’une structure ou d’une discipline militaire, nous pouvons dire des parajournalistesqu’ils sont ces journalistes affiliés à des médias de masse qui suivent une discipline militaire, lançant des bombes informatives sur les objectifs définis par leurs entreprises ». Parmi ces derniers nous avons Marcos López et Nuria Ramos, correspondants de Télévision Espagnole, qui sans aucun doute méritent une mention spéciale pour leur mauvais travail journalistique, toujours prêts à se placer du côté de ceux qui jettent les bombes incendiaires sur la garde bolivarienne, capables de contredire sans difficulté les images que recueillent leurs propres appareils de photos, disposés à se faire les victimes –tout comme l’opposition- de la « répression du gouvernement bolivarien ».

La grande offensive contre le gouvernement du Venezuela de la part des médias de masse espagnols fait partie de la guerre mondiale contre tout processus qui ne se plie pas aux intérêts impérialistes. Nos parajournalistes jouent leur rôle comme membres de l’armée vassale. Ces jours derniers nous avons vérifié que la guerre médiatique contre le Venezuela est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guerrière d’aujourd’hui est sans précédents, et qu’en réalité il n’existe pas différents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape François, nous sommes face à une Troisième Guerre Mondiale dont nous ne voyons que des bribes, le Venezuela est aujourd’hui l’un des objectifs prioritaires pour l’empire. La difficulté vient de ce que, contrairement à ce que nous vendent les films de Hollywood, aujourd’hui la guerre ne se présente pas à nous sous la même forme qu’au siècle dernier, il nous est plus difficile de reconnaître son mode de déroulement et d’identifier ses nouveaux et ses anciens bataillons.

Cette guerre contre le Venezuela essaie de combattre les deux piliers sur lesquels repose la Révolution bolivarienne : la souveraineté nationale et l’utopie socialiste. Elle vise à miner l’image du Venezuela à l’extérieur pour contrebalancer deux des traits les plus caractéristiques de la révolution bolivarienne : la voie pacifique et démocratique pour transformer le pays et l’utilisation de ses ressources naturelles pour améliorer les conditions de vie socio-économiques de la population. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alternative au Capitalisme. En ce sens, le Venezuela a également pris la relève de Cuba comme référent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est devenu le mauvais exemple.

D’où les missiles qui sont constamment lancés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révolution bolivarienne : la violence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux torpilles qui traditionnellement sont pointées sur la ligne de flottaison de toute utopie socialiste.

Avec un pareil objectif, les moyens de communication et tout le système de propagande contre le Venezuela visent très spécialement le terrain des campagnes électorales et mettent en cause sa démocratie. Il ne faut pas oublier que les élections sont la condition de la démocratie pour les élites politiques mais, seulement si l’on peut garantir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de communication, l’on parvient à convaincre la population de qui doivent être leurs gouvernants.

Les guerres ne sont pas l’affaire des gouvernements, ni des corporations, ni des moyens de communication, ni des peuples. Les guerres sont le résultat de tous et de chacun de ces éléments. Les gouvernements déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévitable », mais, avant, les corporations font leurs comptes et le bilan des coûts et profits, mais, avant, les moyens de communication créent les conditions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas perdu : selon un rapport élaboré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, sur les 11 pays européens étudiés, les moyens de communication espagnols sont les moins fiables. Au niveau mondial, quand sont étudiés les publics des Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, France, Espagne, Italie, Irlande, Danemark, Finlande, Brésil, Japon et Australie, seuls les moyens de communication étasuniens ont moins de crédibilité que les espagnols.

Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

Source

Repost 0
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 06:49


Déclaration de George Mavrikos, Secrétaire Général de la FSM du 15 août 2017 - Traduction NK pour  « Solidarité Internationale PCF - vivelepcf  »

La grande famille syndicale de la FSM, fidèle à son devoir internationaliste envers le peuple frère et la classe ouvrière du Venezuela, condamne fermement les déclarations provocatrices et éhontées du président impérialiste américain Trump sur la possibilité d'une offensive militaire contre le Venezuela. Le mouvement syndical international de classe se tient aux côtés des couches populaires de la République Bolivarienne du Venezuela et, encore une fois, indique clairement que seul son propre peuple est compétent pour déterminer l'avenir du pays.

Notre mouvement, le mouvement ouvrier, a une longue expérience de telles déclarations incendiaires des impérialistes, qui ont toujours ouvert la voie à leurs actes criminels. Nous l'avons déjà vu en Irak, en Libye, en Afghanistan et ailleurs. Aujourd'hui, nous disons que l'arme des peuples contre les ingérences et l'agressivité impérialiste réside dans l'organisation de leur lutte dans une orientation anti-capitaliste et anti-impérialiste, alors que leur bouclier est la solidarité internationaliste.

La Fédération Syndicale Mondiale, en tant que seul syndicat international luttant contre l'impérialisme et l'exploitation capitaliste, continuera à montrer sa solidarité active avec la classe ouvrière vénézuélienne. Nous appelons le peuple vénézuélien à être vigilant devant la tournure desévénements et à lutter pour l'approfondissement de leurs conquêtes sociales, jusqu'à l'apparition d'un nouveau monde, sans exploitation de l'homme par l'homme.

HALTE A L’AGRESSIVITÉ IMPÉRIALISTE !

 

George Mavrikos,
Secrétaire Général de la FSM

 

Repost 0
12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 15:49

Déjà pris dans le pot à confiture sur la Libye, la Syrie et l'Ukraine, le parti Ensemble de Clémentine Autain démontre une nouvelle fois dans un communiqué sur le Venezuela sa propension à promouvoir le calendrier impérialisme et fasciste des USA.

D'un journal détenu par un milliardaire comme l'est Libération (propriété de Patrick Drahi, thuriféraire de l'état raciste israëlien), on n'attendra guère de ses journalistes autre chose que les sons de cloche otanesques unanimement répandus dans les médias "libres" français, tant privés que publics. Quotidiennement depuis plusieurs semaines, Libération y va de sa banderille de propagande afin de soutenir l'arrivée au pouvoir au Venezuela d'un régime fasciste. Ce matin (9 août), c'est François-Xavier Gomez qui s'y colle. Il commence par une mise à jour mettant en avant la condamnation par 12 états d'Amérique du Sud de l'assemblée constituante élue le 30 juillet dernier au Venezuela. " Parmi ces pays, on trouve les plus importants du continent : l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay et le Pérou", souligne François-Xavier Gomez, probablement incapable de comprendre alors le grotesque de cette mise à jour. Reprenons donc sa liste de pays donnant des conseils de démocratie au Venezuela :

- Argentine : la première mesure de son président, Mauricio Macri, fut de revenir sur la loi sur les médias du gouvernement précédent de Cristina Kirchner et de rétablir ainsi la toute-puissance des conglomérats privés ; il applique depuis son arrivée au pouvoir une féroce politique d'austérité pro-patronale, faisant exploser la dette de l'Argentine et la pauvreté ;

- Brésil : l'actuel président, Michel Temer, est en place depuis un coup d'état "institutionnel" contre la présidente légitimement élue Dilma Roussef ; politique ultra-libérale pro-patronale, corruption, etc.

- Canada : caniche des Etats-Unis

- Colombie : caniche des Etats-Unis, assassinats réguliers de journalistes, de militants progressistes et de syndicalistes, découvertes régulières de fosses communes, promotion du para-militarisme d'extrême-droite.

- Costa-Rica : pays sous protectorat étasunien de fait.

- Honduras : innombrables assassinats de journalistes et de syndicalistes depuis le coup d'état de 2009 contre le président Zelaya, appuyé par les Etats-Unis.

- Mexique : fraudes nombreuses lors des dernières élections présidentielles, disparitions, tortures, assassinats, notamment le 26 septembre 2014 de 43 étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa venus manifester contre le gouvernement à Iguala.

- Panama : pays sous protectorat étasunien depuis son invasion et son occupation commandées par Bush Sr en 1989.

- Paraguay : son président élu et de gauche, Fernando Lugo, est renversé par un coup d'état "institutionnel" en 2012 ; retour depuis aux politiques néo-libérales les plus agressives.

- Pérou : pays sous protectorat étasunien, l'installation d'une nouvelle base militaire de l'armée étasunienne dans ce pays est annoncée au début de cette année, qui s'ajoute aux sept bases déjà présentes.

On suppose bien qu'avec la mémoire de poisson rouge qui caractérise la plupart de nos journalistes français, François-Xavier Gomez n'a aucune idée de l'absurdité qu'il y a à brandir la condamnation de l'assemblée constituante tout juste élue au Venezuela par douze pays tous marqués par des coups d'états, des assassinats de syndicalistes et une inféodation étroite aux Etats-Unis. Après une telle entrée en matière, on n'est donc guère surpris de voir l'article de Gomez se poursuivre par ces mots : " Le haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, le Jordanien Zeid Ra’ad al-Hussein, a dénoncé mardi « une tendance évidente à l’usage excessif de la force à l’encontre des manifestants » au Venezuela. " Après avoir mis en avant douze pays à des stades plus ou moins avancés de dictature bourgeoise et fasciste, François-Xavier Gomez cite donc un ressortissant du Royaume de Jordanie, pays qui, rappelons-le, est une monarchie prétendument parlementaire où le premier ministre est désigné par le roi, les parlementaires révocables par celui-ci ; un pays au sujet duquel un rapport de 2016 d'Humanrights écrit : "Les actes de torture et de mauvais traitement perpétrés par les agents des services de sécurité restent dans la plupart des cas impunis. Les manifestations sont souvent réprimées de manière violente. La liberté d’expression, d’association et d’information subissent de fortes restrictions. En particulier, les expressions critiques à l’égard du roi, des agents de l’État et de l’islam sont passibles de poursuites pénales. "

En somme, ou bien François-Xavier est un épouvantable idiot ou bien il prend ses lecteurs pour des ahuris. En tout état de cause, son article ne sert qu'une seule chose : l'instauration d'un régime fasciste au Venezuela sous supervision de la CIA et, si besoin est, invasion militaire de l'armée étasunienne. Il n'y a cependant là rien d'extraordinaire, répétons-le, car on imagine bien que le milliardaire Patrick Drahi n'a pas racheté Libération pour promouvoir la démocratie, le progrès et la réduction des inégalités dans le monde.

C'est beaucoup plus embêtant lorsque l'on trouve ce type de propagande dans un communiqué du parti Ensemble de Clémentine Autain, supposé faire partie de la France Insoumise, et donc défendre le processus révolutionnaire et constituant en cours au Venezuela. Voici ce qu'il y est notamment écrit :

" Dans une situation économique et sociale chaotique, qui se double d’une insécurité des personnes, le gouvernement Maduro a choisi la fuite en avant dans le seul objectif de se maintenir au pouvoir. Après le désaveu qu’a constitué la victoire de l’opposition aux élections législatives de 2015, et après avoir tenté d’annihiler les pouvoirs de la nouvelle Assemblée, l’élection d’une pseudo Assemblée constituante représente un nouveau coup de force avec un projet de constitution qui remet de fait en cause le principe du suffrage universel, une personne égale une voix. A cette farce électorale, s’ajoute la répression des opposants politiques, les violences quotidiennes contre les manifestants qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, et au mépris même de la constitution chaviste, le refus d’organiser le référendum révocatoire du président, le blocage des élections des gouverneurs prévus en 2016. Le Venezuela n’est plus aujourd’hui un Etat de droit, ce que ne saurait masquer la rhétorique « anti-impérialiste » du gouvernement. "

Ensemble a donc choisi de hurler avec les loups. Ensemble a donc décidé d'appuyer la tentative de coup d'état fasciste menée au Venezuela par le patronat le plus rétrograde, le clergé le plus réactionnaire, la bourgeoisie la plus revancharde et la CIA. Ensemble, prétendu parti progressiste, se place donc du côté de ceux qui, naguère déjà, vilipendèrent le Chili de Salvador Allende et permirent la dictature sanguinaire et ultra-libérale du généralPinochet. Le communiqué d'Ensemble sur le Venezuela fait donc de ce parti un complice objectif des tentatives actuelles de l'impérialisme étasunien et de la bourgeoisie fasciste d'Amérique du Sud afin de ramener le continent aux délicieuses heures des dictatures militaires d'extrême-droite du 20ème siècle. En somme, sous ses jolies couleurs rouge et verte, Ensemble promeut un agenda fasciste en Amérique du Sud et se révèle un vilain sous-marin de l'impérialisme sanguinaire étasunien. A moins de dénoncer ce communiqué qui, d'après certains échos sur les réseaux sociaux, aurait été imposé à ses militants par sa direction, Ensemble doit être promptement banni de la France Insoumise.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Si je souscris au cadre général de cet article, je ne peux cependant faire mienne sa conclusion selon laquelle " Ensemble a donc décidé d'appuyer la tentative de coup d'état fasciste menée au Venezuela par le patronat le plus rétrograde, le clergé le plus réactionnaire, la bourgeoisie la plus revancharde et la CIA." Il reste qu'avec ce communiqué "Ensemble" affaiblit l'unité progressiste nécessaire aux visées réactionnaires de la droite vénézuélienne et internationale. Il n'est qu'à entendre Donald Trump envisager une intervention militaire.

 

Tous les gouvernements progressistes d´Amérique latine ont une opposition dite de gauche

Reprise d'un article de LGS

Le cyclone médiatique semble s’être éloigné temporairement des côtes vénézuéliennes. Durant les trois semaines précédant l’élection des députés à l’Assemblée constituante, le Venezuela bolivarien a été à la Une de toutes les entreprises de communication internationales.

Ce n’est évidemment pas un hasard : il s’agissait de créer un climat favorable dans l’opinion publique pour justifier un changement de régime par la force. Celui ci n’ayant pas eu lieu, et le Peuple vénézuélien ayant donné une légitimité par les urnes à l’Assemblée constituante, en dépit du boycott de l’opposition et des menaces qui pesaient sur les électeurs, le Venezuela disparaît progressivement de nos médias, laissant la place à l’arrivée de Neymar au PSG et à celle d’un bébé panda au zoo de Beauval.

Comme les nuages se sont désormais retirés (attention tout de même à la queue du cyclone), nous pouvons désormais constater l’ampleur des dégâts laissé par le typhon médiatique au sein de l’opinion publique, et particulièrement parmi les sympathisants et militants de la transformation sociale. Le temps de rétablir la véracité des faits étant bien plus long que celui d’énoncer des mensonges, il restera toujours un doute et une méfiance dès que l’on recommencera à parler du Venezuela bolivarien. Il convient donc de revenir sur la légitimité de certaines sources d’information.

Depuis quatre mois, une opération de déstabilisation antidémocratique était en cours dans le pays caribéen. Elle s’est accélérée dés que le président Maduro, analysant la crise politique dans laquelle était plongé son pays, décida de redéfinir le pacte social qui unit les vénézuéliens en convoquant une Assemblée constituante. L’opposition vénézuélienne, au nom de la démocratie, décida de boycotter et d’empêcher par tous les moyens la tenue de cet évènement électoral.

Les tenants de la droite internationale ont tous manifesté une solidarité inconditionnelle avec leurs semblables vénézuéliens dans leur tentative de renverser le pouvoir. De Rajoy a Santos, de Uribe a Manuel Valls en passant par Peña Nieto et autres, aucun des dirigeants de droite n’a conditionné son soutien à une quelconque critique de cette opposition, pourtant très peu démocratique. En revanche, dans certains secteurs de gauche, nous avons pu assister à des exercices de funambulisme politique voire à des attaques frontales contre la Révolution Bolivarienne au moment où celle-ci est attaquée de toute part.

La plupart de ces commentateurs, pour critiquer le processus révolutionnaire vénézuélien, sans pour autant devoir puiser leurs références à l’extrême droite, se sont référés aux analyses produites par les membres de Marea Socialista, organisation issue d’une énième scission des partis trotskystes vénézuéliens (1). Ces derniers, pour dépasser le cadre intime de leur organisation, ont lancé un mouvement autodénominé « Plateforme du peuple en lutte et du chavisme critique ». Grand coup de communication, puisque cela laisse supposer qu’ils détiennent le monopole de la critique. Ce qui est évidemment faux. Il suffit, pour s’en rendre compte, de discuter un instant avec n’importe quel militant ou sympathisant du Parti Socialiste Uni du Venezuela (Psuv), ou des organisations de base de la Révolution bolivarienne.

Comme les médias et certains politiciens n’ont cessé de le répéter, ce mouvement compte effectivement 4 des 141 anciens ministres de l’ancien président Chavez (1999-2012). Mais alors, on se demande bien pourquoi la parole de 3% des anciens ministres d’Hugo Chavez pèse plus que celle des 97% restant qui continuent, eux, de soutenir la Révolution (2). Dans ce cas, la légitimité accordée à cette ultraminorité ne semble venir que de leur récente position d’opposant politique.

Cette invocation permanente du « chavisme critique » n’est pas le fruit du hasard. Systématiquement relayé par les médias dominants voire par les leaders de l’opposition, l’éclosion médiatique du « chavisme critique » semble faire écho au mémorandum élaboré en 2006 par l’ancien ambassadeur étatsunien William Brownfield et révélé par Wikileaks trois ans plus tard. Dans la missive envoyée au Département d’Etat, l’ancien ambassadeur faisait état du travail de l’ambassade pour tenter de diviser le chavisme (3). Il semble que les efforts souterrains des Etats-Unis aient porté leurs fruits.

Le Venezuela n’est pas un cas isolé. Tous les gouvernements progressistes d’Amérique latine ont une opposition dite de gauche. Rejeté majoritairement par les Peuples de leurs pays, le Psol au Brésil (1,55%), les Verts en Bolivie (2,69%), le Front de Gauche en Argentine (3,43%), ou encore l’Unité plurinationale des gauches en Equateur (3,23%) ont un écho médiatique sans commune mesure avec leur manque de représentativité populaire.

Et pourtant, des « intellectuels de gauche » jusqu’aux médias dominants, leurs analyses destructrices des processus révolutionnaires sont extrêmement relayées dans les pays occidentaux sans qu’aucun questionnement sur la légitimité de leur point de vue ne soit jamais évoqué. Même si chaque opinion est intéressante pour enrichir le débat, cette question de la légitimité démocratique des sources d’information pose problème (4).

Imaginons un seul instant que le New York Times fasse une double page d’interview de Jacques Cheminade pour dresser un bilan critique des débuts d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Ce qui choquerait ne serait pas tant les propos tenus par le politicien français, mais l’exclusion du même média de personnes considérées comme plus légitime car rassemblant autour d’elles un courant d’idées et une véritable force politique d’opposition. Au nom de quoi se voit-on imposer les Jacques Cheminade vénézuéliens pour décrypter la situation du pays caribéen ?

Lors des élections législatives de 2015 au Venezuela, Marea Socialista et le « chavisme critique » ont présenté 67 candidats à l’Assemblée Nationale (5), ces derniers réalisèrent des scores historique…ment faible, allant de 0,01% à 0,1% (6). Si 99.9% des vénézuéliens (chavistes ou d’opposition) rejettent les analyses et les propositions des membres du « chavisme critique », pourquoi donc cette vision s’impose dans le débat sur le Venezuela au sein d’une partie de la gauche française ? Est-ce parce que cette dernière trouve dans ces critiques qu’elle comprend, une façon de se désolidariser d’une révolution qui lui échappe et dont elle ne mesure pas la portée ?

Cette pensée mi-figue mi raisin consiste à mettre sur le même pied des positions politiques adverses et inégales. Et pourtant, même cette expression idiomatique typiquement française (« mi-figue, mi raisin ») tend à nous faire oublier que la France est un pays de raisin, dont la production est 2000 fois supérieure à la production de figue (7). Tout le monde conviendra que si l’arrêt de la production de figue ne représenterait pas un coup dur à notre économie, celle du raisin, en revanche, détruirait une grande partie de nos campagnes. Il ne viendrait à l’idée de personne de mettre sur un pied d’égalité ces deux productions agricoles. Or, hasard des chiffres, le chavisme compte aussi 2000 fois plus d’électeurs que Marea Socialista et son chavisme critique, et malgré cela la figue molle réussit à se hisser au niveau du raisin.

La pensée « mi-figue mi-raisin », si elle s’adapte parfaitement aux schèmes de pensées intellectuels, est impropre à la prise de décision politique où l’on est élu pour trancher entre des différentes options politiques. Elle est de fait, la meilleure alliée de la droite la plus réactionnaire. Car en se cachant derrière l’illusion d’une troisième voie dans un contexte extrêmement bipolarisé, en invoquant la liberté virtuelle du Peuple de rejeter les deux seules options politiques crédibles qui s’offrent á lui, elle participe en réalité à la justification des stratégies antidémocratiques de l’opposition vénézuélienne.

Cette pensée abonde dans certains secteurs de la gauche d’opposition, éloignés depuis trop longtemps des centres de pouvoir et de prise de décision. Elle est le reflet d’une gauche ONGisée et intellectualisée dont le but n’est pas la prise de pouvoir et le changement social mais la critique permanente des situations présentes. Il n’est donc pas étonnant de retrouver de manière récurrente en France et en Europe, l’argumentation de ces acteurs sans responsabilité politique ni légitimité démocratique.

La plupart des ONGs en « poste » dans les pays progressistes d’Amérique Latine dont le Venezuela ne sont en fait que les porte voix internationaux des thèses de l’opposition, quand ils n’imposent pas l’agenda politique des pays étrangers ou des groupes économiques qui les financent.

Ces organisations séquestrent la parole de catégories sociales, en s’accaparant leur représentation sans aucun contrôle démocratique. Elles donnent ainsi l’illusion de défendre un Peuple ou des segments de la société alors qu’en réalité, elles ne combattent que pour des concepts et des idéaux sans jamais écouter les citoyens ni tenir compte de leurs revendications. Si elles n’ont aucun impact dans les pays sur lesquels elles pondent des rapports, elles sont systématiquement relayées au sein d’une partie de la gauche occidentale, elle-même encore trop refugiée au sein d’associations ou à l’Université.

Si la plupart des ONGs s’opposent aux gouvernements progressistes d’Amérique Latine, c’est aussi sous le coup de deux facteurs. En premier lieu, avec la prise de pouvoir de mouvements populistes, un nombre non négligeable de membres de ces organisations ont été cooptés par l’appareil d’Etat, en raison de la promiscuité entre leur lutte et le projet politique légitimé par les urnes. Certains membres décidèrent alors que l’espace ouvert par le pouvoir était le lieu idéal pour faire avancer leurs idées malgré les contradictions politiques existantes et délaissèrent la critique permanente pour la construction politique. Ceux qui restèrent en marge du nouveau moment politique ont levé le voile sur le rôle qu’ils tenaient au sein du vieux système de caste : celui de corps constitués de la contestation, c’est à dire d’un espace de critiques inoffensives qui permet au système capitaliste d’entretenir l’illusion de la démocratie. Si ce genre de structures peuvent avoir un rôle positif lorsque le pouvoir ne favorise qu’une élite, elles sont totalement inadaptées lorsqu’un gouvernement se tourne vers la défense de l’intérêt général.

En second lieu, on a tendance à oublier que les documents publiés par certaines ONGs sont le résultat d’un travail élaboré par des individus ayant eux-mêmes leurs propres positions politiques dans la société qu’ils sont censés analyser. Par exemple, à l’époque où Robert Ménard ne représentait pas encore l’aile la plus radicale du Front National (8), et où nombre de médias et de politiques se faisaient l’écho des rapports de Reporters Sans Frontières sur le Venezuela, absolument personne ne savait que le correspondant de RSF au Venezuela était un opposant furibond financé par le gouvernement étasunien via la National Endowment for Democracy (NED) (9). Ce genre d’exemple abonde au Venezuela et en Amérique Latine. Et pourtant, une fois passé l’Océan Atlantique, leurs points de vue sont admis avec la plus grande crédulité au nom de la défense de grands idéaux comme la démocratie, les droits de l’homme ou la liberté de la presse (10).

Il ne s’agit évidemment pas d’empêcher qui que ce soit de penser ou d’émettre des opinons sur le Venezuela ou sur n’importe quel autre pays, mais de remettre la source de ces informations et de ces critiques à sa juste valeur, en ne sous estimant jamais la capacité des Peuples à juger de leur propre condition, comme ce fut le cas au Venezuela lors du vote du 30 juillet 2017 pour élire les députés à l’Assemblée constituante.

Des électeurs vénézuéliens traversent le Rio Pambo à pied pour aller voter et contourner les barricades que l’extreme droite a construite pour empêcher la tenue du scrutin démocratique

Ainsi, lorsque l’on entend que cette Assemblée constituante où même Nicolas Maduro n’auraient plus de légitimité, comme le clament à l’unisson la droite la plus radicale et un groupe de politiciens déguisés en « intellectuels de gauche » (11), nous sommes en droit de nous demander que représentent, à leurs yeux, les 8.089.320 électeurs chavistes qui se sont déplacés aux urnes pour l’élection des députés à l’Assemblée constituante. L’opposition ayant décidé de boycotter l’élection, le nombre d’électeurs qui ont voté le 30 juillet 2017 l’ont fait pour marquer leur adhésion à la proposition politique du président Maduro. Cela représente 41,53% des inscrits, soit un nombre plus important que celui qui, en 2000, avait entériné par référendum la précédente constitution (30,17% des inscrits) (12). Y a-t-il une légitimité à deux vitesses ?

De nombreux dirigeants de par le monde aimeraient d’ailleurs bénéficier d’un tel soutien populaire et d’une telle légitimité démocratique. Rappelons que les présidents de la Colombie Juan Manuel Santos, de l’Argentine Mauricio Macri, ou du Mexique Enrique Peña Nieto, tous farouches opposants à Nicolas Maduro furent élus avec seulement 24% des inscrits de leur pays. Sans parler de Michel Temer, qui n’a reçu aucun vote populaire pour occuper la présidence du Brésil. Ce n’est pas la cohérence politique qui étouffe les opposants à la révolution bolivarienne.

Pourquoi ceux qui ne reconnaissent pas cette force chaviste ne dénoncent-ils pas alors « l’illégitimité » du président français, Emmanuel Macron, élu avec 43,6% des inscrits, soit un score comparable à la dernière élection vénézuélienne, et sans boycott du vote de la part de ses opposants. Encore une fois, on imagine mal une série de pays, comme ce fut le cas pour le Venezuela, ne pas reconnaître les résultats de l’élection française, et donc le président en exercice, au vue de la « faible » participation ». Dans ce « deux poids, deux mesures », nous voyons bien qu’il s’agit d’une attaque politique qui ne tient pas compte de la légitimité démocratique que confère le Peuple à ses représentants.

Les critiques sur l’illégitimité du gouvernement vénézuélien venant d’une certaine gauche ou d’organisations non gouvernementales nous inquiètent au plus haut point, car elles révèlent avant tout leur rejet de la démocratie et leur incapacité à comprendre les motivations du Peuple dont ils prétendent représenter les intérêts.

Les derniers événements au Venezuela nous forcent à nous questionner sur la place que doivent occuper, dans notre démocratie, les organisations politiques ou certains corps intermédiaires lorsque ceux-ci sont complètement détachés des préoccupations populaires, et ne fonctionnent que par une idéologie totalement éloignée de la réalité sociale. Cela nous interpelle aussi sur le manque de légitimité démocratique de ces organisations lorsque celle-ci prétendent parler au nom de personnes qui, non seulement, ne se sentent pas représentées par ces organisations mais qui, au contraire, légitime le pouvoir que celles-ci prétendent dénoncer. Sur ce point, comme sur beaucoup, d’autre, le Venezuela n’a pas fini de nous inviter à remettre en cause notre propre réalité politique.

Romain MIGUS

Notes :

(1) Tous les trotskystes vénézuéliens ne sont pas alignés sur cette tendance. Ainsi Stalin Perez, cofondateur de la C-Cura, puis de Marea Clasista y Socialista, puis de Marea Socialista, a pris ces distances avec ses anciens camarades et a fondé la Liga Unitaria Chavista Socialista (LUCHAS), mouvement trotskyste critique, mais qui continue de soutenir la Révolution Bolivarienne. On peut d’ailleurs noter que, pour l’arrogance de certains de ses dirigeants, une nouvelle scission est en train de poindre au sein du « chavisme critique ». Affaire à suivre pour ceux qui ont du temps à perdre.

(2) Un nombre très restreint de ces ministres a fait défection dans les premières années du Chavisme rejoignant l’opposition de droite. C’est le cas, de Luis Miquilena, Francisco Uson, Alfredo Peña par exemple.

(3) Voir le mémorandum sur https://search.wikileaks.org/plusd/cables/06CARACAS3356_a.html

(4) En Argentine, le Front de Gauche (3,43%) a appelé à s’abstenir au deuxième tour favorisant la victoire de Mauricio Macri d’à peine 2,68%. Les conséquences néfastes du retour à l’ère néolibéral décidé par ce dernier sont catastrophiques pour le peuple Argentin.

(5) Voir la liste des candidats sur https://www.aporrea.org/poderpopular/a217218.html

(6) Voir les résultats des élections sur www.cne.gob.ve

(7) 3000 tonnes de figues produites en 2016 contre 6.247.000 tonnes de raisins. Voir http://ec.europa.eu/eurostat/fr/home

(8) Selon les mots de Louis Alliot, député et vice président du Front National, voir http://lelab.europe1.fr/Pour-Louis-Aliot-vice-president-du-FN-Robert-M...

(9) Personne sauf peut être Robert Ménard mais ce n’est pas le sujet et les lecteurs du Grand Soir et du livre “La face cachée de Reporters sans frontières” (Aden Editions, 2007). En effet, Thierry Deronne l’avait signalé dans la préface et Maxime Vivas y était revenu dans le texte de son manuscrit.

(10) Point de vue admis aussi dans des organisations internationales. Ainsi l’ONU vient d’emmètre un communiqué assez négatif sur la situation au Venezuela. Cependant, l’ONU n’a envoyé aucun enquêteurs sur place et, de leur propre aveu, ils se sont basés sur les témoignages des ONGs et de celui de l’ancienne procureur de la République, opposante politique de Nicolas Maduro.

(11) Voir « L’appel international à stopper l’escalade de violence au Venezuela », appel disponible sur le portail d’information de la droite vénézuélienne la plus radicale, LaPatilla.com. Coïncidence ? Voir : https://www.lapatilla.com/site/2017/06/06/intelectuales-de-izquierda-d...

(12) 30,17% des inscrits avaient voté en faveur de la nouvelle Constitution, 11,86% s’y était opposé. Le reste s’est abstenu ou a voté nul.

 

Repost 0
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 11:51

Tandis que le gouvernement et le peuple du Vénézuela fait face aux difficultés économiques et à l'agression des forces réactionnaires du pays et des Etats-Unis, "Ensemble" se positionne en allié objectif des forces réactionnaires, c'est honteux. Les donneurs de leçons de démocratie feraient bien de regarder leurs chaussures, eu égard à la méthode d'intégration du mouvement à la FI. Les forces économiques du patronat vénézuélien, les crimes de cette partie jusqu'au boutistes de la droite revancharde dans les violences caractérisées, s'épargnent, pour l'essentiel de la critique d'"Ensemble". Le peuple de gauche peut, à juste titre, s'émouvoir du lâchage, par cette organisation, d'un peuple qui lutte pour la poursuite de la révolution Bolivarienne et l'amélioration de son sort.

 

 

 

Il semble un peu bousculé par ses convictions, Pablo Stefanoni, dans l’article qu’il a fait paraître sur le site Nueva Sociedad sous le titre « El retroceso ‘nacional-estalinista’ » (« le recul ‘national-staliniste’ ») et repris sur Mediapart sous le titre « La tentation du national-stalinisme au Venezuela ». Il constate – un peu vite –, juge – un peu trop vite –, mais ne renseigne pas. Le lecteur est trimballé et secoué entre des propos péremptoires qui claquent comme des coups de cravache et ne trouve pas à se raccrocher à une perspective historique, à la profondeur d’une analyse ou à un minimum de prudence intellectuelle. Un tract militant, en somme, que cet article qui ne creuse pas ses propres arguments et apporte un soutien inattendu à la propagande occidentale contre la révolution bolivarienne. Est-ce bien digne de l’ex-directeur de l’édition bolivienne du Monde diplomatique?
Citant, pêle-mêle, la corruption de l’armée, les coupures d’électricité, les pénuries et une violence urbaine incontrôlée, l’auteur prétend mettre en évidence la « dégradation morale du processus bolivarien ». Quel que soit le problème évoqué, le président Maduro en est considéré comme le principal responsable et, si ce dernier accuse les Etats-Unis de mener une guerre économique contre son pays, c’est uniquement parce qu’il est de mauvaise foi et qu’il cherche à détourner l’attention de ses propres forfaitures.  « L’Empire conspire partout, écrit Pablo Stefanoni, mais dans les autres pays de l’ALBA, plus ou moins bien administrés, la nourriture ne manque pas sur les marchés ». A chacun ses responsabilités ! Et pour contrer la sanction de l’électorat, il a inventé l’  « entourloupe » de la Constituante – le texte original dit « la manœuvre », « la maniobra » – afin de neutraliser un Congrès où l’opposition est majoritaire depuis 2015. Une démarche révélatrice de la dérive autoritaire constatée par Pablo Stefanoni qui affirme que « ce n’est pas la première fois, ni la dernière, qu’au nom du dépassement de la « démocratie libérale », on supprime la démocratie avec le libéralisme ». D’ailleurs, selon lui, les signes ne trompent pas: plus le gouvernement bolivarien perd en légitimité démocratique, plus il laisse paraître sa « sensibilité nationale-stalinienne », une tendance de fond qu’illustrerait la fascination du président pour le colonel Kadhafi et sa politique de « remplacement de  la démocratie libérale par un État de masse fondé sur son pouvoir personnel et sur une police secrète efficace ». 
Avant d’avancer dans le débat, il nous semble indispensable de souligner qu’en accablant ainsi le président Maduro, Pablo Stefanoni fait, qu’il le veuille ou non, le jeu de la droite vénézuélienne. En voulant démâter une révolution menée, depuis le début, sous les vents contraires du néolibéralisme, il se place, de fait, du côté des États-Unis – prêts à intervenir militairement comme l’a récemment déclaré Donald Trump – et d’organisations comme la NED qui veillent à ce que le monde reste ouvert à la démocratie de marché, à la démocratie des profits défendue par les rentiers de Wall Street, une démocratie gueulée lors de soulèvements populaires soigneusement préparés et qui, en cas de victoire, est sommée de renier son étymologie.
Alors, prenons un peu de recul.
Lorsque Hugo Chavez arrive au pouvoir, il n’est pas le leader d’un mouvement homogène, tous ses suiveurs ne sont pas convaincus de la nécessité de bâtir un monde plus juste. Comme l’explique Sébastien Ville[1], Chavez est alors entouré de « centaines de petits barons locaux » et de « quelques dizaines de cadres de l’ancien régime » qui l’ont rejoint par opportunisme. « Une partie de la bourgeoisie vénézuélienne » a fait campagne à ses côtés en espérant que ce lieutenant-colonel, une fois élu, s’endormirait dans les délices de Capoue et leur laisserait les mains libres. Une hétérogénéité qui explique l’enlisement des premières réformes de Chavez. Dès le départ, ces « conservateurs incrustés dans la coalition de Chavez […] font inscrire dans la Constitution des dispositions qui font obstacle à la radicalité portée par la population » (Ville). Conscient de cette trahison venant de ses propres rangs, Chavez « se fait voter les pleins pouvoirs en 2001 et décrète 49 lois » ce qui amènera des lock-out patronaux et l’entretien de pénuries organisées, en réalité, par l’opposition patronale. Maurice Lemoine cite le cas des producteurs de lait de l’État de Zulia qui « jetaient dans les rivières, des millions de litres de leur production pour générer la pénurie ». Parions qu’une enquête approfondie multiplierait les exemples de ce type.
Cette guerre du patronat contre la révolution atteint son point culminant en avril 2002, lors du coup d’Etat de Pedro Carmona et de la Fedecámaras (le MEDEF vénézuélien), une opération mise en échec en deux jours grâce à la présence de réseaux chavistes au sein de l’armée.
Contraint de court-circuiter un appareil d’État « complice […] de l’opposition et principal organisateur de la corruption », Hugo Chavez lance alors les grandes missions sociales. Il est indispensable de contourner les instances politiques qui fonctionnent comme des relais irréformables de l’oligarchie. En 2005, par exemple, c’est très consciemment qu’ « il fait appel à la mobilisation populaire [pour] s’opposer à l’inertie des gouverneurs, maires ou ministres chavistes » à travers l’Union Nationale des Travailleurs (UNT).
« Drôle de Président de la République qui en appelle à la subversion de son pouvoir politique », s’exclame Sébastien Ville qui observe, en outre, que c’est la confrontation avec la violence de l’opposition qui provoque la radicalisation du gouvernement. Une situation qui n’est pas sans rappeler le cas de Fidel Castro qui, pris à la gorge dès sa réforme agraire par l’establishment étasunien et voyant son pays ciblé par des attentats et des bombardements yankees, finira par se déclarer marxiste-léniniste. Quand les capitalistes intégristes poussent la gauche à devenir extrémiste…
Mais Hugo Chavez a beau faire, la société vénézuélienne reste gangrenée par une corruption qui va jusqu’à empêcher la mise en application des décrets. Sébastien Ville cite l’exemple des « grands propriétaires [qui] continuent de faire la loi dans les campagnes grâce à leurs milices privées » et, bien entendu, graissent la patte de « certains cadres de l’institution de réforme agraire ». On ne modifie pas un pays en quelques années, on ne fait pas disparaître un système d’allégeances et de passe-droits avec des ordonnances. La population l’a compris et, méfiante devant des cadres intermédiaires de la révolution, elle boude de plus en plus les élections locales. Sébastien Ville rejoint l’analyse d’Allende dans son analyse des réalités politiques :
« L’appareil d’État (échelons locaux compris), construit pour d’autres intérêts que ceux des masses populaires, ne répond pas aux impulsions de Chavez ; il est un nid de corruption et de clientélisme caractéristique de quarante années de ‘démocratie bipartisane’ »
Bilan : Chavez doit admettre que, malgré huit années passées à la tête du pays, il n’est pas parvenu à mettre en œuvre l’ensemble de sa politique.
Quelle solution apporter alors ? La réponse de Sébastien Ville est parfaitement logique: « Il faut […] détruire l’Etat pour construire un nouveau système d’organisation sociale ».
Bâtir un État révolutionnaire à la place de l’État conservateur, dissoudre les réseaux patronaux qui traversent le tissu social et faire le ménage dans les rangs de la révolution bolivarienne car « nombreux sont les affairistes et arrivistes qui ont fait leur nid dans [son] sillage ».
Une solution pas facile à mettre en œuvre. La révolution a-t-elle les moyens de mener cette guerre contre le patronat qui parasite le pays ?
Pablo Stefanoni semble penser que non. Au début de son article, il cite les paroles de Bertrand Russell, qui, dans un livre intitulé Théorie et pratique du bolchevisme, « avait soutenu que le prix des méthodes [des bolcheviques] était très élevé et que, même en payant ce prix, le résultat n’était pas garanti ». Pablo Stefanoni a du mal à croire aux solutions radicales et préfère se tourner vers l’espoir d’une « normalisation démocratique qui inclurait des contenus sociaux et égalitaires ». Facile sur le papier, facile et progressiste, très social-démocrate, c’est-à-dire en bonne conscience qui avale ses propres mots et les trouve exquis. Il n’est sans doute pas dans le tempérament de Pablo Stefanoni de prendre d’assaut une démocratie que Sartre a défini un jour comme « un ensemble de droits formels accompagnés de démentis concrets ». Il nous semble, d’ailleurs que c’est ici qu’on doit chercher la raison de ce billet : dire à la gauche vénézuélienne que la révolution, ça ne vaut pas le coup, que Lénine est mort et que le chavisme est devenu une farce dramatique. Le changement doit se gagner lentement, en travaillant dur et en faisant preuve d’imagination. Mais, surtout, pas de révolution ! Pas de secousse ! Pas d’excès d’autorité ! Et gare au « national-stalinisme » ! « Faisons tout ce qui est possible pour que Caracas ne soit pas notre mur de Berlin du XXIème siècle », conclut Pablo Stefanoni avec une grandiloquence dont il ne perçoit pas le ridicule.
Dans leur livre La deuxième droite, Jean-Pierre Garnier et Louis Janover affirment qu’ « en acceptant de se soumettre aux mécanismes du système électoral, on conforte l’idée qu’il ne peut exister une voie radicale pour sortir du statu quo, on se place sur le terrain choisi par l’adversaire à qui on offre les meilleures armes ». Pour ces auteurs, le système électoral se limite à « envoyer tour à tour au Parlement et au gouvernement des majorités opposées sur la manière de gérer le système capitaliste mais d’accord pour n’en pas toucher les fondements. »
On aurait aimé que le billet de Pablo Stefanoni décrive mieux et plus précisément la réalité sociale et politique du Venezuela, qu’il expose avec une clarté méticuleuse le fonctionnement d’un État capable de tenir tête, sournoisement, à la majorité placée à sa tête par les élections. On aurait aimé qu’il étale sous nos yeux l’anatomie d’un système de clientélisme et de corruption qui donne à la société vénézuélienne son caractère féodal, avec son cortège de potentats capables de traverser toutes les majorités et de détourner la politique à leur profit.
Mais c’est, manifestement, trop demander.
Bruno Adrie
[1] Sébastien Ville, « La révolution bolivarienne du Venezuela », (Actuel Marx 2007/2 (n° 42), p. 71-83)

Repost 0
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 09:44

 

Venezuela : quand Ensemble de Clémentine Autain hurle avec les loups fascistes  par Disjecta  mercredi 9 août 2017

Déjà pris dans le pot à confiture sur la Libye, la Syrie et l'Ukraine, le parti Ensemble de Clémentine Autain démontre une nouvelle fois dans un communiqué sur le Venezuela sa propension à promouvoir le calendrier impérialisme et fasciste des USA.

D'un journal détenu par un milliardaire comme l'est Libération (propriété de Patrick Drahi, thuriféraire de l'état raciste israëlien), on n'attendra guère de ses journalistes autre chose que les sons de cloche otanesques unanimement répandus dans les médias "libres" français, tant privés que publics. Quotidiennement depuis plusieurs semaines, Libération y va de sa banderille de propagande afin de soutenir l'arrivée au pouvoir au Venezuela d'un régime fasciste. Ce matin (9 août), c'est François-Xavier Gomez qui s'y colle. Il commence par une mise à jour mettant en avant la condamnation par 12 états d'Amérique du Sud de l'assemblée constituante élue le 30 juillet dernier au Venezuela. " Parmi ces pays, on trouve les plus importants du continent : l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay et le Pérou", souligne François-Xavier Gomez, probablement incapable de comprendre alors le grotesque de cette mise à jour. Reprenons donc sa liste de pays donnant des conseils de démocratie au Venezuela :

- Argentine : la première mesure de son président, Mauricio Macri, fut de revenir sur la loi sur les médias du gouvernement précédent de Cristina Kirchner et de rétablir ainsi la toute-puissance des conglomérats privés ; il applique depuis son arrivée au pouvoir une féroce politique d'austérité pro-patronale, faisant exploser la dette de l'Argentine et la pauvreté ;

- Brésil : l'actuel président, Michel Temer, est en place depuis un coup d'état "institutionnel" contre la présidente légitimement élue Dilma Roussef ; politique ultra-libérale pro-patronale, corruption, etc.

- Canada : caniche des Etats-Unis

- Colombie : caniche des Etats-Unis, assassinats réguliers de journalistes, de militants progressistes et de syndicalistes, découvertes régulières de fosses communes, promotion du para-militarisme d'extrême-droite.

- Costa-Rica : pays sous protectorat étasunien de fait.

- Honduras : innombrables assassinats de journalistes et de syndicalistes depuis le coup d'état de 2009 contre le président Zelaya, appuyé par les Etats-Unis.

- Mexique : fraudes nombreuses lors des dernières élections présidentielles, disparitions, tortures, assassinats, notamment le 26 septembre 2014 de 43 étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa venus manifester contre le gouvernement à Iguala.

- Panama : pays sous protectorat étasunien depuis son invasion et son occupation commandées par Bush Sr en 1989.

- Paraguay : son président élu et de gauche, Fernando Lugo, est renversé par un coup d'état "institutionnel" en 2012 ; retour depuis aux politiques néo-libérales les plus agressives.

- Pérou : pays sous protectorat étasunien, l'installation d'une nouvelle base militaire de l'armée étasunienne dans ce pays est annoncée au début de cette année, qui s'ajoute aux sept bases déjà présentes.

On suppose bien qu'avec la mémoire de poisson rouge qui caractérise la plupart de nos journalistes français, François-Xavier Gomez n'a aucune idée de l'absurdité qu'il y a à brandir la condamnation de l'assemblée constituante tout juste élue au Venezuela par douze pays tous marqués par des coups d'états, des assassinats de syndicalistes et une inféodation étroite aux Etats-Unis. Après une telle entrée en matière, on n'est donc guère surpris de voir l'article de Gomez se poursuivre par ces mots : " Le haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, le Jordanien Zeid Ra’ad al-Hussein, a dénoncé mardi « une tendance évidente à l’usage excessif de la force à l’encontre des manifestants » au Venezuela. " Après avoir mis en avant douze pays à des stades plus ou moins avancés de dictature bourgeoise et fasciste, François-Xavier Gomez cite donc un ressortissant du Royaume de Jordanie, pays qui, rappelons-le, est une monarchie prétendument parlementaire où le premier ministre est désigné par le roi, les parlementaires révocables par celui-ci ; un pays au sujet duquel un rapport de 2016 d'Humanrights écrit : "Les actes de torture et de mauvais traitement perpétrés par les agents des services de sécurité restent dans la plupart des cas impunis. Les manifestations sont souvent réprimées de manière violente. La liberté d’expression, d’association et d’information subissent de fortes restrictions. En particulier, les expressions critiques à l’égard du roi, des agents de l’État et de l’islam sont passibles de poursuites pénales. "

En somme, ou bien François-Xavier est un épouvantable idiot ou bien il prend ses lecteurs pour des ahuris. En tout état de cause, son article ne sert qu'une seule chose : l'instauration d'un régime fasciste au Venezuela sous supervision de la CIA et, si besoin est, invasion militaire de l'armée étasunienne. Il n'y a cependant là rien d'extraordinaire, répétons-le, car on imagine bien que le milliardaire Patrick Drahi n'a pas racheté Libération pour promouvoir la démocratie, le progrès et la réduction des inégalités dans le monde.

C'est beaucoup plus embêtant lorsque l'on trouve ce type de propagande dans un communiqué du parti Ensemble de Clémentine Autain, supposé faire partie de la France Insoumise, et donc défendre le processus révolutionnaire et constituant en cours au Venezuela. Voici ce qu'il y est notamment écrit :

" Dans une situation économique et sociale chaotique, qui se double d’une insécurité des personnes, le gouvernement Maduro a choisi la fuite en avant dans le seul objectif de se maintenir au pouvoir. Après le désaveu qu’a constitué la victoire de l’opposition aux élections législatives de 2015, et après avoir tenté d’annihiler les pouvoirs de la nouvelle Assemblée, l’élection d’une pseudo Assemblée constituante représente un nouveau coup de force avec un projet de constitution qui remet de fait en cause le principe du suffrage universel, une personne égale une voix. A cette farce électorale, s’ajoute la répression des opposants politiques, les violences quotidiennes contre les manifestants qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, et au mépris même de la constitution chaviste, le refus d’organiser le référendum révocatoire du président, le blocage des élections des gouverneurs prévus en 2016. Le Venezuela n’est plus aujourd’hui un Etat de droit, ce que ne saurait masquer la rhétorique « anti-impérialiste » du gouvernement. "

Ensemble a donc choisi de hurler avec les loups. Ensemble a donc décidé d'appuyer la tentative de coup d'état fasciste menée au Venezuela par le patronat le plus rétrograde, le clergé le plus réactionnaire, la bourgeoisie la plus revancharde et la CIA. Ensemble, prétendu parti progressiste, se place donc du côté de ceux qui, naguère déjà, vilipendèrent le Chili de Salvador Allende et permirent la dictature sanguinaire et ultra-libérale du général Pinochet. Le communiqué d'Ensemble sur le Venezuela fait donc de ce parti un complice objectif des tentatives actuelles de l'impérialisme étasunien et de la bourgeoisie fasciste d'Amérique du Sud afin de ramener le continent aux délicieuses heures des dictatures militaires d'extrême-droite du 20ème siècle. En somme, sous ses jolies couleurs rouge et verte, Ensemble promeut un agenda fasciste en Amérique du Sud et se révèle un vilain sous-marin de l'impérialisme sanguinaire étasunien. A moins de dénoncer ce communiqué qui, d'après certains échos sur les réseaux sociaux, aurait été imposé à ses militants par sa direction, Ensemble doit être promptement banni de la France Insoumise

Il semble un peu bousculé par ses convictions, Pablo Stefanoni, dans l’article qu’il a fait paraître sur le site Nueva Sociedad sous le titre « El retroceso ‘nacional-estalinista’ » (« le recul ‘national-staliniste’ ») et repris sur Mediapart sous le titre « La tentation du national-stalinisme au Venezuela ». Il constate – un peu vite –, juge – un peu trop vite –, mais ne renseigne pas. Le lecteur est trimballé et secoué entre des propos péremptoires qui claquent comme des coups de cravache et ne trouve pas à se raccrocher à une perspective historique, à la profondeur d’une analyse ou à un minimum de prudence intellectuelle. Un tract militant, en somme, que cet article qui ne creuse pas ses propres arguments et apporte un soutien inattendu à la propagande occidentale contre la révolution bolivarienne. Est-ce bien digne de l’ex-directeur de l’édition bolivienne du Monde diplomatique?
Citant, pêle-mêle, la corruption de l’armée, les coupures d’électricité, les pénuries et une violence urbaine incontrôlée, l’auteur prétend mettre en évidence la « dégradation morale du processus bolivarien ». Quel que soit le problème évoqué, le président Maduro en est considéré comme le principal responsable et, si ce dernier accuse les Etats-Unis de mener une guerre économique contre son pays, c’est uniquement parce qu’il est de mauvaise foi et qu’il cherche à détourner l’attention de ses propres forfaitures.  « L’Empire conspire partout, écrit Pablo Stefanoni, mais dans les autres pays de l’ALBA, plus ou moins bien administrés, la nourriture ne manque pas sur les marchés ». A chacun ses responsabilités ! Et pour contrer la sanction de l’électorat, il a inventé l’  « entourloupe » de la Constituante – le texte original dit « la manœuvre », « la maniobra » – afin de neutraliser un Congrès où l’opposition est majoritaire depuis 2015. Une démarche révélatrice de la dérive autoritaire constatée par Pablo Stefanoni qui affirme que « ce n’est pas la première fois, ni la dernière, qu’au nom du dépassement de la « démocratie libérale », on supprime la démocratie avec le libéralisme ». D’ailleurs, selon lui, les signes ne trompent pas: plus le gouvernement bolivarien perd en légitimité démocratique, plus il laisse paraître sa « sensibilité nationale-stalinienne », une tendance de fond qu’illustrerait la fascination du président pour le colonel Kadhafi et sa politique de « remplacement de  la démocratie libérale par un État de masse fondé sur son pouvoir personnel et sur une police secrète efficace ». 
Avant d’avancer dans le débat, il nous semble indispensable de souligner qu’en accablant ainsi le président Maduro, Pablo Stefanoni fait, qu’il le veuille ou non, le jeu de la droite vénézuélienne. En voulant démâter une révolution menée, depuis le début, sous les vents contraires du néolibéralisme, il se place, de fait, du côté des États-Unis – prêts à intervenir militairement comme l’a récemment déclaré Donald Trump – et d’organisations comme la NED qui veillent à ce que le monde reste ouvert à la démocratie de marché, à la démocratie des profits défendue par les rentiers de Wall Street, une démocratie gueulée lors de soulèvements populaires soigneusement préparés et qui, en cas de victoire, est sommée de renier son étymologie.
Alors, prenons un peu de recul.
Lorsque Hugo Chavez arrive au pouvoir, il n’est pas le leader d’un mouvement homogène, tous ses suiveurs ne sont pas convaincus de la nécessité de bâtir un monde plus juste. Comme l’explique Sébastien Ville[1], Chavez est alors entouré de « centaines de petits barons locaux » et de « quelques dizaines de cadres de l’ancien régime » qui l’ont rejoint par opportunisme. « Une partie de la bourgeoisie vénézuélienne » a fait campagne à ses côtés en espérant que ce lieutenant-colonel, une fois élu, s’endormirait dans les délices de Capoue et leur laisserait les mains libres. Une hétérogénéité qui explique l’enlisement des premières réformes de Chavez. Dès le départ, ces « conservateurs incrustés dans la coalition de Chavez […] font inscrire dans la Constitution des dispositions qui font obstacle à la radicalité portée par la population » (Ville). Conscient de cette trahison venant de ses propres rangs, Chavez « se fait voter les pleins pouvoirs en 2001 et décrète 49 lois » ce qui amènera des lock-out patronaux et l’entretien de pénuries organisées, en réalité, par l’opposition patronale. Maurice Lemoine cite le cas des producteurs de lait de l’État de Zulia qui « jetaient dans les rivières, des millions de litres de leur production pour générer la pénurie ». Parions qu’une enquête approfondie multiplierait les exemples de ce type.
Cette guerre du patronat contre la révolution atteint son point culminant en avril 2002, lors du coup d’Etat de Pedro Carmona et de la Fedecámaras (le MEDEF vénézuélien), une opération mise en échec en deux jours grâce à la présence de réseaux chavistes au sein de l’armée.
Contraint de court-circuiter un appareil d’État « complice […] de l’opposition et principal organisateur de la corruption », Hugo Chavez lance alors les grandes missions sociales. Il est indispensable de contourner les instances politiques qui fonctionnent comme des relais irréformables de l’oligarchie. En 2005, par exemple, c’est très consciemment qu’ « il fait appel à la mobilisation populaire [pour] s’opposer à l’inertie des gouverneurs, maires ou ministres chavistes » à travers l’Union Nationale des Travailleurs (UNT).
« Drôle de Président de la République qui en appelle à la subversion de son pouvoir politique », s’exclame Sébastien Ville qui observe, en outre, que c’est la confrontation avec la violence de l’opposition qui provoque la radicalisation du gouvernement. Une situation qui n’est pas sans rappeler le cas de Fidel Castro qui, pris à la gorge dès sa réforme agraire par l’establishment étasunien et voyant son pays ciblé par des attentats et des bombardements yankees, finira par se déclarer marxiste-léniniste. Quand les capitalistes intégristes poussent la gauche à devenir extrémiste…
Mais Hugo Chavez a beau faire, la société vénézuélienne reste gangrenée par une corruption qui va jusqu’à empêcher la mise en application des décrets. Sébastien Ville cite l’exemple des « grands propriétaires [qui] continuent de faire la loi dans les campagnes grâce à leurs milices privées » et, bien entendu, graissent la patte de « certains cadres de l’institution de réforme agraire ». On ne modifie pas un pays en quelques années, on ne fait pas disparaître un système d’allégeances et de passe-droits avec des ordonnances. La population l’a compris et, méfiante devant des cadres intermédiaires de la révolution, elle boude de plus en plus les élections locales. Sébastien Ville rejoint l’analyse d’Allende dans son analyse des réalités politiques :
« L’appareil d’État (échelons locaux compris), construit pour d’autres intérêts que ceux des masses populaires, ne répond pas aux impulsions de Chavez ; il est un nid de corruption et de clientélisme caractéristique de quarante années de ‘démocratie bipartisane’ »
Bilan : Chavez doit admettre que, malgré huit années passées à la tête du pays, il n’est pas parvenu à mettre en œuvre l’ensemble de sa politique.
Quelle solution apporter alors ? La réponse de Sébastien Ville est parfaitement logique: « Il faut […] détruire l’Etat pour construire un nouveau système d’organisation sociale ».
Bâtir un État révolutionnaire à la place de l’État conservateur, dissoudre les réseaux patronaux qui traversent le tissu social et faire le ménage dans les rangs de la révolution bolivarienne car « nombreux sont les affairistes et arrivistes qui ont fait leur nid dans [son] sillage ».
Une solution pas facile à mettre en œuvre. La révolution a-t-elle les moyens de mener cette guerre contre le patronat qui parasite le pays ?
Pablo Stefanoni semble penser que non. Au début de son article, il cite les paroles de Bertrand Russell, qui, dans un livre intitulé Théorie et pratique du bolchevisme, « avait soutenu que le prix des méthodes [des bolcheviques] était très élevé et que, même en payant ce prix, le résultat n’était pas garanti ». Pablo Stefanoni a du mal à croire aux solutions radicales et préfère se tourner vers l’espoir d’une « normalisation démocratique qui inclurait des contenus sociaux et égalitaires ». Facile sur le papier, facile et progressiste, très social-démocrate, c’est-à-dire en bonne conscience qui avale ses propres mots et les trouve exquis. Il n’est sans doute pas dans le tempérament de Pablo Stefanoni de prendre d’assaut une démocratie que Sartre a défini un jour comme « un ensemble de droits formels accompagnés de démentis concrets ». Il nous semble, d’ailleurs que c’est ici qu’on doit chercher la raison de ce billet : dire à la gauche vénézuélienne que la révolution, ça ne vaut pas le coup, que Lénine est mort et que le chavisme est devenu une farce dramatique. Le changement doit se gagner lentement, en travaillant dur et en faisant preuve d’imagination. Mais, surtout, pas de révolution ! Pas de secousse ! Pas d’excès d’autorité ! Et gare au « national-stalinisme » ! « Faisons tout ce qui est possible pour que Caracas ne soit pas notre mur de Berlin du XXIème siècle », conclut Pablo Stefanoni avec une grandiloquence dont il ne perçoit pas le ridicule.
Dans leur livre La deuxième droite, Jean-Pierre Garnier et Louis Janover affirment qu’ « en acceptant de se soumettre aux mécanismes du système électoral, on conforte l’idée qu’il ne peut exister une voie radicale pour sortir du statu quo, on se place sur le terrain choisi par l’adversaire à qui on offre les meilleures armes ». Pour ces auteurs, le système électoral se limite à « envoyer tour à tour au Parlement et au gouvernement des majorités opposées sur la manière de gérer le système capitaliste mais d’accord pour n’en pas toucher les fondements. »
On aurait aimé que le billet de Pablo Stefanoni décrive mieux et plus précisément la réalité sociale et politique du Venezuela, qu’il expose avec une clarté méticuleuse le fonctionnement d’un État capable de tenir tête, sournoisement, à la majorité placée à sa tête par les élections. On aurait aimé qu’il étale sous nos yeux l’anatomie d’un système de clientélisme et de corruption qui donne à la société vénézuélienne son caractère féodal, avec son cortège de potentats capables de traverser toutes les majorités et de détourner la politique à leur profit.
Mais c’est, manifestement, trop demander.
Bruno Adrie
[1] Sébastien Ville, « La révolution bolivarienne du Venezuela », (Actuel Marx 2007/2 (n° 42), p. 71-83)

Repost 0
6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 09:26

Venezuela. La paix à l’ombre de l’Assemblée constituante

PIERRE BARBANCEY
MARDI, 1 AOÛT, 2017
L'HUMANITÉ
File d’attente devant un bureau de vote, à Caracas dimanche, sous les yeux des pères fondateurs du bolivarisme. Federico Parra/AFP
File d’attente devant un bureau de vote, à Caracas dimanche, sous les yeux des pères fondateurs du bolivarisme. Federico Parra/AFP
 

La nouvelle Assemblée constituante sera installée jeudi. Nicolas Maduro a affirmé que « le moment d’une nouvelle histoire (était) arrivé ». L’opposition continue ses appels à manifester. Washington annonce de nouvelles sanctions.

Caracas (Venezuela), envoyé spécial.
Les Vénézuéliens ont fait mentir les pronostics de tous ceux, dans le pays comme à l’extérieur, qui s’opposaient à la tenue de l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC), voulue par le président Nicolas Maduro. Plus de 8 millions d’entre eux, soit 41,53 % des électeurs, se sont déplacés. Ils ont pour cela bravé les violences orchestrées par une opposition arc-boutée sur son refus du scrutin sans aucune volonté de participer à la recherche 
de la paix dans le pays et la propagande éhontée des médias internationaux opposés au pouvoir chaviste. Dans les quartiers est de la capitale, des milliers d’habitants n’ont pas pu se rendre aux urnes pour cause de blocage. Sur la place Simon-Bolivar, lieu hautement symbolique de Caracas, le président vénézuélien a pu crier : « Victoire, victoire, victoire populaire ». Pour autant, tout n’est pas réglé. Les Vénézuéliens attendent maintenant des changements pour retrouver la dynamique des années Chavez.

C’était l’ambiance des grands jours sur la place Simon-Bolivar, à Caracas, dimanche, dans la nuit. Des corps qui se frôlent en dansant la salsa, des effluves de rhum, des cris et des chants, de quoi fêter le résultat de l’élection de l’Assemblée nationale constituante. Un scrutin décidé le 1er mai dernier par le président Maduro comme la Constitution lui en donne les droits, contrairement à tout ce qui est dit dans les médias et sur les réseaux sociaux. Un pari loin d’être gagné à ce moment-là. D’abord, parce que l’opposition s’était lancée dans un harcèlement du pouvoir en multipliant les manifestations et en favorisant les violences pour mieux gagner l’opinion. Pari loin d’être gagné également parce que les difficultés économiques, l’incapacité à passer à une économie post-pétrole – la chute des prix du baril a durement affecté le Venezuela – et les manœuvres internationales visant à affaiblir le pays – selon un scénario historiquement connu en Amérique latine mis en place contre les régimes progressistes – se sont traduites pour la population par des mesures draconiennes et une pénurie alimentaire et en médicaments. De quoi renforcer la colère, le ressentiment et une perte de confiance dans les autorités. Et pourtant…

Dimanche matin, certains quartiers est de Caracas, aisés, semblaient un champ de bataille. À l’appel de l’opposition, une partie de la population, visiblement aidée par des groupes venus de barrios plus défavorisés, avait dressé des barrages sur les principales artères. Le but : harceler la garde civile déployée en nombre (et qui a fait usage de gaz lacrymogènes) et, surtout, empêcher la tenue du scrutin. L’opposition avait organisé, il y a deux semaines, un scrutin sauvage visant à délégitimer le pouvoir, et annoncé une participation de 7,5 millions de votants – mais avait immédiatement brûlé tous les bulletins ! Il s’agissait donc d’empêcher le pouvoir de dépasser ce chiffre.

« On a droit de voter mais, eux, ils nous en empêchent »

« Je n’ai pas pu voter dans mon bureau habituel parce que, lorsque je suis arrivée, il y avait des chaînes, racontait Nancy Lucena, la cinquantaine. Avec d’autres personnes qui se trouvaient dans la même situation que moi, nous avons tenté d’aller ailleurs parce que la Commission nationale électorale (CNE) a dit qu’on pouvait voter dans n’importe quel centre de la municipalité, mais il y a eu des affrontements, des gaz lacrymogènes, la police circulait très vite à moto, on entendait des cris, il y avait des barrages. On a couru jusqu’à Chacaito, le quartier limitrophe mais qui n’est pas contrôlé par l’opposition. On a décidé que notre sécurité était plus importante. On a droit de voter mais, eux, ils nous en empêchent. » C’était à Chacao, quartier commercial de l’est de Caracas, dont le maire est de l’opposition. Témoignage similaire de Daniela Lanz, venue du quartier los Ruices et qui devait voter au collège Don-Bosco. « Il y avait une guarimba (actes de violence de l’opposition, NDLR) et je n’ai pas pu voter. J’aimerais qu’il y ait du changement, que ces problèmes se terminent et qu’on puisse vivre tranquille et en paix comme les Vénézuéliens que nous sommes », insistait-elle, encore effrayée. De fait, depuis vendredi, les morts se sont accumulés, d’un côté comme de l’autre. Deux candidats à la Constituante ont été assassinés et un membre de la garde civile a reçu une balle en pleine tête.

La stratégie de l’opposition n’a donc pas fonctionné. Car il s’agit d’une stratégie. Dimanche soir, Nicolas Maduro a révélé que, quinze jours auparavant, dans le cadre de contacts secrets entre le pouvoir et l’opposition, il avait proposé de reporter de deux semaines l’élection de la Constituante pour permettre aux opposants d’y participer. Il a essuyé un refus. Pour les Leopoldo Lopez (lire aussi ci-contre) et autre Henrique Capriles, leaders de l’opposition, il s’agit surtout de faire un grand saut vers le passé. Avant la révolution bolivarienne. Or la Constituante, instrument inconnu pour ceux qui n’ont comme vision que la démocratie occidentale, doit permettre tout à la fois d’approfondir la démocratie participative et d’inscrire dans une nouvelle Constitution – qui sera soumise à référendum – les acquis des dix-huit dernières années. D’où le vote de dimanche, visant à élire d’une part des représentants territoriaux, d’autre part des candidats par catégories socioprofessionnelles. De quoi garantir des débats prenant en compte les problèmes réels du peuple vénézuélien. L’opposition, qui avait gagné les élections législatives et contrôlait l’Assemblée nationale, ne s’est jamais engagée sur cette voie, cherchant seulement le renversement de Nicolas Maduro.

En réalité, l’opposition est divisée entre ceux qui visent les élections de gouverneurs pour prendre des places (les élections sont prévues pour le 10 décembre) et ceux, plus violents, directement liés aux États-Unis. Pour l’heure, cette dernière tendance a pris le dessus. D’où l’appel à continuer les manifestations y compris jeudi, jour de l’installation de la Constituante. Elle est encouragée par les États-Unis, qui ont annoncé leur volonté d’amplifier les sanctions économiques contre le Venezuela, l’Union européenne et surtout Madrid, toujours suivistes de Washington, mais aussi par certains pays d’Amérique latine, à commencer par la Colombie, qui avait annoncé la semaine dernière qu’elle ne reconnaîtrait pas la Constituante. La Colombie, bien peu reconnaissante envers le pouvoir chaviste pour son rôle joué en faveur de la paix et de l’accord avec les Farc. Il est vrai que des groupes paramilitaires colombiens proches du président Juan Manuel Santos sont toujours actifs et possèdent des bases en territoire vénézuélien, notamment dans la région de Tachira.

545 personnes sur 6 120 candidats, vont siéger mercredi

Avec l’élection de l’Assemblée nationale constituante, une nouvelle période s’ouvre au Venezuela. 545 personnes, choisies parmi les 6 120 candidats, vont siéger mercredi. Elles ne sont pas toutes des affidés du pouvoir. Vêtu de rouge, le poing brandi et le sourire aux lèvres, Nicolas Maduro a affirmé : « Le moment d’une nouvelle histoire est arrivé. » Une histoire qui va aussi s’affermir au sein de la Commission vérité, qui vise à faire toute la lumière sur les responsabilités des uns et des autres dans les événements de ces derniers mois et qui ont fait plus d’une centaine de morts. « Abandonnez le chemin de la violence, revenez à la politique », a encore lancé le président vénézuélien sur la place Simon-Bolivar avant de moquer Donald Trump, qui ne reconnaît pas le scrutin.

Les discussions secrètes qui ont pris place ces dernières semaines à Saint-Domingue et à Panama n’ont pas abouti. José Luis Rodriguez Zapatero, l’ancien président du Conseil espagnol, qui servait de médiateur, a demandé la semaine dernière de « passer d’une dynamique de rapport de forces à de véritables efforts de négociations. Le premier responsable, c’est le gouvernement, je lui demande de faciliter la négociation par de nouveaux gestes ». Et il a ajouté, sans doute contrit : « Mais sans la volonté et la détermination de l’opposition, rien ne sera possible. » Sans doute les Nations unies devraient-elles jouer un rôle de facilitateur pour permettre à la paix de s’imposer au Venezuela, message principal des huit millions d’électeurs de dimanche. Les premières décisions de l’Assemblée seront déterminantes pour la suite afin d’imposer ce dialogue. Nul doute que les sanctions américaines ne servent qu’à aggraver la situation économique des Vénézuéliens et empêcher la nécessaire transition vers une économie diversifiée. Comme le disait Nancy Lucena du quartier Chacao, « nous avons obtenu beaucoup de choses et je ne veux pas les perdre à cause des violences. C’est un désastre. Tout le monde veut que le Venezuela tombe mais on ira de l’avant ».

 

L’UE et la France emboîtent le pas de trump

La Commission européenne exprime « de sérieux doutes » sur le processus électoral conduisant à l’élection de la Constituante. Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, ex-ministre de Silvio Berlusconi, affirme « ne pas reconnaître cette élection ». Selon le Quai d’Orsay, la France « demande aux autorités vénézuéliennes de consentir, dans un esprit de réconciliation nationale, aux compromis nécessaires au dénouement de la crise, dont le prolongement ne peut qu’accroître le désarroi du peuple vénézuélien et déstabiliser toute la région ». Défendant une « médiation internationale sous l’égide de l’ONU afin de rétablir la paix et la sécurité », le PCF appelle le gouvernement français à agir « fermement en ce sens plutôt que d’emboîter le pas » à l’administration Trump.

grand reporter à l'Humanité
Repost 0
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 19:51

ARTICLE AVN : VENEZUELA : POUR LE PCV, LE NIVEAU DE LA PARTICIPATION ÉLECTORALE EXPRIME LE REJET DES VIOLENCES DE L’OPPOSITION

Le Parti communiste du Venezuela (PCV) estime que l’élection de l’Assemblée nationale constituante (ANC) constitue une victoire marquante pour le peuple vénézuélien. Elle a enregistré un haut niveau de participation. Les électeurs se sont mobilisés pour rejeter le terrorisme et les menaces d’intervention étrangère.

Dans une conférence de presse, lundi [31 juillet 2017], Oscar Figuera, secrétaire général du PCV, a répété que l’ANC  « sera une opportunité de débattre d’une nouvelle société ».

Il a estimé qu’une partie des couches moyennes de la population, qui ne sont pas chavistes, « veulent empêcher une intervention étrangère contre le pays et manifester leur ras-le-bol de la violence fasciste et terroriste ».

Il a ajouté que ces catégories refusent que « les commandos de mercenaires terroristes de l’extrême-droite fasciste, au service de l’impérialisme américain, créent, chaque jour, des situations qui conduisent à la mort de Vénézuéliens par des actes atroces ».

ARTICLE ULTIMA HORA : « PEDRO EUSSE (PCV) : IL EST IMPORTANT QUE LES TRAVAILLEURS NE NOURRISSENT PAS D’ILLUSIONS ». 

La direction du Parti communiste du Venezuela s’est exprimée après l’élection de l’Assemblée nationale constituante. Elle a participé à cet événement électoral, en alliance avec d’autres partis révolutionnaires, même si elle a exprimé son désaccord avec la forme improvisée de son déroulement.

Pedro Eusse, membre du Comité central du PCV, a souligné que, bien que l’on ne dispose pas [à ce moment – le 31 juillet] du taux final de la participation et que l’on ne connaisse pas quels sont les résultats définitifs et s’il y aura des députés communistes à la constituante, « nous devons mettre en avant le soutien apportés par les 8 millions de Vénézuéliens qui sont venus voter ».

« Il est vrai que la participation n’a pas été aussi massive qu’à d’autres échéances électorales, comme nous l’aurions voulu et comme c’était nécessaire, mais il faut garder en tête que l’opposition n’a pas participé au scrutin. Cela explique qu’il faut retrancher un nombre important d’électeurs ne se sont pas déplacés. »

Pour Eusse, d’une façon générale, le niveau de participation est significatif. Et même des électeurs qui ne se s’identifient pas avec le processus bolivarien ont décidé de voter pour contrer les agissements à venir du Président des Etats-Unis et la violence organisée par l’opposition. Et il s’est trouvé bien des gens qui n’ont pas pu sortir de chez eux à cause du blocage des routes par l’opposition.

Pour Eusse : « Le mouvement chaviste, et ceux qui ne sont pas chavistes mais révolutionnaires, comme le PCV, avaient à mettre en échec un ennemi très important, l’impérialisme américain et son principal porte-parole, le Président Donald Trump. Je pense que le message a été clair ».

Eusse était lui-même candidat à l’Assemblée constituante dans le collège ouvrier. Pour lui, l’ANC va être un espace de débat et de lutte idéologique. Mais elle ne va pas, à elle seule, résoudre les problèmes et garantir la paix, parce que la paix ne sera gagné qu’en vainquant le fascisme. Eusse a expliqué « qu’il est important que les travailleurs ne nourrissent pas d’illusions et ne s’accrochent pas à certains bureaucrates des administrations ou des syndicats. Parce que c’est seulement par nos luttes que nous arriverons à des solutions. Nous devons comprendre que la cause fondamentale de nos problèmes réside dans l’existence même du système capitaliste qui continue de dominer notre pays ».

A la fin de son intervention, Eusse a exhorté à unir les forces du « Front national de lutte de la classe ouvrière » et du « Front anti-impérialiste et populaire antifasciste » pour « transcender les luttes et faire de la bataille pour la libération, une bataille pour une véritable émancipation. »

Repost 0
3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 14:03

Venezuela : Le PGE condamne la tentative de coup d’État parlementaire

L'ouverture annoncée d'un dialogue entre le gouvernement du président Nicolas Maduro et les représentants de l'opposition, avec le soutien de l'UNASUR et des présidents Lionel Fernandez, Martin Torrijos et José Luis Rodriguez Zapatero et avec la médiation du représentant du Vatican Emil Paul Tscherrig s'est écrasé devant le mur du refus de l'aile la plus extrémiste de l'opposition.

 Depuis toujours, la confrontation brutale et le rejet de tout dialogue fait partie des méthodes utilisées par cette opposition. Après les élections législatives de décembre 2015, la nouvelle majorité des représentants des vieux partis cherche à hâter la fin du gouvernement progressiste venezuelien et imposer ses politiques néolibérales.

 Le Tribunal suprême de Justice en reconnaît plus la légitimité de ce parlement qui a imposé, de la manière la plus autoritaire, que trois députés de l'opposition siègent malgré leur élection contestée et entachée par la fraude.

 L'opposition utilise la provocation en voulant imposer un référendum révocatoire cette année alors que les partis de l'opposition ont toujours su qu'ils en pourront obtenir ce référendum puisqu'ils n'ont pas entamé la procédure nécessaire dans les temps prévus par la constitution. L'objectif de ses dirigeants est, encore une fois, la déstabilisation politique, et porter ombre sur la légitimité du gouvernement chaviste.

 La déclaration que l'Assemblée nationale vient de faire publique est un pas de plus dans cette guerre déclarée contre la révolution bolivarienne et est une tentative flagrante de provoquer un coup d’État parlementaire qui rappelle d'autres qui ont eu lieu contre d'autres gouvernements progressistes de la région.

 L'accuser le président Nicolas Maduro d'être l'auteur d'un coup d’État es une manière cynique d'inverser les rôles. Le véritable coup d’État en cours au Venezuela aujourd'hui est celui que l'opposition essaye de mettre en place en d’arrogant des compétences dont elle en peut pas disposer et qui lui permettraient de soumettre le président élu à un procès politique, nommer un nouveau Conseil national électoral et designer des nouveaux magistrats au Tribunal suprême de Justice.

 L’ingérence de la part des alliés de Washington dans la région en s'est pas fait attendre. Le Secrétaire exécutif de l'OEA, le président argentin Mauricio Macri et d'autres représentants des gouvernements de droite ont fait des déclarations qui rappellent les temps où les Etats-Unis pouvaient faire et défaire des gouvernements en Amérique latine.

 Le Parti de la gauche européenne condamne énergiquement cette nouvelle tentative de coup d’État contre le gouvernement légitime du président Nicolas Maduro et déclare son soutien le plus ferme et sa solidarité avec le peuple venezuelien et avec les forces progressistes qui font face à l'offensive des forces du passé.

 Être solidaires avec le Venezuela est favoriser le dialogue qui reste la seule voie pour trouver une issue à la crise actuelle.

 

Source: Parti de la Gauche Européenne

Repost 0

BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

Recherche

Texte Libre