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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 05:14

Mélenchon dans la revue Krisis 13-14 d'Alain de Benoît, intellectuel d'extrême-droite, dans un entretien avec Gilbert Pérol:

"C’est la réalisation d’une étape décisive vers l’union politique de l’Europe. Le marché unique devenant une réalité à partir de 1993, les questions qui se posent désormais sont celles du pouvoir politique et de la citoyenneté. Dans ce domaine, il est incontestable que la Traité de Maastricht nous fait avancer d’un pas."
"Le capitalisme étant ce qu’il est, le marché unique va produire mécaniquement des systèmes de protection vis-à-vis de l’extérieur, ce dont je me félicite car je me définirais volontiers comme un nationaliste européen."
"Or comme c’est au niveau européen que réside aujourd’hui l’efficacité véritable de la décision, le seul pouvoir qui ne soit pas une mystification est nécessairement celui qui peut s’exercer à l’échelle de l’Europe." 
"Vous trouverez difficilement plus jacobin que moi […] je fais mienne cette phrase de Saint-Just "L’obscurantisme parle bas-breton, le fédéralisme parle basque, la raison parle français !"

Revue Krisis 13-14

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 07:41

Le massacre des communistes indonésiens de 1965 : retour sur un des plus grands crimes contre l’Humanité du XX ème siècle

L’idéologie dominante ne se contente pas de ré-écrire l’histoire, elle pratique la mémoire sélective. A côté des crimes qu’elle commémore, ceux attribués aux forces communistes et progressistes, il y a ceux qu’elle passe sous silence, tente d’oublier

La sortie dans les salles françaises du banalement sordide « The act of Killing » nous rappelle un des plus grands massacres du XX ème siècle, absents de nos manuels scolaires, de la scène médiatique, du débat historique : le massacre de masse des communistes indonésiens, en 1965.

Les cadavres remontent désormais à la surface, en Indonésie même, où toute référence aux « événements de 1965 » était proscrite sous le dictateur Suharto et encore largement tue.

Un rapport de la Commission indonésienne des droits de l’Homme (Komnas-HAM) a reconnu en 2012 pour la première fois le « crime contre l’humanité » qu’a constituée la répression anti-communiste de 1965.

En l’absence d’enquête internationale, de nature judiciaire ou historique, les chiffres exacts restent inconnus. Si les estimations ne descendent pas en-dessous de 500 000 morts, la fourchette actuelle – reprise dans The Act of Killing– serait de 1 à 3 millions de victimes.

Le massacre s’intégrait dans un coup d’État de Suharto visant à liquider le PC indonésien (PKI), avec le soutien bienveillant des États-Unis déterminés à éliminer une « menace rouge » qui, après la Chine et le Vietnam, risquait de faire tomber un des États les plus peuplés du monde.

Le premier parti communiste du tiers-monde et l’alliance anti-impérialiste de Soekarno

L’Indonésie d’après-guerre est associée à la figure de Soekarno, dont l’œuvre est résumée dans les cinq principes (Pancasila) qui posent comme fondement un nationalisme unitaire, lui-même inscrit dans une perspective internationaliste, teinté de « socialisme » et de tolérance religieuse.

Dans un État constitué de six grandes religions, 300 dialectes, 17 000 îles et 100 millions d’habitants, Soekarno se posait comme l’arbitre entre les forces sociales et politiques antagonistes, le garant de l’ « unité nationale ».

Sa politique du front national, le « NASAKOM », consiste en une direction par le Parti national indonésien (nas) d’un mouvement unitaire avec d’un côté les groupements religieux conservateurs (agama), de l’autre les communistes indonésiens (kom).

La ligne du PKI était de constituer un « front populaire national » en vue de fonder une nation indépendante de l’impérialisme, une démocratie avancée sociale qui constituerait une étape vers le socialisme. Ce qui était pour Soekarno un but était pour le PKI une période transitoire.

Dans cette politique d’alliances, les communistes connurent une irrésistible ascension : le PKI avait obtenu 16% des voix aux élections de 1955 mais en 1965, le PKI comptait 3,5 millions d’adhérents.

Ses organisations de masse rassemblaient plus de 20 millions de sympathisants, soit un cinquième de la population indonésienne en 1965.

Le syndicat de classe SOBSI contribuait à mener la lutte de classe externe contre les vestiges de l’impérialisme néerlandais et britanniques, interne contre les éléments petit-bourgeois de l’alliance nationale, et la vieille classe dominante « nationale », celle des propriétaires terriens islamiques.

Puissant chez les travailleurs du pétrole, du caoutchouc ainsi que chez les petits paysans de Java et Sumatra,le PKI et ses organisations de masse donnent une perspective aux luttes : réforme agraire pour les paysans, nationalisation des ressources nationales.

Le massacre replacé dans un contexte international : la main de l’impérialisme

Après la chute de la Chine et l’enlisement au Vietnam, la montée du communisme indonésien inquiétait l’impérialisme américain, craignant tant la radicalisation du nationalisme anti-impérialiste de Soekarno qu’une révolution communiste.

Dans un premier temps, les Etats-unis vont apporter un soutien à tous les opposants de la « révolution nationale », finançant notamment le Parti socialiste (PSI), farouchement anti-communiste, et le parti islamiste Masyumi.

En 1958, la CIA offre les bases logistiques et militaires d’une rébellion armée à Sumatra, riche en pétrole. Le « gouvernement révolutionnaire » indonésien, sans base populaire, appuyé par les États-Unis et par les Partis socialistes et islamistes est défait en quelques mois par l’armée indonésienne.

Les Etats-unis changent de stratégie. L’armée constituant le seul rempart contre le communisme, ils lui apportent une aide de 65 millions de $ entre 1959 et 1965. Conscient de la manœuvre, Soekarno avait apostrophé l’ambassadeur américain : « Allez en enfer avec votre aide ! ».

Pour les services secrets américains et britanniques, il s’agissait de favoriser la faction « de droite », anti-Soekarno et pro-impérialiste, conduite d’abord par Nasrution puis par Suwarto, lui-même formé par les Etats-unis, face à la faction dominante « centriste », dirigé par Yani, pro-Soekarno.

Le prétexte à la vague sanguinaire contre-révolutionnaire survient le 30 septembre 1965 : un coup de force d’un quarteron de colonels qui proclame un « gouvernement révolutionnaire » après avoir exécuté six membres de l’Etat-major de la faction « centriste » de l’armée, dont le général Yani.

Suharto, en charge des troupes de réserves nationales (KOSTRAD), prend le contrôle de Djakarta, au nom du maintien du régime de Soekarno. En attribuant le putsch aux communistes, il déclenche « le plus grand massacre du XX ème siècle » selon les termes même d’un rapport de la CIA de 1968.

L’implication de la CIA, de l’ambassade américaine mais aussi des services britanniques ne fait aucun doute. Sans archives complètes américaines et indonésiennes, seule l’ampleur de la collaboration est encore à préciser.

Parmi les certitudes, ce sont les Etats-unis qui contribuent à former les officiers indonésiens, dans l’École des officiers de l’armée indonésienne à Bandoeng (SESKOAD), à la « guerre contre-insurrectionnelle » (territorial warfare).

De 1958 à 1965, la SESKOAD va former les différents échelons de l’armée pour lutter contre toute « insurrection » communiste, jusqu’à former les embryons de milices locales dans les quartiers et villages. Elles furent au cœur de la terreur de 1965.

La CIA va aussi jouer un rôle capital en élaborant la propagande anti-communiste des putschistes : non seulement faire circuler des faux sur les atrocités commises par les communistes mais surtout attiser les haines raciales (contre les Chinois) et religieuses (contre les athées).

L’ambassade et les services secrets auraient même rendu une liste de 5 000 cadres, à tous les niveaux, du PKI à l’armée indonésienne, facilitant ainsi sa traque et la décapitation du parti.

Alors que la répression faisait rage et que les journaux occidentaux étaient contraints, en les minimisant, de faire état du carnage, les ambassades et chancelleries occidentales maintenaient un silence officiel tout en louant en coulisses l’efficacité de la liquidation du PKI.

Le fruit du crime : 35 ans de dictature obscurantiste au service des multi-nationales américaines

Le bilan comptable de la répression ne peut rendre compte de la barbarie des actes : exécutions sommaires par balles ou décapitation, rivières jonchées de cadavres, déportation dans des camps, viols puis prostitution forcée, ce que reconnaît le rapport de 2012 de la Commission indonésienne des droits de l’Homme.

Pour les services secrets américains, le succès de la liquidation du mouvement révolutionnaire en Indonésienne fut une source d’inspiration pour les opérations ultérieures : de l’opération Phoenix au Viet-Nam jusqu’aux coups d’Etat et dictatures latino-américaines, Pinochet en tête.

Le déroulé de la répression est révélateur :

D’une part, le rôle d’impulsion de l’Armée, financée et formée par les États-Unis, comme en Amérique latine : c’est elle qui a lancé la « Terreur », identifiant et listant les ennemis, donnant le mot d’ordre de « Sikat » (liquidation, nettoyage) et surtout armant, formant et encadrant les milices.

Car l’essentiel des massacres revient à des milices civiles issues des partis religieux : NU (Nahdaltul Ulama) – avec sa branche de jeunesse fanatisée, l’ANSOR – et Muhammadiyah, deux organisations islamistes de masse, ancrés dans les communautés rurales, appelant à un djihad anti-communiste.

Ce rôle de bras armé joué par les islamistes ne doit pas occulter l’implication massive des autres forces religieuses : hindous à Bali, pour la défense du système de caste et contre les influences chinoises ; chrétiennes à Java où les forces catholiques ont participé notamment à la formation du KAMI (Forum d’action étudiant), mouvement étudiant qui participa à l’épuration des communistes.

Il ne doit pas non plus masquer l’antagonisme social qui en est à l’origine. Loin d’être tous athées, les sympathisants communistes étaient souvent eux-mêmes musulmans, notamment dans les régions rurales javanaises.

L’antagonisme pendant la crise de 1965 s’est structuré entre santri, musulmans fondamentalistes, proches des propriétaires terriens, colonne vertébrale des milices islamistes ; et abangan, forme religieuse syncrétique, tolérante, ancrée dans les masses rurales sympathisantes du PKI.

L’évocation du motif religieux fut avant tout un puissant facteur de mobilisation pour les propriétaires terriens inquiets par la progression communiste, ainsi que pour une armée soucieuse de faire main basse sur la manne pétrolière.

L’hypocrisie américaine : double discours sur la lutte contre l’islamisme et pour la démocratie

L’hypocrisie américaine du discours de la lutte contre l’islamisme ne fait guère illusion. En Indonésie, comme en Afghanistan, au Yémen hier, comme en Syrie et en Libye aujourd’hui : islamisme, élites économiques conservatrices et impérialisme occidental font bon ménage.

Hypocrisie américaine du discours sur la « démocratie » capitaliste contre la « dictature » communiste. Pendant plus de trente ans, l’ « Ordre nouveau » de Suharto a livré tous les échelons de pouvoir à l’armée dans sa « double fonction » de stabilisation politique et économique.

Les organisations islamistes, coordonnées par l’État dans le cadre du Conseil des Oulémas (MUI), encadraient les masses rurales.

Aujourd’hui encore, NU et Muhammadiyah sont deux des organisations islamistes les plus puissantes du monde,avec le réseau de madrasa (écoles coraniques), d’associations de charité, elles rassemblent plus de 60 millions de membres.

Dans ce schéma, comparable à l’Égypte de Moubarak (y compris dans le rapport aux Frères musulmans), Suharto a organisé la « dépolitisation des masses », diamétralement opposée à la « mobilisation populaire » qui fondait l’action de Soekarno et du PKI.

Pour Suharto, les « masses flottantes » devaient être encadrées par des organisations de masse, tel le syndicat unique FBSI, chargées de la collaboration de classe dans un système corporatiste, semblable au régime fasciste.

Dans ses 32 années de règne, les répressions sanglantes furent la marque de fabrique de Suharto. Pour ne citer que les cas les plus barbares, la répression du mouvement de libération du Timor oriental et celui de Papouasie occidentale firent au moins 300 000 morts.

L’enthousiasme des observateurs occidentaux n’eut pas de limites pour le miracle du « dragon indonésien ».

Suharto, comme Pinochet au Chili avec l’ « Ecole de Chicago », fut prompt à mettre en place les recettes libérales de la « mafia de Berkeley » : austérité budgétaire, suppression des aides sociales (remplacées par la charité islamique), privatisations et fiscalité attractive pour les entreprises.

Gonflée par la manne pétrolière après 1973, les subsides du FMI et de la Banque mondiale, le « miracle indonésien » a profité aux multi-nationales, telles Shell ou BP dans le pétrole, ou encore Nike et Adidas dans le textile, ainsi qu’à une mince oligarchie corrompue.

En dépit de trois décennies de croissance économique, l’Indonésie compte encore 120 millions de pauvres, la moitié de la population vivant avec moins de 2 $ par jour, selon les chiffres de la Banque mondiale, 200 millions vivant avec moins de 4 $ par jour.

L’enrichissement spectaculaire d’une minorité contraste avec la paupérisation de la majorité. L’Indonésie est actuellement le pays où le nombre de millionnaires croît le plus vite : ils seront 100 000 en 2015, concentrant 500 milliards de $, les deux-tiers de la richesse du pays.

A l’heure actuelle, les 40 individus les plus riches d’Indonésie concentrent autant de richesses que 60 millions d’Indonésiens.

L’exemple indonésien met non seulement à jour l’hypocrisie des tenants de l’ordre capitaliste mais aussi ce à quoi conduit cette forme extrême de liquidation d’un Parti communiste de masse : dépendance nationale et paupérisation générale.

Solidarité Internationale PCF

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 07:36

1965 : Le massacre des communistes indonésiens

 

 

Le Parti Communiste d’indonésie (PKI) comptait 3,5 millions de membres et une quinzaine de millions de sympathisants. Il était par la taille le 3ème parti communiste au monde. En 1965, la répression, couverte par l’occident et en particulier par les USA, fit entre 500 000 et 2 millions de morts. Mais comment en est-on arrivé là ?

L’Indonésie est une ancienne colonie néerlandaise. 87 % de la population est musulmane. Pendant la 2ème guerre mondiale, le Japon occupe l’Indonésie. Les Japonais sont d’abord accueillis comme des libérateurs car ils promettent l’indépendance. Rapidement, ils remplacent les colons hollandais et sont rejetés. L’indépendance est déclarée par Sukarno en 1945. Mais la guerre d’indépendance continuera jusqu’au 27 décembre 1949. Comme après beaucoup de guerres, l’économie est en ruine. Sukarno renforce son pouvoir intérieur. Il cherche la confrontation avec la Malaisie. Critiqué par l’occident, il se rapproche de plus en plus de l’URSS et de la Chine. Le PKI qui a, deux fois déjà, été anéanti par la répression (en 1926 et en 1948), se présente en 1955 aux élections et obtient 16 % des voix. Il a trois ministres dans un gouvernement qui en compte quatre-vingt .

Liens PKI- gouvernement

Vers la fin des années 1950, le PKI commence peu à peu à se rapprocher du président Sukarno. Il faut dire qu’en 1955, Sukarno a organisé la conférence de Bandung (en Indonésie), qui a réuni pour la première fois les représentants de 29 pays africains et asiatiques. C’est la première entrée en scène des pays du Tiers-Monde. Sukarno est un dictateur nationaliste, mais pas un communiste, bien que très influencé par la Chine communiste. En 1957, il veut un système de parti unique, une « démocratie dirigée ». Le PKI devient à la fois de moins en moins critique face au gouvernement et de plus en plus puissant. Il a de nombreux syndicats, des groupes de femmes, des petits paysans qui le soutiennent. Tout laisse penser que le pays sera rapidement communiste. Les réactionnaires et les impérialistes US prennent peur.
Le secrétaire du parti, Aidit, surestime les forces du PKI, et sous-estime les forces de ses ennemis. « Une erreur aussi grave a pu se produire parce que la direction du Parti ne considérait pas la République indonésienne comme un État bourgeois » (autocritique du PKI) [1].

Pourquoi la rupture ?

Nous sommes à l’époque dans la guerre froide. Les USA, déjà empêtrés au Viet-Nam, ont peur qu’un second front s’ouvre en Indonésie. Le PKI est haï par les autres mouvements politiques, notamment le mouvement islamiste. La CIA établit des listes de noms de communistes, des “infidèles” à l’islam, des “sans dieu” réfractaires à l’un des cinq principes du Pancasila (constitution) édicté en 1945. Ils manque un détonateur pour éliminer le PKI. Il est trouvé le 1er octobre 1965. Six généraux appartenant à l’aile droite du haut commandement militaire ont été assassinés à Djakarta. Le général anti-communiste Suharto, commandant de l’armée, en attribua faussement la responsabilité à des militaires proches du PKI. Il fait pression sur Sukarno et « obtient » la mission de maintenir l’ordre à Djakarta.

Le massacre

Le général lance les répressions anticommunistes. Les listes de la CIA vont servir : arrestations de masse et exécutions sommaires concernent, dans les deux années 1965 et 1966, plusieurs millions de personnes. Les évaluations précises sont difficiles à établir puisque le tout s’accomplit en dehors du système judiciaire, sous le contrôle de l’armée, qui arme des milices, celles de la Ligue Musulmane en particulier. Dans d’autres régions ce sont des chrétiens qui s’en prennent aux communistes. Des villages sont brulés, les hommes torturés, abattus, les femmes et les fillettes violées et tuées. 1 ou 2 millions de personnes sont exécutées, et de 5 à 7 millions incarcérées, pour des périodes rarement inférieures à 10 ans et pour certaines pour toute la longue durée du pouvoir suhartiste, jusqu’au printemps 1999. Un décret en septembre 1966 « bannissant le communisme » est voté par l’Assemblée Nationale à la botte de Suharto.

La contre révolution est heureuse

Noam Chomsky, faisant une compilation de la presse américaine de l’époque, en ressort ce texte : « L’événement suscita pourtant une orgie d’euphorie. Pour décrire le "stupéfiant massacre de masse", le New York Times parla d’une "coulée de lumière en Asie" et félicita Washington d’être resté discret pour ne pas embarrasser les "modérés indonésiens" qui purifiaient leur société et s’apprêtaient à recevoir une généreuse aide américaine ; c’est "la meilleure nouvelle depuis des années pour l’Occident en Asie".

L’autocritique du PKI

« Le PKI participa aux premières élections parlementaires générales (en 1955) avec un programme pour l’établissement d’un gouvernement de coalition nationale, un gouvernement de front uni de tous les éléments démocratiques, y compris les communistes. Avec un tel programme, le PKI commettait la même erreur que les démocrates petits-bourgeois et les opportunistes qui, comme le dit Lénine, "distillent dans l’esprit du peuple la notion fausse que le suffrage universel “dans un État moderne” est réellement capable d’imposer la volonté de la majorité des travailleurs et d’en garantir la réalisation" (Lénine, L’État et la Révolution). »

Le PKI soutenait Pékin, mais appliquait la politique de coexistence pacifique

A cette époque, dans le mouvement communiste, faisait rage la controverse entre la Chine et l’URSS. Le Parti Communiste Chinois (PCC) était isolé. Il n’avait pour alliés que le Parti du Travail d’Albanie et quelques partis en Asie, dont le PKI. Le PCC était conciliant et diplomatique dans ses alliances avec le PKI. Il ne le critiqua pas publiquement, quand les principes de la révolution prolétarienne et bourgeoise se trouvèrent mêlés, ni quand se trouvèrent appliqués les concepts d’une politique de coexistence pacifique face à la bourgeoisie. De fait, le PKI suivait une théorie révisionniste, où la révolution ne serait plus nécessaire, car il suffirait de conquérir une solide majorité parlementaire et de s’en servir pour effectuer un passage pacifique au socialisme.

De 1965 à maintenant

Dès la victoire de la contre-révolution, l’Indonésie retrouva les faveurs des impérialistes, de la Banque mondiale, du FMI. Les gouvernements et les sociétés occidentales se précipitèrent dans ce nouveau "paradis des investisseurs". Le gouvernement indonésien criminel fut considéré comme un modèle, alors que ses pratiques de meurtres de terreur et de corruption se généralisaient.
Les sympathisantEs ou ex-membres du PKI furent excluEs de la vie sociale et politique, ainsi que leurs descendants. Ces méthodes criminelles purent servir ailleurs, comme contre la population du Timor-Oriental, annexé en décembre 1975. Environ 200.000 personnes y sont mortes, soit au moins un quart de la population.

Conclusions

Un parti communiste ne doit pas se faire d’illusions sur la démocratie bourgeoise. La direction du parti doit appliquer des règles de sécurité qui la rende difficilement repérable. Les moyens de communication doivent être sécurisés. Les organisations de masse doivent avoir des moyens d’auto-défense contre les attaques réactionnaires. Lors des massacres, à chaque fois que les communistes ont pu s’organiser, les forces contre-révolutionnaires ont reculé. La guerre de guérilla doit être préparée, les possibilités de repli afin de préparer l’avenir. Les communistes ne peuvent compter que sur leurs liens aux masses, mais cela implique de les former dans la résistance à la bourgeoisie. Les erreurs, les communistes les paient au centuple, mais leurs idées ne meurent jamais.

 

Un film où les tueurs mettent en scène leurs crimes
Dans The Act of Killing de Oppenheimer, le tueur Anwar Congo rejoue les massacres des communistes qu’il a lui-même dirigés en 1965 et 1966 sur l’île de Sumatra. Ce film a bouleversé les spectateurs du Festival du cinéma de Toronto. (...) Six mois avant l’interdiction officielle du parti communiste indonésien (PKI) en 1965, des centaines de milliers d’Indonésiens avaient déjà été assassinés, accusés d’être des sympathisants du PKI. En moins d’un an, le nombre de victimes approchait le million.(...) The Act of Killing [L’acte de tuer] lève le voile sur les témoignages francs et détaillés d’un certain nombre de mafieux qui ont dirigé le massacre de plus de 10 000 personnes prétendument communistes à Sumatera Utara [province au nord de Sumatra]. Ces tueurs témoignent librement, en racontant des histoires, en mimant des scènes, en riant, chantant et dansant.(...) Durant le tournage d’un précédent film, The Globalisation Tapes, Oppenheimer apprend une chose étonnante : ces ouvriers (qu’il côtoie pour son film) vivent aux côtés des hommes qui ont assassiné de nombreux travailleurs du Parti communiste indonésien en 1965 et 1966. “Leurs voisins étaient des bouchers qui avaient tué leur père, leur oncle”. Un jour, le réalisateur trouve l’occasion de discuter avec un de ces tueurs qui lui raconte, dans les moindres détails, comment il a liquidé un membre du syndicat ouvrier affilié au Parti communiste. “Imaginez un peu, il a raconté cet acte effroyable devant sa petite-fille âgée de neuf ans”, explique Oppenheimer sidéré par le franc-parler de ce tueur. Durant son enquête, le réalisateur découvre que les membres des bataillons de tueurs de Medan en 1965 étaient recrutés pour la plupart parmi les mafieux des cinémas, tout simplement parce qu’ils haïssaient les communistes, qui appelaient au boycott des films américains très en vogue à l’époque à Medan.
Courrier International (extraits)

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 12:21
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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 00:28

25 août 1944 : Paris libéré par l’insurrection de son peuple

YVES HOUSSON

 
LUNDI, 25 AOÛT, 2014
L'HUMANITÉ
AFP

Après quatre ans sous le joug allemand, la capitale sort de la nuit. L’action armée des résistants unis au sein des FFI, 
conjuguée avec le soulèvement de la population, 
parachevée par les blindés de Leclerc, chasse l’occupant.

Samedi 26 août 1944, 15 heures. À l’Arc de triomphe, de Gaulle contemple le spectacle des Champs-Élysées, qu’il s’apprête à descendre. « Ah ! C’est la mer ! » relate-t-il, lyrique, dans ses Mémoires de guerre. « Une foule immense est massée de part et d’autre de la chaussée. Peut-être deux millions d’âmes. (...) Si loin que porte ma vue, ce n’est qu’une houle vivante, dans le soleil, sous le tricolore. Je vais donc, ému et tranquille au milieu de l’exultation indicible de la foule, sous la tempête des voix qui font retentir mon nom. (...) Il se passe, en ce moment, un de ces miracles de la conscience nationale, un de ces gestes de la France qui parfois, au long des siècles, viennent illuminer notre histoire. » Le peuple de Paris fête sa victoire, même si, chez beaucoup, le coeur n’y est pas vraiment, trop lourd encore des drames vécus. Le général de Gaulle, fort de l’auréole de celui qui a su dire non dès juin 1940 à l’asservissement du pays, ramasse les lauriers de la gloire.

La veille, von Choltitz, commandant du Gross Paris, a signé la capitulation allemande. Épilogue de sept jours d’un soulèvement populaire fait de combats armés, de barricades, de grèves, et qui, avec le concours des armées alliées, aura raison de l’occupant. Sept jours qui ajoutent un chapitre de prestige à l’histoire des combats de Paris pour la liberté, de la Révolution française à la Commune de 1871. Sept jours d’une insurrection aujourd’hui unanimement célébrée – non sans la tentation chez certains de l’instrumentaliser –, mais dont le déclenchement et la conduite n’allèrent pourtant pas de soi. Le 19 août, dans une ville où seuls les journaux de la collaboration ont encore voix au chapitre, les Parisiens découvrent, placardé sur les murs, l’appel au soulèvement : « L’heure de l’insurrection a sonné.

C’est Paris capitale de la liberté, c’est Paris fier de son passé de lutte et d’héroïsme, c’est Paris libéré par les Parisiens eux-mêmes qui accueillera les Alliés. Le Comité parisien de la libération vous appelle tous au combat. » Au Comité Parisien de Libération comme au Conseil national de la Résistance, qui lance un appel similaire, comme à l’état-major des Forces françaises de l’intérieur de l’Îlede- France – les FFI, regroupant l’ensemble des organisations de résistance –, sous le commandement du colonel Rol-Tanguy, la situation est jugée préinsurrectionnelle.

L’aspiration du peuple de Paris à la libération est d’autant plus forte que, outre la privation des libertés essentielles, il subit des conditions de vie de plus en plus insupportables. Nourriture, médicaments, gaz, électricité, tout manque. À peine la moitié des besoins de la capitale en farine et en lait sont couverts. Le feu de la révolte couve. Le 14 juillet, coup d’envoi de l’insurrection avant l’heure, des milliers de personnes participent à des défilés, à Paris et dans les communes de banlieue, sous la protection de combattants FTP. On chante la Marseillaise, on accroche le drapeau tricolore aux fenêtres, les mots d’ordre sont patriotiques mais portent aussi sur la distribution de nourriture.

Le 10 août, les cheminots ouvrent la voie, paralysant le trafic ferroviaire

Et puis la classe ouvrière entre en scène. En grève le 10  août, à la suite de l’arrestation de plusieurs des leurs, « pour faire reculer le boche, faire aboutir les revendications, pour la libération totale du pays », les cheminots ouvrent la voie, paralysant le trafic ferroviaire. Ils sont suivis le 15 août par les 21 000 policiers qui, après avoir, pour beaucoup, traqué les résistants, mené la rafle du Vél d’Hiv, répondent en masse à l’appel de leurs propres organisations de résistance, quittent leurs uniformes, et basculent, avec leurs armes, dans le camp des FFI.

La grève, que la CGT décrétera générale le 18 août, s’étend aux PTT, au métro, à la métallurgie, aux imprimeries… Militairement, les 
Allemands sont affaiblis depuis le débarquement de Normandie et leurs défaites à l’Est. La décision d’appeler à l’insurrection suscitera pourtant des réticences. Jacques Chaban-Delmas et Alexandre Parodi, 
représentants de De Gaulle, la jugeront d’abord prématurée – avant de s’y rallier –, invoquant le risque de représailles ; ils préconisent d’attendre l’action et le feu vert des Alliés. Unies sur l’objectif de chasser l’occupant et rétablir l’indépendance nationale, les forces de la Résistance seront à plusieurs reprises traversées de vifs débats, opposant « attentistes » et partisans de l’action immédiate.

On le verra aussi lors de l’épisode de la trêve que quelques membres du CPL négocient, le 20 août, par le biais du consul de Suède, avec von Choltitz : les FFI cesseraient les combats jusqu’à l’évacuation totale de Paris par les Allemands, qui s’engageaient, eux, à ne pas attaquer les édifices publics occupés… Certains ont-ils vu là « une occasion inespérée » de « mettre à la marge les organisations FFI, de prévenir les risques de turbulences, de confier aux résistants modérés les rênes de la capitale ? », interroge l’historien Roger Bourderon. « Il est des gens, même dans la Résistance, qui sont inquiets de ce mouvement populaire qui triomphe.

Ils savent pourtant que l’objectif du combat arrêté en commun est national et patriotique, mais quand même, ces barricades tenues par les ouvriers, les usines tenues par les prolétaires qui le défendent… cela dépasse leur entendement. L’ordre, pour eux, ne peut sortir de là », observera André Tollet, l’ouvrier tapissier, syndicaliste et communiste, qui préside le Comité parisien de libération. La tentative de trêve fera long feu; les instances du CNR et du CPL, sous l’impulsion des communistes, forts de l’autorité acquise par leur détermination, leurs sacrifices dans les combats, et Rol-Tanguy s’y opposèrent, au diapason des combattants qui voulaient en découdre et qui, malgré la confusion, n’ont jamais cessé leur action. Dès le 19 août, les Allemands – une garnison de 20 000 hommes, 50 chars –, retranchés dans quelques dizaines de points d’appui fortifiés, sont harcelés lors de leurs déplacements dans la capitale.

Malgré les risques, la répression sauvage qui continue – chaque jour des patriotes sont fusillés, comme les 35 de la cascade du bois de Boulogne, le 17 août –, nombre de Parisiens font le coup de feu, jettent des bouteilles incendiaires sur les véhicules de la Wehrmacht. En dépit d’appels répétés aux Alliés, les résistants manquent cruellement d’armes. Mais Rol-Tanguy en est convaincu, « le succès est fonction du nombre », répète-t-il, multipliant les appels à la population à rejoindre les FFI, à prendre les armes sur l’ennemi – appels amplifiés par la presse de la Résistance qui, le 21, sort de la clandestinité –, diffusant moult instructions précises sur la manière d’entraver les chars, d’édifier une barricade… Des barricades qu’on comptera bientôt par centaines, tandis que se multiplient les occupations de bâtiments publics, à commencer par celles, retentissantes, le 19, de la préfecture de police et de l’Hôtel de Ville, dont les derniers débris de l’appareil de Vichy sont chassés, mais aussi les usines, les gares, les centraux téléphoniques.

Le 24 août, les FFI tiennent la rue, les Allemands sont confinés dans leurs retranchements, lorsque, dans la soirée, arrive à l’Hôtel de Ville un premier détachement de la 2e division blindée (DB) de Leclerc, celui du capitaine Dronne, composé de républicains espagnols. Suivront, le lendemain, guidés par les FFI, freinés par des foules en liesse tout au long de leur chemin, l’ensemble de la 2e DB ainsi que la 4e division d’infanterie américaine, qui, avec leur armement lourd, pourront « finir le travail », réduisant les derniers points fortifiés : le Palais Bourbon, le Luxembourg, la caserne de la République, l’École militaire, le central téléphonique Archives, l’hôtel Majestic, et enfin l’hôtel Meurice, QG de von Choltitz. Lequel signera l’acte de capitulation dans l’après-midi du 25 avec Leclerc et Rol-Tanguy. Il aura fallu la forte insistance des FFI auprès des généraux américains pour obtenir l’envoi de la 2e DB, encore placée sous leur commandement : leurs plans ne prévoyaient pas de passer par Paris, dépourvu à leurs yeux de « signification tactique », mais de le contourner. « Les FFI me forcèrent la main », reconnaîtra 
Eisenhower. L’insurrection populaire s’est imposée à lui, bousculant ses schémas. « Quand nous sommes arrivés, nous les troupes régulières, résumera le général américain, nous avons donné le coup de grâce à l’ennemi, mais Paris était déjà aux mains des Parisiens. »

La Résistance montre que la France entend reprendre en main son destin

En août 1944, alors que les armées allemandes refluent vers l’Est, l’enjeu militaire de Paris paraissait certes limité. Outre réprimer l’insurrection, von Choltitz avait mission d’assurer le passage des ponts sur la Seine pour les troupes de la Wehrmacht en retraite au sud. L’enjeu politique de la libération était, lui, considérable. En chassant l’occupant, la Résistance montre que la France entend reprendre en main son destin. Message de poids quand on sait que les Américains avaient envisagé de placer le pays – comme ils l’avaient fait en Italie – sous une administration militaire provisoire (l’Amgot) et une monnaie idoine. Les fonctionnaires américains formés pour cela ne seront jamais mis en place. Aussitôt Paris libéré, le gouvernement provisoire de la République française, dirigé par de Gaulle, comprenant toutes les forces de la Résistance, s’installe. La libération totale du territoire ne sera pas obtenue avant mai 1945, mais la souveraineté nationale est d’ores et déjà rétablie. Peuvent s’engager les batailles de l’après-guerre : la reconstruction et l’application du programme de transformations sociales et économiques bâti par le CNR.  

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:55
 
Une candidature à la François Ruffin

Les communistes présentaient une contreproposition, toujours dans cette même 5e circonscription, celle de la candidature d’un salarié d’Ecopla, lutte emblématique de la vallée à l’automne 2016 et au printemps 2017 pour la création d’une SCOP. Ce que ce dirigeant de la lutte avait accepté, à la condition que le PCF, la FI et EELV se retrouvent unis autour de sa candidature. Mais la FI est restée sur son exigence de ralliement. Le candidat qui aurait pu représenter toutes les forces de gauche n’a donc pas donné suite.

Ces discussions de la dernière chance se sont déroulées entre le 8 et le 12 mai, à la veille du dépôt des candidatures qui a eu lieu le 19 mai.

Echanges de courriels sur « la candidature Ecopla », dans la 5e, à télécharger ici

Situation ainsi caractérisée par le responsable local des Verts, dans un courriel daté du 12 mai : « Hier soir, la coordination départementale d’EELV a constaté l’échec d’un rassemblement des principales forces de gauche et écologistes sur la 5e. La responsabilité en revient clairement à FI. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, ça laisse un goût bien amer au fond de la gorge. Quand on « pèse » quasi 20%, cela implique de prendre ses responsabilités et rendre les convergences possibles, dans le respect de l’identité et de l’histoire de chacun. C’est un crève-coeur pour nous qui pensions que la candidature de XXX permettrait ici, sur la base de la mobilisation des Ecopla derrière laquelle nous nous sommes tous retrouvés, de dépasser les logiques de repli sur soi ».

Les militants communistes à la porte des entreprises, ici dans la zone industrielle de Jarrie.

Nous ne pouvons pas négocier

Dans les deux circonscriptions du Nord Isère (la 6e et la 10è), les communistes, après s’être réunis le 3 mai, proposaient à la FI une rencontre le samedi 6 mai.

La réponse a été sans ambiguïté :

«  Au niveau local, nous ne pouvons négocier car nous n’avons de mandat pour ce faire. De plus le national nous demande expressément de ne pas négocier au niveau local pour éviter de gêner les négociations nationales. »

Echanges de courriels dans le Nord Isère, à télécharger ici

Dans la 10e circonscription, un communiqué a été envoyé à la presse début mai. Il fait état de la proposition des communistes d’une candidature commune, le titulaire étant membre de la FI. Proposition qui n’a pas reçu de réponse.

Communiqué de presse, 10è, à télécharger ici

Refus également de discuter dans la 4e circonscription, la candidate communiste proposant le rassemblement dès le 24 avril et encore le 10 mai, à la veille du dépôt des candidatures – elles étaient enregistrées à la préfecture entre le 15 et le 19 mai à 18h.

Echanges de textos dans la 4e, à télécharger ici

De l’ensemble de ces prises de contacts se dégage une argumentation constante de la part de la FI partout où des accords pouvaient être trouvés : le ralliement obligatoire et préalable à la bannière de la France insoumise; la signature de la charte de la France insoumise impliquant le renoncement du PCF à une activité parlementaire et un accès au financement public sous le contrôle de la France insoumise; et l’absence de mandat des représentants locaux de la France insoumise pour discuter avec d’autres militants de gauche.

L’ensemble de ces tentatives se concluait par un échange de textos entre Annie David, secrétaire de la fédération communiste de l’Isère et Alain Dontaine, responsable du parti de gauche et de la France insoumise.

« C’est trop tard », indiquait ce dernier à cette ultime proposition de débattre de candidatures communes, notamment dans les trois circonscriptions de l’agglomération grenobloise où le PCF suggérait de discuter d’un accord qui aurait assurément permis la présence au second tour d’un candidat FI, EELV ou communiste dans les trois circonscriptions.

Cet échange a eu lieu le 12 mai.

Le 16 mai, trois jours avant la clôture du dépôt des candidatures, la fédération du PCF publiait une déclaration pour regretter cette situation.

Déclaration du PCF Isère, le 16 mai, à télécharger ici

Le cas El Khomri

Au niveau national, le exemples de refus de candidatures communes par la France insoumise sont légion. Citons celui de la circonscription parisienne dans laquelle se présentait Myriam El Khomri, ancienne ministre de la loi travail, avec le soutien du président de la République, finalement battue au second tour par le député LR qui avait le soutien du Premier ministre.

Caroline de Haas est la militante féministe qui a lancé la pétition contre la loi El Khomri, pétition qui a recueilli un million et demi de signatures l’an dernier. Elle s’est proposée comme candidate de la gauche de transformation et écologiste contre Myriam El Khomri, la ministre de la loi « travail », dans la 18e circonscription de Paris. Tout le monde a dit oui, sauf la FI (voir l’historique des discussions : https://blogs.mediapart.fr/carolinedehaas/blog/130517/lunite-est-un-co…) , c’est son droit.

C. de Haas a été la cible d’insoumis qui ont tenter de discréditer sa candidature en faisant courir le bruit qu’elle aurait soutenu B. Hamon à la présidentielle ( témoignage de Caroline de Haas dans cette vidéo : http://www.regards.fr/web/article/caroline-de-haas-le-ps-n-est-plus-un… ), ce qui est faux.

Le secrétaire national d’EELV, après avoir lancé un appel au rassemblement pour les législatives, a reçu de la FI la même réponse que celle faite au PCF. La réaction de David Cormand montre à quel point cette proposition est inacceptable : « Nous avons reçu une fin de non-recevoir de la France Insoumise puisque son exigence, c’est la soumission » (Libération, 5 mai 2017, « Législatives, pas d’accord national trouvé entre la France insoumise et EELV »).

 

Le bilan : 9 + 1

Dans les dix circonscriptions de l’Isère, sur la bases des résultats du premier tour des législatives, l’addition des suffrages obtenus par les communistes et les candidats de la France insoumise, aurait permis à la gauche d’être présente au second tour dans quatre circonscriptions (2e, 3e, 5e, 9e), cinq si l’on tient compte du score des Verts dans la 1ere.

Il ne s’agit là que d’une simple addition : la dynamique de candidatures communes offrant la perspective de l’élection de plusieurs députés aurait sans aucun doute augmenté ces chiffres tout en faisant reculer l’abstention qui a été, pour le département de l’Isère, de 51,09% le 11 juin, lors du premier tour des législatives.

Dans les dix circonscriptions iséroises, la gauche de transformation sociale n’a participé au second tour que dans la troisième. Le 18 juin, neuf députés LREM ont été élus, accompagnés d’une députée socialiste dans la quatrième circonscription.

 

 
Luc Renaud
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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 08:11

typoGraphie | Mes plus belles Esperluettes

Les signes ci-dessous proviennent de polices de caractères assez courantes puisque vous les avez presque tous sur vos ordinateurs. Regardez bien dans vos polices systèmes. Et observez le dessin de ces esperluettes qui font assaut d’élégance et de charme propre à habiller vos futurs mises en page. Un délice de formes, façon fer forgé pour l’ITC American Typewriter dessiné par Tony Stan, ou de rigueur pour la Din et de puissance institutionnelle pour l’Optima ou le Michelangelo (de Michel Ange) dessinés par le très grand Hermann Zapf. Nous avons choisi de montrer en dernier deux nouvelles polices de la Fonderie BP, les SangBleu, dessinés avec brio par Ian Party. Un florilège de délicatesse et de bon goût à la Française (bien qu’il exerce en Suisse). :-)

 

 

 

ITC American Typewriter Alternate Light by Tony Stan

 

 

 

 

Din by Albert-Jan Pool & Achaz Reuss

 

 

 

 

Michelangelo by Hermann Zapf

 

 

 

 

Optima by Hermann Zapf

 

 

 

 

Palatino Italic by Hermann Zapf

 

 

 

 

SangBleuSans BP by Ian Party

 

 

 

 

SangBleuSerif BP by Ian Party

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Published by bruno fornaciari - dans LE SAVIEZ-VOUS DIVERS
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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 06:41

Le populisme de gauche vise à effacer les enjeux de classe et le clivage gauche-droite, pour faire place au néolibéralisme...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Des politologues et essayistes écrivent sur les essais d'Ernesto Laclau et Chantal Mouffe visant à élaborer ce qu'ils appellent "un populisme de gauche" qui inspire depuis deux ans la stratégie politique de Mélenchon et de sa garde rapprochée issue du PG et que le candidat de France Insoumise a mis en oeuvre concrètement pendant la campagne de la présidentielle et celle des législatives.

Dans un court essai, "Populisme : le grand ressentiment", le sociologue Éric Fassin prend à contre-pied ce projet politique. Il met en garde sur la manière dont le populisme tend à effacer les vrais enjeux de lutte de classes et empêche de penser un nouveau projet de gauche.

Éric Fassin est professeur de sciences politiques à l'université Paris VIII. Ce texte est une tentative de penser à contre-courant de ce que Chantal Mouffe et Ernesto Laclau appellent « le moment populiste ». Dans l'entretien ci-dessous, il répond à Chantal Mouffe : « Avant de prétendre construire un peuple, je crois qu’il faut construire une gauche. »

Entretien.

Mediapart : Comment définir ce « moment populiste », qui est devenu ces dernières années le carrefour des luttes politiques et qui inspire des mouvements de droite comme de gauche contre le néolibéralisme ? Et peut-on parler aussi d’un populisme néolibéral ?

Éric Fassin. Éric Fassin.
 
Éric Fassin : Les spécialistes du populisme s’accordent sur un point : on ne saurait le définir. Bien sûr, il y a des populismes, et depuis longtemps : c’est le cas chez les intellectuels russes au milieu du XIXe siècle ou dans le monde rural aux États-Unis, quelques décennies plus tard ; ou encore, plus près de nous, en Amérique latine, en particulier avec Juan Perón et les péronistes dans l’Argentine d’Ernesto Laclau. Faut-il chercher un dénominateur commun à tous ces populismes, y compris ceux qui nous sont les plus familiers ? Je ne crois pas. Je pense plutôt qu’ils ont juste un air de famille : tel trait en commun avec tel populisme, tel autre avec tel autre, et ainsi de suite.

Cela n’empêche pas, bien sûr, d’utiliser le mot. Son caractère indéfini invite à profiter du flou de ce « signifiant vide ». C’est pourquoi l’analyse de la « raison populiste » par Ernesto Laclau en 2005 débouche aujourd’hui sur celle de sa veuve, Chantal Mouffe, centrée sur le « moment populiste ».

On comprend bien sûr l’écho de cette formule après le référendum sur le Brexit et l’élection de Donald Trump. On veut y voir la révolte du peuple contre les élites. Mais quelles élites ? En tout cas, il me paraît difficile de lire ces deux votes comme des victoires contre le néolibéralisme. Le parti conservateur reste au pouvoir avec Theresa May. Et, aux États-Unis, c’est plus que jamais Wall Street qui dirige le pays. Bref, il ne suffit pas de déplaire aux élites médiatico-politiques pour être un adversaire du néolibéralisme !

Pour comprendre ce malentendu, il faut revenir au point de départ de Chantal Mouffe. C’est plutôt ce qu’on pourrait appeler le « moment néolibéral », c’est-à-dire le ralliement des travaillistes britanniques au social-libéralisme, avec Tony Blair (la leçon vaut aussi pour Bill Clinton et le parti démocrate, et d’autres sociaux-démocrates comme en Espagne ou en France). À juste titre, la philosophe belge dénonce « l’illusion du consensus », soit une vision gestionnaire de la politique. Elle revendique de faire place à la politique, et donc à l’antagonisme ou à l’agonisme. Reste à savoir à quoi on s’oppose (quelle vision du monde), et pas seulement à qui (les élites).

Le problème est que cette histoire revient à mettre entre parenthèses ce qui a précédé le blairisme, à savoir le thatchérisme.

Je rappelle les analyses de Stuart Hall : pour cette grande figure des cultural studies, Margaret Thatcher impose sa révolution néolibérale grâce à un populisme autoritaire. N’a-t-elle pas réussi à opposer « le peuple » à « l’État », défendu par les travaillistes ? Autrement dit, le néolibéralisme lui-même peut passer par le populisme.

Ce qui est vrai aujourd’hui de Donald Trump l’était déjà de Ronald Reagan. Bref, le populisme n’est nullement un gage de résistance au néolibéralisme. Il suffit de regarder autour de nous, de la Hongrie de Viktor Orbán à la Turquie d’Erdogan : le populisme autoritaire est mis au service de politiques néolibérales.

Au cœur de votre livre, surgit la figure du « Dépeupleur » de Beckett. C’est, selon vous, le Dépeupleur néolibéral qui, en dépit de ses discours universalistes, dresse une population contre une autre et inspire le « moment populiste » que nous traversons. Comment déjouer les stratégies du Dépeupleur néolibéral ?

Mon livre s’adresse à la gauche et, cette fois, à la gauche de gauche. Cette réflexion s’inscrit dans le prolongement de mon essai de 2014,  Gauche : l’avenir d’une désillusion. Je dénonçais alors la droitisation sans fin du Parti socialiste, qui me paraissait la cause première d’une extrême droitisation du paysage politique en France. La suite des événements, de l’état d’urgence à la loi travail, ne m’a certainement pas amené à réviser mes conclusions…

Mais cette analyse politique était inséparable d’une analyse du régime économique : je me suis nourri des analyses du philosophe Michel Feher sur la condition néolibérale et la financiarisation de nos sociétés.

Aujourd’hui, je continue l’analyse grâce à Undoing the Demos, de Wendy Brown (publié dans la collection sur le néolibéralisme qu’il dirige avec elle) [chez Zone Books, maison d'édition non lucrative fondée en 1985 – ndlr].

Selon cet ouvrage majeur [lire ici], le capitalisme néolibéral défait le demos, pourrait-on dire, par tous les bouts : on peut parler de « dé-démocratisation ». Je lis cette politiste en parallèle des analyses récentes d’Achille Mbembe, pour qui la race est la face sombre du capitalisme néolibéral. C’est ce que, pour ma part, j’avais essayé de montrer dans notre livre à quatre voix : Roms & riverains. Une politique municipale de la race [coécrit avec Carine Fouteau, Aurélie Windels et Serge Guichard,

La Fabrique éditions. Lire ici compte-rendu et extraits – ndlr]. Enfin, j’emprunte aux études de Jean-François Bayart sur le « national-libéralisme » pour l’analyse du caractère autoritaire des régimes néolibéraux.

Mille manières de défaire la démocratie

Je ne parle pas seulement des dérives ouvertement anti-démocratiques (comme en Turquie ou en Hongrie), mais aussi de ce que j’appelle des « coups d’État démocratiques ». Je pense par exemple à ce qui est arrivé en Grèce, où le coup de force (#ThisIsACoup) venait « des banques, et non des tanks », selon la formule chère à Yanis Varoufakis. Au Brésil, on pourrait dire que le Parti des travailleurs a été renversé, en même temps que la présidente Dilma Rousseff, par des votes parlementaires et non des bottes militaires. Quant à la France, c’est dans les formes démocratiques du 49.3 que la loi travail a pu être adoptée, sans jamais être votée par le Parlement…

Bref, il y a mille manières de défaire la démocratie dont s’accommode fort bien un capitalisme néolibéral. On avait pu oublier, après la chute du Mur de Berlin et ses espoirs démocratiques, que le Chili de Pinochet en avait été le laboratoire dès 1973.

Comment déjouer les pièges du grand Dépeupleur néolibéral ? Je dirais qu’il faut commencer par résister à ce que j’appelle « la dépression militante ». Il n’est pas facile d’être de gauche aujourd’hui ; et moins facile encore de militer, tant on peut avoir le sentiment d’aller de défaite en défaite. Le « C’est la lutte finale » sonnerait presque comme un champ funèbre… C’est au fond le triomphe ultime de TINA. La formule vient de Margaret Thatcher : « There is no alternative. » Les sociaux-démocrates s’y sont ralliés : pour eux non plus, il n’y a pas d’alternative.

Reste la gauche de gauche. Mais à force d’échecs, ne finissons-nous pas nous-mêmes par nous laisser gagner par la crainte qu’il n’y ait pas de victoire possible ? Pour éviter le désespoir, et donc le découragement qui démobilise, il faut commencer par imaginer à nouveau des options alternatives – et d’abord la possibilité même de faire de la politique. C’est pourquoi les mouvements sociaux, de Nuit Debout aux mobilisations des coiffeuses du boulevard de Strasbourg, en passant par les nouveaux antiracismes politiques, me paraissent encourageants pour qui veut échapper à la dépression politique. Au moins, quelque chose bouge encore… Bref, il nous faut chercher les moyens d’échapper à ce que la philosophe catalane Marina Garcés appelle « les prisons du possible ».

Donald Trump lors de la convention républicaine de Cleveland, en juillet 2016 © Reuters
Donald Trump lors de la convention républicaine de Cleveland, en juillet 2016 © Reuters

La victoire de Trump aux États-Unis a été analysée comme une gifle au goût non pas du public, comme disaient les futuristes russes, mais une gifle au goût des élites, une sorte d’insurrection citoyenne contre le néolibéralisme. Or, pour vous, la victoire de Trump n’est pas une victoire du peuple contre les élites mais une victoire de l’abstention. Trump a su mobiliser les « passions tristes » du nationalisme, du racisme et de la xénophobie, et soulever « un peuple », non pas contre les « élites » mais contre un autre peuple démobilisé, abandonné par la gauche et qui s’est réfugié dans l’abstention. 

Ce qui m’a frappé, c’est qu’aussitôt s’est imposée une lecture faussée de la sociologie électorale. À en croire nombre de commentateurs, ce sont les ouvriers blancs qui auraient donné leurs voix à Trump pour assurer sa victoire – à la manière des Reagan Democrats de la classe ouvrière en 1980. En réalité, les choses sont plus compliquées, comme le montre l’analyse des sondages de sortie des urnes (qui, à la différence des autres, sont fiables). D’abord, il faut rappeler que les électeurs les moins riches (revenus inférieurs à 30 000 dollars par an) ont davantage voté pour Hillary Clinton (12 points de plus). Même si l’on ne considère que les Blancs, il n’y a pas de corrélation entre le revenu et le vote Trump ; autrement dit, même parmi les Blancs, les pauvres n’ont pas plus voté pour lui que les classes moyennes ou les riches.

Comment se fait-il qu’on continue de répéter le contraire ? C’est qu’on constate la désaffection des classes populaires pour les démocrates – comme en France pour le Parti socialiste (effectivement, ces électeurs ont beaucoup moins voté pour Hillary Clinton que pour les candidats démocrates qui l’ont précédée). Pour autant, les déçus de la social-démocratie ne se jettent pas forcément dans les bras des populistes de droite : le dégoût de la politique les pousse bien davantage vers l’abstention.

C’est vrai aussi en France. L’hypothèse du « gaucho-lepénisme », selon laquelle les électeurs de gauche (en particulier communistes) se convertiraient en masse au Front national, est démentie par les enquêtes de Nonna Mayer et Florent Gougou. On ne bascule pas de la gauche à l’extrême droite, mais plutôt de la droite à l’extrême droite. En revanche, les électeurs de gauche, en particulier dans les classes populaires, peuvent se tourner vers l’abstention. Ce n’est pas un hasard si, aux États-Unis comme en France, les classes populaires sont surreprésentées parmi les abstentionnistes, comme l’ont bien montré Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen dans leur ouvrage classique sur La démocratie de l’abstention [éditions Gallimard, collection Folio Actuel – ndlr]. Ces classes se sentent trahies par les politiques, et donc ne se veulent plus concernées par la politique.

C’est aux dégoûtés de la politique qu’il faut s’adresser en priorité, et non à ceux qui succombent aux sirènes du fascisme. Je suis convaincu qu’on ne parviendra pas à convertir le ressentiment (de droite) en indignation (de gauche). Car si je suis d’accord avec Laclau et Mouffe pour faire place aux émotions en politique, et pas seulement à la raison, je crois qu’il faut distinguer entre des affects différents : il ne faut pas confondre la rancœur et la colère… Comment comprendre sinon que le « lepéno-gauchisme », c’est-à-dire le basculement d’électeurs du FN vers la gauche, n’ait aucune réalité dans la sociologie électorale ?

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 08:31

La « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes) – Partie 4 (fin)

Suite et fin de la partie 3

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La valeur de la monnaie américaine annoncée chaque matin par ce site Web depuis sa création en 2010 est devenu « la » référence pour qui veut acheter des dollars au marché noir (et pour qui les vend). Comment les créateurs de DT établissent-ils le prix de la devise ? En s’appuyant sur les variations du taux pratiquées par les bureaux de change de… Cúcuta (ville située sur la frontière, côté colombien) !

Cette curiosité a pour origine la « résolution numéro 8 » émise par la Banque de la République (la banque centrale colombienne) le 25 mai 2000, durant le gouvernement d’Andrés Pastrana. Il en résulte que si celle-ci établit la parité du peso, sa monnaie nationale, avec le bolivar, elle autorise les cambistes de la frontière, hors de tout contrôle, à établir leurs propres taux. Ce qu’ils font, en les manipulant arbitrairement et de façon disproportionnée.

Il existe, à Cúcuta, plusieurs centaines de ces bureaux de change légaux et illégaux. En vertu d’une autre loi colombienne tout aussi ahurissante, ces officines peuvent effectuer toute transaction sans les reporter aux autorités de tutelle, pour peu qu’elles soient inférieures à 10 000 dollars – mécanisme on ne peut plus utile pour blanchir l’argent du narcotrafic.

C’est donc cette mafia qui, théoriquement, alimente de ses données Dollar Today. Dont les responsables vivent, comme il se doit, à Miami, d’où ils mènent leur activité. Le plus connu d’entre eux s’appelle Gustavo Díaz. Ancien militaire, il a participé le 11 avril 2002 au coup d’Etat contre Chávez et a été nommé sous-chef du cabinet militaire (Casa Militar) durant l’éphémère « gouvernement » du président de facto Pedro Carmona. Expulsé de l’armée, il a demandé en 2005 l’asile politique aux Etats-Unis et l’a bien sûr obtenu.

Qu’on examine cette configuration mafieuse par n’importe quel bout, une conclusion s’impose : c’est avec le soutien de Washington et des autorités de Bogotá qu’est mise en œuvre cette distorsion économique permettant de dévaluer artificiellement la monnaie vénézuélienne et de faire exploser l’inflation (720 % en 2016 d’après le FMI). Le 10 juillet 2015, l’économiste et analyste politique Tony Boza expliquait que DT n’est pas une page Web, « mais le mécanisme que la Colombie a inventé pour agresser l’économie vénézuélienne ; c’est un acte de guerre ; c’est l’équivalent d’un Plan Colombie, économique, contre le Venezuela [1].  » Rencontré en juin dernier, Luis Salas ne dit pas autre chose : « Pour réussir à se positionner comme référence du taux de change, il faut une organisation et une capacité de communication qu’une page Web, à elle seule, ne possède pas. »

Ce que Gustavo Díaz confirme à sa manière. Alors que la Banque centrale vénézuélienne accuse les responsables de DT de tomber sous le coup de la loi fédérale américaine Racketeer Influenced and Corrupt Organizations (RICO) ciblant les organisations criminelles, il confie : « Notre crainte est qu’il y ait un procès, qu’on connaisse ainsi toutes les personnes qui travaillent avec nous et que le gouvernement [vénézuélien] puisse les attaquer directement. Il y a beaucoup de gens derrière nous [2].  »

Historiquement, sur les 2 300 kilomètres de leur frontière commune, une grande partie de la vie « sociale » vénézolano-colombienne a reposé sur la contrebande. Une contrebande « traditionnelle », similaire à celle qu’on observe dans toute zone frontalière, quel que soit le continent. On entre évidemment dans un trafic d’une tout autre nature lorsque, en révélant l’ampleur, 12 210 tonnes – 12 210 tonnes ! – d’aliments, dont manquent cruellement les Vénézuéliens, sont interceptées de janvier à novembre 2014 en direction de la frontière par les forces de la Commission nationale de lutte contre la contrebande. Pour une tonne récupérée de cette « contrebande d’extraction » combien parviennent à destination (avec la complicité, dans un certain nombre de cas, de gardes nationaux ou de militaires vénézuéliens) ? Compte tenu de leur prix subventionné au Venezuela, la valeur du lait, du sucre ou du… papier toilette, peuvent être multipliés par dix en arrivant dans le pays voisin.

En 2016, entre 8 000 et 22 000 litres d’essence s’y dirigeant clandestinement ont été saisis quotidiennement avant de parvenir à destination. On peut incriminer la différence abyssale de son prix de vente entre les deux pays. Mais, là encore, le gouvernement colombien a une responsabilité directe dans le pillage organisé des richesses du Venezuela. Depuis le 10 août 2001, la loi (colombienne) 681 autorise les « petits importateurs d´essence » – comme c’est bien dit ! – à distribuer le combustible en marge de l´entreprise nationale Ecopetrol. Mieux : rendant la contrebande du combustible légale, Ecopetrol se réserve le droit de leur racheter l´essence à prix réduit.

Le 3 mai 2016, après qu’aient été réalisés par ses services 5 087 inspections dans plus de 1 500 établissements privés, mais aussi publics, de distribution d’aliments et de biens prioritaires dans tout le pays, le Défenseur du peuple Tarek William Saab déclara publiquement : « On a détecté de nombreux actes illicites où l’on suspecte la complicité de fonctionnaires et de personnes liées à l’entreprise privée. La justice doit agir avec force et leur appliquer tout le poids de la loi. »

Le 14 août suivant, dans le quotidien Últimas Noticias, l’éditorialiste Eleazar Díaz Rangel s’insurgeait : « Il y a deux semaines, on nous a annoncé, dans un rapport de la Grande mission approvisionnement souverain, qu’on a arrêté soixante-dix bachaqueros dans cette zone [de Petare ; quartier populaire de la capitale] (…) Que l’on sache, aucun n’a été jugé bien qu’il ait commis des délits mentionnés dans la Constitution et dans la Loi des prix justes. On n’a pas connaissance non plus d’une quelconque condamnation. (…) On ne comprend pas cette contradiction. Si l’on ne peut exiger que les rayons soient garnis et qu’il soit possible de tout obtenir tant que la production n’augmente pas, je crois que, oui, on devrait pouvoir montrer les résultats de sanctions infligés aux coupables de ces délits prévus dans notre Constitution. »

La corruption ? Elle existe. Trop. Et à tous les niveaux. Chez les « chavistes ». Mais pas que chez eux (ce serait trop beau).

Les témoignages abondent de négociateurs étrangers qui doivent composer avec des « Señores 10 % » pour obtenir un marché ou faire des affaires dans le pays. Dans les ports, il n’est pas rare que quelque douanier, militaire ou fonctionnaire ne réclame sa dîme pour laisser procéder au débarquement des cargaisons. « Si les importateurs tentent d’échapper aux pots de vin, a dénoncé Luis Peña, directeur des opérations de Premier Foods, dont le siège se trouve à Caracas, les aliments restent sur place et pourrissent. »

Ici, on assiste à la mise en examen d’un ex-gérant du Fonds sino-vénézuélien pour le détournement présumé de 84 millions de dollars destinés à la production d’aliments en 2011 et 2012. Là, c’est l’ex-président et gérant de l’entreprise mixte socialiste Leguminosas del Alba, Oscar Pérez Fuentes, qui est inculpé pour sa responsabilité dans la contrebande de 120 tonnes de haricots secs (mai 2016). Là-bas, à Miami, le 18 juillet 2014, le « bolibourgeois » Benny Palmeri-Bacchi est arrêté à l’aéroport par des agents de la Drug Enforcement Administration (DEA). Accusé de trafic de cocaïne et de blanchiment d’argent, il appartenait au comité directeur de la Chambre des entrepreneurs vénézuéliens du Marché commun du sud (Mercosur) et possédait, entre le sud de la Floride et le Venezuela, une demi-douzaine d’entreprises ayant pour activité l’importation d’aliments.

A Miami, précisément, ainsi que dans les agglomérations aisées qui l’entourent, est également concentrée la plus grande communauté des Vénézuéliens de la diaspora, majoritairement « anti-chaviste », exilés avec des comptes en banque dans certains cas alimentés à grands coups de trafics, de dessous de table, de pots de vin et de piston. La délinquance n’a ni couleur ni idéologie. « Bolibourgeois » et bourgeois traditionnels travaillent sans difficulté la main dans la main.

Le 26 mai 2014, le député Ricardo Sanguino, président de la Commission des finances et du développement économique de l’Assemblée nationale, alors dominée par le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), informait ses collègues que la défunte Commission d’administration des devises (Cadivi) avait approuvé le déblocage de 20 milliards de dollars pour des importations jamais arrivées au pays. En juin 2014, après avoir été écarté du gouvernement, Jorge Giordani qui, ministre de la Planification ou des Finances de Chávez, a régné sur la vie économique vénézuélienne de 1999 à 2014, dénoncera que pour la seule année 2012, 25 milliards de dollars ont été volés et dilapidés à travers les mécanismes d’obtention de devises.

En février 2016, en compagnie d’Héctor Navarro, ex-ministre expulsé du PSUV en 2014, il fera monter la barre très haut en évoquant la somme de 300 milliards de dollars déviée en dix ans à travers des importations fictives et la pratique de la surfacturation. Dommage qu’il n’ait pas profité de cet esclandre pour procéder à une autocritique sur sa part de responsabilité ni surtout apporter une quelconque preuve utile pour démasquer et traquer les délinquants.

Plus extravagante sera la récente déclaration en conférence de presse de la Procureure de la République Luisa Ortega lorsque, ayant rompu avec le pouvoir, elle affirmera sur un ton menaçant, après avoir accusé le président Maduro de « crime contre l’Humanité » pour la répression des manifestations et la convocation d’une Assemblée constituante, avoir entre ses mains « 36 124 enquêtes sur des cas de corruption [3 ». Sans tomber dans une polémique facile, on s’interrogera : comment se fait-il que si peu d’affaires aient été jugées depuis le temps qu’elle occupe sa fonction – elle a été nommée en 2007 – et pourquoi cette affirmation fracassante après avoir rejoint les rangs de l’opposition et pas avant ?

Bien réelle, cette corruption endémique participe de l’anarchie dans la distribution des biens essentiels et le pillage de l’Etat. Encore convient-il de ne pas en faire l’alpha et l’oméga de la crise, imputée par définition à feu Chávez ou au président Maduro. Interrogé sur les fameuses « entreprises fictives » (« empresas de maletín »), l’économiste Luis Salas répond : « J’ai fait un travail où j’ai démontré que, avec le contrôle des changes, les entreprises fictives créées par des chavistes ou autres ont existé. Mais, lorsqu’on examine la comptabilité des devises octroyées par le gouvernement entre 2003 et 2012, on se rend compte qu’elles ont été accaparées par les grandes entreprises, les monopoles, Polar, Cargill, les labos pharmaceutiques, les firmes automobiles… En gros, les entreprises fictives qui n’ont rien importé et détourné l’argent représentent 10 % de l’octroi de devises. La grande fraude, c’est les transnationales. La droite met en évidence les empresas de maletín pour occulter cette responsabilité [4]. »

A travers divers mécanismes, la surfacturation existe, pour ne citer qu’elle. Par exemple lorsque les transnationales s’achètent leurs produits à elles-mêmes, et que la maison mère, à l’étranger, gonfle ses prix.

En 2012, dernière année de gestion de Chávez, celle où il y a eu le plus d’importations, celles-ci n’ont été que d’un cinquième supérieures à celles de 2003 en terme matériel, par tonne ou par kilo. En revanche, elles ont coûté cinq fois plus cher. « Cela signifie que, bien qu’on importe quasiment la même chose, la croissance n’a pas été dans les quantités mais dans les prix. Dans un contexte mondial de déflation ! Le niveau de la demande de devises a été totalement injustifiée. »

Passé inaperçue ou tolérée lorsque le prix du baril était élevé, l’anomalie saute aux yeux dès lors que les revenus de l’Etat diminuent et qu’il faut compter sou à sou.

« Je le dis en forme d’autocritique, il y a eu une absence de contrôle, admet Iván Gil, évoquant ce qu’il appelle l’« intoxication de devises ». Toutefois, il y a des raisons. Quand Chávez est arrivé au pouvoir, le pays connaissait une pauvreté de plus de 50 %. Les Vénézuéliens ne mangeaient pas. On vivait ce paradoxe des boutiques pleines et des estomacs vides, les gens n’avaient pas d’argent. La première réaction de Chavez a donc été d’alimenter la population. Et ça s’est fait par toutes les voies, semer, augmenter les importations. On était capable d’acheter à l’extérieur n’importe quelle quantité, on avait de l’argent. Il fallait le faire et on l’a fait, mais le coût a été très élevé car, à une telle vitesse de paiement de la dette sociale, il a été très difficile de tout contrôler. Sachant par ailleurs que, en matière d’alimentation par exemple, l’Etat manquait de structures pour la transformation et la distribution, abandonnées au secteur privé. Le défi aujourd’hui est d’en reprendre le contrôle, mais ça ne se fait pas du jour au lendemain. »

De son côté, dès 2014, Freddy Bernal, actuel secrétaire général des Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP) et ministre de l’agriculture urbaine, n’hésitait pas à « mettre les pieds dans le plat » : « Ça ne serait pas une mauvaise chose pour le gouvernement d’avoir des conseillers économiques qui soient non seulement chavistes, mais aussi économistes [5 !  » C’est dire qu’il ne s’agit pas ici d’absoudre de toute faute ou erreur les gestions des présidents Chávez et Maduro. Lucidement, un ancien membre du gouvernement sait faire la part des choses : « Je suis conscient que le pouvoir a parfois exagéré en mettant sur le dos de la guerre économique des erreurs dont il est lui-même responsable. » Mais il ajoute immédiatement : « Toutefois, il y a une réalité : la guerre économique existe, ce n’est ni une excuse ni de la paranoïa. »

Alors que les médias dominants l’occultent systématiquement, on estimera cette opération de déstabilisation responsable à 70 % de la crise mortifère qui affecte le pays. Ce n’est tout de même pas par hasard si les phases majeures de désapprovisionnement interviennent dans des moments précis, à la veille de rendez-vous électoraux – référendum constitutionnel (2007), élections présidentielles de 2012 et 2013, municipales de 2013, législatives de 2015 – et dans la phase actuelle baptisée « Heure zéro » par l’opposition.

Sacrés médias, serait-on tenté de sourire si l’on négligeait leur énorme responsabilité dans la manipulation de l’opinion… « Au Venezuela, la pénurie alimentaire pousse les habitants à manger les animaux des zoos », titre VSD le 16 août 2016. « Des chiens sont abattus et dépecés en pleine rue pour leur viande », annonce le même jour Atlantico. Alors que, en moyenne, d’après La Dépêche (19 août 2016), « chaque habitant a perdu en moyenne trois à cinq kilos », pour ses confrères de L’Express, « le Vénézuélien moyen a perdu 8,5 kg en 2016 en raison de la crise alimentaire » (22 février 2017) [6]. Ils devaient à l’évidence être frappés d’obésité au départ si l’on en juge par la silhouette des participants aux manifestations de l’opposition – des gens qui meurent de faim avec des masques à gaz super-sophistiqués sur le nez [7].

Plus sérieusement, « les pénuries ont eu un impact considérable sur la vie quotidienne, les habitudes et les modes de consommation », témoigne un « chaviste » de base qui vit dans le centre de Caracas, à La Candelaría. Estimant avoir perdu deux bons kilos, il ajoute : « Il y a évidemment une fatigue, une chute du moral, surtout parce qu’on venait d’une énorme facilité en matière de consommation, ces dix dernières années… »

Contrairement à ce qu’affirment les officines de propagande, le Venezuela n’a néanmoins rien d’une nouvelle Somalie. D’après l’Institut national de la nutrition, le pays importe annuellement par personne 138 dollars d’aliments (82,5 en 2004) [8]. En y ajoutant la production nationale, chaque citoyen dispose statistiquement pour se nourrir de 476 kilos par an (396,3 en 1999). Toutefois, à l’exception des classes moyenne et supérieure où, sauf périodes cycliques pendant lesquelles disparaît un produit particulier, le pouvoir d’achat permet de continuer à s’approvisionner quel que soit le prix, tous les Vénézuéliens sont incontestablement affectés par la crise. Alors qu’en « disponibilité énergétique » le pays était arrivé en 2012 à 3200 calories/jour (l’indicateur d’un pays développé), cette moyenne a chuté pour s’établir à 2883 calories/jour – une réduction notable, mais toujours au-dessus des recommandations de la FAO (2720).

Sans tomber dans un humour déplacé compte tenu des souffrances de leurs compatriotes, certains y trouvent même quelques avantages : « Nous étions habitués à des indices exagérés de consommation. Alors que l’Organisation mondiale de la santé [OMS] recommande une disponibilité de 15 kilos de sucre par an et par personne, nous étions à 40 ! Une consommation excessive pour la santé, mais c’était un produit très bon marché, car subventionné… »

Pour répondre à l’agression multiforme de cette guerre économique, le pouvoir a repris l’offensive. « Nous allons vers une consommation chaque jour plus planifiée pour rationaliser l’utilisation des devises, explique Iván Gil. Mais nous sommes face à un défi. Alors que l’Etat a réduit drastiquement les devises au privé pour l’importation d’aliments, et les importe désormais lui-même, comment faisons-nous pour qu’ils arrivent à tout le monde, et de façon égale ? »

Administrés par les collectifs d’habitants, les CLAP apportent une première réponse, fût-elle provisoire et limitée. En distribuant tous les quinze jours aux habitants des quartiers populaires, pour 10 870 bolivars, un panier alimentaire qui en coûterait 140 000 dans la rue, ils ont ramené le sourire sur de nombreux visages et desserré l’étau des pénuries.

Il n’est pas anodin que, dans le cadre des violences exercées par les commandos de choc de l’opposition depuis début avril, la séquestration de camions d’aliments ainsi que l’attaque de dépôts du Mercal (magasins d’alimentation à bas prix de l’Etat et entrepôts des CLAP) et de « Centres d’approvisionnement bicentenaire » paraissent devenir une priorité. A la mi-juillet, à Lecheria (Etat d’Anzoategui), entre 50 et 60 tonnes de beurre, pâtes, viande, sucre, lait, riz, sont ainsi partis en fumée [9]. Il leur faut affamer le peuple pour atteindre leurs fins.

Tant le FMI que la Banque mondiale (BM) ou la Banque interaméricaine de développement (BID) tirent la sonnette d’alarme. D’après leurs dernières déclarations, à la mi-juillet, « les cent jours de manifestations ont laissé un solde très négatif pour l’économie vénézuélienne. » Du fait des « heures non travaillées, des pertes à l’exportation, de la baisse de production du secteur électrique, de la diminution des ventes, des difficultés pour approvisionner des sites problématiques et des coûts en matière de santé et de sécurité », ils évaluent déjà à 5 % la chute du PIB – l’équivalent du « paro petrolero » (grève pétrolière) de décembre 2002 – janvier 2003, induisant une perte de 21 milliards de dollars [10].

Dans le même temps, et depuis 2013, alors que Caracas a payé rubis sur l’ongle – ce que lui reproche la gauche du chavisme – 63,56 milliards de dollars pour le service de sa dette, le « risque pays » a augmenté de 202 %, passant de 768 en 2012 à 2323 en 2016 et rendant prohibitif tout emprunt sur le marché bancaire international. Si l’on rajoute que la City Bank américaine a fermé les comptes du Venezuela (pas ceux des particuliers, juste ceux du gouvernement), une conclusion s’impose : c’est bien d’un étranglement économique qu’il s’agit. Sans préjuger des sanctions annoncées par « le maître de la Maison-Blanche », Donald Trump…

C’est fort de son aval que l’opposition « golpista » a appelé à une grève générale et à la paralysie du pays les 26 et 27 juillet, pour s’opposer à l’élection de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Prêtant à sourire, plusieurs de ses dirigeants ont incité la population à constituer des réserves de nourriture et de produits de base pour toute la semaine. Curieux, non ? Où s’approvisionner quand, d’après eux, on ne trouve plus rien nulle part, ni dans les boutiques ni dans les supermarchés ?

Faute de possibilité de dialogue avec une opposition uniquement attachée à le renverser, le président Maduro, en se basant sur l’article 348 de la Constitution, a en effet convoqué et fait élire le 30 juillet cette ANC pour donner la parole au peuple, « ramener l’ordre, faire justice et défendre la paix ». L’avenir dira si ce grand « remue-méninge », outre la re-mobilisation réussie du « chavisme historique », parviendra à répondre aux défis posés par la conjoncture et entraînera une large réflexion collective.

En tout cas, les questions ne manquent pas. Comment diversifier les exportations ? Avec quoi et où ? Comment rendre efficaces les contrôles ? Comment s’assurer que les biens ayant fait l’objet d’un octroi de devises sont bien importés ? Comment, après avoir démocratisé la consommation, démocratiser la production ? Comment normaliser la distribution des biens essentiels ? Pourquoi ne pas utiliser des mesures plus radicales et « prendre les choses en main » quand il le faut : lorsque manque artificiellement le pain, est-il plus difficile d’empaqueter de la farine que de produire du pétrole, ce que fait parfaitement l’Etat ? Et pourquoi ne pas nationaliser l’industrie pharmaceutique ? Ouvrir le passage à de nouveaux acteurs économiques ? Augmenter et rendre efficace la propriété sociale des moyens de production ? Créer des entreprises alternatives plutôt que d’étatiser les secteurs qui sabotent l’économie ?

Les réponses à ces questions n’impliquent pas forcément d’être introduites dans la Constitution réactualisée. Mais cette reprise d’initiative du chavisme et ce vaste chantier permettront sans doute de les poser. Et de trouver des parades à la guerre implacable et sournoise menée autant contre le peuple que contre l’économie.

Texte et photographie : Maurice Lemoine

Notes

[1] « Cultura al día », Alba Ciudad, Caracas, 10 juillet 2015.

[2]  BBC Mundo, 7 mars 2016.

[3]  El Universal, Caracas, 31 juillet 2017.

[4] On peut entre autres suivre les travaux de Luis Salas sur le site 15yultimo.com

[5] Entretien sur la chaîne Globovisión rapporté dans El Nacional du 30 juin 2014.

[6] D’après une « étude » réalisée par des « scientifiques » de l’Université centrale du Venezuela, l’Université catholique Andrés Bello, l’Université Simón Bolivar, le groupe alimentaire Fundación Bengoa et d’« autres » ONG.

[7] « Au Venezuela, la fable des manifestations pacifiques », Mémoire des luttes, 15 juin 2017.

[8] « Venezuela : estadísticas alimentarias », Caracas, 8 mai 2017.

[9] Lire Marco Teruggi, « Brûler la nourriture : nouvelle tactique de la bataille des trente jours », Venezuela Infos, 13 juillet 2017.

[10] El Mundo, Caracas, 17 juillet 2017.

Lire les parties précédentes de cette enquête : Venezuela : la « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes) – Partie 3Venezuela : la « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes) – Partie 2Venezuela : la « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes) – partie 1.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 08:30

Venezuela : la « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes) – Partie 3

Août 2017. Vente ponctuelle organisée par un des milliers de Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) mis en place par le gouvernement bolivarien pour fournir directement la population en produits subventionnés.

Des dirigeants de l’opposition aux prélats (bien nourris !) de la Conférence épiscopale vénézuélienne en passant par le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), le grand ami de Washington Luis Almagro, monte un même cri : il faut d’urgence ouvrir un « canal humanitaire » pour permettre l’approvisionnement du pays en matériel et en produits médicaux. D’après Freddy Ceballos, président de la Fédération pharmaceutique du Venezuela, la dette de l’Etat envers le secteur serait colossale : plus de 5 milliards de dollars. En conséquence, les stocks de médicaments disponibles ne correspondent qu’à 15 % des besoins.

En mai 2012, sous Chávez, les mêmes acteurs dénonçaient déjà une coupe de 42 % des devises dans le secteur de la santé ; en 2013, ils annonçaient un niveau de pénurie de 40 % ; en 2014 de 60 %, en 2015 de 70 %. Ce à quoi, après examen des chiffres et statistiques, Pasqualina Curcio répond : « Ils ne correspondent pas au niveau d’importations enregistrés (…) et encore moins aux rapports financiers annuels des grandes corporations transnationales responsables de l’importation de ces produits. »

Ces « grandes corporations » reçoivent des devises à taux préférentiel, achètent les produits à l’extérieur et les vendent en bolivars tant au Système public national de santé (SPNS) qu’aux établissements privés. Alors que, de 2003 à 2014, l’importation de produits pharmaceutiques a connu en dollars une augmentation de 463 %, Henry Ventura, ex-ministre de la santé et actuel directeur de l’Ecole de médecine Salvador Allende, chiffres lui aussi en main, signalait en janvier dernier : « En 2004, les laboratoires ont reçu 608 millions de dollars sans qu’on note de pénuries. » En revanche, plus rien ne va lorsqu’ils obtiennent « un total de 3,2 milliards de dollars en 2013 et 2,4 milliards de dollars en 2014 [1 ». Raison pour laquelle, un an auparavant, alors député, il avait déjà exhorté la Procureure de la République Luisa Ortega à enquêter, « vu qu’on ne trouve plus de médicaments nulle part ». Semblerait-il sans grand résultat.

« Aucune des grandes corporations pharmaceutiques responsables de l’importation de 50 % des produits pharmaceutiques au Venezuela n’a enregistré des pertes, une diminution des bénéfices ou une chute des ventes durant 2015, note Curcio ; pas plus qu’en 2012, 2013 et 2014. » Des propos difficilement contestables car confirmés dans son ouvrage par la reproduction des rapports financiers des firmes en question – Abbott Laboratories C.A., Productos Roche, Novartis de Venezuela S.A., Bayer S.A., Pfizer Venezuela S.A., Sanofi-Aventis de Venezuela S.A., Merck S.A., etc [2].

Le 2 septembre 1973, neuf jours avant le coup d’Etat de Pinochet, les Chiliens pouvaient lire dans le quotidien Clarín : « “Grâce au travail volontaire, les samedis et dimanches, puis au travail de nuit, nous augmenterons la production du sérum dont notre pays a besoin”, affirment unanimement les 45 travailleurs du Laboratoire Sanderson, unique producteur de ce médicament vital au Chili », tandis que leur syndicat, se référant à la pénurie artificiellement créée par ce monopole, ajoutait : « Nous affirmons devant l’opinion publique que notre mouvement légitime (…) a pour objet la défense du pouvoir exécutif lorsqu’il entend réquisitionner les entreprises qui boycottent la production et qui sont vitales et stratégiques pour le pays [3]. »

Comparaison n’est pas raison ? En juin 2017, au Venezuela, les représentants de la Fédération des travailleurs de l’industrie chimique pharmaceutique (Fetrameco) accusaient les laboratoires Calox, Leti, Vargas, Behrens et Cofasa de diminuer leur production de médicaments prioritaires pour la population. De son côté, Richard Briceño, du syndicat des laboratoires Calox, dénonçait : « Ils utilisent la matière première pour fabriquer des produits vétérinaires et abandonnent l’élaboration des médicaments essentiels [4].  »

Au mois de février précédent, après une enquête des services de renseignements, plus de six tonnes de médicaments et de matériel chirurgical avaient été saisies dans deux habitations de Maracaibo (Etat de Zulia). Importés grâce aux dollars préférentiels, ils étaient destinés à partir en contrebande, comme le font d’énormes quantités détournées vers la Colombie.

Rien de plus démoralisant pour quiconque que d’être privé de ce qui rend la vie agréable – savon, déodorant, shampoing, dentifrice ou crème à raser. Quatre grandes entreprises contrôlent le marché des produits d’hygiène au Venezuela : Procter & Gamble, Colgate, Kimberly Clark et Johnson & Johnson. D’après leurs rapports financiers annuels, y compris ceux de 2105, aucune n’a enregistré de pertes ni de diminution des ventes. Entre 2004 et 2011, le firme Johnson & Johnson a reçu du gouvernement environ 2,8 millions de dollars par mois ; en 2014, elle en empoche 11,6 millions pour une même période, quatre fois plus que ce qu’elle recevait habituellement : tous ses produits manquent sur les lieux habituels d’écoulement.

En 2014 encore, Procter & Gamble s’est vu octroyer au taux préférentiel 58,7 millions de dollars, 5,3 fois plus que ce qu’elle recevait entre 2004 et 2011 (11 millions de dollars). S’ils mentionnent les difficultés et incertitudes dues aux taux de change évolutifs (et parfois erratiques), ses rapports annuels n’enregistrent ni diminution des ventes ni pertes opérationnelles au Venezuela [5]. En juillet 2015, en plein marasme affectant les consommateurs, la firme publie ce communiqué : « Ces dernières années, la compagnie a fait dans le pays d’importants investissements destinés à augmenter la capacité locale de production et à offrir des innovations dans nos produits. Il en résulte que notre capacité locale de production a augmenté de plus de 50 % et que nous jouissons aujourd’hui d’une absolue préférence des consommateurs vénézuéliens, qui ont fait de nos marques les leaders dans les catégories où elles sont en compétition [6].  »

En ce qui concerne le papier hygiénique, on offrira ici un sujet d’enquête aux journalistes que ce sujet fascine et qui ont du mal à se renouveler : en 2014, l’entreprise responsable de son importation et de sa distribution, Kimberley Clark de Venezuela, a reçu 958 % de devises de plus que celles qui lui ont été assignées entre 2004 et 2011. On pourrait même suggérer un titre : « Qui a piqué les rouleaux ? » Voire une autre investigation : comment se fait-il que dans tous les restaurants, de la plus modeste « cantina » à l’établissement le plus luxueux en passant par les innombrables « fast food », on trouve sur toutes les tables, à profusion, des serviettes en papier ?

Août 2017. Vente ponctuelle organisée par un des milliers de Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) mis en place par le gouvernement bolivarien pour fournir directement la population en produits subventionnés.

Comme celui de Chávez, le gouvernement de Maduro se caractériserait par une violente hostilité envers le monde des affaires. Pour preuve : en faisant approuver en 2011 (Chávez) une loi organique sur « les prix justes », le pouvoir impose un plafond aux prix des produits de première nécessité et, en établissant en février 2014 (Maduro) une marge bénéficiaire maximum de 30 % sur les biens et services vendus, il ruine les commerçants. Plus personne ne produit ni ne travaille, les prix étant désormais inférieurs aux coûts de production.

Vue sous un autre angle, on ne jurerait pas que l’occupation de la chaîne Daka en novembre 2013 a été totalement injustifiée : après avoir obtenu plus de 400 millions de dollars d’argent public de 2004 à 2012 pour importer des biens électrodomestiques à bas prix, cette chaîne présente à Caracas, Punto Fijo, Barquisimeto et Valencia surfacturait jusqu’à 1000 % ses produits. Quant aux problèmes du magasin d’électronique et d’audio-visuel Pablo Electronica avec les autorités, ils ont commencé à la même époque lorsque a été découverte une augmentation injustifiée – de 400 % à 2 000 % des prix.

Création du chavisme en 2003, les contrôles ont été longtemps limités aux produits de première nécessité. Le pas supplémentaire effectué par Maduro a eu pour objectif, outre la lutte contre les usuriers et les spéculateurs, de limiter l’inflation (la plus haute d’Amérique latine).

Petites ou moyennes, certaines entreprises ont effectivement des problèmes parce qu’en compétition, dans un contexte hyper-spéculatif, avec de puissants concurrents. De véritables monopoles très souvent. Mais, plus globalement, l’analyse des données de n’importe quelle firme, où qu’elle opère dans le monde, permet de constater que le taux de marge moyen se situe non à 30 %, mais autour de 10 % ou 11 %. Pour tout capitaliste, il s’agit d’un bon résultat. Les économistes néolibéraux devant d’ailleurs reconnaître que les marges bénéficiaires sont élevées au Venezuela, ils objectent que « c’est à cause du risque » – l’argument théorique de la spéculation.

Sur les quarante-deux marchandises mises sur le marché par Polar, seules quatre ont un prix « régulé » : la farine de maïs, le riz, l’huile et les pâtes alimentaires. Cela n’a pas empêché que, avant l’élection présidentielle d’avril 2013, l’ensemble de sa production, et non ces seuls produits, ait reculé de 37 % ; au moment de « La Salida » (2014), de 34 % ; avant les législatives de décembre 2015 de 40 % [7].

Pour importer, on l’a vu, les négociants doivent acheter leurs dollars au gouvernement. Nul ne niera ici que le processus bureaucratique complexe ou les changements de règles permanents constituent un casse-tête pour un individu normalement constitué [8]. Ni que la masse globale des devises à octroyer a diminué. Ce qui a provoqué – ou plutôt accentué – un marché parallèle sur lequel la monnaie américaine se négocie bien au-dessus du cours officiel.

En décembre 2012, 1 dollar s’échangeait légalement contre 4,30 bolivars et, au taux parallèle, contre 10 bolivars. En 2013, on passait de 6,30 bolivars au cours légal à 20 dollars au marché noir. Durant les deux derniers mois de 2014, le dollar « libre » était 28 fois plus haut que le dollar « gouvernemental ». A la veille des élections législatives du 6 décembre 2015, il culmine à prés de 900 bolivars pour un dollar, soit une augmentation de 8 900 % en a peine deux ans ! A l’heure actuelle, il atteint 5 000 bolivars (contre 10 au cours officiel) !

Faute de devises obtenues à travers les mécanismes d’Etat, des particuliers, en quête de valeur refuge, achètent des dollars sur le marché noir. De leur côté, certains acteurs économiques – essentiellement les petites entreprises – se voient dans l’obligation de se tourner eux aussi vers ce monde parallèle. Une fois leur marchandise achetée à l’étranger, ils établissent leur prix de vente : salaires, frais généraux et montant de la facture en dollars reconvertie en bolivars, mais en fonction du taux de change prohibitif, ce qui fait exploser la valeur finale du produit. Dans ce cas précis, on peut légitimement attribuer une part de la responsabilité de l’explosion des prix « à la crise » et à un gouvernement dépassé par les événements.

Toutefois, le phénomène ne s’arrête pas là, ce qui en rendrait les effets relativement limités. Il s’aggrave lorsque les importateurs majeurs, bien qu’ayant reçu des devises au taux préférentiel, calculent leurs prix… en fonction du taux illégal. Pour l’explosion de leurs de profits illicites, pour le plus grand malheur du consommateur, qui voit s’écrouler son pouvoir d’achat. Sachant par ailleurs que nombre de corporations, lorsqu’elles reçoivent cinq dollars du pouvoir, n’en utilisent qu’un pour l’importation, et spéculent avec les quatre autres sur ce marché mafieux. Leur « business » n’est pas de pourvoir le pays en aliments, nous explique-t-on, mais « d’acheter et de vendre des dollars, sous prétexte d’acquérir des aliments ».

Les difficultés deviennent définitivement insolubles pour les autorités quand, par ailleurs, le taux de change parallèle explose parce que manipulé.

Sur ce fameux marché, le taux de change a enregistré une tendance constante à la hausse de 1999 à juillet 2012. Mais, de 26 % en moyenne jusqu’à 2011, cette variation annuelle dérape de 2012 à 2015, passant à 223 % (423 % entre 2014 et 2015), affectant la consommation finale et les processus de production. « Les variations les plus importantes, note Curcio dans son ouvrage, ont été enregistrées en octobre 2012 (présidentielle de Chávez), décembre de la même année (élection des gouverneurs des 24 Etats du pays), avril 2013 (nouvelle présidentielle) et décembre 2013 (élections municipales). » A partir de la fin 2013, l’augmentation sera soutenue et disproportionnée jusqu’à janvier 2016 (les élections législatives perdues par le chavisme ayant eu lieu en décembre 2015).

« La valeur de la monnaie sur le marché illégal, dénonce Curcio, ne répond à aucun critère économique ni aux variables associées, ne correspond en rien à la réalité, mais obéit à une intention politique qui cherche la déstabilisation à travers la distorsion des marchés et de l’économie en général. »

L’instrument de cette guerre (pas vraiment) invisible s’appelle Dollar Today (DT).

Maurice Lemoine

Notes

[1]  El Universal, Caracas, 29 janvier 2017.

[2]  La Mano visible del Mercado. Guerra económica en Venezuela, op. cit (pages 101 à 106).

[3] Miguel González Pino et Arturo Fontaine, Los mil días de Allende, Centro de Estudios Públicos, Santiago, 1997.

[4]  Últimas Noticias, Caracas, 6 juin 2017.

[5] P & G, 2015, Annual Report.

[6] « Comunicado de P & G », La Patilla, Caracas, 30 juillet 2015.

[7]  El Telégrafo, Quito, 19 novembre 2016.

[8] On est ainsi passé en 2013 de deux taux de change (l’un officiel, l’autre au marché noir) à quatre taux de change (trois officiels et un au marché noir).

URL de cet article : http://www.medelu.org/La-guerre-economique-pour-les-Nuls,2642

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