Une abstention (très) élevée, une gauche à la peine, une droite en pleine bourre : en Seine-Saint-Denis, les résultats des municipales n’ont pas contredit les grandes tendances nationales. Mais des enjeux plus particuliers y pimentaient le scrutin, notamment le sort des dernières places fortes communistes du département, convoitées par la droite et, pour certaines, par le Parti socialiste. Résultat : la carte politique de Seine-Saint-Denis a bien changé depuis le second tour des municipales. Le point.

 

 

Carte Seine-Saint-Denis avant / après les municipalesA gauche, la carte politique du département avant les dernières municipales; à droite, le nouveau rapport de forces. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. 

 

LE PCF PERD DU TERRAIN

L’émiettement de la ceinture rouge, constant depuis 1977, se poursuit. Le PCF a perdu quatre mairies : trois au profit de la droite – Le Blanc-Mesnil, Bobigny et Saint-Ouen − et une au profit du PS – Bagnolet. Ces pertes s’ajoutent à celles d’Achères (Yvelines) et de Villejuif (Val-de-Marne), aux profits respectifs de la droite et d’une alliance hétéroclite UMP-UDI-écologistes-divers gauche. «C’est une bien mauvaise nouvelle pour les populations qui se retrouvent ainsi privées de boucliers locaux contre l’austérité», a commenté le parti.

«Les socialistes du département disaient qu’il n’y avait pas de danger à droite : on voit le résultat, ajoute, désolé, le responsable départemental du PCF, Hervé Bramy.Beaucoup d’habitants nous disent : "Vous nous avez fait virer Sarkozy, vous nous avez fait élire Hollande, et c’est pire aujourd’hui." Nous n’avons peut-être pas dit assez fort que les maires communistes sont des boucliers contre les politiques d’austérité.» En Seine-Saint-Denis, le PCF a toutefois repris deux villes importantes : Montreuil, aux écologistes, et Aubervilliers aux socialistes. Ce dernier gain devrait de plus lui permettre de renforcer ses positions au sein de la communauté d’agglomération Plaine Commune, la plus importante d’Ile-de-France.

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LE PS SÉVÈREMENT RECALÉ

Dirigés en sous-main par Claude Bartolone, plusieurs candidats socialistes se présentaient contre les sortants communistes à Saint-Denis, Villetaneuse, Saint-Ouen et Bagnolet. Finalement, seule cette dernière ville est passée du rouge au rose dimanche soir. Il s’en est tout de même fallu de peu que Saint-Denis ne connaisse le même sort : dans la plus grande ville communiste de France, c’est avec moins de 200 voix que le sortant, Didier Paillard, l’a emporté sur son challenger socialiste, Mathieu Hanotin.

L’échec a même pris un tour humiliant à Montreuil, où le candidat socialiste, Razzy Hammadi, ne s’est pas qualifié pour le second tour. La victoire de Patrice Bessac a rendu la ville au PCF, après une parenthèse écologiste.

Malheureux dans ses tentatives de conquête, le PS a également cédé l’une de ses villes les plus importantes dans le département : Aulnay-sous-Bois, où le socialiste sortant s’est lourdement incliné face au candidat UMP. Le responsable local du PS, Philippe Guglielmi, n’était pas joignable pour commenter ces résultats. De son côté, Hervé Bramy ne cache pas sa satisfaction : «J’espère qu’ils en tireront les conclusions.» Le communiste s’inquiète toutefois du nouveau rapport de force gauche-droite en Seine-Saint-Denis : «On joue avec le feu : compte tenu des pertes socialistes, la future métropole parisienne risque d’être contrôlée par la droite

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LA DROITE À LA FÊTE

En 2012, Hollande avait recueilli les deux tiers des voix en Seine-Saint-Denis. Le département compte désormais plus de mairies de droite que de gauche – 21 contre 19, si l’on considère bien le nouveau maire de Gournay-sur-Marne, Eric Schlegel, comme un «divers droite».

Maire UMP des Pavillons-sous-Bois depuis 1995, triomphalement réélu avec 82,8% des voix, Philippe Dallier est bien placé pour commenter cette nouvelle donne : «Il y a d’abord le même phénomène qu’à l’échelle nationale, une vague bleue et une abstention bien plus forte à gauche qu’à droite. Il y a également l’incapacité du FN de monter des listes en Seine-Saint-Denis. Ils en voulaient quinze ou seize, ils n’en ont eu que deux. Avec des triangulaires, ça aurait été beaucoup plus difficile pour la droite.»

A ce contexte s’ajoutent les situations particulières de chaque commune. «A Aulnay, le sortant socialiste avait fait tellement de promesses pour prendre la mairie en 2008 que cela s’est retourné contre lui, poursuit Dallier. A Bobigny, c’est la faillite d’un système communiste à bout de souffle, encroûté dans de vieilles méthodes clientélistes. Il faut noter que, si les populations issues de l’immigration ont pu voter à gauche lors de la présidentielle, une partie d’entre elles nous a rejoints aux municipales en raison de mécontentements locaux.»

Dominique ALBERTINI