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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 10:46

POLITIQUE

LOI TRAVAIL EL KHOMRI

#NUITDEBOUT

NUIT DEBOUT

Ce mouvement naissant qui dit beaucoup !

PATRICK LE HYARIC

JEUDI, 7 AVRIL, 2016

HUMANITÉ DIMANCHE

L'éditorial de Patrick Le Hyaric. "Quelle force, quel souffle nouveau apporterait la rencontre de catégories sociales ou de groupes poussés au séparatisme social et aux revendications catégorielles, redécouvrant tout ce qu'ils ont en commun dans la vie qui leur est faite et dans les espoirs qu'ils partagent !"

Le projet de loi affublé du mot « travail », mais qui entend en réalité le débarrasser des règles de droit, est-il le projet de trop qui fait déborder le vase de la régression sociale ? Dans toutes les enquêtes, une large majorité de nos concitoyens se prononce contre lui. Les manifestations de la semaine dernière ont connu une forte participation, des millions de personnes se renseignent, cherchent à comprendre, comme en témoignent, parmi tant d'autres exemples, les ventes de l'édition spéciale de « l'Humanité » décryptant les conséquences du texte de loi. Le mouvement en germe mêle l'activité syndicale de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaires, de l'UNEF mais aussi des syndicalistes d'autres organisations qui ne partagent pas les orientations de leur direction, l'utilisation des réseaux sociaux et des plateformes d'information sur la loi, des prises de parole dans l'entreprise, à l'usine comme au lycée ou à l'université. Phénomène nouveau en France, des places publiques sont occupées derrière le mot d'ordre « Nuit debout ». Travailleurs, privés d'emploi, précaires, lycéens et étudiants mais aussi retraités s'y croisent. Quelle force, quel souffle nouveau apporterait la rencontre de catégories sociales ou de groupes poussés au séparatisme social et aux revendications catégorielles, redécouvrant tout ce qu'ils ont en commun dans la vie qui leur est faite et dans les espoirs qu'ils partagent !

En vérité, une partie de la jeunesse qui se considérait jusque-là épargnée par les incertitudes du lendemain se sent désormais menacée par l'insécurité de vie. En ce sens, les vieilles thèses giscardiennes actualisées par la fondation Terra Nova sur une société dite de « classes moyennes » volent en éclats sous les effets prédateurs du capitalisme financier mondialisé. Quant à la société d'entrepreneurs, à peine sortie des cerveaux d'idéologues patentés, elle vient de prendre un sérieux coup de vieux !

Désormais personne n'est assuré contre cette insécurité, devenue la règle se substituant au droit. Ce mouvement naissant est aussi celui d'une recherche de convergences de différentes causes. Celle des « sans » ne supportant plus les injustices et les inégalités de toutes sortes : migrants rejetés, sans-papiers, sans-emploi, sans-logement et sans-travail stable, précaires ou déclassés par le système, auxquels il faudrait ajouter les paysans, les travailleurs surexploités, les petits artisans, et aussi ces petites, voire moyennes entreprises qui ne peuvent survivre à un système qui les spolie, les pille, les écrase et travaille à leur ingestion par le capitalisme monopolistique qui se déploie sous couvert des dogmes néolibéraux de « la concurrence » ou de la « compétitivité ».

Que se rassemblent toutes celles et tous ceux qui refusent un monde de l'exclusion ­ si ce n'est de l'expulsion sociale ­ alors que chaque jour s'exhibent les orgies financières dont bénéficient les grands patrons, s'étalent les profits pharaoniques des multinationales et les dividendes en or des actionnaires, se dévoilent la danse des magots de l'évasion fiscale et la fiesta oligarchique dans les paradis fiscaux. Et que le club des éditorialistes attitrés du média-business cesse de nous seriner que ce n'est pas grave parce que ce ne serait pas de « l'argent public » ! Précisément si ! C'est la valeur issue d'abord du travail des ouvriers, des techniciens, des cadres dans les entreprises qui est accaparée par une minorité au détriment de leurs rémunérations et du bien public. Chacun peut constater que le montant colossal de l'argent versé aux grandes entreprises roule pour satisfaire dirigeants et actionnaires. Une chose est sûre, il n'aura servi ni à l'emploi ni à redresser le pays. Le succès populaire de films comme « Merci patron ! » ou « la Loi du marché », avec Vincent Lindon, donne une indication précieuse sur la possibilité de faire face au rouleau compresseur de ceux qui n'ont à la bouche que la régression, dans tous les domaines.

Cette aspiration à relever la tête trouve un écho dans ce beau slogan scandé par les lycéens et étudiants : « Nos rêves contre vos privilèges ! » Contre la propagande droitière qui a envahi les discours gouvernementaux et les grands journaux, l'idée grandit que le responsable du chômage ce n'est pas le Code du travail mais les marchés financiers. Dans ces conditions, qu'une majorité de nos compatriotes réclame le retrait du projet de loi n'est pas un hasard. Le problème n'est plus seulement « le barème des indemnités prud'homales » ni même le « référendum » par entreprise mais une philosophie générale que voudrait imposer un pouvoir se réclamant encore de la gauche, mais qui cherche son inspiration dans les doléances et injonctions du MEDEF et des forces de droite. Cela fait tant d'années que les travailleurs sont floués par des choix politiques et économiques qui vont toujours dans le sens du moins-disant, quelle que soit la couleur du gouvernement, des choix qui ont poussé le monde du travail et de la création dans l'âpreté du présent et l'incertitude de l'avenir. L'idée même de « négocier » est terriblement dévaluée dès lors que depuis longtemps les négociations ne portent plus sur des progrès démocratiques et sociaux mais sur le niveau d'acceptation des reculs. On s'étrangle d'ailleurs de la franchise du président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, M. Bruno Le Roux, avouant « qu'il faut que le contrat à durée déterminée ne soit pas une prison pour les chefs d'entreprise ». Tout s'éclaire donc ! La loi dite travail apparaît bien comme l'apothéose régressive d'un quinquennat qui, loin d'avoir fait de la « finance son ennemi », a renié son mandat en se mettant à son service.

Le mouvement actuel n'est donc pas un combat pour des codicilles à une loi, ni pour une nouvelle cosmétique politique de gauche, mais il peut devenir un rassemblement à vocation majoritaire du peuple pour que revive un nouveau progressisme à la française. Certes, il n'en est pas là, mais n'est-ce pas ce qui, à tâtons, se cherche en son sein ? La très bonne nouvelle du renoncement du pouvoir à changer la Constitution pour y inscrire la déchéance de nationalité et l'état d'urgence l'encourage à persévérer. La droite et l'extrême droite enragent. Tant mieux ! Rien de tel pour revigorer les débats pour une gauche d'alternative à un an des élections présidentielles et législatives.

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES PCF
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BRUNO FORNACIARI

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