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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 06:15

En 1981 à Caracas

Politique - le 15 Juin 2012

Disparition

Disparition de Roger Garaudy, de Staline à Mahomet

L’intellectuel communiste, au milieu du XXe siècle, a fait office de « philosophe officiel » du PCF, avant de dériver vers la religion catholique puis musulmane, et de s’abîmer dans le négationnisme.


Roger Garaudy, qui vient de disparaître à un mois de sa 99e année, a joué, pour bon nombre d’intellectuels communistes de l’époque stalinienne, le rôle aujourd’hui totalement impensable de « philosophe officiel » du Parti communiste français.

Après s’être revendiqué dans sa prime jeunesse comme « hérétique » (protestant) et « polémique », il adhère au PCF en 1933. Agrégé de philosophie en 1936, mobilisé en 1939, il sera déporté au camp de Djelfa, en Algérie, de 1940 à 1942. Au sortir de la Résistance, il sera élu député communiste du Tarn (1945-1951), puis de la Seine (1956-1958) et enfin sénateur de Paris jusqu’en 1962. Ses thèses sur Hegel, parues la même année sous le titre Dieu est mort, firent impression un temps sur la communauté philosophique des « marxologues » d’alors. Pour la première fois, le rapport entre l’idéalisme dialectique de Hegel et de Marx n’était pas réduit à un simple renversement matérialiste, mais envisagé comme la difficile et longue élaboration de catégories philosophiques universelles.

 

La conception stalinienne selon laquelle les questions de philosophie sont, en fin de compte, du ressort des instances politiques dirigeantes des partis qui se réclamaient du communisme a perduré, dans les faits, en France, au-delà de la célèbre session du Comité central d’Argenteuil de mars 1966, consacré aux « problèmes idéologiques et culturels ». Seuls quelques penseurs, comme Henri Lefebvre ou Louis Althusser ou encore Guy Besse, ont réagi au cadre étroit dans lequel, à l’instar du Pcus, le PCF enfermait ainsi la pensée marxiste. Cependant, les interventions de Jean Kanapa, Lucien Sève, Michel Simon et Michel Verret laissaient présager un humanisme marxiste « découlant de la tâche historique de la classe ouvrière ».

 

On peut dire que l’ouvrage de Garaudy, Marxismes du XXe siècle, paru en 1966, a commencé à souligner le retard dû au monolithisme imposé jusque-là par la peur communiste de « réviser » ou de « dépasser » « l’âme vivante du marxisme ». C’est dans le cadre de cette paralysie théorique que s’est déroulé, entre Garaudy et Althusser soutenu par ses disciples, un débat de plusieurs années sur le caractère humaniste ou non de la philosophie de Marx. Althusser ayant discerné entre la pensée du jeune Marx et celle du même à la maturité un « antihumanisme théorique », Garaudy enrôla sans dialectique l’ensemble de la révolution scientifique et technique au service de sa conception du marxisme et de « l’homme total ». Nul ne s’étonnera, dans ces conditions, qu’il se soit détaché, dès 1968, des théories communistes sur la nécessaire alliance des intellectuels avec la classe ouvrière. Pour lui, un seul bloc suffisait…

 

L’ancien « philosophe officiel » avait ajouté à la pensée de Marx d’autres approximations et des emprunts extérieurs qui ne passaient pas. C’est ainsi que, lorsque l’Algérie et l’Égypte déclarèrent s’engager dans la voie du socialisme, il privilégia le rôle positif de la religion dans les luttes de classe, allant jusqu’à affirmer qu’elle était davantage un « levain » des luttes populaires qu’un « opium du peuple ». C’est sans doute ce qui avait poussé 
Waldeck Rochet, secrétaire général du PCF, à affirmer que le PCF renonçait à « toute conception utilitariste » de l’intellectuel et reconnaissait la « liberté de création entière » pour tous les artistes et les savants, attirant seulement l’attention sur le fait que, pour « les sciences sociales comme la philosophie et l’économie politique, les problèmes se posaient dans des conditions différentes en raison du rapport direct de ces sciences avec la politique ». Roger Garaudy, soucieux d’articuler son dogmatisme passé avec cette avancée, avait publié, un an auparavant, un ouvrage d’esthétique tout à fait abusif puisqu’il étendait le « réalisme » (socialiste ?) à Saint-John Perse, Kafka et même Picasso (D’un réalisme sans rivages, 1965).

 

Peut-être conviendrait-il ici de parler de Garaudy cité par Claude Roy dans les Chercheurs de Dieu : « Le dogmatisme et la foi ont en commun la volonté de miser tout le poids de la vie sur ce que l’on croit. » Pour lui, Marx était déterministe et non un « penseur du possible ».

 

L’humanisme communiste sur la question de l’introduction du point de vue de la pratique dans la théorie s’est exprimé dès 1966 à Argenteuil, dans le combat incessant mené depuis par les communistes pour la réalisation concrète de l’union de la gauche. Et cela, dans le pluralisme et le respect des convictions philosophiques et religieuses des différents courants de pensée, individus et communautés, et non pas dans un « bloc historique ». La prise de parti critique pour une philosophie ou une autre ne relève absolument pas d’une discipline scientifique.

 

Peut-être peut-on attribuer à une compréhension erronée de cette reconnaissance du pluralisme, l’évolution ultime de Roger Garaudy qui, après s’être converti au catholicisme, se tourna en 1982 vers l’islamisme combattant, au nom d’un antisionisme virulent. Il publia, en janvier 1996, les Mythes fondateurs de la politique, aux éditions la Vieille Taupe, où il fit scandaleusement sienne la thèse négationniste d’un complot qui aurait inventé la Shoah pour justifier l’expansionnisme israélien. Il n’était évidemment plus membre du Parti communiste français, et ce depuis un quart de siècle…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by bruno fornaciari - dans MEMOIRES - HOMMAGES - SOUVENIRS
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