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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 21:25

« Portrait du Journaliste en Sarkozyste » (extraits de Profession : Elkabbach)

par Vincent Quivy, le 26 juillet 2012

 

Nous publions ci-dessous, avec l’accord de son auteur des extraits du premier chapitre de son livre, Profession : Elkabbach [1] dont nous avons rendu compte par ailleurs.

Pour comprendre ce qui suit, un rappel de quelques épisodes d’une longue carrière, commencée avant 1968 peut être utile. PDG de France Télévisions de 1993 à 1996, contraint de démissionner en raison des contrats faramineux qu’il avait consentis à des animateurs-producteurs, Jean-Pierre Elkabbach revient alors à Europe 1 (où il avait déjà trôné de 1981 à 1988). Il en deviendra animateur d’antenne puis président, alors qu’il est administrateur au sein du groupe du propriétaire, Arnaud Lagardère, président de Lagardère Media. L’annonce par erreur de la mort de Pascal Sevran lui vaudra de perdre son poste de président d’Europe 1 en juin 2008, mais il est nommé à la direction de Lagardère News et maintenu à l’antenne de la radio pour son interview matinale. Cumulard, de 2000 à 2009, il est président de la chaîne parlementaire Public Sénat. (Acrimed)

« Portrait du Journaliste en Sarkozyste  » (extraits)


Cet animateur télé qui bouge encore


Avril 2008 : Jean-Pierre Elkabbach est à son apogée, pilier incontournable de l’univers audiovisuel, commandeur voué par le temps à imposer sa morgue et son la au petit univers politico-médiatique français.

 

Soutien et ami d’un président de la République, Nicolas Sarkozy, aux allures de Roi soleil, exécuteur de confiance d’un baron d’industrie, Arnaud Lagardère, devenu maître d’un empire médiatique sans équivalent dans l’Hexagone, homme lige des parlementaires français qui l’ont choisi, dans une belle unanimité, pour diriger leur chaîne télévisée, Public Sénat, il est aussi un animateur écouté, un intervieweur recherché, un patron de radio, Europe 1, craint et donc respecté.

 

Respecté ? Hum, le mot paraît fort. Car la radio privée qu’il dirige alors, « fleuron du groupe Lagardère », devient en 2007 dans la bouche de beaucoup « Radio Sarko ». Un surnom qui n’a rien de gratifiant pour une vieille maison qui s’est longtemps voulu « reine de l’info », réactive et « objective », indépendante.

 

Un surnom qui doit justement beaucoup à Jean-Pierre Elkabbach dont les liens et le soutien au ministre de l’Intérieur devenu président de la République sont anciens et connus et dont les saillies verbales et les interventions maladroites font jaser.

 

Car Jean-Pierre Elkabbach n’est pas un patron ordinaire, pas du genre à s’investir dans la gestion et la direction des affaires, dans l’administration silencieuse et prenante d’une grande entreprise.

 

Non, son truc à lui, c’est « l’antenne » et plus précisément l’interview politique qu’il anime chaque matin sur Europe 1 depuis des années. Rares sont en effet les patrons de l’audiovisuel qui sont à la fois président et journaliste, ont leur « case » et leurs émissions.

 

Comment concilier les obligations prenantes que suppose la direction d’une grande entreprise de plus de 250 employés et une activité d’intervieweur toujours sur la brèche, posé derrière un micro chaque matin de semaine ? « Ce qui le fait se lever le matin, c’est l’antenne, c’est ça son truc, confirme un ancien d’Europe 1. Honnêtement, on sentait bien que le boulot de pdg ne l’intéressait pas. Ce qui l’intéressait c’étaient les attributs du pouvoir, l’apparence, le titre. »


Une double casquette un brin encombrante. Car les remarques et les questions de l’éditorialiste-intervieweur qui d’ordinaire n’engagent que lui ont un autre écho quand elles émanent du big boss. Elles donnent le ton et la ligne de la station, définissent son identité et sa couleur.

 

« Vous n’êtes pas de l’UMP, Jean-Pierre Elkabbach ! »


Or en ces temps très sarkozystes, le pdg d’Europe 1 n’est pas des plus neutres et laisse percer un attachement très fort au plus puissant, témoin ce dialogue entendu en pleine campagne électorale. Nous sommes le 28 janvier 2007, à quelques semaines de l’élection présidentielle, Jean-Pierre Elkabbach reçoit au micro d’Europe 1 un des proches de la candidate Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco. Le socialiste, très énervé par un discours de Nicolas Sarkozy dans lequel l’homme de droite s’est emparé de Jean Jaurès, figure historique de la gauche, fait part de son indignation. Une indignation que notre patron de radio ne partage pas et qui le pousse, comme souvent, à passer du rôle d’intervieweur à celui de juge très affirmatif : « Mais par exemple, intervient-il agacé, Mitterrand pouvait parler de Maurras, de Chardonne… De la gauche, de Blum… » Jusque là rien de grave mais la partie de ping-pong connaît une étrange tournure quand Jean-Louis Bianco s’en prend à « l’inspirateur » supposé du discours, « Franck Tapiro, vous le savez, le conseiller en communication, l’un des nombreux conseillers en communication de Monsieur Sarkozy. » Suite du dialogue :

Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, mais enfin, notre inspirateur, ce n’est pas monsieur »
Jean-Louis Bianco : « C’est l’inspirateur... »
Jean-Pierre Elkabbach : « Comment il s’appelle ? »
Jean-Louis Bianco : « Tapiro ! »
Jean-Pierre Elkabbach : « Non, ce n’est pas notre inspirateur. »
Jean-Louis Bianco : « Mais pourquoi vous dites “notre” inspirateur ? »
Jean-Pierre Elkabbach : « Ce n’est pas nos... nos... On n’a pas besoin... »
Jean-Louis Bianco : « Vous n’êtes pas de l’UMP, Jean-Pierre Elkabbach ! »
Jean-Pierre Elkabbach : « Non, non, ni à l’UMP, ni... »
Jean-Louis Bianco : « “Notre” inspirateur »…

Un « lapsus » parmi d’autres qui a laissé des traces dans les mémoires des journalistes de la station et dans le petit monde des médias parisiens. Difficile en effet après ce « notre » très UMP de ne pas assimiler Europe 1 à Nicolas Sarkozy.

 

C’est qu’en plus des lapsus, il y eut le ton et la manière d’interroger les uns ou les autres. Cette façon de faire la leçon aux syndicalistes qui ne comprennent pas l’importance que lui, baron d’Empire lucide et progressiste, sait accorder aux réformes du gouvernement ; cet art d’interroger Nicolas Sarkozy en intégrant dans ses questions les lignes force de la pensée du président comme s’il les faisait siennes ; ce « Bravo ! » lancé avec naturel au socialiste Éric Besson après son ralliement en pleine campagne présidentielle au panache du candidat de l’UMP [2].

 

Au delà, il y a ces relations entretenues avec assiduité avec un ministre puis un candidat puis un Président. Ainsi prend-on l’habitude de le voir dans l’ombre de Nicolas Sarkozy au cours de multiples voyages, non pas, comme le note l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie qui en a pourtant vu d’autres, du côté des journalistes mais parmi la « délégation officielle », au milieu des ministres et des « invités personnels » de l’homme d’État. « N’était-il pas, géographiquement et donc professionnellement, passé de l’autre côté de la barrière, c’est-à-dire exactement à l’endroit où les journalistes ne devraient pas être ? » se demande le confrère avant d’avouer que poser la question c’est déjà y répondre [3].

 

Ainsi le patron d’Europe 1 apparaît-il sur nombre de photos juste derrière le président, ombre fidèle parmi les fidèles, « officiel » perdu parmi les personnalités, loin de la « meute » des journalistes repoussée en périphérie. […]

 

Un fils (pas très) spirituel


« Ce qui a profondément changé avec Sarkozy, estime un journaliste politique, c’est que Elkabbach a participé à son ascension, à son éclosion, il l’a repéré et aidé. De sorte que les rapports ne sont plus du tout les mêmes qu’avec Chirac ou Mitterrand. » Les relations avec les deux prédécesseurs de M. Sarkozy, si elles étaient amicales et suivies, n’en étaient pas moins marquées par une certaine distance qui sépare le journaliste du politique. Avec eux, même s’il en fut proche, Elkabbach est resté de l’autre côté de cette « barrière » qu’évoquait Jean-Michel Aphatie.

 

Avec Sarkozy, ce ne sont plus réellement des relations de journaliste à politique. Une question d’âge peut-être : Mitterrand et Chirac étaient plus vieux que Jean-Pierre Elkabbach, Nicolas Sarkozy est presque de vingt ans son cadet. Quand les deux premiers se sont lancés dans la « carrière », notre baron n’était pas encore journaliste ou si jeune, dans le cas de Chirac, qu’il ne pouvait qu’être spectateur. Quand Nicolas Sarkozy entre dans l’arène, Elkabbach est un personnage important du petit univers médiatico-politique, il en a l’assurance et les certitudes, l’entregent et le bagout, il est en position de pouvoir conseiller et valoriser quelques jeunes ambitieux dont il sait repérer le talent.

 

« Il est très content d’avoir connu Sarko quand il avait dix-huit ans, raconte un journaliste d’Europe 1. Très jeune en effet, Sarko le harcèle pour être son invité. Et Elkabbach sent le mec qui a du potentiel. »


De cette rencontre ancienne, entre celui qui n’est encore personne mais cherche à devenir quelqu’un et celui qui est déjà quelqu’un mais aspire à être encore plus, naissent les prémices d’une complicité qui s’appuie sur les intérêts bien compris de l’un et de l’autre et qui va prendre forme à mesure que le jeune Sarkozy va se faire un nom.

 

« Elkabbach a toujours été à l’affût des “nouveaux talents” de la politique, analyse un journaliste, les gens dont il perçoit qu’ils ont un avenir et, plus prosaïquement, des personnes qui aient le talent et la carrure pour être des “bons clients” de ses émissions politiques. » C’est que, comme l’explique un ex-journaliste d’Europe 1, « il sait qu’un bon interview repose bien sûr sur le talent de l’intervieweur mais aussi sur le charisme de l’interviewé. » […]

 

« Télé Sarko »


[…] Sous la présidence de Jean-Pierre Elkabbach, Nicolas Sarkozy est l’invité à de nombreuses reprises du journal de 20 heures de France 2, une place enviée qui lui permet de se faire connaître et d’imposer son personnage à une large partie des Français. Une présence qui répond, certes, au fait que le jeune Sarkozy est aussi porte-parole du gouvernement mais pas seulement. Ainsi quand, en février 1994, il fait paraître une biographie du personnage un peu oublié qu’est Georges Mandel, il a droit aux honneurs de la « grande messe du 20 heures » qui assure à son ouvrage une publicité des plus sympathiques. Peu d’écrivains ont bénéficié d’un tel traitement. […]

 

Dans l’optique d’Elkabbach, il y a donc aussi la conscience d’avoir à faire à une « bête médiatique », un brillant interlocuteur, accrocheur, séducteur, comme il les aime et avec lesquels il peut mener des entretiens vifs et remarqués. « Sarkozy, explique un journaliste d’Europe 1, a tout compris de l’art de la communication. Il sait ce qu’attend un type comme Elkabbach : un interview rapide, enlevé, avec du rythme et surtout des infos. Il faut toujours réserver une annonce, un petit scoop qui permettra à l’interview d’Elkabbach d’être reprise ou évoquée par les autres médias dans la journée. Tout le monde vous le dira : Elkabbach fonctionne “à la dépêche” ». Autrement dit, si un ministre ou une personnalité a la bonne idée de réserver l’exclusivité d’une information ou d’un projet au micro de Jean-Pierre Elkabbach, les agences de presse se feront un devoir de rédiger une ou plusieurs dépêches dans lesquelles elles rappelleront le nom de l’intervieweur et de son émission. Dépêches qui elles-mêmes seront reprises par la presse, les radios et les télés. De quoi flatter son ego et s’assurer une bonne publicité.

 

Car l’intérêt pour le journaliste dans ce jeu de relations avec le politique ne se limite pas à l’espoir de facilités de carrière ou de privilèges divers. Être l’ami de Nicolas Sarkozy, c’est être au cœur du pouvoir, être informé en permanence, bénéficier avant les confrères de la teneur des décisions et des projets. Et pouvoir, dans la guerre sans répit qu’est la course aux infos, « griller » les concurrents. Ainsi se noue un rapport dont chacune des deux parties profite à tous niveaux, en terme d’information comme en terme de carrière. […]

 

« Radio Sarko »


[…] « Clairement, dit une journaliste politique d’une radio concurrente, pour Sarkozy, Europe 1 était un enjeu considérable. Autant il était peu concerné par une radio comme France Inter qui traditionnellement est écoutée par un public plutôt à gauche, autant il était à fond sur Europe, attentif au moindre commentaire, mettant une “pression” incroyable sur les journalistes [politiques] de la station. »


« C’est vrai que les choses ont changé avec le départ de [Jérôme] Bellay, analyse un ancien d’Europe, pas parce que Sarkozy intervenait davantage ou plus directement, moi personnellement je ne l’ai pas vu et je n’ai rien entendu dans ce sens, mais parce que Bellay était dans la rédaction, tout le temps, à préparer les éditions, les journaux. Ça avait des inconvénients mais ça avait un avantage : il servait de paravent, il était solidaire et s’il y avait des retours, c’est par lui que ça passait. Avec Elkabbach, c’était différent. Il était rarement là, et quand il y était c’était surtout pour son interview du matin, le reste du temps, il déléguait. Parfois, simplement, il donnait des infos, en disant : “tiens, j’ai dîné avec tel ministre, il paraît que…” Parfois on le croisait à des réceptions ou des conférences de presse. On ne savait pas trop au nom de quoi il était là. C’était bizarre. »


« Quand j’étais rédac chef, se souvient un autre ancien, jamais il ne m’a donné une instruction, jamais. Alors c’est vrai, maintenant que j’y réfléchis, je pense qu’il y avait beaucoup d’autocensure, de ma part et de la part des autres. Par peur du groupe Lagardère, de lui, des retombées. Tout un contexte qui faisait que j’étais moins libre qu’aujourd’hui, qu’on n’avait pas les c… de balancer des trucs sur Sarko. Sans doute qu’il n’y avait pas ce même rapport qu’avec Bellay, ce côté patron solidaire et uni dont on savait qu’il serait là pour nous défendre. Avec Elkabbach, franchement, ce n’était pas le cas. On se demandait en cas de clash avec Sarko, dans quel camp il se mettrait… »


Autocensure, peur, retombées, autant d’éléments qui ne poussent pas à trop enquêter ou critiquer le futur président ? Jean-Pierre Elkabbach affirme qu’il n’est jamais intervenu. Le « contexte » se suffisait à lui-même. […]

 

« Comme jadis à Versailles »


C’est que Jean-Pierre Elkabbach n’a pas pour ami, on l’aura compris, que Nicolas Sarkozy. Ses relations avec le chef de l’État ne sont pas un accident de parcours, un hasard ou une nécessité due à un quelconque « coup de foudre de l’amitié », non, elles sont, au contraire, la partie immergée de l’iceberg, de toute une vie professionnelle passée dans l’antichambre du pouvoir.

 

« Le salon des Ambassadeurs est la pièce centrale, côté jardin, du Château [de l’Élysée], écrit Saïd Mahrane. Y accèdent uniquement ceux qui ont un petit point rouge sur leur carton d’invitation. Soit une centaine de personnes sur les 8 000 conviées ce jour-là. C’était le 14 juillet 2008. Dans le salon des Ambassadeurs, les “choses de la cour” se jouaient à huis clos. Comme jadis à Versailles, entre les pilastres du salon d’Hercule, quand Louis XIV recevait. Etienne Mougeotte, Jean-Pierre Elkabbach et Catherine Nay se disent maintes choses à voix basse. [4] » Là au milieu des gens qui comptent, dans les salons dorés de la république, il est à son aise, chez lui, allant de l’un à l’autre, personnage familier de la cour, baron bien connu ayant survécu à nombre de souverains, maréchal émérite des médias ayant servi tous les régimes. De droite ou de gauche, du centre ou de la périphérie.

« Au fond, analyse Christian Guy, ex-journaliste télé qui a travaillé avec Jean-Pierre Elkabbach, il a toujours eu une relation bizarre avec le politique. Ça a dû à un moment se mélanger dans sa tête. Bien sûr, quand on est journaliste politique, on est amené à avoir des relations avec les dirigeants mais il y a une limite, une barrière que l’on perçoit très vite. Lui cherchait à aller au-delà, entretenait des relations qui n’étaient plus professionnelles, ça nourrissait une ambition, la volonté d’appartenir à leur monde, d’être admis parmi eux. Je me suis demandé s’il n’allait pas franchir le pas et finir par abandonner le journalisme pour la politique. » […]

 

Il fréquente l’Élysée et les ministères, il est de ces « clubs » très parisiens où se côtoie la fine fleur des décideurs français. Il fut de la « Fondation Saint-Simon », créée par François Furet puis dissoute en 1999, regroupant intellectuels, grands patrons, hommes de médias et hauts responsables politiques. Il est du « Siècle », le « club des clubs », le « réseau des réseaux », « la quintessence du pouvoir politique, économique et médiatique » où se retrouvent des gens comme Patrick Poivre d’Arvor, Dominique Strauss-Kahn, Thierry Breton, Claude Bébéar ou Nicole Notat. « Tous sont membres du Siècle, le plus prestigieux des cercles de décideurs hexagonaux. [5] ».Un cercle qui comptait en 2007, selon son secrétaire général Etienne Lacour, outre Nicolas Sarkozy et François Fillon, quinze membres du gouvernement [6].

[…] Une fréquentation assidue qui ne semble pas lui peser pourtant et qu’il assume avec entrain à soixante-dix ans passés. Du petit monde de la politique française, il connaît tous les rouages, les visages et les usages. Il s’y est fait des amis de longues dates, des complices et des intimes : Jacques Attali, Julien Dray, Thierry Breton, Dominique Strauss-Kahn… Il petit-déjeune, déjeune et dîne avec tout ce monde important.

 

Part-il en vacances ? Il y retrouve Jacques Chirac, adepte comme lui d’un luxueux hôtel de l’île Maurice : « Les promenades [avec Chirac] à travers l’île, les dîners, les conversations, assis à la même table, légère ou graves, souvent personnelles, sont d’ordre privé et le resteront », écrit Jean-Pierre Elkabbach dans un des ses livres. Rentre-t-il de ses vacances ? Il court retrouver le président de l’époque : « François Mitterrand à qui rien ne pouvait rester caché avait aussi appris ces rencontres de vacances. Il m’accueillait parfois à mon retour, d’un souriant : “Comment va votre ami mauricien ?” [7]  »

A-t-il besoin de prendre une décision importante ? Il dîne avec un ancien ministre de ses amis : « Je connaissais depuis longtemps cet homme politique [Charles Millon] sincère et réaliste [il sera un des rares présidents de région à accepter de s’allier au Front national], doté de fortes convictions qu’il met en œuvre depuis longtemps dans sa Région. (…) Ambitieux, il n’était ni candide, ni cynique. Je lui exposai toutes les hypothèses, j’avais confiance en son exigence et son pragmatisme. » L’ex-ministre lui dit alors : « Il faut (…) tenter l’aventure. C’est probablement le sens de ton destin, saisis-le ! » Et notre journaliste indépendant de conclure : « Ce soir-là, je décidai de présenter ma candidature au poste de président de France Télévision. [8]  »


L’homme qui murmurait à l’oreille des politiques


[…] Dans le microcosme, on sait l’intérêt stratégique de faire entendre sa voix à une heure de grande écoute et à une époque où les émissions politiques se font de plus en plus rares. On sait aussi les retombées positives d’une émission où, de l’avis général, on « ne se sent jamais piégé », on n’est « jamais pris au dépourvu ».

Un « travail à l’ancienne », selon l’expression d’un journaliste : les interviews sont préparées et les questions font l’objet de « négociations ». Il ne s’agit pas de passer à côté du sujet brûlant, l’info polémique que tout le monde attend, mais il ne s’agit pas non plus de coincer l’invité. Un jeu d’équilibriste dans lequel Jean-Pierre Elkabbach se montre toujours brillant, quitte à, avant de passer à l’antenne, convaincre avec insistance l’interviewé d’aborder des thèmes dont il ne veut pas entendre parler. « Il y a toujours un deal, explique un ancien d’Europe 1, poser une seule question sur le sujet qui fâche et promettre ensuite de passer à autre chose. “Jean-François Copé, on est obligés de parler de votre appartement de fonction, je ne vous pose qu’une question mais on ne peut pas passer à côté”. Il va lui poser la question qui dérange mais l’autre sait qu’Elkabbach n’ira pas trop loin, qu’il va pouvoir répondre, qu’il va même être briefé pour répondre : “Répondez court, n’en faites pas des tonnes, 30 secondes pas plus, sinon on ne comprend rien.” Il est étonnant. »

« C’est quelqu’un, confie un autre ancien, qui va toujours discuter avec son invité avant de l’interroger et se place à la limite de l’intervieweur et du conseiller : “tu devrais faire ça, tu devrais dire ceci… Est-ce que tu as quelque chose à dire ? Qu’est-ce que tu me donnes ?” Et qui ensuite met en scène son interview par rapport à ces éléments. C’est un metteur en scène. » […]

 

Du haut de son trône médiatique, l’homme sélectionne en fonction de ses propres critères. Il a des inimitiés, tel le socialiste Arnaud Montebourg qu’il trouve bien trop « jusqu’au-boutiste » ou Ségolène Royal, une des rares à avoir refusé son invitation, il a des idées fixes : avoir la carrure et les compétences, ne pas dépasser les lignes du politiquement acceptable. « Il m’a invité un jour à déjeuner, confie un député de premier plan, et il m’a posé toute une série de questions. J’avais l’impression de passer un examen. C’était d’autant plus étrange qu’il rétorquait à mes points de vue, comme si nous étions deux hommes politiques face à face. Il m’a exposé ses idées. A la suite de quoi, j’ai été invité à son émission. » L’homme conçoit son interview comme une émission importante de la vie politique, pas question donc d’y convier des sans-grade ou des médiocres. Certains ministres attendent toujours d’y être invités, sans résultat. Pas question non plus de procéder à l’interview sans un peu de cérémonial. Quand Jean-Pierre Elkabbach reçoit, il est bon de montrer qu’il ne s’agit pas d’un rendez-vous banal ou d’une interview comme on en fait sur les chaînes concurrentes. […]

 

Une visite « historique »


Plus que la double casquette de « journaliste indépendant » et de faire-valoir des sénateurs, c’est avant tout le cumul privé-public dont use Jean-Pierre Elkabbach qui suscite la critique. « Comment trouver normal, interroge par exemple l’ancien homme fort du Monde, Edwy Plenel, que le responsable d’une radio privée, propriété d’un groupe médiatique dominant, Lagardère, soit en même temps celui d’une télévision publique, celle du Sénat ? Que nos sénateurs, droite et gauche confondues, assurent en la personne de Jean-Pierre Elkabbach la présence à demeure auprès de l’une des deux assemblées parlementaires d’un représentant dévoué des intérêts d’un industriel est un évident mélange des genres. [9]  »

Quand en 2000, il prend la présidence de Public Sénat, notre « baron d’Empire » n’est pas encore patron d’Europe 1 mais déjà « conseiller spécial pour la stratégie médias du Groupe Lagardère. » « J’ai l’assentiment de Jean-Luc et Arnaud Lagardère », se justifie notre journaliste. On les comprend. À l’heure où se discute à l’Assemblée et au Sénat une nouvelle loi sur l’audiovisuel et au moment où le groupe privé se réoriente justement pour devenir un poids lourds du paysage médiatique français, les deux hommes d’affaire ne peuvent pas voir d’un mauvais œil leur « conseiller » en « stratégie médias » pénétrer le cœur de la république. Combien de grandes sociétés rêveraient en effet de bénéficier d’un tel appui et s’économiseraient ainsi les frais d’une coûteuse politique de lobbying ?

 

« Il est dans une confusion des rôles, estime un ancien d’Europe 1. C’est clairement quelqu’un qui travaille pour Lagardère, qui en est le lobbyiste. Il a un bureau rue de Presbourg [siège de la société Lagardère], un rue François Ier [siège d’Europe 1], un à Public Sénat. Il est relation avec les cercles médiatiques, politiques, économiques, dans la confusion permanente. C’est un homme qui est capable de se transformer en promoteur de l’Airbus A380 parce qu’il est fabriqué par EADS dont Lagardère est actionnaire ou d’accompagner Nicolas Sarkozy à Alger en tant qu’ami parce qu’il a des liens particuliers avec Bouteflika [président algérien]. »

 

Une critique que l’on balaie du côté du Sénat arguant que les parlementaires se félicitent du travail fait par ce « grand professionnel » de l’audiovisuel qui a su donner une visibilité, une cohérence et une certaine notoriété à la chaîne. Ses liens avec le groupe Lagardère ? Faut-il vraiment se plaindre d’avoir avec soi un homme haut placé dans un groupe qui possède des radios, des journaux, des magazines dans lesquels il est si important d’apparaître quand on fait de la politique ?

Seuls les journalistes d’Europe 1 trouvent à redire à cet étrange mélange de fonction. En 2008, ils ont jugé un peu saumâtre qu’à quelques mois du renouvellement de son mandat à la tête de Public Sénat, le double président impose en plein journal une interview du… président du Sénat justement. Et de s’interroger sur l’actualité et l’acuité de ce brave Christian Poncelet que d’ordinaire les médias ne se disputent pas. C’est que, répond Jean-Pierre Elkabbach, l’homme est le « deuxième personnage de l’État » et effectuait, avec toute une délégation de sénateurs, une visite capitale en Chine qui, à n’en pas douter, restera dans l’histoire. Ce qui est sûr c’est qu’Elkabbach lui-même faisait partie de cette délégation en tant que président de Public Sénat et que le président d’Europe 1 était donc aux premières loges pour juger de l’intérêt du voyage de… son patron.

 

Vincent Quivy


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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 10:21

Sports - le 24 Juillet 2012

Mittal porteur de la flamme olympique : « une véritable insulte » pour les métallos belges

Plusieurs syndicats belges de la métallurgie ont fait part mardi de leur "écoeurement" au Comité International Olympique (CIO) face au choix de l'homme d'affaires indien Lakshmi Mittal, patron d'ArcelorMittal, pour porter la flamme olympique jeudi à Londres.


Alors que le groupe a décidé la fermeture de ses hauts-fourneaux à Liège, "il s'agit d'une véritable insulte" pour les près de 3.000 familles qui en dépendent, écrivent ces syndicats dans une lettre adressée à Jacques Rogge, le patron du CIO. "Depuis que M. Mittal est devenu le numéro un de l'acier, il a congédié directement près de 70.000 travailleurs" dans le monde, accusent les syndicats.

"M. Mittal est immensément riche", relèvent les syndicats. "Pour accroître encore sa fortune, il a décidé d'acheter à tour de bras des mines de fer, une activité extrêmement rentable aujourd'hui" et qu'il finance, selon les syndicats, en liquidant les hauts-fourneaux dont il dispose en Europe et notamment à Liège, "des outils qui sont bénéficiaires, mais pas assez toutefois à ses yeux".

 

 

L’olympisme récompense « ceux qui broient des vies »


Relevant que la charte olympique fait référence aux notions de "responsabilité sociale" et de "respect des principes éthiques fondamentaux universels", les syndicats disent ne pas comprendre "que l'Olympisme puisse récompenser ceux qui broient des vies". "Croyez, M. le président, en notre plus profond écoeurement", concluent-ils dans leur lettre à M. Rogge.

 

ArcelorMittal a mis à l'arrêt, à titre temporaire, plusieurs sites industriels en Europe, expliquant que la demande d'acier en Europe n'avait pas retrouvé ses niveaux d'avant la crise de 2008 : les hauts-fourneaux de Florange en Lorraine (nord-est de la France) sont à l'arrêt depuis l'automne 2011. Ailleurs en Europe, ArcelorMittal a décidé récemment la fermeture définitive de hauts-fourneaux à Madrid. Au Luxembourg, les hauts-fourneaux de Schifflange sont également à l'arrêt pour une durée indéterminée et la production du site de Rodange a été mise au ralenti.

 

 

Mittal est le sponsor d’une tour du Parc Olympique


Selon le site officiel des JO-2012, M. Mittal et son fils Aditya, 36 ans, doivent porter la flamme jeudi dans les quartiers londoniens de Kensington et Chelsea. "Quand je pense aux parallèles entre moi-même et un athlète olympique, je crois que le monde des affaires est marqué par des principes très similaires de persévérance et de dur labeur", confie Lakshmi Mittal cité par le site des Jeux Olympiques 2012. Il est aussi le sponsor d'une tour en métal du Parc Olympique, baptisée "The Orbit".

 

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 15:54
Photo : la Une de Libération demain
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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 22:12

Une vision trouble du Monde sur l’Argentine

par Jérémy Rubenstein , Nils Solari, le 23 juillet 2012

 

Lorsque Le Monde s’intéresse à l’Amérique latine, c’est rarement pour flatter les expériences qui s’émancipent du néolibéralisme. Les catastrophes que ce dernier a provoquées ont conduit de nombreux pays de la région à explorer d’autres voies que Le Monde s’emploie consciencieusement à dénigrer, quitte à piétiner l’histoire, comme on peut le vérifier à propos de l’Argentine.…

 

Dans un article paru le 25 juin 2012 sur la version web du « quotidien de référence », Claire Gatinois, rédactrice de la section « Économie » et Christine Legrand, correspondante en Argentine, affirment ainsi que « Le miracle argentin était en trompe-l’œil ». Miracle, vous avez dit miracle ? Mais de quel miracle s’agit-il ?

 

Jusqu’à ce que les journalistes du Monde s’emparent de l’expression, par « miracle argentin », les zélateurs de politiques libérales entendaient avant tout les effets de celle qui fut administrée à l’Argentine, sous la présidence de Carlos Saúl Menem (de 1989 à 1999 et dans le droit fil des « réformes » imposées à partir de 1976).

 

On a pu, il est vrai, parler de « miracle » - un « miracle », si l’on veut, mais tout autre - à propos de l’ère ouverte par les présidences du couple Kirchner (de 2003 à aujourd’hui). Mais il faut un goût prononcé pour les amalgames pour les confondre sous la même expression, surtout quand cet amalgame est épicé par un autre qui assimile le soulèvement populaire de décembre 2001 aux mouvements sociaux en cours en juin 2012. C’est pourtant à cette cuisine que se livrent, comme on va le voir, les journalistes du Monde qui, de l’analyse versent ainsi dans la propagande. Mais pour mieux en comprendre les procédés, un bref retour en arrière s’impose.

 

Un minimum d’histoire

 

- À l’instar des dictatures des pays voisins (Brésil, Chili, Uruguay, Paraguay, Bolivie) lors de la mise en place du Plan Condor, les doctrines des Chicago boys [1] ont commencé à s’imposer en Argentine à compter de 1976, sous la main de fer de la junte militaire et de son ministre de l’économie Martínez de Hoz.

 

- Le « retour de la démocratie » en 1983 a confirmé cette influence néolibérale et l’a même confortée à partir des années 1990 sous l’effet du consensus de Washington [2]. Carlos Saúl Menem, élu président en 1989, va en effet être l’artisan d’une vaste politique de libéralisation, de déréglementation et de privatisations, qui vaudra à l’Argentine d’être désignée « meilleur élève du FMI ».

 

Depuis les pays industrialisés et sous le regard bienveillant des institutions financières, cette « révolution économique qui a profondément bouleversé [le] pays » était ainsi qualifiée par certains de « miracle argentin » [3]. Le « miracle » en question eut des effets peu miraculeux : avec un taux de chômage supérieur à 20 % et plus de la moitié de la population vivant sous le seuil de pauvreté, la situation économique et sociale du pays à la fin 2001 est déplorable et provoque l’Argentinazo, le soulèvement populaire des 19 et 20 décembre 2001.

La situation est-elle similaire en 2012 ? Les journalistes du Monde s’emploient à le suggérer.

 

- Le soulèvement populaire de décembre 2001 ouvre une période d’instabilité politique et institutionnelle qui verra pas moins de cinq présidents se succéder jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Néstor Kirchner en mai 2003. Parvenant « à remettre le pays sur pied, à la faveur d’une croissance économique rapide et stable » [4], il laisse la place à sa femme, Cristina, élue présidente en 2007 puis réélue en 2011. Avec un taux de croissance oscillant autour de 8 % durant près de sept années consécutives (à l’exception de 2009), certains commentateurs y ont vus « une réussite insolente » voir, à nouveau, l’expression d’un « miracle » [5].

 

L’attribution à l’Argentine de deux « miracles » - un premier à l’œuvre dans les années 1990 et qui s’est soldé par une crise des plus violentes ; et l’autre, en cours aujourd’hui, sous l’effet des politiques menées par le couple Kirchner - justifie-elle leur confusion ? C’est, sous couvert de comparaison, ce que nous proposent les journalistes du Monde

 

 

L’Argentine, de nouveau au bord du chaos ?


  Une question, faussement naïve, introduit une comparaison sans objet : « Planerait-il sur l’Argentine un parfum de "déjà-vu" ? Voilà que les cacerolazos, les tapeurs de casseroles, ont refait leur apparition ». Ciel, aurait-on raté un épisode ? L’Argentine serait, à en croire l’introduction de l’article, au bord du gouffre, comme il y a près de dix ans !

Frapper sur des casseroles est une forme de manifestation générique d’acteurs collectifs - les « cacerolazos » - et ne s’applique pas seulement à la rébellion populaire de fin 2001 qui avait mis fin au gouvernement de Fernando de la Rua.

 

C’est donc procéder à une étrange imprécision ou à singulier raccourci d’assimiler les « cacerolazos » de ces derniers jours à « ces manifestants qui tapaient nuit et jour sur leur batterie de cuisine pour protester contre le gouvernement […] et le Fonds monétaire international (FMI) […] »… Mais passons, sur ce qui peut passer pour un simple détail, puisque, nous dit-on, « Aujourd’hui, les Argentins sont de nouveau en colère  ». Ainsi, les quelques centaines de personnes qui se sont rassemblées – trois fois au mois de juin 2012 – dans les quartiers huppés de la capitale se trouvent assimilées aux centaines de milliers de manifestants qui avaient défié le couvre-feu les 19 et 20 décembre 2001, et qui avaient été reçus à balles réelles par la police…

 

Comme il semble difficile de présenter quelques centaines de personnes parmi les plus aisées comme un mouvement social d’envergure, les rédactrices, pour étayer le tableau d’un pays au bord de la rébellion, ont recours à un autre argument : « Pour la première fois depuis neuf ans, la puissante centrale syndicale, la CGT, principale alliée du gouvernement par le passé, a appelé à une grève nationale des camionneurs mercredi 27 juin ».

 

Serions-nous à la veille d’une grande mobilisation sociale ? Pour le laisser croire, il faut omettre de mentionner que « la puissante centrale syndicale » - qui n’a joué aucun rôle dans la révolte de 2001 - n’a pas exactement le même rôle en Argentine qu’ailleurs : elle est essentiellement une composante du mouvement péroniste actuellement au pouvoir.

 

Comment comprendre, dès lors, l’appel à la grève des camionneurs ? D’abord comme l’expression de conflits entre différents secteurs du péronisme. En l’occurrence, Hugo Moyano - chef de file du syndicat - occupait une place centrale dans l’organigramme du pouvoir, jusqu’à la mort de Nestor Kirchner en octobre 2010.

 

Éloigné du pouvoir, son appel à la grève, plutôt que le signe avant-coureur d’un puissant mouvement social, peut être compris comme une façon de se repositionner à l’intérieur du mouvement péroniste.

 

Mais, à défaut de savoir ou de faire savoir ce qu’il en est de la CGT argentine, nos journalistes connaissent fort bien les raisons du mécontentement si brillamment décrit. « En cause : une inflation à deux chiffres, une croissance qui ralentit et un chômage qui progresse. Les Argentins ont perdu confiance dans le peso, dont la valeur ne cesse de se déprécier, et préfèrent économiser en dollars ».

 

Aucun chiffre, aucune source ne vient étayer la première phrase. Nous devons donc croire les journalistes sur parole… En revanche, difficile de croire que la seconde affirmation au sujet de l’épargne, concerne « Les Argentins » dans leur ensemble, et pas seulement ceux qui ont des économies et qui, effectivement, préfèrent les garder en dollars...

 

Qu’importe, la confusion installée, le lecteur peu averti doit s’autoriser à penser, que la situation de 2012 peut s’apparenter à celle des années 2001-2003…

 

 

D’un « miracle » à l’autre…


 

«  De quoi démythifier le "miracle argentin"  [6] – clament nos deux journalistes ! La suite de la phrase révèle la visée mystificatrice de cette tentative de démythification.

 

Reprenons : « De quoi démythifier le "miracle argentin" que certains économistes ont vanté au point d’en faire un exemple à suivre pour la Grèce. Embourbé dans une crise de surendettement mêlée de récession, Athènes, entend-on ici ou là, aurait tout intérêt à sortir de la zone euro, retourner à la drachme, dévaluer sa monnaie et répudier sa dette […] Comme l’Argentine, qui avait, fin 2001, supprimé l’arrimage du peso au dollar afin de dévaluer massivement sa monnaie, tout en suspendant le remboursement de sa dette. […] ».

 

Une pseudo-analyse de la situation argentine est donc mise au service d’une prise de position sur la Grèce, experts soigneusement sélectionnés à l’appui : « Pourtant, "l’expérience argentine devrait dissuader plutôt qu’encourager" à suivre une telle voie estiment Mario Blejer […] et Guillermo Ortiz […] dans une tribune à l’hebdomadaire britannique The Economist, en février [7] ». Blejer et Ortiz sont respectivement présentés dans l’article comme un « ancien gouverneur de la banque centrale argentine » et un « ancien de la banque centrale du Mexique ». Certes, mais les journalistes auraient pu préciser que l’un et l’autre ont travaillé pour le Fonds monétaire international (FMI) et qu’à ce titre ils ont été parmi les personnes qui ont piloté la politique économique de l’Argentine durant les années 90, lors du « premier miracle » que l’on attribue à l’Argentine. Une politique dont on a remémoré plus haut les résultats… lesquels sont d’ailleurs rappelés – presque paradoxalement - dans les paragraphes suivants :

« Ne serait-ce que parce que le miracle argentin [avant 2001 !] a coûté cher au pays. Très cher. Avant que l’économie ne reparte, le produit intérieur brut (PIB) s’est effondré de 20 % l’année qui a suivi le défaut, quand l’inflation dépassait 23 %. Pendant des mois, le pays a été coupé du monde. Et la dévaluation massive a ruiné épargnants et entreprises. Plus de la moitié de la population, 58 %, a basculé sous le seuil de pauvreté, rappellent Gustavo Canonero et Gilles Moëc, économistes à la Deutsche Bank dans une note du 15 juin titrée "Argentina’s Phoenix Might not Fly in Greece" ("Le phénix argentin ne se déploiera sans doute pas en Grèce"). Une détresse sociale décrite aussi dans le documentaire de Fernando Ezequiel Solanas, Mémoire d’un saccage, rappelant les 39 morts qui ont eu lieu lors des violentes manifestations de cette époque  ».

À ce stade de l’article, difficile de ne pas sombrer davantage dans la confusion. En quelques paragraphes, ce sont deux « miracles » distincts – avant et après le défaut de paiement – qui sont évoqués, mais que l’article finit par confondre en les amalgamant. On peut difficilement imaginer plus perfide que cet arrangement avec l’histoire qui consiste à porter une charge contre le second « miracle », en invoquant le bilan catastrophique du premier.

 

Le comble est sans doute atteint lorsque les journalistes mentionnent le film de Fernando Solanas : un documentaire qui a précisément pour objet de dénoncer la politique de « rigueur » qui, exigée par les institutions internationales, a abouti à la crise de 2001. Ainsi, sans faire le lien entre cette politique, prônée entre autres par MM. Blejer & Ortiz durant les années 90 et la crise de 2001 qui a mené au défaut de paiement, les journalistes expliquent le jugement actuel des « experts » (« l’expérience argentine devrait dissuader plutôt qu’encourager ») par le coût social de ce défaut. Autrement dit, ce n’est pas la politique des années 90 qui a socialement coûté très cher à l’Argentine, mais le seul défaut. Un défaut de paiement dont on laisse entendre au passage qu’il résulterait d’un refus volontaire, et non de l’impossibilité de rembourser la dette : « Aujourd’hui encore, le pays n’a pas fini de faire les frais de cette faillite désordonnée. […] Et près de dix ans après avoir renié la majeure partie de sa dette (plus de 75 %), le pays n’a toujours pas accès au marché des capitaux pour se financer. »

 

 

Empêcher de susciter des vocations


 

Comme annoncé dans le titre de l’article, son propos général est donc bien de démontrer que « le modèle argentin vacille ». Pourtant, nos deux rédactrices sont tout de même obligées, même à demi-mot, de concéder que le pays a connu une embellie lors de ces années passées hors du dogme libéral : « Jusqu’ici, Buenos Aires a pu s’en sortir grâce à ses exportations de produits agricoles, et en particulier de soja », écrivent-elles, avant de rappeler un chiffre de croissance à faire blêmir les pays industrialisés, puisqu’elle est « estimée autour de 4 % cette année, contre plus de 8 % en 2011 ».

Sand doute, cette embellie doit-elle être nuancée, comme le fait la suite de l’article. Mais ce n’est que pour mieux signifier, une fois encore, que la Grèce ne doit pas emprunter la voie argentine : « Le miracle argentin des années 2002-2008 n’est donc pas si miraculeux et s’explique surtout par une combinaison de facteurs qui n’ont que peu de chance de se reproduire en Grèce ». La pseudo-analyse de la situation argentine a donc pour cible… la politique grecque. Convoqué alors par les auteures de l’article, il revient à Daniel Cohen, connu pour la finesse de son analyse sur la crise financière mondiale, de porter le coup de grâce : « Et si le pays dispose de deux avantages comparatifs forts, la marine marchande et le tourisme, indique Daniel Cohen, professeur à l’École normale supérieure et membre du Conseil de surveillance du Monde, son sol n’est pas aussi bien doté que celui de l’Argentine ».


L’article se conclut par une « expertise » des plus surprenantes : « "La Grèce n’a de matière première que le soleil", résume un expert  [8] ».

 

Qui sait si ce même soleil n’a pas étourdi nos journalistes, au point de les amener à confondre, voire à amalgamer volontairement, deux « miracles » argentins pourtant clairement opposés. À moins que leur objectif, délibéré et transparent, ne soit de discréditer tout contre-exemple qui porterait atteinte à la version libérale de la « rigueur budgétaire » : celle-là même qui a conduit autrefois l’Argentine au bord du gouffre, et qui s’impose aujourd’hui à l’Europe… et la Grèce en premier lieu.

 

De quelle pratique journalistique s’agit-il donc ? On se bornera à souligner que cet article n’est pas présenté comme un point de vue – discutable comme tel – mais comme une analyse. Or, celle-ci triture l’histoire passée et la situation présente de l’Argentine au service d’une prise de position sur la Grèce. Elle dégage en cela, un fort parfum de propagande…

Jérémy Rubenstein & Nils Solari (avec Henri Maler)

 

Notes

[1] Les Chicago boys sont des économistes qui, dans la foulée de la pensée de Milton Friedman, ont étudiés à l’école de Chicago et ont ensuite essaimé la pensée néolibérale à travers le monde, en particulier dans le Chili du général Pinochet.

[2] « Le "consensus de Washington" tire son nom d’un article de l’économiste John Williamson, qui a défini, en 1989, dix recommandations, notamment en direction de l’Amérique latine : Discipline budgétaire ; Réorientation de la dépense publique ; Réforme fiscale ; Libéralisation financière ; Adoption d’un taux de change unique et compétitif ; Libéralisation des échanges ; Élimination des barrières à l’investissement direct étranger ; Privatisation des entreprises publiques ; Dérégulation des marchés ; Prise en compte des droits de propriété. La Banque mondiale et le FMI ont ensuite décidé de subordonner leurs prêts à l’adoption de politiques inspirées de ces thèses » cf. glossaire de La Documentation française ; Voir aussi : Le Monde Diplomatique, Un cahier spécial sur l’Amérique latine – Le « Consensus de Washington ».

[3] Comme l’écrivait par exemple Michel Faure dans un article de L’Express  ; « Menem, le mégalo libéral  » , publié le 15 octobre1998.

[4] Selon les mots du Ministère des Affaires Étrangères français, consulté le 18/juillet 2012

[5] Voir par exemple : Alexandre Duyck & Éric Domergue, « Miracle au pays des "gauchos" », Le Journal du Dimanche, 12 novembre 2011.

[6] C’est nous qui soulignons.

[7] Nous ne nous arrêterons pas ici sur le fait que The Economist n’est guère connu pour ses positions antilibérales…

[8] C’est nous qui soulignons.

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 19:04

Franz-Olivier Giesbert géopolitise sur le Venezuela

par Henri Maler, Nicolas Galy, le 18 juillet 2012

 

Franz-Olivier Giesbert est un cumulard omniscient. Cumulard : Le Point, France 2, France 5, La Chaîne parlementaire (LCP), etc. Omniscient : politique politicienne, culture cultureuse et géopolitique planétaire sont ses spécialités. Sur LCP (chaîne d’État s’il en fut), il « anime » une émission mensuelle (seulement…) – « Parlez-moi d’ailleurs » – qui se présente comme « Le rendez-vous géopolitique » et prétend « décrypter » [1]. Le 31 mai 2012, Giesbert « décryptait » « Le phénomène Chavez », en présence de quatre invités. Une confrontation très virulente qui donne l’occasion d’échanger les arguments habituels. Mais il fallait choisir. Et nous avons choisi de ne retenir que les interventions du présentateur, avec juste ce qu’il faut de contexte pour comprendre l’étendue du savoir de l’omniscient en charge d’un interrogatoire à sens unique.

Quatre invités donc. Deux d’entre eux sont chargés de représenter les « pro-Chavez » : Farid Fernandez (conseiller à l’ambassade du Venezuela à Paris) et Maurice Lemoine (ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique). Les deux autres incarnent les « anti-Chavez » : Renée Fregosi (directrice de recherche à la Sorbonne, plus précisément à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine) et François-Xavier Freland (journaliste, correspondant de RFI et TV5 au Venezuela). Le « match » peut commencer et « l’arbitre » déployer son parti-pris et, en guise d’arguments, ressasser quelques slogans.

 


Présentation de l’émission…


- Franz-Olivier Giezbert (FOG) : « […] Pour débattre de ce personnage étrange, à la tête d’un pays de vingt-huit millions d’habitants, un pays assis sur des réserves pétrolières qui sont les plus grandes du monde [on n’a pas fini de l’apprendre]  : deux cents quatre-vingt-seize, peut-être même deux cent quatre-vingt-dix-sept milliards de barils… plus… plus que l’Arabie saoudite… […] »


… Puis vient l’introduction d’un premier reportage (ou de la première séquence d’un même reportage qui semble avoir été fractionné).


- FOG : « Alors, avant de commencer le débat, je vous propose de regarder tout de suite d’un peu plus près “la bête”  ; oui, on va regarder un petit sujet autour de Chavez. »


Le reportage évoque les conditions d’accès au pouvoir de Chavez - de sa tentative de coup d’État de 1992 à son élection en 1998 -, omet le coup d’État et les grèves fomentées par l’opposition, et donne la parole à des témoins. Les uns expriment leur déception et parlent de marche vers la dictature, quand d’autres disent qu’il s’agit d’un régime démocratique, mais « personnifié », « très incarné ». Suit alors l’évocation des apparitions de Hugo Chavez à la télévision : jusqu’à huit heures, parfois quotidiennement. Témoignages d’opposants à l’appui, le reportage, sur la liberté de la presse, invite à distinguer la liberté d’opinion, qui serait totale, et la liberté d’information, qui serait restreinte. Tout cela est discutable, mais comment ?

 

Leçon « experte » du premier reportage.


- FOG : « Alors quand “César” Chavez est arrivé au pouvoir, à la fin du siècle dernier, il faut bien dire que la situation était absolument catastrophique. Ça s’est redressé, d’ailleurs. Il y avait à l’époque, je crois, 30 % de Vénézuéliens qui vivaient au-dessous du seuil de pauvreté. Il y a un peu plus de partage aujourd’hui, mais enfin, c’est quand même pas terrible quoi, non ?  »


Le « débat » s’amorce par la confrontation sur les restrictions dont seraient victimes les médias d’opposition. Puis, alors que Fregosi soutient que la situation économique est revenue à l’état catastrophique de l’avant-Chavez, Giesbert l’interrompt pour préciser sa « pensée ».


- FOG : « En même temps, on a vu l’aspect démocratique : Hugo Chavez c’est César, c’est “César” Chavez, enfin il y a un petit côté césarien ridicule, avec ce petit personnage qui est tout le temps à la télé, qui parle tout le temps, qui chante… »


Fregosi l’interrompt et mentionne un collègue historien qui a « évolué parce que c’est un homme intelligent lui aussi » et qu’il a constaté la « dérive autoritaire ». Enchaînement subtil :


- FOG : « Alors vous, Farid Fernandez, qui êtes un homme intelligent, qui parlez d’ailleurs un français remarquable, est-ce que vous avez évolué sur Hugo “César” Chavez [Fernandez tente de parler] le petit César [nouvelle tentative] le petit César du Venezuela. »


Fernandez répond que Chavez a gagné douze élections sur treize, des élections particulièrement fréquentes, et qu’il n’est pas sérieux, à ses yeux, de parler de dictature, ou d’autoritarisme, ou […] d’une marche vers la dictature… ». Mais « l’arbitre » ne s’en laisse pas conter.


- FOG : « Qui fait quand même un petit peu dictature d’opérette  : par exemple les dernières élections législatives ont été perdues par Chavez. [Fernandez le nie] Non parce qu’effectivement il a eu plus de députés mais il avait moins de voix, donc ça existe pas ce système-là. [Fernandez tente à nouveau de le nier] Non, non, il avait moins de voix puisque l’opposition, alors on peut demander à madame Fregosi, elle fait 52 %, elle perd les élections, c’est le seul pays au monde, enfin c’est un des rares pays au monde…  »


Ce décalage entre le nombre de voix et le nombre de députés (qui, même si on peut le déplorer, existe dans d’autres pays, dont la France), s’explique par les divisions de l’opposition et le découpage des circonscriptions (parfois défavorable aux partisans de Chavez). Mais « l’arbitre » n’en a cure.


- FOG : « Il reste quand même que l’opposition qui a plus de voix que le parti de Chavez a moins de députés : il y a quelque chose qui va pas. »


- Fernandez : « Ce n’est pas exactement le cas… »


- FOG : « C’est tout à fait le cas. »

Quelques échanges plus loin, alors que Freland évoque le fait que Chavez passe quotidiennement plusieurs heures à la télévision, « l’arbitre » surenchérit.


- FOG : « Ben ça ressemble un peu à la Corée du Nord là ? De ce point de vue ? Ben oui, c’est la Corée du Nord. Ben oui, c’est la Corée du Nord…  »

 

Ce coup de main, tout en nuances, aux thèses de l’opposition appelait un retour à l’équilibre que « l’arbitre » introduit ainsi :


- FOG : « Alors, Maurice Lemoine… Maurice Lemoine, qui va donner un petit coup de main à Farid Fernandez…  »

 

Lemoine est immédiatement interrompu par Freland, qui se dit catastrophé par le décalage existant à ses yeux entre les articles du Monde diplomatique et la situation « réelle » au Venezuela.


- Lemoine : « On a affaire à un procureur ? »


- FOG (avouant ainsi qu’il s’agit d’une émission à charge contre Chavez) : « Vous plaidez, vous êtes l’avocat, et il y a le procureur et… C’est un débat télévisé. »


S’ensuit un vigoureux échange entre les participants, notamment autour des chiffres avancés par Lemoine, en particulier sur la réduction de la pauvreté. Giesbert brandit sa fiche.


- FOG : « S’il vous plaît, je voudrais donner quelques chiffres et demander à monsieur Fernandez comment il explique, quand même, ce phénomène, parce que… C’est un pays très riche , le Venezuela, puisque comme je le disais, il a plus de réserves pétrolières que l’Arabie Saoudite . C’est quelque chose qui est assez méconnu, hein ? Deux cents quatre-vingt-dix-sept milliards de barils de réserves c’est un chiffre absolument hallucinant… Et comment se fait-il que, malgré ça, aujourd’hui, le taux de croissance du Venezuela soit si faible, de l’ordre de 3 % ? Alors c’est vrai qu’il était en baisse auparavant, avant l’arrivée de Chavez… Et comment se fait-il, aussi, qu’il y ait un taux d’inflation aussi considérable : plus de 27 % ? Il ne faut pas oublier que c’est au Venezuela que le taux d’inflation est le plus élevé, aujourd’hui, au monde, et que l’inflation… elle ne bénéficie pas aux classes les plus défavorisées, ça c’est clair, hein ? [Fernandez acquiesce] En général, ce sont les premières à payer l’inflation. »


Fernandez montre les chiffres de l’inflation avant et après l’arrivée de Chavez au pouvoir, selon une source – la Cepal – que Freland et Fregosi contestent. Mais FOG l’interrompt.


- FOG : « Ah ben non, mais personne ne nous dit que c’était bien avant Chavez, hein, monsieur [2].

 

Quelques instants plus tard, en guise de transition et de présentation du deuxième reportage (ou de la deuxième séquence du reportage), retour à la Corée du Nord.


- FOG : « Qu’est-ce que c’est que cette démocratie vénézuélienne ? Je vous propose une petite pause, parce que les esprits sont un peu échauffés, on va essayer de calmer tout ça… Une petite pause avec un reportage pour aller voir sur place : qu’est-ce que la démocratie vénézuélienne ? Ben c’est un potage assez bizarre avec un zeste de démocratie participative, et puis avec des images qu’on aurait pu voir effectivement dans des reportages en Corée du Nord, ou autrefois au temps de Staline. On regarde. »


Ce reportage s’efforce d’être ou de paraître équilibré : il donne la parole à des Vénézuéliens qui participent à des conseils communaux et à des opposants qui déplorent d’en être exclus. Selon les premiers, ces conseils permettent à la communauté de définir elle-même ses besoins, pour une meilleure allocation des ressources. Les projets y sont exposés à la communauté et soumis au vote. On voit ceux qui y participent se féliciter du fait que cela donne du pouvoir aux gens directement concernés. Des opposants, quant à eux, reprochent que l’organisation de ces conseils soit interdite à ceux qui ne font pas partie du parti présidentiel, alors qu’un participant à l’un de ces conseils soutient que les opposant sont acceptés quand ils ne cherchent pas à « saboter » le travail des conseils. Le reportage s’achève sur l’évocation des missions bolivariennes (des « programmes sociaux ciblées répondant aux besoins formulés par le peuple lui-même ») ainsi que leurs succès en matière d’alphabétisation et de réduction de la pauvreté. L’expert en démocratie participative, qui a tout compris, conclut.


- FOG : « Voilà : des cartes postales un peu nunuches, qui rappellent les beaux temps du communisme. S’agit-il de démocratie ou d’embrigadement ? Je crois que c’est la question qu’on peut se poser quand on voit ces gens qui répondent un peu avec des phrases stéréotypées, et puis notamment on entend ces mots de “saboteurs”… Il y en a beaucoup, comme chacun sait, en Corée du Nord, ou dans les pays où ça va pas… »


Plus tard, Fernandez reproche aux intervenants de chercher à appliquer des cadres d’analyse « euro-centristes » (jugés « universels » par Fregosi).


- Fernandez : « Vous avez utilisé les termes, monsieur Giesbert, de communisme, de socialisme… »


- FOG : « Ben, c’est un peu rigolo, quoi, c’est tout…  »


- Fernandez : « L’Amérique latine, pendant les années 80, a été le, disons, le terreau d’expérimentation des politiques néolibérales… »


- FOG : « Enfin d’extrême droite, il y a eu beaucoup d’extrême droite, bien entendu, parce que c’est… »


- Fernandez : « Et il y a eu, disons, le démantèlement des États, la privatisation des services publics… Tout ceci a, disons, frappé de plein fouet différents pays, dont… »


- FOG : «  Oui, mais il y a eu beaucoup de dictatures d’opérette qui ressemblent à celle que… Avec des personnages qui ressemblent à Chavez. »

 

C’est ce que l’on appelle avoir de la suite dans les « idées »…

 

Fernandez continue sur l’histoire récente de l’Amérique latine et du Venezuela. Oui, mais…


- FOG : « Oui, mais alors, de ce point de vue, il y a une réussite incroyable en Amérique latine ; tout le monde la reconnaît… C’est la réussite de Lula, hein ? Au Brésil… Chavez c’est quand même plus que discutable, alors qu’il profite de… Alors qu’il a des réserves… Le pays a des réserves pétrolières incroyables.  »

 

Fernandez avance que, pendant trois ans, le Venezuela a eu une croissance parmi les plus élevées du monde. Oui, mais…


- FOG : « Oui, avec, je le rappelle, des réserves pétrolières que beaucoup de pays aimeraient avoir. »


- Fernandez : « Mais les réserves pétrolières sont là depuis le début du XXe siècle, pourquoi est-ce que le Venezuela n’est pas le pays le plus riche du monde, alors ? »


- FOG : « Ben il devrait l’être, oui, bien sûr. »


Le débat se poursuit, quand un nouvel échange éclaire le téléspectateur sur la « pensée » de Giesbert.


- Lemoine : « J’ai quand même vu tout à l’heure dans ce reportage, vous… J’imagine que c’est pour lancer le débat, vous parlez de la Corée du Nord, vous n’êtes pas sérieux quand même, j’espère, Giesbert ? »


- FOG : « Non, mais il y a un petit côté “cucul” , vous voyez bien, dans tout ça. [Lemoine tente de parler] Ces gens qui parlent un langage… On a l’impression qu’ils l’ont appris par cœur, vous voyez ce que je veux dire  ? C’est des reportages qu’on a déjà vus dans tous les pays un petit peu totalitaires , vous voyez ce que je veux dire ? C’est un peu de la propagande, quoi. »


Quelque temps plus tard, alors que le « débat » porte déjà sur l’insécurité qui règne au Venezuela, Giesbert introduit un dernier reportage sur la persistance de ladite insécurité, malgré la présidence de Chavez, en raison, notamment, de la faiblesse de l’État. Il s’achève, sur fond d’une musique déchirante, sur le témoignage d’une mère (en l’occurrence, de l’opposition), inquiète quand son fils sort le soir. Mais l’« arbitre » n’a que le pétrole en tête.


- FOG : « Alors, la question qui se pose après ce reportage édifiant, c’est pourquoi un tel fiasco, alors que le Venezuela dispose, je le répète, on ne le dira jamais assez, des réserves pétrolières les plus importantes du monde, plus importantes encore que celles de l’Arabie saoudite ? »

 

Le bilan négatif, en matière d’insécurité, n’est contesté par personne, bien que son ampleur et ses motifs soient discutés sur le plateau. Mais l’interrogatoire à sens unique conduit par Giesbert n’est pas fini. Ainsi, alors que Fregosi parle de l’espoir, à ses yeux déçu, qu’a suscité pour beaucoup l’arrivée de Chavez, « l’arbitre » dégaine l’un de ses arguments préférés.


- FOG : « Il y avait beaucoup d’espoir sur lui, comme il y avait sur Lula, d’ailleurs. Mais sauf qu’il y en a un qui a réussi, et l’autre pas. »

 

Et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’émission. Retenons encore cette tirade de « l’arbitre ».


- FOG : « Alors, après tout ce qu’on a dit. [Il est interrompu par Fernandez, qui ajoute quelques mots.] Alors après tout ce qu’on a dit, moi, c’est une question que… La question qu’on peut se poser, c’est… Et monsieur Lemoine, on aimerait avoir son avis là-dessus, c’est après, disons, ce côté un peu grotesque et ridicule qu’on a abordé  : les discours de huit heures ; sa fille, Rosa Virginia, qu’elle essaye de pousser (sic) pour prendre sa suite ; son gendre qui est ministre des Sciences et des Technologies… Enfin, etc. Ce côté un peu dictature d’opérette, même s’il y a des élections de temps en temps, qui ne correspondent pas tout à fait, d’ailleurs, aux résultats, à l’arrivée, c’est-à-dire que bon… [Fernandez rappelle qu’il y a eu treize élections en treize ans.] Oui, oui, mais qu’il perd et qu’il gagne de toute façon (sic) … Enfin, bref, on a l’impression, de toute façon… Quels que soient les résultats de toute façon, il les emportera toujours… Et est-ce que… Comment on explique cette fascination par (sic) la gauche de la gauche ? C’est ça qui est incroyable : pourquoi a-t-il réussi à fasciner tellement la gauche de la gauche, alors que son “copain” Lula, finalement, a beaucoup mieux réussi ?

* * *

Le processus en cours au Venezuela suscite espérances et inquiétudes. Qu’on lui soit favorable ou hostile, il appelle à la vigilance. Cette vigilance peut-elle s’exercer sans enquête effective ? La réponse est dans la question. Qu’a-t-on appris sur le Venezuela et sur Chavez grâce à Giesbert ? Rien. Qu’a-t-on appris, en revanche, sur Giesbert ? Finalement, pas grand-chose. La propagande est son métier. Suffisance et arrogance, désinvolture et mépris, prétention et vanité : tout cela fait un grand journaliste d’opérette dans un pays, la France, qui n’est pas la Corée du Nord.

 

Nicolas Galy et Henri Maler

Notes

[1] Modeste présentation de l’émission : « Le monde change, évolue, se transforme. Alors, comment comprendre ce monde en perpétuelle évolution et mieux connaître ces pays qui nous entourent ou découvrir ces contrées plus lointaines ? Pour décrypter la géopolitique, et ses répercussions d’un pays à l’autre, “Parlez-moi d’ailleurs” aborde chaque mois un dossier international au cœur de l’actualité. Urgence humanitaire… engagement mondial… crise planétaire… À travers plusieurs reportages, Franz-Olivier Giesbert, entouré de députés et d’experts, revient sur les problématiques qui agitent notre planète. »

[2] À ce moment-là, pour reprendre FOG sur sa remarque à propos des réserves de pétrole, Fernandez développe sur ce que l’on appelle la « maladie hollandaise », bien connue, excepté par notre omniscient.

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 13:22

Pierre Laurent appelle Mélenchon à "se garder de réactions caricaturales, voire insultantes"

Le Monde.fr | 26.06.2012 à 17h35 • Mis à jour le 26.06.2012 à 17h35

Par Eric Nunès


Pierre Laurent, dimanche 18 mars, pendant l'émission "Radio France politique".

Bertrand : Jean-Luc Mélenchon parle de "carence de direction politique" dans votre parti, que répondez vous ?


Pierre Laurent : D'abord, il a parlé de carence de direction politique dans le Front de gauche, à propos des élections législatives. Je pense que chacun devrait faire attention aux déclarations à l'emporte-pièce sur nos résultats dans ces élections.

Nous avons progressé en voix et en pourcentage, et notre recul en nombre de députés est d'abord dû à l'injustice du système électoral et aux effets d'une présidentialisation aggravée des comportements politiques. C'est donc un sujet de réflexion pour toutes les femmes et tous les hommes de gauche.

Nous avons enregistré ce progrès y compris dans la plupart des circonscriptions où nous perdons un député sortant.

 

Je crois moi aussi que nous avons manqué de lisibilité nationale dans ces élections législatives. Mais contrairement à Jean-Luc, je ne pense pas que la campagne menée localement par nos candidats, a fortiori dans les circonscriptions sortantes, soit en cause.

 

Jeanne : Croyez vous comme Mélenchon que les communistes ont tenté individuellement de "sauver leur peau" ?


 C'est contraire à toute la réalité de la campagne, qui a été menée collectivement au nom du Front de gauche.

Si on veut sérieusement s'interroger sur les électeurs qui avaient voté pour nous à la présidentielle et qui ne l'ont pas fait aux législatives, il faut chercher les raisons ailleurs.

 

Une partie d'entre eux ont sans doute considéré, à tort, que l'essentiel avait été fait en votant contre Nicolas Sarkozy. La présidentialisation excessive des comportements électoraux ne nous épargne pas.

Par ailleurs, d'autres électeurs ont sans doute eu du mal à comprendre comment nous entendions être utiles à la réussite d'une politique de gauche dans la nouvelle situation créée par l'élection de François Hollande.

Ils ont du coup estimé que la seule question posée était de lui donner une majorité, en sous-estimant ce que nous voulions mettre en valeur : la qualité de cette majorité parlementaire et l'importance de compter ou non en son sein un groupe Front de gauche.

 

C'est une leçon qu'il faudra retenir pour les batailles à venir.

 

Aline : Comment décryptez vous les attaques de Jean-Luc Mélenchon ?


 A l'issue d'une période électorale aussi intense, il est normal que toutes les formations du Front de gauche tirent les leçons des scrutins et confrontent leurs idées sur la suite à donner.

 

Que s'expriment des opinions différentes au sein même du Front de gauche n'est pas en soi un problème.

En revanche, je pense que chacun devrait se garder de réactions caricaturales, voire insultantes, sur la campagne de nos candidats.

 

L'exigence de confrontation n'exclut pas la solidarité et surtout, impose que nos jugements soient étayés sur des analyses approfondies et non des racontars. Je souhaite, j'espère que cela sera le cas très vite, que ces premières réactions laissent la place à ce nécessaire travail d'analyse dont nous avons besoin pour relancer de plus belle la dynamique conquérante du Front de gauche.

 

Lire aussi : Front de gauche : le bilan des législatives provoque des tiraillements

 

 

Annick : Le parti communiste ne doit-il pas reprendre de l'espace vis à vis de Jean-Luc Mélenchon le soliste ?


  Le Parti communiste ne s'est jamais senti à l'étroit dans le Front de gauche. Depuis le début, cette construction politique est une construction que nous avons voulue collective. Evidemment, l'élection présidentielle l'a personnalisée à l'excès.

Nous le savions, puisque nous réclamons au Front de gauche le dépassement de ce système et une VIe République.

 

L'essentiel est maintenant que le Front de gauche retrouve le visage collectif qui a fait son succès et qui peut permettre le développement de sa démarche de rassemblement. Le Parti communiste utilisera évidemment, comme il l'a toujours fait, sa liberté de parole pour favoriser cette démarche unitaire.

 

Stéphane : Le Front de gauche est-il dans la majorité ou est-il une opposition de gauche au Parlement ?


 Je considère que le Front de gauche est une des composantes de la majorité de gauche que le peuple a formée en permettant les victoires électorales aux élections présidentielle et législatives. Sans la contribution du Front de gauche, ces victoires n'auraient pas été possibles.

 

En même temps, nous ne nous reconnaissons pas dans la vision gouvernementale qui consiste à tirer un trait d'égalité entre cette majorité de gauche dans le pays et la composition du gouvernement. C'est une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de ne pas participer à ce gouvernement.

 

La seule feuille de route de ce dernier est le programme du candidat socialiste du premier tour, alors que la majorité qui a permis son élection au deuxième est plus diverse que cela.

Nous sommes donc au Parlement une composante active de la gauche, qui garde sa liberté de parole et de vote.

 

Jaures :  Quelles sont selon vous les raisons de votre échec face au FN ?


 L'échec face au Front national est d'abord celui du système politique actuel. C'est l'enfoncement et le consensus autour de politiques d'austérité et de régression démocratique qui favorisent le désespoir populaire. Le Front national exploite ce désespoir pour promouvoir des solutions de repli xénophobe. Le phénomène n'est pas national, mais il est en ce moment européen.

Le Front de gauche, au contraire, est pour le moment l'une des seules forces qui ait décidé d'engager sur le fond et dans la durée le combat pour faire reculer ces idées.

 

Nous avons commencé à marquer des points en permettant, par exemple, que la contre-offensive sur le terrain des idées se déploie dans le monde du travail. Mais nous ne sommes qu'au début d'une longue bataille, que nous ne prétendons pas avoir aujourd'hui remportée.

 

Yoann Jacquet : Comment jugez-vous la hausse de 2 % du smic par le gouvernement ?


Pierre Laurent : L'annonce d'une augmentation du smic de 2 % est un sévère coup de froid pour tous ceux qui espéraient un tournant dans la politique salariale. Ce n'est pas une bonne nouvelle, non seulement pour toutes celles et tous ceux qui sont privés d'une juste rémunération de leur travail – et je pense singulièrement aux femmes qui représentent l'essentiel des smicards et des bas salaires –, mais aussi pour l'économie nationale, qui ne se redressera pas sans une véritable relance salariale.

 

Le Front de gauche ne lâchera pas sur cette question. Nous serons vigilants sur ce qui sortira de la conférence sociale de la mi-juillet.

 

Et nous sommes déterminés à engager une campagne nationale d'explication et de mobilisation sur les questions des salaires et du pouvoir d'achat, qui restent pour nous une priorité absolue.

 

Henri De Gourges : Quelle est votre position concernant le vote de la confiance au gouvernement, sachant que Jean-Luc Mélenchon s'est prononcé pour l'abstention au nom du Parti de Gauche ?


 Nos deux groupes parlementaires se réuniront dans les jours à venir pour arrêter leur position. C'est d'abord à eux de le faire. Il convient de connaître pour cela le détail des orientations de la déclaration de politique générale qui sera faite par le premier ministre. Il faut apporter à cette question une réponse précise et non une réponse de posture.

A titre personnel, et compte tenu de ce que je connais aujourd'hui de ces orientations, je penche également en faveur d'une abstention.

 

Yoann Jacquet : Que répondez-vous au PS qui explique le manque d'ambition de ses décisions sociales par la nécessité du retour à l'équilibre budgétaire ?


 C'est le cœur du débat que nous avons avec le Parti socialiste depuis des mois. Le prétendu retour à l'équilibre budgétaire qui sert en ce moment à justifier dans toute l'Europe les politiques de réduction des dépenses publiques est un leurre.

En Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, la mise en œuvre de telles politiques a débouché sur l'aggravation des déficits et non sur leur résorption. Tout simplement parce qu'on ne sortira pas de la spirale actuelle en enfonçant les économies dans la récession. L'investissement public, s'il est correctement contrôlé et orienté, est indispensable à la sortie de crise.

De surcroît, rien n'oblige, à part les exigences drastiques des marchés financiers, à revenir en quelques années sur un rythme d'enfer à l'équilibre zéro, alors que nous vivons dans des situations de déficit depuis des dizaines d'années. Il faudrait étaler le redressement et le construire sur des bases saines de relance de l'activité, et non sur l'austérité.

Nous proposons une logique effectivement inverse à celle qui est mise en œuvre actuellement, en mariant relance sociale et nouveau type de développement.

 

Quentin : Quelle est la position du PCF concernant l'interdiction de la prostitution, sujet que la ministre du droit des femmes a soulevé ?


 Nous sommes favorables à une politique d'abolition de la prostitution, que nous inscrivons plus globalement dans la lutte contre toutes les violences faites aux femmes et contre toutes les marchandisations de leur corps. Cette mesure fait partie de la charte établie par l'ensemble des associations féministes que nous avons signée au nom du Front de gauche et de notre candidat Jean-Luc Mélenchon durant la campagne présidentielle.

Il n'est pas question pour nous de renoncer à cet engagement, que nous portions nous-mêmes depuis longtemps dans des propositions de loi déposées à l'Assemblée nationale. C'est une question éthique fondamentale.

 

Quentin : Les députés communistes vont-ils voter pour le candidat socialiste à la présidence de l'Assemblée,

Claude Bartolone ?


 Ils ont annoncé qu'ils ne présenteraient pas de candidat à ce poste et qu'ils voteraient pour le candidat désigné par le groupe socialiste. Je pense donc qu'ils confirmeront, lors de leur première réunion de groupe, leur vote en faveur de Claude Bartolone.

 

Yoann Jacquet : Comment réagissez-vous à l'entrée de deux candidats soutenus par le FN à l'Assemblée nationale ?

 J'en compte même trois avec Jacques Bompard, élu sous le sigle de la Ligue du Sud dans le Vaucluse. C'est le signe d'une inquiétante banalisation des idées du Front national, à laquelle l'UMP a très ouvertement contribué. Ce n'est pas un hasard si les meilleurs scores et l'élection de députés Front national sont intervenus dans des départements du sud de la France où les dirigeants de l'UMP, sous le label Droite populaire, ont mené campagne sur les mêmes thèmes que le FN.

Maintenant, cela impose aux forces démocratiques de réfléchir aux causes de cette situation et à la nature de la bataille idéologique qui doit être amplifiée auprès des électeurs qui cèdent de plus en plus facilement à ces thèses.

 

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 05:55

 

 

Si l'on en croît la presse, Loinel JOSPIN serait appelé à de hautes fonctions morales. En effet l'Agence Reuters précise que " François Hollande a annoncé samedi lors de son interview télévisée du 14 juillet la création d'une commission sur la moralisation et la rénovation de la vie politique qui sera présidée par l'ex-Premier ministre Lionel Jospin.

 

Cette instance devra faire des propositions sur le non-cumul des mandats, les modes de scrutin, le financement des campagnes électorales et l'éthique.

 

"J'avais dit que je voulais qu'il y ait une exemplarité au sommet de l'Etat", a expliqué le chef de l'Etat lors d'une interview télévisée à l'occasion du 14 juillet.

Il a souligné qu'elle serait présidée par Lionel Jospin, qui est un homme "incontestable pour son intégrité".

"Il doit y avoir des règles qui s'imposent et donc aucun conflit d'intérêt ne doit être toléré", a dit François Hollande, soulignant qu'il y aurait "des personnalités de toutes sensibilités" au sein de la commission.

 

Le chef de l'Etat a précisé qu'il consulterait tous les partis politiques à l'issue des travaux de la commission.

 

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, avait annoncé le 3 juillet l'introduction d'"une part de proportionnelle" dans le mode de scrutin des élections législatives et la fin du cumul de mandats pour les parlementaires dès 2014, conformément aux engagements de campagne de François Hollande.

 

Gérard Bon, édité par Julien Ponthus

 

__________________________________________________________________________________________________

 

Ainsi Lionel Jospin serait le chantre de l'intégrité. On se souvient pourtant que lors de son échec présidentiel de 2002 ou candidat du PS, il ne parvint pas à passer le premier tour après avoir gouverner la France pendant 5 ans, laissant en lice ce 22 avril Chirac et Le Pen, ce qui constitue encore aujourd'hui un traumatisme, on se souvient donc que Lionel avit déclaré aux français médusés qu'il prenait ses responsabolité dans la défaite et que du coup, consécutivement, normalement comme on dirait aujourd'hui, il quittait la politique. On ne le reverrait plus

 

Depuis, on ne sait si c'est par remors ou par besoins personnels ce dernier, après avoir fait des apparitions télévisualisés dans toutes sortes d'endroits (convention du PS, soutien à candidat, plateaux télé etc..) le voici maintenant "promu" en pleine lumière pour une responsabilité d'Etat de premier exercice : l'exemplarité dans l'éthique.

 

Autrement dit, quelqu'un qui dit une chose et fait le contraire serait, à en croire le Président Hollande, le mieux placé, car celui-ci est "incontestable pour son intégrité" pour diriger une commission d'éthique parcequ' "Il doit y avoir des règles qui s'imposent et donc aucun conflit d'intérêt ne doit être toléré".

 

Certains ironiseront c'est sûr, sur l'inversion du langage et Monsieur Rey linguiste reconnu, sera lui aussi convoquer prochainement avec mission de "revoir" le dictionnaire de la langue française.

 

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 05:49
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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 07:41

 

 

Front de gauche bien installé, mais...

Par Roger Martelli| 8 juillet 2012
 

La séquence électorale est achevée. La gauche a gagné à deux reprises. Les socialistes retournent au pouvoir avec une majorité absolue. L’abstention législative est à son sommet. Le Front national relooké et conforté colore la droite tout entière. Le Front de gauche s’est installé vaillamment dans le paysage mais a moins de députés que le PCF n’en avait auparavant.


Tout n’a pas commencé dans la félicité. Jusqu’au mois de novembre dernier, les sondages donnent au candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon un score modeste, de 4 % à 8 %. Infiniment mieux que le très faible résultat communiste de 2007, déjà au-dessus du niveau annoncé pour Olivier Besancenot, toujours candidat putatif, mais très au-dessous des espérances, le total des estimations en faveur de la gauche de gauche se situant en-deçà des fatidiques 10 %. L’annonce inopinée du retrait de Besancenot à l’automne, libère toutefois brusquement l’espace de celui que les médias s’obstinent à classer sous l’étiquette malvenue de « populiste de gauche ».

 

En tout cas, la situation change brutalement au printemps. Alors que la campagne électorale semble s’assoupir, les sondages laissent entrevoir une sensible montée de l’ex-socialiste, qui sait marier la formule assassine (son « capitaine de pédalo », adressé à François Hollande, fait le buzz…) et la rigoureuse démonstration pédagogique. Le 18 mars, c’est le choc. Alors que 30 000 personnes maximum étaient attendues pour une manifestation parisienne de rue, ce sont 120 000 participants enthousiastes qui se pressent place de la Bastille. Dès lors la machine est enclenchée. Lille, Toulouse, Marseille… Les rassemblements populaires de plein air – une novation… – sont gigantesques et chaleureux et les sondages s’envolent. À tel point que certains se prennent à rêver : et pourquoi pas une présence au second tour ?

 

Paradoxalement, alors que les plus de 11 % de Jean-Luc Mélenchon constituent le plus gros résultat à la gauche du PS depuis 1981, le score du candidat et le fait qu’il ait été devancé par Marine Le Pen sont vécus comme une déception. Il n’y a pourtant pas de quoi. À lui seul, Mélenchon dépasse de 2,2 % le total des pourcentages du PCF et de l’extrême gauche en 2007. Alors que les voix s’étaient dispersées à la gauche du PS, entre 1995 et 2007, elles sont cette fois concentrées sur le Front de gauche. Le camouflet de 2007 est effacé.

Un début d’ancrage prometteur

La répartition territoriale du vote Mélenchon est bien équilibrée : 12 régions et 44 départements au-dessus de la moyenne nationale, pour une fourchette plutôt resserrée (entre 17 % en Seine- Saint-Denis et 7,2 % dans le Bas-Rhin). Alors que la rétraction du vote communiste après 1978 s’était accompagnée de sa dénationalisation, la distribution du vote Mélenchon en fait d’emblée un phénomène national, sans zone de dangereuse marginalisation.

 

La géographie départementale juxtapose deux cartes : celle du vote communiste traditionnel (dans l’Ile-de-France, le Nord-Pas-de-Calais, les contreforts du Massif central, le littoral méditerranéen) et des territoires plutôt propices à un vote socialiste ou radical, dans le Sud-Ouest et le Languedoc-Roussillon. Grosso modo, la carte générale du vote Mélenchon se glisse dans la vieille carte du vote d’extrême gauche socialiste d’avant 1914. C’est celle du courant démocratique révolutionnaire de souche plébéienne depuis la Révolution française.

 

Les résultats communaux du premier tour montrent par ailleurs une inversion de tendance par rapport aux précédentes élections. En 2002 et en 2007, le vote communiste était plus faible que la moyenne nationale dans les grandes villes ; en 2012, Jean-Luc Mélenchon fait ses meilleurs scores dans les communes de plus de 100 000 habitants. L’épaisseur de son vote augmente régulièrement avec la taille des communes. Il tend ainsi à s’aligner sur la distribution du vote de gauche en général et il n’y a pas d’espace socioterritorial qui témoignerait d’une fragilité particulière. Ce constat peut d’ailleurs se rapprocher des quelques indications de sondages qui suggèrent que la propension au vote en faveur du candidat du Front de gauche est plutôt sociologiquement équilibrée (IFOP, OpinionWay), observable dans des proportions voisines chez les ouvriers (entre 15 % et 18 %), chez les professions intermédiaires (14 %) et chez les cadres supérieurs (9 % à 10 %).

 

C’est en tout cas la nette progression du Front de gauche qui permet à la gauche de frôler désormais la majorité dans les plus grandes villes (plus de 50 000 habitants). Au final, le Front de gauche dans les grandes agglomérations ramène la gauche de gauche vers des niveaux inconnus depuis longtemps en milieu urbanisé. En réalisant une moyenne de 12,4 % dans les vingt plus grandes métropoles, il égale à lui seul le score de la gauche radicale en 1995 (12,3 %) et se rapproche du niveau exceptionnel de 2002 (15,9 %), l’année où l’extrême gauche avait réussi une percée exceptionnelle au coeur de la France urbaine. Le cas parisien est particulièrement éloquent : dans cette ville qui fut marquée par une forte présence communiste jusqu’en 1978, le PCF avait été marginalisé dans les grands scrutins nationaux (4,7 % en 1995, 2,2 % en 2002, 1,2 % en 2007). En 2012, Jean-Luc Mélenchon y recueille 11,1 % (contre 9 % et 9,5 % pour le total de la gauche radicale en 1995 et 2002).

La déception des législatives

Il reste à transformer l’essai de la présidentielle aux législatives qui suivent. A priori, elles s’annoncent favorables : dans toutes les élections précédentes sans exception, le PCF a obtenu des scores législatifs nettement supérieurs aux présidentiels. Présent partout, le Front de gauche espère donc faire mieux que les candidats communistes aux consultations précédentes. La campagne électorale est courte, et fort peu nationale. La langue française dit l’essentiel : on parle de l’élection présidentielle au singulier (il n’y a qu’une circonscription) et des élections législatives au pluriel (autant de circonscriptions que de sièges à pourvoir). Pour le Front, tout particulièrement, l’élection se décline au pluriel. À la limite, la tonalité générale est donnée par l’élection emblématique d’Hénin-Beaumont, où Jean-Luc Mélenchon a décidé courageusement d’aller croiser les fers avec Marine Le Pen. Mais la polarisation sur le combat anti-FN laisse dans l’ombre le message global porté à l’occasion de la présidentielle. Dès le premier tour, les résultats s’avèrent décevants. Nationalement, le Front de gauche doit se contenter d’un petit 6,9 %, nettement supérieur aux 4,4 % communistes de 2007, mais bien au-dessous du score présidentiel du 22 avril.

 

Plus rudes, symboliquement, l’échec d’Hénin-Beaumont où Mélenchon est devancé par Marine Le Pen et le candidat socialiste et, plus encore peut-être, la mise à l’écart des « sortants » du Front de gauche, en particulier dans la petite ceinture parisienne. Dans plusieurs « citadelles » communistes, Ivry, Gennevilliers ou Saint-Denis, le député sortant est devancé par les socialistes et les Verts. Au final, le Front de gauche doit se contenter de 11 sièges métropolitains contre 16 dans la précédente assemblée. Le groupe est préservé grâce à l’apport de députés des outremers, mais la pilule est amère…

 

Il est vrai que le Front de gauche n’est pas le seul à faire grise mine. Dans des élections de participation électorale exceptionnellement faible (deux nouveaux records d’abstention législative…), la bipolarisation partisane a joué à plein, comme elle tend à le faire massivement depuis 1981. À droite comme à gauche, tout ce qui n’est pas le parti dominant, PS et UMP, a pâti plus ou moins du phénomène. La mésaventure de François Bayrou est en ce sens particulièrement emblématique. Quant aux Verts, ils ne profitent que moyennement de leur mise sur orbite socialiste : près de 40 % de leurs voix sont engrangées dans les circonscriptions concernées par leur accord avec le PS. Dans l’ensemble des autres, ils atteignent un pourcentage de 3,7 %, soit à peine plus qu’en 2007 (3,3 %). Le Front de gauche n’a pas échappé à la mécanique pénalisante.

Des résultats en demi-teintes

Il faut toutefois se garder des jugements à l’emporte-pièce. Pour le Front de gauche, les législatives n’annulent pas la présidentielle. Et ces législatives elles-mêmes doivent être considérées de façon contrastée.

Dans 26 départements, le Front de gauche fait plus que doubler les scores communistes de 2007 et dans huit il fait plus que les tripler. Dans les circonscriptions où le vote en faveur du Front de gauche pouvait apparaître comme « utile » (les zones de vote dense, et notamment les circonscriptions des sortants), le Front de gauche a progressé nettement entre la présidentielle et le scrutin législatif ; mais en retrouvant presque partout le score de François Hollande, les candidats socialistes ont enregistré une progression par rapport à 2007 qui, cette fois, leur permet enfin de devancer des candidats communistes au premier tour. Plus globalement, les législatives confirment le mouvement de relative « renationalisation » révélé par la présidentielle. En 2002 et 2007, 60 à 70 départements se situaient pour le PCF audessous du seuil délicat des 5 % et, en 2007, 18 d’entre eux étaient même au-dessous des 2 % ; en 2012, le nombre des départements où le Front de gauche reste à moins de 5 % est tombé à 29 et aucun n’est au-dessous des 2 %.

Il est vrai que pour ces législatives de 2012 le Front de gauche restait tributaire de l’implantation du PCF, d’autant plus que 80 % des candidatures avaient été réservées à des communistes. De ce point de vue, comme dans beaucoup d’autres, le Front se trouve décidément dans une manière d’entre-deux. D’un côté, la carte électorale se renforce par le bas. Les départements où le PCF est au-dessus des 10 % étaient 7 en 2002 et 5 en 2007 ; en 2012, ils sont au nombre de 13. De même on comptait, en 2002, 345 circonscriptions où le PCF était sous le seuil des périlleux 5 % et elles étaient passées à 401 en 2007 ; en 2012, ce n’est plus le cas que pour 199 circonscriptions.

 

En revanche, la situation se fragilise au sommet du tableau. Dans une logique de scrutin uninominal majoritaire, le seuil de 20 % est celui qui permet à une force politique de jouer la position hégémonique l’autorisant à postuler une présence au second tour. Or le nombre des circonscriptions où ce seuil est franchi est passé de 72 en 1988 à 56 en 1997, 34 en 2002, 23 en 2007, pour descendre à 20 en 2012. Quant au seuil des 30 %, qui assure quasiment la présence au second tour, il est passé de 23 en 1988 à 10 en 2012. Les fondations se renforcent, mais la toiture est fragile ; la marginalisation globale s’éloigne, mais l’érosion des vieilles zones de force n’est pas nécessairement stoppée.

 

Le Front de gauche est une force qui compte, qui mobilise, qui attire la sympathie ; il n’est pas pour autant considéré comme une force capable d’impulser un changement concret à l’échelle du pays. La capacité d’agrégation nationale qui avait fait naguère la fortune du PCF continue de se déliter dans les espaces de vote dense ; elle n’est pas remplacée par une capacité perçue comme au moins équivalente. Quelques semaines avant le 22 avril, certains sondages suggéraient un vote Mélenchon flirtant avec les 18 %. Il s’agissait en fait de déclarations de sympathie, davantage que des intentions de vote. Mais la sympathie, couplée à la vigueur de la dynamique militante retrouvée, dit l’ampleur d’un champ des possibles. Le Front de gauche a commencé d’occuper ce champ. À lui de dire comment il peut consolider et élargir encore son ancrage réel.

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 16:02

par Denis Duvot

Dans son rapport, au Conseil National du PCF du 18 Juin dernier, Pierre LAURENT indique :

 

«  Aux élections législatives, avec 7% et 1,8 millions de voix, le Front de gauche a confirmé une progression qui l’installe comme la seconde force politique à gauche, certes en deça des espoirs suscités par notre campagne présidentielle.

Ce résultat fait débat, surtout à cause de la perte de députés, et il est en effet paradoxal. En hausse de 2,34% et 550 000 voix sur 2007 avec des scores en progrès dans 90% des circonscriptions, il ouvre de nombreuses perspectives de développement… »


Ces affirmations m’amène quelques remarques :

D’ abord je veux redire ici que c’est la première fois depuis 1981 que nous faisons moins aux législatives qui suivent les présidentielles (11,1 % contre 6,9% chiffres du ministère de l’Intérieur). Cette inversion devrait nous amener à réfléchir sur notre stratégie qui nous a permis certes de faire un bon résultat aux présidentielles autour d’un tribun ( Jean Luc MELENCHON) d’un lien fort avec le mouvement social et d’ une polarisation de l’électorat d’extrême-gauche sur la candidature du Front de Gauche.

 

Mais du fait de notre rejet de toute alliance politique sur le contenu et leurs éventuelles conséquences (Accords électoraux, participation au gouvernement) avec les autres formations de gauche, cela a entrainé notre exclusion du choix des électeurs de gauche quand il a fallu choisir une majorité présidentielle issue du vote majoritaire pour François HOLLANDE du 6 mai 2012.

 

Pour preuve le nombre de députés :

 

La répartition des sièges et leurs évolutions sont les suivantes :

 

FRONT DE GAUCHE : 11 élus en 2012 contre 20 en 2007

PRG : 12 élus contre 9 en 2007

MRC : 3 élus contre 1 en 2007

EELV : 18 élus contre 4 en 2007

PS et apparentés : 279 contre 189 en 2007

PS dissidents : 11 contre 1 en 2007

DVG : 10 contre 9 en 2007

 

Tout le monde progresse sauf nous


Et ce n’est pas la première fois. Rappelons-nous les Européennes 2009 puis les Régionales 2010 et même les cantonales 2011 il en a été ainsi.

 

A force de perdre des élus que va-t-il rester au PCF ?


Je ne parle pas de nos partenaires du FRONT DE GAUCHE car ils n’ont pas d’implantations locales mais pire au travers de ces élections (EUROPEENNES et REGIONALES ils se sont renforcés à notre détriment).

Depuis quand trouvons qu’une stratégie est bonne pour les communistes quand leur parti est le seul à perdre vis-à-vis de l’ensemble de la gauche en général et à l’intérieur du FRONT DE GAUCHE en particulier.

 

A moins d’avoir une stratégie qui est celle des gauchistes. A savoir : cela ne sert à rien d’avoir des élus, l’important c’est les luttes et le parti doit devenir un syndicat bis révolutionnaire. J’espère que cette question sera au centre du prochain congrès prévu en Février 2013 car nous sommes à l’ aube des élections municipales et où il nous reste un réseau local important.

 

D’autre part sur la progression par rapport à 2007.

 

Elle est réelle. Et tant mieux que dans 330 circonscriptions contre 135 en 2007 nous franchissons la barre des 5% cela donnera un peu d’air au plan financier.

 

Mais regardons comment se concrétise ce gain. Il vient uniquement de l’effondrement des gauchistes.

 

En 2007 : PCF : 1 115 663 voix et 4,29%
EXG : 888 250 voix et 3,41%

TOTAL : 2 003 913 voix et 7,70 %

En 2012 : FDG : 1 793 192 voix et 6,91 %
EXG : 253 386 voix et 0,98%
TOTAL : 2 046 578 voix et 7,79%

Différence : plus 42 665 voix et + 0,09%

(Chiffres du Ministère de l’Intérieur)

 

Voilà la réalité et la confirmation que nous avons pris la place de l’extrême-gauche mais nous ne gagnons rien sur l’électorat de gauche.

 

Et dans les circonscriptions où nous étions sortants il est vrai aussi que nous avons progressé du fait entre autres de ce transfert de l’électorat gauchiste mais pas assez pour contenir une poussée ocialiste comme nous avons pu le faire dans ces mêmes endroits les fois dernières en particulier lors de la victoire du PS aux présidentielles en 1981 et en 1988.

Notre positionnement en dehors de la majorité présidentielle n’a pas été compris par l’électorat de gauche qui habituellement se retrouvait lors d’élections locales comme les législatives sur le vote communiste.

 

Bien sûr cela demande vérification circonscription par circonscription et il y a toujours des exceptions à la règle générale mais je persiste à penser que la réalité est là.

 

Voilà quelques remarques que je donne à la réflexion des uns et des autres et bien sûr à la contradiction.

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BRUNO FORNACIARI

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