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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 09:02

TTIP : le débat explosif qui attend les députés

L’Assemblée discute le 22 mai d’une résolution sur le grand marché transatlantique UE-USA, présentée par le Front de gauche mais édulcorée en commission par le PS. Le débat, au cœur des élections européennes, s’annonce houleux.

Les députés français débattront le 22 mai du traité transatlantique en cours de négociation entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis, un sujet majeur des élections européennes dont ils ignorent quasiment tout. Les négociations autour d’un vaste programme de libéralisations menées par Karel De Gucht, commissaire européen au commerce et négociateur en chef, ont lieu dans la plus grande discrétion. De quoi agacer les députés qui n’ont pas leur mot à dire sur la création de ce grand marché transatlantique baptisé Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI, TTIP en anglais). Ils le feront savoir lors de l’examen à l’Assemblée nationale d’une proposition de résolution européenne sur« le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique », déposée par le Front de gauche.

Caviardage en commission

Le contenu de la résolution a cependant été modifié par les députés socialistes en commission. Dans le texte initial, les députés du Front de gauche invitaient le gouvernement français « à intervenir auprès de la Commission européenne afin de suspendre les négociations » sur le projet d’accord de libre-échange et demandait d’y associer les Parlements nationaux (lire ci-dessous l’extrait ainsi que l’intégralité de la proposition de résolution européenne). Amendé le 13 mai en commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale, le texte a été édulcoré par le PS, avec le soutien de la droite. Les députés EELV présents étaient, eux, favorables à la résolution initiale du Front de gauche.

Extrait de la version initiale de la résolution

Les députés socialistes présents, emmenés par Estelle Grelier, « ont supprimé la disposition qui prévoyait la suspension des négociations de l’accord bilatéral qui se mènent dans la plus totale opacité », a réagi André Chassaigne, député Front de gauche et rapporteur du texte. « Ils ont ainsi vidé notre proposition de résolution de sa substance et validé la poursuite des négociations sur un grand marché transatlantique au service du pouvoir financier des multinationales. La démarche des socialistes atteste de leur soutien, de fait, à ces négociations menées contre les peuples. » Le groupe Front de gauche compte présenter des amendements en séance le 22 mai pour rétablir le texte initial.

André Chassaigne (photo : Michel Soudais)

La mémoire courte des socialistes

Surtout, rappelle André Chassaigne, une précédente résolution de députés socialistes déposée en mai 2013 et considérée comme « définitive » par l’Assemblée nationale le 15 juin 2013 demandait notamment « à ce que soit exclu du mandat le recours à un mécanisme spécifique de règlement des différends entre les investisseurs et les États pour préserver le droit souverain des États », ce qui n’est pas le cas dans le mandat de la Commission européenne qui a fuité.

Lire > Marché transatlantique UE-Etats-Unis : le mandat explosif de la Commission européenne

Lire > Marché transatlantique UE-Etats-Unis : le mandat secret de la Commission européenne

De plus, les députés socialistes demandaient aussi « à ce que la représentation nationale qui, en fonction du résultat des négociations, sera amenée à se prononcer par son vote sur la ratification de cet accord soit dûment associée au suivi des négociations à travers une information régulière du gouvernement des questions examinées dans le cadre du comité de politique commerciale (CPC) du Conseil de l’Union européenne », ce qui n’est pas le cas.

Autre sujet de conflit parmi les députés socialistes à l’Assemblée nationale, le fait que le mandat de la Commission reprenne la quasi-intégralité de l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) dans son article 23. Cet accord négocié secrètement par les vingt-neuf pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entre 1995 et avril 1997 a été rejeté en 1998 par le gouvernement de Lionel Jospin. « L’accord tel qu’il est conçu actuellement n’est pas réformable », avait alors jugé le Premier ministre socialiste, qui avait proposé« une nouvelle négociation sur des bases totalement nouvelles et dans un cadre associant tous les acteurs ».

Les normes sociales et environnementales sur la sellette

Double discours. Cette volonté de poursuivre les négociations apparaît en contradiction avec la campagne du PS pour les élections européennes pour une« Europe qui protège ses travailleurs » et une « Europe du progrès social ». « Tous les accords commerciaux doivent garantir nos intérêts et la spécificité de notre modèle, social, culturel, mais aussi les normes sociales et environnementales », avait déclaréHarlem Désir, alors premier secrétaire, lors d’une conférence de presse destinée à lancer la campagne européenne du PS, le 3 mars dernier.

Or, la Commission est officiellement chargée « d’aligner les règles et les normes techniques applicables aux produits, qui, à l’heure actuelle, constituent le principal obstacle aux échanges transatlantiques ». Cet objectif de libéralisation tous azimuts met en danger les normes sociales et environnementales, au profit de gains économiques considérables annoncés par la Commission, avec notamment l’élimination des barrières non tarifaires : de 119,2 milliards de dollars pour l’Union européenne et de 94,2 milliards de dollars pour les États-Unis.

Un enjeu démocratique

Le débat promet donc d’être explosif à gauche trois jours avant les élections européennes, et alors qu’un cinquième cycle de négociations autour du PTCI entre l’Union européenne et les États-Unis est prévu à Arlington (Virginie) du 19 au 23 mai.

Les députés aborderont un sujet fort sur le plan démocratique. La résolution du Front de gauche reproche l’absence de « transparence sur ces négociations » qu’il juge « inacceptables sur la forme et sur le fond » :

« Non seulement elles sont menées de manière totalement opaque par des acteurs illégitimes, mais la logique néolibérale qui les guide ne peut aboutir qu’à une régression de la protection sociale, sanitaire, environnementale due à nos concitoyens. »

Devant la montée de ces critiques dans la campagne électorale et l’annonce d’un débat le 22 mai autour de la résolution du Front de gauche, Fleur Pellerin, secrétaire d’État au Commerce extérieur, a voulu rassurer et « dédramatiser ». Elle estime que « des lignes rouges ont été tracées » dans le mandat de négociation de la Commission européenne, notamment dans le domaine agroalimentaire : il n’y aura« pas d’OGM, pas de poulet chloré, pas de bœuf aux hormones », a-t-elle assuré, sans dévoiler l’intégralité du mandat de la Commission. Or, celui-ci n’a pas été rendu public : seuls quelques points du mandat européen (pharmacie, textile et cosmétiques) ont été publiés le 14 mai sur le site de la Commission. De plus, le Parlement européen et les Parlements nationaux ignorent les secteurs à libéraliser déjà négociés dans les différents cycles de négociations.

Fleur Pellerin a ajouté que « la France n’était pas demandeuse » de l’inclusion du très controversé mécanisme de règlement des différends dans le chapitre de la protection des investissements des grandes entreprises. Mais « pour l’Union européenne et les États membres, s’opposer très fermement à la présence de ce type de mécanisme créerait un précédent qui nous mettrait dans une situation délicate dans de futures négociations » si l’UE demande à son tour ce type de clause à des pays émergents ou en développement.

Un processus ancien et très opaque

Le gouvernement ne répond pas à la critique montante sur le caractère peu démocratique des négociations autour du grand marché transatlantique. Le « déficit démocratique de ces négociations est renforcé par leur propre objet. Loin de se borner à des questions purement économiques et commerciales, le mandat de négociation permet d’ores et déjà à la Commission européenne de négocier un accord “global”, touchant des domaines stratégiques et vitaux pour l’indépendance des nations et l’autonomie des peuples », relève la résolution du Front de gauche. Et de citer les dizaines de secteurs concernés, comme l’agriculture, la chimie, l’énergie et les matières premières, les marché publics, les services médicaux, les services publics, la pharmacie, etc.

« L’objectif est de créer une vaste zone de libre-échange en démantelant l’ensemble des règles tarifaires, réglementaires et environnementales qui protègent les salariés et consommateurs européens. La perspective de cet accord fait peser une grave menace sur les règles de santé publique, écologiques, sociales et culturelles en France et en Europe ».

Le processus très opaque de création d’un grand marché transatlantique remonte à loin, bien avant que les dirigeants européens s’engagent, lors du Conseil européen des 18 et 19 octobre 2012, à lancer des négociations pour un accord de libre-échange « global » sur le commerce et les investissements.

Lire > L’Europe états-unienne qu’on nous cache

Lire > L’élargissement atlantiste de l’Europe

Le secrétaire d’Etat américain au commerce Ron Kirk le commissaire européen au commerce Karel De Gucht à Washington, le 16 décembre 2010. (Photo : KAREN BLEIER / AFP)

Un « Groupe de travail de haut niveau sur l’emploi et la croissance » a été créé lors d’une réunion au sommet, le 28 novembre 2011. Présidé par Ron Kirk, représentant des États-Unis pour les questions commerciales, et par Karel De Gucht, commissaire européen au Commerce, ce comité d’experts a été chargé d’identifier« les politiques et les mesures pour accroître le commerce et les investissements transatlantiques », et de travailler « en étroite concertation avec tous les groupes publics et privés intéressés ».

Les lobbies à la manœuvre

Loin des représentations démocratiques des pays membres de l’UE, le projet d’accord de libre-échange a été élaboré avec les lobbies liés au monde des multinationales, au sein du Dialogue transatlantique du monde des affaires(Transatlantic Business Dialogue, TABD) partenaire officiel du processus avec un autre lobby des multinationales, l’European American Business Council. Les échanges ont donné lieu à la création du Transatlantic Business Council, une organisation réunissant une soixantaine de multinationales (parmi lesquelles Audi, BP, Coca-Cola, Ernst & Young, IBM, Microsoft, Siemens, Total, etc.). La défense des intérêts des grandes entreprises est donc privilégié dans le rapport final du Groupe de travail de haut niveau sur l’emploi et la croissance publié en février 2013, au point que l’UE et les États-Unis « continuent de partager les mêmes objectifs énoncés »dans ce rapport, peut-on lire dans la déclaration conjointe du sommet UE-États-Unis, qui s’est tenu à Bruxelles en mars.

Le déficit démocratique autour de telles négociations est aussi flagrant au sein de l’UE, comme le montrent les documents obtenus par Corporate Europe Observatory, en réponse à une demande d’accès aux documents des rencontres que la direction générale du commerce de la Commission a eu avec ses « parties prenantes » dans le cadre du grand marché transatlantique. La Commission a publié une liste de 135 réunions qui se sont tenues entre janvier 2012 et avril 2013, qui concernent les négociations entre l’Union européenne et les États-Unis sur le libre échange. « Au moins 119 impliquaient des rencontres avec des grandes entreprises et leurs groupes de pression. Ce qui signifie que plus de 93 % des rencontres de la Commission avec les parties prenantes pendant les préparations des négociations ont eu lieu avec le monde des affaires ». Cette liste de rencontres démontre qu’en plus des « dialogues pour la société civile » signalés sur le site Internet de la direction générale du commerce, « il existe un monde parallèle fait de nombreuses réunions à huis clos avec les lobbyistes des multinationales ».

Trois UMP au cœur du projet

Les relations qu’ont les parlementaires européens avec les lobbies des industriels, source de conflits d’intérêt, sont un autre aspect du déficit démocratique. Nous l’avions abordé dans un entretien avec Bruno Poncelet, spécialiste des accords de libre-échange [1], publié le 30 mai 2013 par politis.fr :

« Les entreprises multinationales sont au cœur du processus de préparation des négociations, et ce depuis que dans les années 1990 des tentatives de projets d’accord pour un partenariat transatlantique entre les États-Unis et l’UE ont été lancées. Ces initiatives ne viennent pas des politiques mais des multinationales qui sont présentes dans différents lobbies. Les chambres américaines de commerce et le Transatlantic Business Council (TBC), un lobby d’affaires, en font partie. Un troisième est plus inquiétant : le Transatlantic Policy Network (TPN) est constitué pour moitié de firmes multinationales dont Nestlé, AT&T, Hewlett Packard, BASF, Dow Chimical, Bayer, Walt Disney Company, Time Warner, etc.

Des parlementaires européens et des élus du Congrès des États-Unis constituent l’autre moitié du TPN. Les principaux groupes politiques au Parlement européen sont présents : les conservateurs du PPE, les socialistes de S&D et l’ADLE, qui représente une partie de la droite, ainsi que deux eurodéputés Verts. Le seul groupe politique qui n’a aucun de ses membres dans le TPN est la Gauche unitaire européenne (GUE). En tout, 60 députés européens, plus de 8 % du Parlement, sont membres du TPN. Une majorité écrasante sont des élus allemands, des élus du Royaume-Uni et de l’Espagne. La France est en quatrième position avec trois parlementaires de l’UMP : Françoise Grossetête, Joseph Daul et Alain Lamassoure. »

Lire > Union européenne-Etats-Unis : dans les coulisses du projet de grand marché transatlantique

Le débat du 22 mai sera sans doute l’occasion d’un grand déballage public salutaire autour de ces informations absentes de la campagne pour les élections européennes.

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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 08:53

Poutine, la Russie et les médias français : le coup de gueule de Vladimir Fédorovski

FIGAROVOX/ENTRETIEN- Des dizaines de séparatistes ont péri dans un incendie à Odessa provoqué par des nationalistes ukrainiens, ce qui n'a pas beaucoup ému les médias français. Vladimir Fédorovski, écrivain russe qui ne porte pas Poutine dans son coeur, y voit le signe d'une russophobie médiatique.

L'allemand ?Apprenez l'allemand avec Babbel et LeFigaro

Vladimir Fédorovski est un écrivain russe d'origine ukrainienne, actuellement le plus édité en France. Diplomate, il a joué un rôle actif dans la chute du communisme, il fut promoteur de la perestroika puis porte-parole d'un des premiers partis démocratiques russes. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la Russie mythique, et dernièrement un essai sur Poutine intituléPoutine, l'itinéraire secret, (Editions du Rocher, 2014). Il présente actuellement en France un spectacle de théatre total intitulé Les mystères de Saint -Petersbourg .

Le 2 mai dernier, des dizaines de pro-russes ont péri dans un incendie à Odessa, allumé au choix par de «jeunes supporters de foot» ou par des nationalistes ukrainiens de Pravy sektor. La télévision allemande a mené un travail d'enquête qui a révélé que certains snipers de Maïdan provenaient du camp anti-russe. Ces deux informations ont été très peu relayées en France. Pourquoi ce deux poids-deux mesures? Y-a-t-il selon vous un tropisme anti-russe dans les milieux médiatiques français?

La guerre en Ukraine est triple: par les armes, par la propagande et par les services secrets. Dans cette triple guerre les journalistes occidentaux sont instrumentalisés. Même à la fin du communisme, période que je connais très bien, les journalistes étaient plus prudents, et les informations fausses ou non vérifiées finissaient par être démasquées -on se souvient de l'affaire des charniers de Timișoara. Aujourd'hui, c'est pire que du deux poids-deux mesures, je suis ahuri par le manque de professionnalisme des journalistes, notamment français. Les journalistes allemands et américains sont plus pointus, les Français, sont souvent politiquement correct et voient le monde en noir et blanc.

Or, comme l'a dit Hubert Védrine dans vos colonnes, «la haine ne fait pas une politique». La présentation unilatérale du massacre d'Odessa, imputé à la responsabilité russe, alors ce sont des russophones qui ont été brulés vifs, est à cet égard significative. Les journalistes ont donné les réponses avant de poser les questions, concluant à la culpabilité russe.

Il y a une propagande exagérée du côté russe aussi, évidement. Mais cela peut se comprendre: les journalistes russes vivent sous un régime autoritaire et n'ont pas vraiment le choix. Mais en Occident, la propagande est le triomphe du politiquement correct qui prime sur l'analyse.

Comment expliquer cette diabolisation de Poutine dans certains médias occidentaux?

Quand Mme Clinton compare Poutine à Hitler, c'est effrayant de bêtise.

On ne peut m'accuser d'être complaisant avec Poutine. Je n'ai pas attendu la crise ukrainienne pour le critiquer. Mais je suis effaré par la diabolisation qui en est faite. Quand Mme Clinton compare Vladimir Poutine à Hitler, c'est effrayant de bêtise.

Poutine défend les valeurs traditionnelles face à un Occident qui selon lui se serait «dégonflé» face à l'islamisme (pour lui l'islamisme modéré n'existe pas plus que le communisme modéré) et aurait abandonné le combat idéologique. Il se présente comme le rempart au déclin de l'Occident face à l'islam. Il incarne l'antithèse de la gauche caviar, c'est pourquoi l'élite médiatique le déteste.

Cette russophobie témoigne-t-elle d'une «arrogance occidentale» à l'égard des Russes, jugés comme des barbares soumis au despotisme oriental?

Cette russophobie de la presse est inversement proportionnelle à celle du public. Je suis bien placé pour le savoir: la Russie mythique, qui est mon fonds de commerce, a un succès fou en France. Je vends le mythe russe dans mes livres et mes spectacles, et les Français en redemandent, surtout en ce moment! Ce décalage entre la presse et l'opinion publique est dangereux, il alimente les fantasmes et la mythification de Poutine.

Les journalistes occidentaux ont tendance à confondre Poutine et la Russie éternelle. Mais je veux les rassurer: Poutine et Hollande passeront, la France et la Russie resteront.

Je mets en garde les journalistes occidentaux: à jouer le jeu- sans en être conscients sans doute- de certains services secrets, ils se font les boutefeux du conflit. Ils entretiennent un climat de guerre civile en Ukraine, qui pourrait conduire à un grand conflit généralisé. Je dis souvent pour faire peur que l'Ukraine pourrait être le Sarajevo de 2014. C'est possible.

Poutine incarne l'antithèse de la gauche caviar, c'est pourquoi l'élite médiatique le déteste.

Pensez-vous que l'attitude des Occidentaux pousse à la scission de l'Ukraine? Celle-ci vous parait-elle le seul moyen de sortir de la crise?

La sortie de crise se fera je l'espère le 6 juin prochain en Normandie, lorsque Poutine viendra en France à l'occasion de la commémoration du Débarquement. De l'autre côté, il faudrait trouver un Mandela ukrainien qui accepte d'aller au-delà du sentiment de revanche et trouve la voie du dialogue et du compromis.

Je suis contre la scission de l'Ukraine, ce serait le triomphe de l'idiotie diplomatique. Les Européens, les Russes et les Ukrainiens ont des intérêts communs.

Les Américains ont essayé d'humilier la Russie, c'était la stratégie de Brzeziński (conseiller de Carter), après la chute du communisme. Or quand vous humiliez un pays, il faut s'attendre à ce qu'il y ait un esprit de revanche et un retour de bâton autoritaire. C'est ce qui est arrivé avec l'Allemagne après le Traité de Versailles. C'est l'humiliation de la Russie dans la période post-communiste qui a conduit Poutine au pouvoir et qui guide sa politique aujourd'hui.

Depuis un ou deux ans, les Américains renouent avec cette ambition: il faut descendre Poutine. Ils veulent casser l'axe Russo-allemand naissant, notamment par le Traité transatlantique. En faisant cela, ils repoussent la Russie vers la Chine, ce qui est catastrophique pour tout le monde.

Poutine a gagné la Crimée et perdu l'Ukraine. L'Occident va gagner l'Ukraine mais perdre la Russie. Tout le monde est perdant.

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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 08:44

La Russie met en place son propre système de cartes de paiement : la gifle de Poutine à Obama

DANS ANALYSES, EUROPE, INTERNATIONAL / PAR LA RÉDACTION / LE 16 MAI 2014 À 7 H 06 MIN / / 16 VUES

Algériepatriotique.com

Devant les pressions exercées sur elle par le monde occidental depuis l’éclatement de la crise ukrainienne, la Russie semble avoir plus d’un tour dans son sac pour faire face à la nouvelle situation qui se dessine. De quoi désarçonner ses détracteurs. Surtout que le plus grand pays du monde, par sa superficie, a décidé d’agir là où ça fait le plus mal pour ses adversaires : la finance. En effet, et c’est officiel, le Parlement russe vient d’adopter après une troisième lecture la mise en place d’un système national de cartes de paiement. L’on s’attend donc à un bouleversement du système financier mondial dominé par le dollar. Mais en quoi ce changement impacte le système financier mondial ? Le marché russe offrirait actuellement aux systèmes de paiement mondiaux, dominés notamment par les groupes financiers et bancaires américains, plus du tiers des transactions. Certains l’évaluent même à quelque chose comme 40%. Et comme les transactions russes se faisaient jusqu’ici majoritairement en dollar américain, les Etats-Unis ont raison de trembler devant cette nouvelle donne.

Conséquence : les lamentations occidentales ne font que commencer et certains géants financiers ne le cachent d’ailleurs pas. A commencer par le groupe de cartes bancaires MasterCard, qui avait pourtant, une semaine auparavant, procédé au blocage des opérations des banques russes Rossia et SMP, au titre des sanctions prises par le monde occidental contre la Russie. L’autre groupe américain Visa avait fait de même en cessant, sans préavis, de fournir ses services de paiement aux clients de ces institutions financières. Selon certains économistes, les compagnies américaines Visa et MasterCard assurent actuellement, à elles seules, jusqu’à 90% des paiements effectués par cartes bancaires à l’intérieur de la Russie. MasterCard, qui n’avait, apparemment pas prévu cet effet boomerang, a publiquement exprimé sa préoccupation face à la décision de la Russie de créer son propre système national de paiement.

La réaction de la Russie a fait l’effet d’une bombe dans le camp des milieux financiers américains. «La Russie constitue un marché d’importance stratégique pour MasterCard. En Russie, comme dans le reste du monde, nous travaillons en stricte conformité avec la législation locale. Voici pourquoi nous sommes profondément préoccupés par l’adoption d’amendements à la loi fédérale sur le système national de paiement et étudions actuellement les conséquences possibles de ces aménagements pour nos propres activités d’affaires et celles de nos partenaires.» Le communiqué de Mastercard donne, ainsi, un avant-goût de l’ampleur des dégâts que le système financier américain s’apprête à subir de plein fouet.

D’après la presse russe, le gouvernement semble avoir tout prévu puisque l’alternative aux systèmes de paiement américains serait déjà prête. Mais selon des experts, d’autres solutions sont aussi à prévoir, comme le recours à d’autres fournisseurs de ces prestations, à l’exemple de l’allemand Siemens, qui pourrait sauter sur l’occasion pour tirer les marrons du feu, l’opportunité étant trop belle pour la gâcher. C’est dire que les sanctions prises récemment par les Américains et leurs alliés, notamment européens, risquent de se retourner contre eux, pour la simple raison que les Russes disposent de l’arme la plus redoutable qui risque de nuire gravement à la stabilité et à la prospérité du monde occidental : les hydrocarbures.

L’alliance stratégique avec le géant chinois et ses relations poussées avec certaines puissances régionales, comme l’Iran, constituent des atouts que la Russie commence déjà à exploiter pour faire face aux pressions occidentales. La contre-offensive russe aux obstacles dressés devant ses établissements financiers par le système financier américain pourrait, par ailleurs, faire réfléchir d’autres pays partenaires des puissances occidentales. Par effet d’entraînement, ces derniers pourraient être tentés de se défaire de l’emprise américaine sur leurs économies par le biais du dollar, la devise utilisée mondialement dans les transactions financières et commerciales. Les économies montantes, à l’image des Brics et des pays en voie de développement, savent, maintenant qu’elles ne sont jamais à l’abri de mesures de représailles ou de rétorsion si jamais il leur venait à l’idée de remettre en cause l’ordre mondial établi ou s’écarter du chemin tracé par l’oncle Sam.
Amine Sadek

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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 04:02

 

 

Alstom : Le décret Montebourg ne doit pas servir de cache-sexe

 

Le gouvernement vient de prendre un décret soumettant à autorisation préalable de l’État tout projet de prise de contrôle par un groupe étranger d'une entreprise française dans les secteurs de l’énergie, des transports, des télécoms, de l'eau ou de la santé. Cette décision fait suite à l'immense émotion qu'a entraînée la révélation d'une prise de contrôle par la multinationale américaine General Electric du fleuron français Alstom, l'actionnaire Bouygues cherchant à récupérer sa mise, avec l'appui de l’État Hollande, après avoir prélevé d'énormes dividendes sur le groupe, avec l’appui de l’État Sarkozy.

L'émotion a redoublé quand, après avoir appuyé la tentative ratée de rachat de SFR par Bouygues avec, en perspective désormais, un plan social massif chez Bouygues Télécom, Arnaud Montebourg a donné à voir pour seule alternative à cette issue le passage de la branche énergie d'Alstom sous le contrôle de la grande finance allemande avec Siemens. Une option qui n'a rien à voir avec le lancement de coopérations de co-développement en Europe et qui peut légitimement troubler en pleine campagne des élections européennes.

Ce décret fait suite aussi au risque, devenu massif, d'OPA étrangères sur nombre d'entreprises françaises cotées au CAC-40 avec des risques considérables pour l'emploi, la maîtrise technologique et industrielle, la croissance réelle dans tout le tissu économique français.

 

Tous ces événements traduisent, sur fond de chômage grandissant, la gravité de la situation du pays, alors que, à contrario de la prophétie hollandaise d'un « retournement économique », la croissance française a stagné au premier trimestre.

Face à toute cette émotion, le gouvernement est obligé d'essayer de donner le change, alors que son « laisser-faire, laisser-passer » les capitaux et profits financiers a été érigé en vertu cardinale par l’Élysée sous le vocable de la « politique de l'offre ».

Bien évidemment, on ne saurait contester la nécessité de ce décret. Mais il ne doit pas servir de cache-sexe labellisé, pour l'occasion, « patriotisme économique » à la poursuite d'une politique violemment anti-sociale, toute entière au service de la domination des marchés financiers et des exigences de la BCE et de Berlin.

 

En aucun cas, ce décret ne saurait suffire ! Il est indispensable de décider, tout de suite, de suspendre l'opération engagée sur Alstom et d'ouvrir une grande concertation publique transparente et démocratique avec les élus nationaux, régionaux, locaux et les syndicats pour choisir une tout autre option. Celle-ci pourrait viser une appropriation sociale du groupe, bien au-delà de ce que l'on entend traditionnellement par nationalisation, avec l'ouverture du capital à des participations de contrôle public de l’État, mais aussi de la CDC et des grands clients publics du groupe (EDF, SNCF, RATP) et qui pourrait aussi impliquer les régions. Cela devrait aussi marcher de pair avec la mobilisation de la Banque publique d'investissement et du Fonds stratégique d'investissement, ainsi que l'octroi aux organisations représentatives des salariés du groupe de pouvoirs décisionnels d'intervention sur les choix stratégique et de gestion afin de transformer les relations du groupe à la France, à l’Europe et au monde.

 

 

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 19:30

Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

15 mai 2014

Nationalisation des autoroutes : un débat d’actualité

La conférence des présidents du Sénat vient d’inscrire à l’ordre du jour du 19 juin prochain la proposition de loi que nous déposée avec le groupe communiste républicain et citoyen relative à la nationalisation des autoroutes et à l’affectation des dividendes à l’agence de financement des infrastructures de transports.

On ne peut que constater au regard des récentes déclarations, parfois au sein même du gouvernement, que la question des concessions d’autoroutes fait aujourd’hui débat et apparait comme une solution envisageable pour remplacer l’éco-taxe.

insi Ségolène Royal elle-même a souligné « qu’il est très étrange que les autoroutes qui ont été privatisées fassent deux milliards de bénéfices payés par les usagers et que cela ne revienne pas au financement des infrastructures ». Quant à Michel Sapin, il a déclaré au début du mois de mai que « les autoroutes ont été privatisées dans des conditions discutables (…), j’ai plutôt envie de voir se rapprocher le moment de la fin de la concession plutôt que de le voir s’éloigner ». Enfin, le rapport de l’Assemblée nationale sur l’écotaxe prône également la renationalisation des autoroutes, son rapporteur, M. Jean Paul Chanteguet déclare même « qu’une telle mesure permettrait de mettre fin à la privatisation de la rente autoroutière, de favoriser la modération des tarifs de péage et de dégager des moyens financiers pour l’Agence de financement des infrastructures de transport en France »

Nous nous réjouissons de voir cette convergence de point de vue sur cette question qu’ils défendent depuis longtemps et espèrent donc vivement qu’une majorité se formera au Sénat pour adopter cette proposition de loi.

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 15:19

 

Débats et controverses

Front de gauche : l'adhésion directe est-elle souhaitable, nécessaire ou inopportune ? Par Jean Rabaté

Crise de la politique, Front de gauche et élections européennes : et maintenant ?

Jean Rabaté

Lundi, 12 Mai, 2014

Par son intervention dans l’Humanité du 6 mai, Brigitte Donnet invite à « se mettre au service de la transformation ». Transformer quoi, pour en faire quoi ? L’absence de réponse précise dans le développement qui suit ce titre autorise toutes les interrogations, suppositions, voire suspicions (qui ne manquent pas, si j’en juge par « Facebook » ou autres sites d’internet). S’agirait-il de transformer le Front de Gauche en parti? La proposition clairement exprimée (permettre les adhésions directes au Front de Gauche) conduit à le penser. Qu’on le veuille ou non l’adhésion directe conduira en effet inévitablement à la création d’une nouvelle structure; ne serait-ce que pour comptabiliser les adhérents, désigner ou élire leurs représentants aux comités de coordination locaux, régionaux ou national, gérer les problèmes financiers, etc.. Est-ce souhaitable, et d’abord est-ce nécessaire (1) ?
Selon Brigitte « seule une adhésion (directe) » permettrait à « toutes les énergies qui voudraient se mobiliser avec le Front de gauche » de se voir reconnaitre « un pouvoir de décision et de choix à part entière ». Dans l’état actuel des choses rien ni personne n’empêche quiconque le souhaite de participer aux réflexions, prises de décisions et actions du Front de Gauche là où il existe, au cours d’ «ateliers, assemblées ou autres » (un peu vite expédiés par Brigitte…). Les exemples ne manquent pas pour le confirmer. En bien des villes ou quartiers des citoyen(ne)s «non encarté(e)s » (vilaine expression !) n’ont-ils pas participé activement à l’élaboration des programmes municipaux et à la campagne électorale ? Au plan régional et national peut-il en être de même ? Bien sûr ! Deux exemples me viennent immédiatement à l’esprit. En Corse, Maria Guidicelli n’appartient à aucune formation politique. C’est pourtant elle qui a été choisie par le Front de Gauche pour le représenter au sein de l’exécutif régional. Même ses adversaires politiques reconnaissent la qualité de son travail appelant souvent « décision et choix ». Marie-Christine Vergiat n’adhère pas davantage à l’un des partis du Front de Gauche. Elle le représente pourtant avec bonheur à l’Assemblée européenne. Elle pourra continuer à assurer ses responsabilités de député grâce, ne l’oublions pas, au parti communiste qui contrairement à d’autres a souhaité et permis sa prochaine réélection. « Deux hirondelles ne font pas le printemps » me dira-t-on peut-être. Je ne doute pas qu’il en est bien d’autres à qui ont été aussi reconnus « un rôle et une place ». En nombre encore insuffisant ? Certainement, mais pour des raisons qui ne tiennent ni d’abord, ni surtout à la seule possibilité ou non d’adhésions directes.

A défaut d’être nécessaires, celles-ci sont-elles souhaitables ? Pour les raisons déjà évoquées, elles conduiraient tôt ou tard selon moi à la formation d’un nouveau parti. Or, la création du Front de Gauche est née de la nécessité absolu de rassembler le plus largement possible hommes et femmes se réclamant de la gauche, dans le but de créer le rapport des forces nécessaire pour en finir avec la politique , et en engager une autre garante de justice sociale, démocratie , liberté et paix. Ce rassemblement s’est réalisé sur la base d’orientations choisies en commun par ses différentes composantes, et concrétisées sous le générique « l’Humain d’abord ». Aucune formation politique fondatrice n’y trouve l’intégralité de son propre programme. Participer au Front de Gauche n’est donc pas se rallier à toutes les idées de telle ou telle d’entre elles. Cette liberté de penser et d’agir, jointe à la liberté laissée à chacun d’adhérer ou nom à une formation politique - partie prenante ou non du Front de Gauche , le choix est déjà large !- fait la force du rassemblement nécessaire. Sa transformation en parti entrant, de fait, en «concurrence » avec ceux existant, n’aiderait nullement - au contraire- à surmonter les divergences pouvant exister ou surgir. Elle signerait très probablement la fin du Front de Gauche en tant que facteur du large rassemblement plus que jamais nécessaire.
« Nous avions commencé à créer du neuf, continuons. » écrit, pour conclure, Brigitte à l’appui de sa (seule) proposition concrète. Entièrement d’accord, dressons ensemble un bilan des premières années d’existence du Front de Gauche. Actualisons et précisons sur cette base ses objectifs, sa stratégie, ses propositions, son fonctionnement, sa médiatisation et ses actions. Dans le même élan, pour ce qui concerne les communistes, renforçons notre parti sans lequel le Front de Gauche ne serait ni ce qu’il est, ni ce qu’il ambitionne de devenir. Ainsi pourrons nous espérer en faire le rendez-vous de toutes les femmes et tous les hommes qui se reconnaissent dans notre projet commun « l’Humain d’abord ».

(1) Proposer la possibilité d’adhésions directes à un rassemblement se voulant de masse n’a rien de sacrilège. Ni de nouveau. Le débat a eu lieu en… I932, au sein du mouvement Amsterdam-Pleyel contre la guerre et le fascisme. L’un de ses fondateurs Henri Barbusse précisait à ce propos : « Nous ne sommes ni une association, ni une ligue, ni une organisation ressemblant en quoi que ce soit à un parti (…) mais bien un mouvement (…) Aucune carte d’adhérent ne sera établie. Nous constituons un mouvement et non une ligue… » . Certes les conditions sont différentes, et le passé « ne peut pas être notre lanterne, ni comme modèle de société ni comme modèle de parti ou d’alliances politiques ». Reste qu’il peut participer à rechercher la bonne voie. Peut-être ne serait-il pas inutile de se pencher sur l’histoire d’Amsterdam-Pleyel, du Front Populaire, de la création, du vécu, du rôle de leurs comités de base. Pour s’en inspirer ou éviter des erreurs, sans craindre d’être soupçonné de céder à l’analogie et à la nostalgie.

 

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 14:57

Les dirigeants des Etats-Unis viennent se servir en Ukraine….

Le fils de Joe Biden obtient un poste au conseil de direction de la plus grande firme gazière de l’Ukraine

par Mylène Vandecasteele · 13 mai 2014


Hunter Biden, le plus jeune fils du vice-président américain Joe Biden, vient d’obtenir un poste au conseil de direction de Burisma, le plus grand producteur de gaz privé en Ukraine. Il dirigera également le service juridique.

Burisma, une société qui a débuté ses opérations sur le secteur de l’énergie en 2002, possède un certain nombre de sociétés pétrolières et gazières ukrainiennes, y compris Esko Pivnich et Pari. La société possède également des actifs dans la région du Dniepr-Donetsk, celle des Carpates et les bassins d’Azov-Kuvan. Elle écoule sa production sur le marché domestique ukrainien.

Le père d’Hunter, Joe Biden, a reproché à plusieurs reprises à la Russie le rôle qu’elle a joué dans la crise ukrainienne, en tant que vice-président des Etats-Unis. Il a promis de soutenir les efforts de l’Ukraine pour réduire sa dépendance énergétique à l’égard de la Russie.

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 05:09
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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 20:09

Social-Eco

austérité

catherine mills

denis durand

yves dimicoli

paul boccara

frederic boccara

jean-claude durand

Contre l’austérité en Europe, luttons pour un autre euro !

Paul BOCCARA, Frédéric BOCCARA, Yves DIMICOLI, Denis DURAND, Jean-Marc DURAND, Catherine MILLS

Jeudi, 13 Juin, 2013

Tribune, par Par Paul Boccara, Frédéric Boccara, Yves Dimicoli, Denis Durand, Jean-Marc Durand, Catherine Mills, membres de la commission économie du PCF. La colère contre l’austérité monte de partout en Europe, mettant en accusation la faillite morale des dirigeants qui, en alternance, prônent la soumission aux exigences des marchés financiers. Le chômage fait rage, frappant de façon brutale et massive les jeunes.

La souffrance sociale terrible fait grandir des illusions de fausse radicalité. D’un côté, comme l’ont confirmé les Grecs eux-mêmes, le refus est majoritaire de sortir de l’euro. Il ne s’agit pas de rester isolé face aux marchés financiers et à la spéculation déchaînée. Mais, d’un autre côté, gronde la protestation contre l’utilisation qui est faite de l’euro, si favorable à la domination des marchés financiers et des grandes banques. D’où les propositions de certains pour sortir de l’euro.

François Hollande répète que la crise de l’euro est finie. Le diagnostic est aussi erroné et trompeur que la promesse d’une inversion de la courbe du chômage en France fin 2013.

Le reniement de celui qui avait promis, « si (il était) élu président », de « renégocier » le traité Merkozy, de « réorienter la BCE », de s’attaquer à son « ennemi » la finance, et de « défendre la croissance » est d’autant plus nocif que la France, à la fois dominée et dominante dans l’Union européenne, occupe une place charnière pour transformer la zone euro. Il se plie devant les exigences d’Angela Merkel et de la finance allemande, tout en prétendant servir les intérêts français.

Face à ces blocages, certains agitent l’idée de sortir de l’euro. Cela reviendrait à fuir devant la lutte décisive pour une autre utilisation de celui-ci et de la BCE.

C’est une illusion démagogique et dangereuse, pour cinq grandes raisons.

1 – Le commerce extérieur de la France souffre d’un déficit annuel de 60 à 70 milliards d’euros. Le retour au franc, qui se ferait alors au prix d’une dévaluation de l’ordre de 25 % par rapport à l’euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations.

2 – Ce ne serait pas très grave, nous dit-on, parce que, grâce à la dévaluation du franc, nos exportations s’envoleraient. Mais c’est ne pas voir combien la croissance est durablement lente de partout. C’est ne pas comprendre à quel point le surcroît de compétitivité-prix que cela prétendrait donner aux exportations françaises se ferait surtout au détriment de nos partenaires d’Europe du Sud, l’Allemagne voyant au contraire son excédent commercial gonflé par une dévalorisation du travail des Français qui rendra meilleur marché ses importations en provenance de son principal partenaire commercial. Tout cela dans un contexte de spéculation déchaînée. Bref, ce serait là le scénario noir de la surenchère entre dévaluations compétitives et rétorsions protectionnistes qui ferait s’entre-déchirer les pays européens. Ce sont les politiques d’austérité qu’il faut mettre en cause, avec les luttes pour la relance d’une croissance de progrès social que permettraient précisément un autre euro et une autre utilisation de la BCE de façon solidaire.

3 – Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd’hui elle est détenue à 60 % par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d’assurances, fonds de pension… Le retour au franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25 % sur les quelque 1 140 milliards d’euros de titres de dette détenus hors de France. Exprimés en francs, les intérêts payés bondiraient, alors même qu’ils absorbent déjà quelque 50 milliards d’euros par an ! Par contre, la dévaluation du franc permettrait à des capitaux étrangers, allemands notamment, de mettre la main à très bon compte sur nombre de nos atouts productifs.

4 – La raison la plus importante, c’est qu’en sortant de l’euro, on déserterait le terrain de la bataille pour un autre euro et pour une construction solidaire de l’Union européenne, au mépris d’une nouvelle croissance fondée sur le développement des peuples et, notamment, sur l’aide aux pays d’Europe du Sud. On passerait à côté d’une opportunité historique pour changer la situation économique et sociale en France, en Europe et dans le monde. Une nouvelle politique solidaire dans l’Union européenne s’appuierait sur la force de la monnaie que peut créer la BCE. Alors que chaque pays européen dispose, isolément, d’un potentiel restreint, la création monétaire en commun, avec l’euro, offre des potentiels bien plus importants, car elle est assise sur la capacité de production de richesses et la créativité de 322 millions de personnes.

Appuyons-nous sur l’échec de la construction actuelle de l’euro non pour régresser par rapport aux besoins de changements et de solidarité entre Européens, mais pour un nouveau type de croissance et de développement.

À partir de la protestation qui enfle dans tous les peuples de l’Union contre l’austérité, le pacte de stabilité et le sabordage des services publics, exigeons que la BCE finance directement un très grand essor des services publics et de leur coopération en Europe. Pour cela, chaque pays émettrait des titres de dette publique rachetés par la BCE. L’argent serait affecté à un fonds social solidaire et écologique de développement des services publics européens, géré démocratiquement, qui le répartirait entre chaque pays proportionnellement à ses besoins.

À partir des luttes pour l’emploi et les salaires, contre le rationnement du crédit pour les PME, exigeons que la BCE cesse de refinancer les crédits accordés aux spéculateurs et aux entreprises qui suppriment des emplois, précarisent ou délocalisent. Exigeons qu’elle refinance les crédits pour les investissements matériels et de recherche des entreprises à des taux d’intérêt d’autant plus abaissés, jusqu’à 0 %, voire en dessous, que ces investissements programmeraient plus d’emplois et de formations correctement rémunérés, plus de progrès écologiques.

5 – Sur le terrain mondial, si l’on supprime l’euro, il ne resterait plus que le dollar comme monnaie de réserve internationale. Son hégémonie en serait confortée. La création monétaire du dollar permet aux États-Unis de financer leur domination économique, culturelle et militaire. Elle leur permet aussi de s’endetter dans leur propre monnaie auprès du reste du monde. La Chine, la Russie, des pays latino-américains veulent s’émanciper de cette domination par la promotion d’une monnaie commune mondiale à partir des droits de tirage spéciaux du FMI, proposition avancée dans les rangs du PCF et dans le programme du Front de gauche « l’Humain d’abord ! ». Mais si l’euro disparaît, comment peser dans une négociation mondiale en alliance avec les pays émergents contre le dominateur commun américain ?

On voit donc qu’une autre utilisation de l’euro peut contribuer, de façon décisive, non seulement à une autre croissance de progrès social dans l’Union européenne, mais à un changement fondamental sur le plan monétaire, économique et social dans le monde.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 17:24
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BRUNO FORNACIARI

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